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CHARGE. — TACTIQUE. — ARMEMENT

Charge, — La cohésion et l'ensemble faisant la force de la. charge, on s'explique, l'alignement étant impossible à une allure vive où les plus vites dépas sent les autres, comment il ne faut lâcher la bride que lorsque V effet moral est produit, et qu'il s'agit de le compléter en tombant sur l'ennemi déjà en désordre, en train de tourner le dos. Ainsi chargeaient

les cuirassiers au trot. Ce calme, cet aplomb faisaient faire demi-tour à Temiemi, et alors on chargeait celui-ci dans le dos, au galop alors.

C'est bien certainement la nécessité d'entraîner, d'étourdir l'homme et le cheval au moment suprême, qui commande le galop abandonné avant d'aborder l'ennemi, avant de l'avoir mis en fuite.

L'attaque en colonne sur l'infanterie a une action morale plus grande que la charge sur une ligne ; le 1er, le 2« escadron repoussés, l'infanterie, qui dans la fumée en voit apparaître un troisième, se demande quand cela finira-l-il? et branle au manche.

Une simple observation suffit pour démontrer que deux troupes de cavalerie ne s'abordent jamais ; les combats de cavalerie contre infanterie sont seuls meurtriers.

Un militaire, acteur de nos grandes guerres, recommande comme infaillible contre l'infanterie en rang les charges par le flanc, un cheval après l'autre, de la cavalerie arrivant de gauche, rasant le front, renversant les armes et pointant à sa droite. — Ce cavalier a raison. — Ces charges doivent être excellentes, les seules meurtrières, puisque la cavalerie ne peut frapper qu'à sa droite et que chacun frappe. Contre l'infanterie antique, elles eussent été aussi bonnes que l'infanterie moderne. — Cet officier en a vu, de ses yeux vu, des exemples très beaux dans les

guerres de l'Empire. Et je ne mets en doute ni son raisonnement, ni les faits qu'il cite.

Mais, pour ce faire, il faut des chefs inspirant à leur monde absolue confiance ; il faut des soldats solides et pleins d'expérience, il faut en somme une cavalerie excellente, formée par de longues guerres, et des hommes, des chefs et des soldats, en somme, d'une si ferme résolution qu'il n'est rien d'étonnant que les exemples de ce mode d'action soient rares. Ils le seront éternellement. Il faut toujours une tête de charge, tête isolée, et, quand il s'agit d'arriver pour de vrai, la tête rentre dans le rang. Il semble que, perdu dans la masse, on risque moins qu'isolé ; on veut bien charger, mais tous ensemble. Clochette du chat ! qui l'attachera ?

A Waterloo, notre cavalerie s'est fait éreinter sans résultat aucun, parce qu'elle agissait sans artillerie, sans infanterie.

A Solférino, le 72" a été bousculé par la cavalerie.

Pourquoi le colonel A... ne demande-t-il pas l'ordre profond pour la cavalerie, lui qui croit à la pression des derniers rangs sur le premier? Est-ce parce qu'enfin on s'est convaincu que le premier rang seul peut agir dans une charge de cavalerie, et que ce rang ne peut recevoir des autres placés derrière lui aucune impulsion, aucune augmentation de célérité?

Des charges au galop de 3, 4 kilomètres supposent des chevaux d'airain.

Un cheval de dragon porte en campagne, avec des vivres pour un jour, 140 kilos, sans vivres ni fourrage 126 kilos.

Conmient dans ces conditions peut- on maintenir les chevaux et obtenir d'eux la vitesse ?

Toujours la fin, non les moyens ; mettez un quart de vos cavaliers en muletiers, un quart de vos chevaux en bête de bât, et vous y gagnerez pour les trois quarts restants une vigueur dont vous ne vous doutez pas. Mais ces convois? Vous les avez en chevaux blessés, après huit jours de campagne.

Sans exception, tous les écrivains parlant de cavalerie vous disent que la charge à fond de deux cavaleries à rencontre Tune de l'autre, et le choc à toute vitesse, n'existent jamais.

