‹ Études sur le drame antiqueChapitre 11 sur 56 · Choéph · texte numérisé non relu

Choéph

Mais la querelle d'Atrëe et de Thyeste lui est étrangère et ne peut agir sur elle; cependant cette querelle pèse sur la destinée d'Agamemnon, le crime du père voue le fils à la mort. Autrefois, Égisthe, le vengeur de ce crime, paraissait au premier plan; Eschyle l'a rejeté dans l'ombre, tout en insistant sur ce crime et ôes conséquences fatales. On ne saurait nier qu'il n'y ait là un inconvénient; mais on ne voit pas comment le poète aurait pu l'éviter, lié qu'il était par la tradition.

M. Richter regrette qu'Eschyle, en flétrissant le sacrifice d'Iphigénic comme un acte de criminelle démence, ait 1 dès le début du drame, rendu son héros odieux, indigne de sympathie. Il est vrai que le grief de Clytetanestre prend d'autant plus de gravité qu'il est exposé, non par l'épouse infidèle, mais par les vieillards d'Argos, et qu'il l'est dans un admirable morceau lyrique plein de traits touchants et de protestations indignées, au point que Lucrèce n'a eu qu'à traduire les vers les plus saillants pour accuser les méfaits de la religion. Afin de bien comprendre Eschyle, il faut oublier YJphigénie à Aulis d'Euripide et la modification de la fable que cette tragédie a définitivement consacrée. Anciennement Agamemnon ne se voilait pas la face et ne versait pas de larmes pendant le sacrifice de sa fille, il était lui-même son bourreau , « il souillait ses mains paternelles d'un sang virginal », (itaivwv Ttapôevo- (j^àyoïdiv fei6poiç 7raTpa>ou; /épaç 1 : Euripide lui-môme,

\. Agam.f 209.

dans son Iphigénie à Tauris, suivait encore cette barbare version de la fable '. Qu'elle révoltât Eschyle, cela n'a pas lieu de nous étonner. Jugerons-nous, avec M. Richter, que le poète s'est laissé emporter par un sentiment moral, très respectable en luimôme, mais de nature à compromettre l'effet de la tragédie? Quoi qu'il en soit, Eschyle a fait ce qu'il voulait faire. Il ne s'est point appliqué à ménager son héros : à plusieurs reprises il lui reproche, par l'organe de son chœur, d'avoir, pour une femme f , déchaîné les maux de la guerre, fait mourir tant d'hommes vaillants ; il nous fait entendre les sourdes imprécations du peuple qui s'amassent sur la tête du prince ambitieux 8 . Le temps n'est plus où la beauté d'Hélène excusait tout et ensorcelait jusqu'aux barbons de Troie (et cependant le malin aède donne à un de ces vieillards le nom significatif d'Oukalégon* c'est-à-dire Pococutante) : le vieux Sémonide d'Amorgos détestait déjà cette beauté fatale *, et Eschyle partage ce sentiment.

Les causes de la catastrophe sont donc multiples, le crime d'un père a fatalement voué la tête d'Agamemnon à une mort lamentable, mais cette tête n'est pas innocente : le sang d'tine fille immolée, le sang d'innombrables victimes de son ambition, cric contre le rejeton d'une race grande dans ses des-

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