‹ Études sur le combatChapitre 24 sur 27 · SUR L EMPLOI DE LA CARABINE ET DES CHASSEURS A PIED · texte numérisé non relu

SUR L EMPLOI DE LA CARABINE ET DES CHASSEURS A PIED

Qa'll faut songer à tirer parti de la carabine.

Si nous n y prenons garde, il se trouvera que les armes de précision auront été inventées contre nous.

Par tempérament, sang plus vif, susceptibilité nerveuse plus grande, nous avons moins qu'aucun peuple de TEurope le sang-froid nécessaire au viser; nous sommes les moins aptes à nous servir des armes de précision.

Les autres infanteries, par sang-froid de tempérament, auront de meilleurs tireurs que l'infanterie française ; leurs soldats, bien plus dociles, s'ils sont moins intelligents, dirigés avec le sens pratique que donne aux chefs l'expérience, sauront tenir contre notre force d'élan, qu'ils auront le moyen d'arrétef ou de ralentir en route. Les armes de précision ont entre leurs mains plus d'efficacité qu'entre les nôtres *. Il faut que nous prenions la supériorité et que nous

1. Le siège de Sébastopol, l'Italie, à l'envers du préjugé général, le prouvent à qui ont vu de près.

allongions d'une manière efficace et réellement protectrice pour elle le tir de notre infanterie.

Les armes portatives ont atteint leur maximum de portée, celle de la vue. La question de la carabine n'est point dans une arme d'une justesse plus ou moins grande, d'un chargement par la culasse ou au maillet; elle est dans le mode d'emploi, et il faut que les premiers nous sachions nous en servir. — Les Anglais ont peut-être pris l'avance. Dans une de leurs expériences, partout citée, de la terrible efficacité de la carabine Ensfield sur un bataillon en panneaux adossés à la mer, seize hommes seulement tirent, et leurs cartouches usées sont remplacées par seize autres; et seize est précisément le groupe maximum de tireurs postés dont le tir puisse être surveillé par un officier.

Les carabines n'ont, ne peuvent chez nous, avoir d'action réelle que par groupe de dix à quinze dans les mains d'un bon officier. Cette artillerie de main, afin d'être commandée par des officiers de choix, des gens aptes, afin d'être composée des meilleu»*s tireurs de l'armée, doit appartenir aux régiments.

On a des bataillons de carabiniers, chasseurs; on en peut faffe des régiments; mais bataillons ou régiments ne nous donneront jamais des tireurs de carabine.

Toutes le^ recommandations, tous les règlements

en effet sont impuissants à fixer a une troupe un mode exclusif d'action, si la constitution de cette troupe en permet plusieurs. A un moment donné, il n'y a plus de règlement ; il n'y a plus que la nécessité du moment aux yeux du chef, qui a ou n'a pas de tact, qui apprécie juste ou de travers. Si Ton veut que telle arme soit employée de cette manière, il faut absolument que sa constitution ne se prête à aucun autre mode d'action. Un corps nombreux de carabiniers, bataillon ou régiment, prêtera toujours à l'action de masse d'infanterie de ligne ou à l'action de tirailleurs, et l'on ne cessera de voir cette chose judicieuse : les armes de la plus longue portée ^ toujours les plu>s près de V ennemi.

Des petits groupes de tireurs perdus dans les corps d'infanterie ne peuvent absolument être employés que comme carabiniers, comme tireurs ; et, de plus, la solidarité qui doit exister entre les différentes armes, et qui s'élude si facilement, est bien plus assurée avec des hommes appartenant aux corps mêmes qu'ils doivent soutenir, aider, de leurs feux à longue portée ; on a compte à rendre aux camarades^ à son chef de bataillon, à son colonel, compte bien autrement sérieux qu'à un chef du moment qui a vu ou n'a pas vu, et trop souvent est arrêté dans le blâme

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