‹ Études sur le drame antiqueChapitre 28 sur 56 · Fragment 292; Iph. Taur., 391; Hercule furieux · texte numérisé non relu

Fragment 292; Iph. Taur., 391; Hercule furieux

soulage pas seulement la douleur physique du héros, elle lui inspire les plus nobles sentiments. La déesse préside à la scène touchante où nous voyons le fils mourant et le père qui est l'auteur de cette mort se réconcilier et s'attendrir mutuellement sur leur sort. Le pardon descend du ciel et, en opposant Artémis à Aphrodite, le poète semble avoir mis en regard d'une divinité, telle que la concevait le peuple, sa propre conception de la nature divine. Si l'on dit que le théâtre d'Euripide agit comme un dissolvant sur les vieilles fables et les croyances populaires, on dit vrai, mais on ne dit pas tout. Euripide n'a pas seulement ébranlé les opinions reçues, il a puissamment contribué à répandre une conception plus haute du divin, qui devait être celle de l'avenir.

Faut-il croire que, vers la fin de ses jours, le poète, désabusé de la philosophie, se soit converti à je ne sais quelle orthodoxie païenne? Les Bacchantes, qui ne furent jouées sur le théâtre d'Athènes qu'après la mort d'Euripide, condamnent hautement la prétendue sagesse des esprits forts et exaltent la foi aveugle des gens du peuple. On y voit un jeune dieu, Dionysos, introduire son culte dans Thèbes, où il était né, et, comme il rencontre de l'incrédulité dans sa propre famille, frapper de démence les femmes rebelles à la religion nouvelle. Une mère déchire de ses mains son propre fils, qu'elle prend pour un jeune lion, et paraît sur la scène en chantant victoire et brandissant un horrible trophée, la tôte de son enfant. Les lecteurs

d'Electre, d'Hercule furieux, d'Andromaque, s'attendent ici à une protestation énergique du poète contre cette terrible légende ; mais le poète s'abstient de condamner la conduite du dieu : sa vengeance # apparaît comme un acte de justice par lequel il manifeste sa puissance et établit sa religion. Malgré les apparences contraires, M. Decharme ne pense pas qu'Euripide ait voulu renier son passé : « Si le poète, dit-il, s'est passionné pour la religion dionysiaque, le philosophe a dû secrètement partager les sentiments de Penthée ». Les derniers éditeurs des Bacchantes l s'accordent sur ce point avec M. Decharme, et nous pensons, nous avons toujours pensé, qu'il est dans le vrai. Il y a cependant là un problème qu'on nous permettra de discuter à nouveau, un peu plus longuement que notre auteur ne l'a fait dans un livre qui embrasse tant de matières diverses.

Il est incontestable qu'en écrivant les Bacchantes Euripide imposa silence à sa critique, à son esprit d'examen, pour s'abandonner à son sujet, pour s'inspirer, s'enivrer de la religion de Dionysos. On peut dire, en abusant d'un vers d'Eschyle ', que le drame d'Euripide est plein du dieu, que ses chants respirent la folie bachique :

ivQouffta b)\ 8pap.a, pax^euei pi A 7].

Cette folie se manifeste de deux manières. Bac-

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