Frag. 235, Nauck
palais de Suse. La pièce elle-même, interrogée sans prévention, nous apprend tout le contraire. La reine arrive sur un char; Xerxès paraît avant que sa mère ait eu le temps d'apporter le vêtement royal qu'elle est allée chercher dans le palais. M. de Wilamowitz en a conclu avec raison que les Perses n'exigeaient pas non plus de décor peint. Mais ce critique est allé plus loin encore, trop loin à notre gré. A l'entendre 1 , il n'y aurait pas eu, avant la réforme de Sophocle, de scène proprement dite, mais seulement une estrade au milieu de l'orchestre circulaire. Le chœur tragique aurait, comme le chœur du dithyrambe, fait ses évolutions autour de ce centre; les spectateurs, placés tout autour de l'orchestre, auraient, de leur propre mouvement, abandonné une partie de l'amphithéâtre, pour ne pas voir les acteurs de dos. Voilà qui est bien singulier. Il n'y avait pas encore de décor peint, sans doute; mais cela n'empêchait pas qu'il existât une paroi unie au fond de la scène; je crois même que le proscenium n'était pas sans plafond. Dans le Prométhéc, les Océanides paraissent sur un char ailé, Océan arrive monté sur un hippogriffe. Comment se figure-t-on ces personnages suspendus en l'air au milieu d'un espace découvert? Ces machines supposent une paroi et même, ce me semble, un plafond.
La question de savoir si l'estrade des acteurs se trouvait au milieu ou au fond de l'orchestre est tout
1. Voir, on Ire l'ouvrage dont nous rendons compte, un mémoire intitulé Die Bùhne des Aischylos, dans Dermes, xxi (1880), p. 5U7 et suiv.
à fait indépendante de celle qui concerne la date de la construction permanente d'un théâtre en pierre. En fouillant remplacement du théâtre de Dionysos, sur le flanc de l'Acropole, M. Doerpfeld n'a trouvé aucune trace d'une construction pareille qui fût antérieure à l'édifice de Lycurgue 1 . On lit dans Suidas qu'aux débuts d'Eschyle, vers Tan 500, les sièges en bois des spectateurs s'étant écroulés, les Athéniens décrétèrent l'érection d'un théâtre en pierre; et c'est sur }a foi d'une anecdote aussi mal autorisée qu'on avait antidaté ce fait, en dépit des textes les plus clairs. Pour n'en citer qu'un seul, Aristophane * parle des échafaudages construits à l'usage du public. On rusait avec ce témoignage, on supposait que les Athéniens avaient continué de se servir du mot Yxptoc, c'est-à-dire « plancher de bois », pour désigner une construction en pierre. Si l'on fait abstraction d'une anecdote sans valeur, aucun texte ancien ne mentionne de théâtre en pierre à Athènes avant Lycurgue. Aux passages réunis par notre auteur on peut ajouter un mot de Xénophon : dans la Cyropédie^ il fait construire à son héros des tours mobiles et légères, « dont les poutres, dit-il, n'avaient pas plus d'épaisseur que celles d'une scène dressée pour la tragédie 3 ». On voit quç, du temps de Xénophon, on avait encore
1. Voir Hermann-Mueller, Handbuch der griechisch. Bûhnenalterthûmer, p. 415.