Ion
Les dieux punissent bien l'homme qui se conduit mal ; est-il juste que les auteurs des lois imposées aux mortels les transgressent eux-mêmes? S'il arrivait (cela ne sera pas, je ne fais qu'une supposition), mais s'il arrivait que vous eussiez à donner satisfaction aux hommes de toutes les unions violentes, toi-même et Poséidon et Zeus, le maître du ciel, vous épuiseriez les trésors de vos temples pour réparer vos torts. » Souvent le reproche est direct et exprimé dans un langage grave. Apollon a dressé un guet-apens à Néoptolème. Après avoir raconté la mort du héros, le Messager ajoute : « Le dieu qui rend des oracles, qui révèle à tous les hommes les règles de la justice, voilà ce qu'il a fait au fils d'Achille, venu pour réparer ses torts. Il a, comme un homme méchant, gardé rancune d'anciennes querelles : où est donc sa sagesse * ? » Quand l'amante qui se croit trahie fait éclater sa douleur et son indignation, ce n'est plus une grave réflexion, mais une accusation passionnée qui accable le dieu. Creuse cueillait des fleurs au pied de l'Acropole d'Athènes, quand Apollon l'entraîna dans une grotte et, malgré sa frayeur et ses cris, la rendit mère. L'enfant qu'elle exposa sur cette couche nuptiale a disparu. « Il a péri misérablement, mon fils et le tien ; toi cependant tu chantes des péans aux sons de ta lyre. Ah! c'est le fils de Latone que j'interpelle, le prophète assis sur un siège d'or au centre
1. Andromaque* 1161-1165. Le chœur des Troyennes (v. 845) n'accuse pas le rapt de Ganymède, mais l'ingratitude de Zeus.
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Tout le monde connaît la scène déchirante *pn suit le meurtre de CMemnestre par ses propix^* enfants. Oreste et Electre rappellent alternats ornent tous les incidents de l'acte horrible qu'ils xicnucut de commettre, ils pleurent sur la victime, iN se tout horreur à eux-mêmes: ils accusent le dieu \\\\\ le»* a poussés au parricide: de leurs cris de désespoir, du sang qui souille leurs mains, s'élève une \oi\ nui condamne le dieu de Delphes et son oracle inliu main. Plus celte scène est doulnureuNc, plu»» In protestation d'Euripide contre une fnhle qu'il i^vinpin
\. Ion, 887 022.
en poète et qu'il condamne en philosophe, devient incisive et puissante.
Est-il vrai qu'Euripide alla plus loin et qu'il prêcha l'athéisme? Aristophane l'en accusa, et M. Decharme n'est pas éloigné de donner raison à Aristophane. Il affirme que le poète veut engager la foule à ne pas honorer les dieux, puisqu'ils sont injustes; que* non content de rejeter le polythéisme, il élimine aussi la personne d'une divinité unique, en dépouillant Zeus âe tout ce qui constitue une personnalité. « Vois-tu au-dessus de nos têtes l'éther infini? Il étreint la terre d'un souple embrassement. C'est là Zeus, c'est là Dieu, crois-le bien 1 . » Euripide ne voit donc en Zeus qu'un nom de l'éther, il le transforme en un élément de la nature. M. Decharme accorde lui-même que cette manière de penser ne pouvait rien avoir de choquant, puisqu'elle est conforme aux plus anciennes croyances des Hellènes. Mais il reproche à Euripide de ne pas toujours distinguer l'éther céleste de l'air plus grossier qui enveloppe la terre. J'avoue ne pas y trouver grande différence, ni grand mal : la terre elle-même n'avait-elle pas son culte, ses temples et se^ fêtes?
Nulle part Euripide ne parle plus explicitement de la puissance mystérieuse qui conduit le monde que dans la fameuse prière qu'il prête à Hécube 2 . « toi qui portes la terre et qui reposes sur la terre, qui que tu sois, Zeus, être mystérieux ; que tu sois