Toujours, avant le choc, l'une faiUit, tourne le dos, sinon il y a arrêt mutuel nez à nez. Que devient donc le MV2 ? Si ce fameux MV^^ est un vain mot, pourquoi donc écraser vos chevaux sous des colosses (oubliant que dans la formule il y a M et V2)? Dans une charge, il y a M, il y a V^, il y a ceci, il y a cela; il y a — IL Y A RÉSOLUTION — et, je crois, vraiment rien de plus.

Ne jamais faire aux officiers, aux soldats de cavalerie des démonstrations mathématiques de la charge,

qui ne sont bonnes qu'à ébranler la confiance ; car le raisonnement mathématique montre un écrasement mutuel qui n'a jamais lieu. Leur montrer le réel. Lassalle avec sa charge au trot toujours victorieuse se gardait bien de raisonnements pareils, qui lui eussent démontré qu'une charge au trot de cuirassiers doit être enfoncée par une charge au galop de hussards.

Il leur disait simplement : Allez résolument^ et soyez sûrs, certains, que jamais vous ne trouverez casse-cou assez décidés pour vous heurter. Il faut être casse-cou pour aller jusqu'au bout. Le Français est plus casse-cou que personne; et c'est pour ce qu'il est bon cavalier de combat quand ses chefs euxmêmes sont casse-cou, qu'il est le meilleur de l'Europe quand, en outre, ses chefs ont un peu de tétc, ce qui ne gâte jamais rien.

La formule de cavalerie est :

R résolution et R et toujours R > tous les MV2 du monde.

Varnery ne veut pas d'officiers en tête de charge ; il est inutile de les faire tuer avant les autres ; il a raison. Il n'en mettait pas devant; sa cavalerie était bonne.

Xénophon : « Quelque chose que ce soit, ou agréable ou terrible, moins on l'a prévue, plus elle cause de plaisir ou d'effroi. Cela ne se voit nulle part mieux

â^ ÉTUDES SUR LE COMBAT

qu'à la guerre, où toute surprise frappe de terreur ceux mêmes qui sont de beaucoup plus forts.

« Mais quand deux armées se trouvent en présence ou séparées par des champs, alors se font les escarmouches de cavalerie, les passades, les voltes pour arrêter et poursuivre Tennemi, après lesquelles il est d'usage que chacun parte lentement et ne se lance à toute bride que vers le milieu de la course. Or si, ayant conmiencé d'abord à l'ordinaire, on fait de suite le contraire et qu'on parte de vitesse aussitôt après la volte, soit pour fuir, soit pour atteindre, c'est de cette manière qu'on pourra, avec le moins de risque possible, nuire le plus à l'ennemi, chargeant de toute sa vitesse, tandis qu'on est près des siens, et détalant de môme pour s'éloigner de la ligne ennemie. Si môme il y avait moyen dans ces escarmouches de laisser en arrière (charge en colonne), sans qu'ils fussent aperçus , quatre ou cinq honmies de chaque division, des plus braves et des mieux montés, ceux-ci auraient bien de l'avantage pour tomber sur l'ennemi au moment où il fait la volte. »

(Xénophon ne parle pas de boucher, mais de brassard au bras gauche.)

Tactique. — Pour que la cavalerie française soit la meilleure cavalerie de l'Europe, et une cavalerie réelle et bonne, il lui suffit d'une chose : se laisser aller au tempérament national, oser, oser, aller de l'avant I

Se faire prendre quelquefois, c'est le métier de la cavalerie légère; on na de nouvelles de Fennemi qu'en le voyant de près. Un homme qui s'échappe suffit. Si nul ne revient, on est encore instruit.

Mais la cavalerie est un bijou qu'on a peur de casser. Ce n'est qu'en cassant cependant. . .

