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Résultat forcé du perfectionnement des engins

2. Chez les troupes sans cohésion, ce mouvement commence à 50 lieues de Tennemi ; nombre de gens entrent dans les hôpitaux sans autre maladie que le manque de moral, qui devient très vite maladie réelle. Une discipline draconienne n'est plus de nos jours ; la cohésion seule y peut suppléer.

moral de celle-ci et la confiance des braves qui restent seuls, peuvent amener la défaite.

Mais voyons Thomme de plus près dans l'un et l'autre combat. Je suis fort, adroit, vigoureux, exercé, plein de sang-froid, de présence d'esprit; j'ai de bonnes armes offensives et défensives et des compagnons solides , depuis longtemps les mêmes , qui ne me laisseront point accabler sans me soutenir ; moi avec eux, eux avec moi, nous sommes invincibles, invulnérables ; nous avons fait vingt combats, et nul de nous n'y est resté ; il suffit de se bien soutenir à temps, et nous y voyons clair, nous sommes alertes à nous remplacer, à mettre un combattant tout frais en face d'un ennemi fatigué ; nous sommes des légions de Marins, des 80 000 qui avons su tenir contre la marée furieuse des Cimbres, en avons tué 140 000, pris 60 000, en perdant des nôtres 2 à 300 maladroits.

Aujourd'hui, si fort, ferme, exercé, courageux que je sois, je ne puis jamais dire : J'en reviendrai. Je n'ai plus affaire aux hommes, je ne les crains pas, mais à la fatalité de la fonte et du plomb. La mort est dans l'air, invisible et aveugle, avec des souffles effrayants qui font courber la tête. Si bons, si braves, si solides, si dévoués que soient mes compagnons, ils ne me garantissent pas. Seulement, — et combien ceci est abstrait et moins immédiatement

intelligible à tous que le soutien matériel du combat antique, — seulement je me figure que plus nombreux nous sommés à courir un dangereux hasard, plus grande est pour chacun la chance d'y échapper; et puis encore je sais que, si nous avons cette confiance que nul de nous ne manque à Faction, nous nous sentons et nous sommes plus forts, plus résolument nous entamons et nous soutenons la lutte, et plus vite nous en finissons.

Nous en finissons ! Mais, pour en finir, il faut se porter en avant, il faut aller chercher l'ennemi *, et fantassin, cavalier, nous sommes nus contre le fer, nus contre le plomb , infaillibles à deux pas. Marchons quand môme, franchement, résolument; notre adversaire ne tiendra pas devant la perspective du bout portant de notre fusil, car l'abordement n'est jamais mutuel, nous en sommes sûrs, — - on nous l'a dit mille fois, — nous Tavons vu. Si cependant les choses allaient changer aujourd'hui! Si lui aussi nous offrait le bout portant.

Qu'il y a loin de là à la confiance romaine I

1 . Rude affaire que d'aller mordre des gens qui tirent, bien ou mal il n'importe, six à huit coups dans une minute. Le dernier mot sera-t-il donc au mieux pourvu de cartouches, à qui saura le plus en faire user aux autres sans user les siennes?

Observation profonde et vieille —comme les flèches : Usons leurs flèches ; — comme le bâton : Cassons leurs bâtons, — mais comment? Là toujours est la question. Es choses de la guerre, entre toutes, le précepte est aisé, maiSj etc., etc.

Nous avons montré d'autre part combien dans Tantiquité se retirer de Faction était, pour le soldat, chose à la fois difficile et périlleuse ; aujourd'hui, la tentation est bien autrement forte, la faciUté plus grande et le péril moindre.

Aujourd'hui donc, le combat exige une cohésion morale, une soUdarité plus resserrée qu'en aucun temps. Une dernière remarque sur la difficulté de le diriger va compléter la démonstration.

Depuis l'invention des armes à feu, mousquet, fusil, canon, les distances d'aide et de soutien mutuels s'augmentent entre les différentes armes ^ .

En outre, la facilité des communications de toutes sortes permet le rassemblement sur un terrain donné de forces numériques énormes. Par ces motifs, nous Tavons dit, les champs de bataille deviennent immenses.

En embrasser l'ensemble est de plus en plus difficile ; et, de plus en plus difficile en devenant plus lointaine, la direction plus souvent que jamais tend à échapper au chef suprême, aux chefs subalternes. Ce certain désordre inévitable, que présente toujours une troupe en action, va chaque jour s'augmentant avec l'effet moral des engins, à ce point que, au milieu du brouhaha et des fluctuations des lignes de com-

i. Plus donc elles se figurent être isolées, plus donc elles ont besoin de moral.

bat, les soldats souvent perdent les chefs, les chefs les soldats.

