‹ Études sur le drame antiqueChapitre 29 sur 56 · E. Bruhn, Berlin, 1891; R. Yelverton Tyrrel, Londres · texte numérisé non relu

E. Bruhn, Berlin, 1891; R. Yelverton Tyrrel, Londres

2. Eschyle, frag. 58 : 'Ev8ov<xia Srj 8c5(i,a, (3ax-/eu£c vzéyri.

chus est, comme on lit quelque part dans cette pièce, le dieu à la fois le plus terrible et le plus doux aux mortels *. Son délire est un bienfait pour les uns, un châtiment pour les autres. Le chœur, composé de femmes lydiennes dévouées au jeune dieu, jouit de ses faveurs, des douceurs inlinies de son culte. Les chants du chœur, comme les récils du Messager, nous transportent dans la montagne, dans les frais vallons et les bois solitaires; nous y entendons la bruyante musique des tambours et de» cymbales, nous suivons la bacchante dans sa course échevelée, dans les transports où elle oublie les soucis, les misères de la vie journalière, pour vivre dans un monde d'illusions et de merveilles. Là, mieux encore que dans les monuments figurés, on est témoin du délire des adorateurs de Haechus, do cette exaltation où la personne du fidèle se confond avec celle du dieu. Le caractère propre du mysticisme est toujours le môme : le païen, comme le chrétien, ravi hors de lui-môme, s'affranchissait du moi, pour se perdre, s'abîmer, dans son dieu. Seulement, pour le mysticisme antique, ce dieu est la nature. C'est en s oubliant, en se plongeant au sein de la nature, comme dans une fontaine de jouvence, dans une source d énergies mystérieuses, surhumaines, que le fidèle ressent un soulagement délicieux, se sent purifié et comme sanctifié par une joie ineffable. Mais ce qui est remède pour les un*», est poison pour les autres. Quand le cri " A la montagne,

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à la montagne! » entraîne les ennemis du dieu, il les remplit d'une sombre fureur, d'un aveuglement funeste, d'une démence meurtrière, dont ils pleureront les effets quand ils seront revenus à la raison. Le poète a dépeint avec la même vigueur les deux délires, les deux visages du dieu. Il semble bien pénétré des bienfaits de Dionysos; approuve-t-il également les terribles vengeances du dieu? On le dirait; cependant un vers, signalé avec raison par M. Decharme, trahit le sentiment intime du poète. Quand Dionysos déclare qu'il a justement puni l'outrage fait à sa divinité, Agave répond : « Les dieux ne devraient pas s'abandonner aux mêmes passions que les hommes » .

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Penthée a beau être traité par les bacchantes d'insensé contempteur des dieux, de rebelle impie, semblable aux' géants ennemis de l'Olympe, il n'en est pas moins présenté comme un prince ferme et sensé, tendrement aimé par son aïeul, le vieux Kadmos, qu'il défend contre tout outrage et dont il fait respecter les cheveux blancs *. Sont-ce là des vertus dont est pavé le chemin de la damnation? On peut trouver que Penthée n'a pas tort de s'opposer à l'introduction d'un culte fanatique, d'estimer que les ivresses, les extases, les fêtes nocturnes ne sont pas sans danger pour la vertu des femmes. Il est vrai que Tirésias réfute la critique de Penthée,

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