La cavalerie manœuvre sur le champ de bataille. — Pourquoi? — Parce qu'elle le peut faire rapidement et surtout parce qu'elle le peut faire loin du feu de l'infanterie, sinon toujours de l'artillerie.

La manœuvre étant la menace, étant d'un grand effet moral, le général de cavalerie qui sait mancsuvrer fait beaucoup pour le succès. Il arrête l'ennemi en mouvement et indécis de ce que veut tenter la cavalerie ; il lui fait prendre telle ou telle formation qui le tient sous le feu de l'artillerie (de l'artillerie légère, surtout si le général sait en user), plus ou moins longtemps, ce qui hâte sa démoralisation et permet de l'aller joindre, etc.

Avec la puissance de destruction des engins modernes, la marche en avant sous le feu, marche qui toujours vous force à diminuer, sinon à cesser le vôtre, devient presque impossible et donne l'avantage à la défensive.

Cela est tellement évident, que celui-là serait insensé qui n'en serait convaincu.

Que faire alors? Rester à se canarder et canonner

à distance jusqu'à épuisement de munitions. Peutêtre ! Mais pour sûr cet état de choses ramène « la nécessité des manœuvres ». Plus que jamais auront d'importance les manœuvres à longue distance tendant à forcer Tennemi à changer, à quitter sa position. Qui manœuvre plus rapidement que la cavalerie? Voilà son rôle.

Le perfectionnement excessif des engins ne permet plus, pour ainsi dire, que Faction individuelle dans le combat, Téparpillement. Et d'autre part il rend toute leur puissance aux effets d'ensemble, aux manœuvres hors portée de forces assez imposantes pour effrayer l'ennemi sur ses flancs et ses derrières.

L'engagement de cavalerie dure un instant. — Il faut se retourner de suite. Avec des appels à chaque raUiement, on échappe moins au chef, quoi qu'il en semble, que dans l'infanterie, où, une fois engagé, on a peu de répit.

La retraite de l'infanterie est toujours plus difficile que celle de la cavalerie. — Ceci est naïf. Une cavalerie repoussée et ramenée en désordre est un accident prévu, ordinaire ; elle va se ralUer au loin, et souvent reparaît avec avantage. — On peut presque dire, d'après ce qui se passe, que tel est son rôle. Une infanterie repoussée, surtout si la cavalerie s'en mêle, est désorganisée souvent, toujours même si l'action a été chaude, pour le reste de la journée.

Les auteurs mêmes qui viennent vous dire que jamais deux escadrons ne se choquent vous écrivent à satiété : La force de la cavalerie est dans le choc. — Dans la tendeur du choc, oui. — Dans le choc, non. — Dans la résolution donc et rien de plus. Affaire de moral, non de mécanique.

A la longue, les coups de feu et de canon assourdissent le soldat : la fatigue le prend ; il devient inerte, n'entend plus les commandements. — Si la cavalerie se présente inopinément, il est perdu. La cavalerie triomphe par son seul aspect (Bismark ou Decker).

Les canons rayés, les fusils de précision, ne changent en rien la tactique de la cavalerie. Ces armes, le mot de précision l'indique, n'ont d'effet qu'autant qu'il y a précision dans toutes les conditions du combat, du dosage au pointage, et, celles de la distance manquant, leur effet est manqué, et la précision de la distance est impossible sur une troupe en mouvement, et le mouvement est l'essence de la cavalerie. — Du reste, les armes rayées tirent sur tout le monde.

Ce ^ui arrivera du perfectionnement des armes de jet pour la cavalerie comme pour l'infanterie, et il n'y a pas de raison qu'il en soit autrement pour la cavalerie, c'est que l'on fuira de plus loin devant elle, et rien de plu$.

Le cavalier court au travers du danger, le fantassin y marche, et voilà pourquoi (si Ton arrive, ce qui est probable , à Tappréciation des distances) le cavalier ne verra point, loin de là, diminuer son

rôle avec le perfectionnement du tir à longue portée. Le fantassin n'arriverait jamais seul; c'est le cavalier qui menacera, fera diversion, troublera, fera éparpiller les corps, arrivera souvent même en terrain propice s'il est bien soutenu; le fantassin occupera comme toujours ; mais plus que jamais dans l'attaque il aura besoin de l'aide de cavaliers. — Qui saura user de sa cavalerie avec audace sera infailliblement vainqueur.