Dans les troupes immédiatement et fortement engagées, les petits groupes seuls se maintiennent, de Fescouade à la compagnie, s'ils sont bien constitués, servant d'appuis ou de points de ralliement aux désorientés; et, par la force des choses, les batailles tendent à devenir aujourd'hui, plus qu'elles ne l'ont jamais été, des batailles de soldats.

Cela ne doit pas être.

Que cela ne doive pas être, nous ne le discutons pas, mais cela est.

Cela n'est pas. — Et l'on objecte que les troupes dans les batailles ne sont point toutes d'une manière immédiate ni fortement engagées ; que les chefs toujours cherchent à conserver le plus longtemps possible en leur main des troupes en ordonnance capables de marcher, d'agir, en un moment donné, dans une direction déterminée; qu'aujourd'hui comme hier, comme demain, l'action décisive appartient à ces troupes en ordonnance apparaissant en tel ou tel ordre, en telle ou telle disposition, sur tel ou tel point, et par conséquent appartient au chef qui a su les maintenir, les conserver et les diriger.

Cela est incontestable.

Mais ceci ne l'est pas moins : On a d'autant plus de chances de conserver le dernier des troupes en

main, que les troupes engagées plus solides forcent Tennemi à leur opposer plus de monde. — Et l'objection faite, en mettant en avant un principe général et de tous les temps, n'oppose rien à ceci : Dans les troupes qui font le combat, par les raisons que nom avons données et qui sont des faits, les soldats et les chefs les plus près d'eux, du caporal au chef de bataillon, ont une action plus indépendante que jamais; et, comme c'est la vigueur seule de cette action plu^ indépendante que jamais de la direction des chefs élevés qui laisse aux mains de ceux-ci des forces disponibles et dirigeables au moment décisif, cette action devient plus prépondérante que jamais, et Ton peut dire avec raison que les batailles, plus que jamais aujourd'hui, sont des batailles de soldats, de capitaines. Elles le sont toujours dans le fait, puisqu'en dernière analyse l'exécution appartient au soldat ; mais l'influence de celui-ci sur le résultat final est plus ou moins grande; de là le mot vrai du jour : Batailles de soldats.

En dehors des prescriptions réglementaires de tactique et de discipline, une nécessité de sens commun s'impose, il est vrai, d'elle-même à tous, dans une armée, de réagir contre cette prédominance pleine de hasards de l'action du soldat sur celle du chef; de reculer par tous les moyens, jusqu'aux extrêmes limites du possible, cet instant que tendent à hâter

des causes chaque jour plus puissantes, où le soldat échappe au chef.

Mais le fait est là, et ce fait et les préoccupations qu'il suscite complètent la démonstration de cette vérité énoncée plus haut : le combat exige aujourd'hui, pour être fait avec une entière valeur, une cohésion morale, une solidarité plus resserrées qu'en aucun temps *. — Vérité presque naïve, tant il est clair que, si Ton ne veut qu'ils se brisent, plus des liens doivent s'allonger, plus ils doivent être forts.

1 • Les batailles navales ne sont-elles pas surtout des batailles de capitaines de vaisseaux, et du jour au lendemain amène-t-on tous les capitaines à ce sentiment de solidarité qui les fasse tous combattre un jour d'action : Trafalgar, Lissa. En 1588, le duc de Médina Sidonia, se disposant à un combat naval, envoya sur des bâtiments légers trois msgors à Tavant-garde et trois à Tarrière-garde, avec des bourreaux, et leur ordonna de faire pendre tout capitaine de vaisseau qui abandonnerait le poste qui lui avait été assigné pour la bataille.

En 1702, Tamiral anglais Benlow, un homme héroïque, est abandonné presque seul, pendant trois jours de combat, par ses capitaines de vaisseaux. — Âmpjité d'une jambe et d'un bras, il en fait, avant de mourir, passer quatre en jugement. — Un est cassé, trois sont pendus, — et c'est de cet instant que date l'inflexible sévérité anglaise envers les commandants de flottes et de navires, sévérité nécessaire pour les amener à combattre effectivement.

Nos chefs de bataillons, nos capitaines, nos soldats, une fois dans , le feu, sont plus perdus que ces commandants de navire.

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