Avons-nous une discipline de guerre
à cette manière forcée, inévitable de combattre ; qui aient pour effet de régulariser celle-ci dans la mesure du possible, et par conséquent d'enlever le plus possible au hasard, en conservant plus longtemps au chef la direction du combattant, laquelle échappe d'emblée quand l'instinct du combattant est en contradiction absolument incompatible avec la méthode ordonnée. C'est le seul moyen de sauvegarder la discipline, qui se brise par les désobéissances tactiques précisément à l'instant de sa plus grande nécessité.
Mais prenons garde qu'il s'agit ici de disposition première avant l'action et de méthode de combat, et non de manœuvres.
Les manœuvres sont la marche des troupes sur le terrain d'action et les mouvements de disposition, sur ce terrain, de la plus grande comme de la plus petite des fractions constituées, avec toutes les garanties d'ordre et de célérité possibles ; elles ne sont point l'action même ; l'action les suit.
C'est la confusion de la manœuvre et de l'action qui amène en beaucoup d'esprits le doute et la défiance à l'endroit de nos manœuvres régie-
mentaires, bonnes, très bonnes cependant dans leur ensemble, puisqu'elles donnent les moyens d'exécuter tous mouvements, de prendre toutes dispositions possibles, avec toute la rapidité et tout Tordre pratiquement possibles.
Les changer, les discuter, n'avance pas la question d'un pas. Il reste toujours le problème de l'action définitive ; sa solution est dans l'étude sincère de ce qui se passait hier, de laquelle seule on peut conclure à ce qui se passera demain, et alors tout le reste s'ensuit.
Cette étude est à faire, à écrire s'entend, car tous ces chefs l'ont faite auxquels l'épreuve de la guerre donne une valeur et une autorité morales reconnues dans une armée, ceux-là desquels on dit : Il connaît le soldat, et il sait s'en servir.
Il connaît le soldat, il sait s'en servir. — Que savaient de plus les Romains trouvant la légion ? — Mais comme ils savaient bien, ces maîtres du combat! Leur incessante expérience et une réflexion profonde avaient pu seules les conduire à une science aussi complète.
L'expérience aujourd'hui a des intermittences. Il faut donc la recueillir soigneusement, et l'étude
à laquelle nous allons nous livrer sera bonne à cela et en outre à stimuler la réflexion, même chez ceux qui savent; surtout chez ceux qui savent. Et, puisque les extrêmes en tant de choses se touchent, qui sait, — si de même qu'aux temps anciens de la lutte à bout de pique et d'épée on a vu des armées vaincre d'autres armées solides dans la proportion d'un contre deux, — qui sait si le perfectionnement excessif des armes de destruction lointaine ne pourrait ramener ces victoires héroïques à armes égales du moindre nombre sur le plus grand, par quelque combinaison de bon sens ou de génie du moral et de l'engin *?
Malgré que le dire soit de Napoléon P% il en coûte d'accepter que la victoire, à toujours, soit du côté des plus gros bataillons.
1. La surprise certainement aujourd'hui ne durerait pas longtemps. Mais les guerres se font vite.