Le résultat le plus probable de l'artillerie actuelle sera d'augmenter l'éparpillement dans l'infanterie et même dans la cavalerie. Celle-ci peut partir en tirailleurs de très loin, pour se rallier en avançant près du but; elle sera plus difficile à conduire, mais ceci est à l'avantage des Français.

Une cavalerie unique? Laquelle? — Si tous nos hommes peuvent porter la cuirasse et faire en même temps le métier fatigant de cavalerie légère, si tous nos chevaux peuvent en outre porter cuirassiers pour ce métier, je comprends que l'on n'ait que des cuirassiers. Mais je ne comprends pas qu'on supprime, de gaieté de cœur, le moral donné par la cuirasse pour n'avoir qu'une cavalerie sans cuirasse.

Le chevalier se bardait complètement lui-même et son cheval en partie ; il ne pouvait charger qu'au trot.

A l'apparition des armes à feu, la cavalerie, comme le dit un auteur contemporain (général Ambert), se couvrit plutôt d'enclumes que de cuirasses. C'était la seule arme essentielle. Lorsque, par suite des progrès de l'infanterie et de la tactique, il fallut plus de mobilité , lorsque les armées permanentes furent organisées par l'État, celui-ci, qui se souciait moins de la peau des gens que de l'économie et de la mobilité, ne conserva guère de cuirassiers.

La cavalerie de Frédéric ne faisait ordinairement que des pertes insignifiantes. Effet de sa résolution.

Frédéric se plaisait à dire que 3 hommes derrière, l'ennemi valaient mieux que 50 devant. Effet moral.

Le champ de l'action est bien plus vaste aujourd'hui qu'au temps de Frédéric. Les combats se passent en terrains plus accidentés (car les armées plus mobiles ne recherchent pas un terrain plutôt qu'un autre).

Le général de cavalerie forcément y voit moins clair. La vue a ses limites. Les grands généraux de cavalerie sont plus rares, et Seidlitz ne pourrait, sans doute, en face des perfectionnements du canon et du fusil, renouveler ses prodiges. Mais il y a toujours à

faire, et je crois qu il y a beaucoup à faire, et d'autant plus que Ton croit qu il y a moins.

Pour la cavalerie, plus que pour Tinfanterie, car son essence est de s'aventurer plus loin, de prêter le flanc davantage ; par conséquent, il y a nécessité de réserves pour parer les flancs et le dos; il y a nécessité de réserves pour couvrir, soutenir les poursuivants, qui presque toujours, à leur tour, sont poursuivis au retour.

Plus que dans Finfanterie, aux dernières réserves intactes est la victoire.

Donc toujours des réserves et toujours de Taudace. Alliez ces deux choses, et nul ne tient devant

vous.

Avec de l'espace, une cavalerie se rallie vite. En colonne profonde, elle ne peut y arriver.

Puisque, de cavalerie à cavalerie, il y a peu de portes, c'est qu'il y a peu de combat.

Les Numides d'Annibal, les Cosaques de la Russie, inspiraient une vraie terreur par leurs incessantes alertes, et ils éreintaient. sans combat et tuaient par surprise.

On discute un rang, deux rangs pour la cavalerie ; encore afl'aire de moral. Laissez le choix, la liberté du choix, et, suivant la confiance ou le moral, on prendra un ou deux rangs; il y a assez d'officiers pour cela.

