Andromaque
produit par les drames d'Euripide que de discerner les opinions personnelles du poète.
Euripide n'a juré sur la parole d'aucun maître, mais il a subi l'influence de tous les penseurs qu'il put connaître personnellement ou par leurs écrits. ■ Cependant la tradition constante qui fait de lui un disciple dWnaxagore mérite d'être prise en sérieuse considération : elle est confirmée par plusieurs passages de ses drames, tant conservés que perdus. M. Decharme est à ce sujet un peu moins sceptique dans son livre qu'il ne l'avait été naguère dans un mémoire consacré à cette question 4 . L'esprit de doute qui avait succédé chez les philosophes de cette époque à la construction de systèmes divers et en apparence contradictoires, souffle en plein dans le théâtre d'Euripide. Notre auteur examine successivement la critique appliquée par le poète à toutes les idées reçues d'ordre religieux, moral, social, politique. Arrêtons-nous sur les vues religieuses, qui tiennent dans son œuvre la plus grande place et la plus importante. Il est de toute évidence pour le lecteur le moins attentif qu'Euripide ne cessait de combattre les récits traditionnels dont se composait l'histoire des dieux, la manière dont on les mêlait aux choses humaines, les traits de caractère et les passions qu'on leur prêtait. Allait-il jusqu'à nier leur existence et saper toute croyance religieuse? Nous le rechercherons plus loin ; d'abord il convient de distinguer les degrés de cette opposition, tantôt