Extrait de Folard : « Il n'y a rien qu'un officier ne puisse tirer de la valeur d'une cavalerie composée de cavaliers qui ont de la confiance en leurs chevaux, qu'ils savent bons et vigoureux, et qui joignent à ces avantages des armes excellentes. Une telle cavalerie enfoncera les plus gros bataillons si l'officier a assez d'habileté pour connaître sa force et assez (le courage pour la mettre en œuvre... »

Enfoncer ne suffit pas, et c'est une prouesse qui coûte plus cher qu'elle ne vaut si l'on ne tue ou fait prisonnier le bataillon ; à moins que l'on ne soit immédiatement suivi d'autres troupes chargées de cette besogne...

Ce n'est pas dans Victoires et conquêtes, ni dans les Rapports officiels qu'il faut aller chercher des exemples. C'est dans le témoignage sincère des hommes qui ont agi eux-mêmes et qui en agissant ont vu, chose difficile.

La cavalerie perd toujours beaucoup moins que l'infanterie et par le feu et par les maladies. Ceci explique pourquoi de longues guerres la bonifient beaucoup plus que l'infanterie.

Les raids de cavalerie dans la guerre d'Amérique sont la guerre aux écus, aux travaux d'industrie publique, aux approvisionnements ; ils sont la guerre de destruction de la richesse, non d'hommes; car on perd peu ou point et on ne tue ou prend guère

davantage. La cavalerie est toujours là Tarme aristocratique, qui risque tout (en a Fair du moins, ce qui est bien quelque chose ; il faut de Faudace, et ce n'est pas si commun) et qui perd très peu. Le plus mince combat d'infanterie coûte plus à celle-ci (à nombre égal) que le plus beau raid.

Toute troupe, cavalerie, infanterie, qui se porte en avant, doit faire éclairer,, reconnaître, et le plus tôt possible, son terrain d'action. Condé l'oublie à Neerwindén; le 57® l'oublie à Solférino , tout le monde l'oublie, et, faute de quelques tirailleurs ou éclaireurs..., on éprouve des mécomptes, des désastres. Il faut le faire; il faut faire l'appel dans la cavalerie après une charge; dans l'infanterie, au premier répit. On devrait le faire même aux exercices et manœuvres pratiques, non comme un besoin, mais afin que la routine s'en impose et que cet appel à faire ne se puisse oublier au jour de l'action, où très peu songent à le faire...

Armement. — Un colonel de cavalerie légère, jeune, demande que ses chasseurs soient armés de carabines. Pourquoi ? Si j'envoie du monde reconnaître un village, je pourrai le faire sonder de loin (7 à 800 mètres) à coups de fusil sans perdre personne. Que répondre à cela?

Décidément, la carabine fait perdre à tout le monde le sens commun.

La cavalerie a un fusil pour s'en servir par exception. Prenez garde que l'exception ne devienne la règle, on l'a vu : témoin le combat de la Sicka, où après une première affaire manquée faute d'élan franc de son régiment de chasseurs d'Afrique qui, après s'être élancé au galop, s'arrête à tirailler, le général Bugeaud, à la deuxième affaire, charge à sa tête pour lui montrer comment on charge.

Quelques auteurs songent à mettre la cavalerie en tirailleurs, à cheval, ou pied à terre, le cheval tenu par la bride. Cela me paraît une grave erreur. Si le cavalier tire, il ne charge plus. L'Afrique tant citée à ce sujet prouve précisément la chose.

Deux pistolets ou un revolver vaudraient mieux.

De la pointe. — Le coup de pointe est plus terrible que toute taille ; vous ne vous préoccupez pas du bras levé qui vous menace, vous plongez; mais il faut, pour cela, que le cavalier soit bien persuadé, par ses officiers, par ceux qui ont expérience (s'il y en a après une longue paix), que parer une taille verticale est du péril, sans compter que c'est peu facile. — En cela, comme en tout, l'avantage est au plus brave. — Toute charge de cavalerie est avant tout affaire de moral. Elle est identique en ses moyens, en son action, à la charge d'infanterie. Toutes les prescriptions de la charge (pas, trot, galop, charges, etc.) ont une raison morale, et ces raisons, je les ai déjà dites.

Les cavaliers siks de M. Nolan ont des lames de dragons par eux emmanchées ; ils y vont de la taille, ils ne savent aucune escrime et ne s'y exercent pas ; il suffit d'un sabre bon et d'une bonne envie de s'en servir, disent-ils. C'est vrai.

Il est facile de démontrer que le maniement du sabre est une aussi bonne plaisanterie que l'escrime à la baïonnette prise au point de vue d'une utilité, d'un usage efficace dans le combat.

Manier le mousqueton est une autre plaisanterie (ne voit-on pas parfois (aire faire quand même du maniement d'arme réglementaire à des spahis?).

Il n'y a qu'une chose sérieuse pour le cavalier : être solide à cheval. — On doit le mettre à cheval, et des heures entières, chaque jour, dès son arrivée au corps ; et si l'on veut n'oublier dans les contingents absolument personne, n'importe la taille, connaissant le cheval, le connaissant peu ou prou, pour en faire un cavalier, l'éducation pratique du grand nombre (non l'éducation pédantesque et composée de l'écuyer) sera bien plus rapidement faite.

Les manœuvres faites à pied, dans les intervalles d'exercices à cheval, mais faites d'une manière leste, dégagée (sans s'occuper du soldat sans armes), sans raideur, avec unerapidité chaque jour croissante, mettront les cavaliers au courant de ces mêmes manœuvres plus rapidement que le mode composé en usage.

Dans toutes les choses de la guerre, nous prenons l'exemple dernier, celui dont nous avons été témoins, et alors nous voulons des lances dont nous ne saurions jamais nous servir, qui font peur au cavalier lui-môme, nous ne voulons plus de cuirasses, nous voyons ceci, cela, oubliant que le dernier exemple ne renferme jamais qu'un nombre restreint des données de la question.

Avec la lance, on compte toujours sans le cheval, dont le moindre mouvement fait dévier l'arme si longue. — La lance est une arme effrayante aussi pour celui qui s'en sert à cheval et qui raisonne. — Qu'il embroche un ennemi étant au galop, il est démonté, enlevé de cheval, a le bras arraché par la lance restée au corps de Tennemi.

Si l'on attend de pied ferme, on oubUe toujours (luc le cheval voudra ftdr, se dérober devant le heurt. — Si Ton va au-devant, autant encore fait le cheval.

On discute toujours entre la lance et le sabre. — La lance exige des cavaliers lestes, vigoureux, des plus solides à cheval, très exercés, très adroits, car l'escrime de la lance est autrement difficile que celle du sabre droit, surtout si celui-ci n'est pas trop lourd ; cette difficulté d'escrime de la lance n*est-ce donc pas la réponse de la question ? Quoi que Ton fasse, de quelque manière que l'on s'y prenne, il faut toujours songer (lue nos recrues ^ en temps de guerre*

sont toujours versées dans les escadrons comme dans les bataillons, avec une instruction très inachevée, et, si on leur donne des lances, la plupart n'ont que des gaules à la main ; tandis qu'au bout d'un bon poignet le sabre droit est d'un maniement à la fois naïf et terrible.

Nulle cavalerie, à moral égal, ne tiendrait contre une cavalerie armée de fourches , de fourches courtes, sorte de tridents ; on redoute moins de s'en servir que d'une lance, car la fourche ne peut transpercer d'outre en outre, et lâchée après le coup, mais retenue par une courroie, dragonne, comme est retenue la lance, elle se peut retirer du corps, qu'elle perce de six pouces au plus, et n'entraîne pas la chute de celui qui a percé.

La fourche courte, trois pointes courtes. — Juste assez pour tuer, pas assez pour transpercer et restant au corps de l'homme, emporter, renverser le cavalier qui a frappé. — Fourches contre-lances, la lance conduit la fourche qui la relève. — Ceci à l'adresse des amateurs d'escrime à cheval. — Mais la fourche ! ! Malheureusement ce serait ridicule, non militaire t!

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