Aristote, Poétique, chap. xvm
l'usage des cinq actes, par la raison que la Poétique cTAristote n'en fait aucune mention. Après avoir ainsi écarté les Romains d'un côté et les Athéniens de l'autre, je n'ai plus la liberté du choix, les tragiques de l'époque alexandrine sont les seuls qui restent : ce précepte serait donc du nombre de ceux qu'Horace puisa dans le livre d'un écrivain de cette époque, Néoptolème de Parium, sa principale source au rapport d'un commentateur ancien, et nous devrions à quelque Lycophron la loi en vertu de laquelle on écrit encore aujourd'hui des tragédies en vers et en cinq actes f .
Mais si les Grecs ont inventé les cinq actes, on me demandera peut-être comment ils les appelaient. Le nom qu'ils leur donnaient était tout simplement les cinq parties, xi irévxe jxepTj, et cette locution, qu'on trouve chez Marc-Aurèle, mais qui fut, j'ai lieu de le croire, employée longtemps avant lui par les critiques alexandrins, semble impliquer que les chœurs sont un ornement en dehors des parties constitutives du drame, tandis que l'ancienne terminologie attique rapportait au chœur, comme à 1'élémeitf essentiel, toutes les divisions du poème dramatique f .
1. On peut aussi songer à Ménandre. Cependant on voit toujours la tragédie servir d'exemple à la comédie et ne*se régler jamais sur cette dernière; ce fait serait unique dans Phistoire du genre dramatique chez les anciens. Donat, Praef. in Adeiphos, 111, et Evanthius, De tragoedia et comoedia, n'attribuent pas nettement à Ménandre la division uniforme en cinq actes que les grammairiens établirent ou rétablirent dans le texte des comédies de Plaute et de Térence.
2. On connaît par Aristote (Poétique, chap.xu) l'ancienne terminologie. L'entrée du chœur était l'entrée par excellence, etaoSo; ou 7capoSo;; les entrées d'acteurs qui suivaient le pre-
Quelle que soit l'origine delà règle des cinq actes, parmi les auteurs qui sont venus jusqu'à nous, Horace est le premier qui l'énonce, et, chose curieuse, Horace la recommande comme une garantie du succès au théâtre.
Ne brevior, neu sit quinto productior actu Fabula, quae posci vult et spectata reponi.
Cependant le seul tragique ancien dont les ouvrages
mier chant du chœur ou l'un de ses autres chants s'appelaient épisodes, èirei<r<tôia; tout ce qui précédait son entrée s'appelait prologue, et sa sortie fit donner le nom d'exode à la fin de la pièce. Quant à la terminologie nouvelle adoptée par les Latins, Marc-Aurèle dit, dans l'une des dernières lignes de son livre, ta rcévTs jjiépyj pour les cinq actes, et le terme {lipyj se trouve avec la même signification dans certaines parties, évidemment anciennes et provenant, je crois, des critiques alexandrins, du recueil des scholies d'Eschyle et d'Euripide. Chez Eschyle, dit la Vie anonyme de ce poète, Niobé restait assise sur le tombeau de ses enfants, la tête voilée et sans proférer un mot, jusqu'au troisième acte, ëwç xpsTou yipov;. Telle est la leçon du meilleur manuscrit, rétablie par Dindorf : on lisait autrefois £c*>; TptTYj; yijiipaç, ce qui est absurde. L'argument de YAndromaque d'Euripide loue la tirade d'Hermione ev tô> Sevxlpcp (jipei. c'est-à-dire dans le second acte : on aurait dit autrefois ev tô irpwTo> èW<ro8tû>. Le nouveau Thésaurus ne signale pas ce sens particulier du mot jiépo;, qui se trouve aussi appliqué à une autre espèce de spectacle chez Lucien, de Saltatione, chap. lxvi. Il y est question d'une pantomime en cinq actes, (xeptbv. Toutefois l'auteur s'exprime de manière à laisser croire que le nombre des actes n'était pas toujours le même dans ces opérasballets. — Dans une notice qui porte le titre 'Avâpovtxou i?epi tagecoç 7coty)Tu>v (Bekker, Anecd., p. 1461. Scholia in Aristophanem, éd. Didot, p. 22), on lit, au sujet de Térence : elç rcévre <rxir)vàç Statpet to 8pà{ia. C'est là une façon de parler impropre et vicieuse, et il faut, ce me semble, attribuer à une époque très tardive soit la notice tout entière, soit les lignes dans lesquelles un écrivain .grec daigne mettre les poètes latins à côté de ceux de la Grèce et donne pour représentants de la comédie latine Térence et Plaute, en ignorant Cécilius, que les anciens nomment toujours avec ces deux auteurs.
nous en offrent aujourd'hui l'exemple, et dont l'autorité Ta fait prévaloir parmi les modernes, Sénèque, n'écrivait pas pour le théâtre. Aucune loi du genre dramatique n'a été mieux observée par ce poète que celles qui regardent la représentation et qu'il aurait pu négliger sans inconvénient. La conduite de l'action, la suite des caractères, l'intérêt, l'émotion, les conditions essentielles enfin du poème dramatique, il en fait bon marché. Mais les règles de convention, comme les trpis interlocuteurs, les cinq actes, sont du nombre de celles avec lesquelles un auteur ne peut transiger, lorsqu'il a pour auditeurs des gens qui se piquent de science et de critique. Il suffit de savoir compter sur -ses doigts pour lui en remontrer, s'il s'avisait de les violer.
[P. -S. — J'ai fait observer, & propos des vers 1122-23 de la Médée. d'Euripide, que les vers correspondants de Sénèque (881-82) étaient à tort attribués à la Nourrice, qui ne pouvait avoir de rôle dans le dernier acte. En effet le manuscrit E ne nomme pas la Nourrice parmi les personnages de cet acte, et il donne ces vers au Messager, qui vient de parler. On pourrait aussi les donner au chœur. Le même manuscrit confirme que Thésée n'avait pas de rôle dans le is* acte d'Hercule furieux. Il attribue les vers 1034-36 au chœur. J'étais cependant allé trop loin en assurant que Thésée n'assistait pas au massacre des enfants et de la femme d'Hercule. Malheureusement le vers 913 prouve que Thésée était un témoin muet et impassible de cette scène. Je h» regrette pour le poète. Quant aux vers- 824-26, 828-31, x:u-35 iï Œdipe, Léo, dans son excellente édition des Tragédies de Sénèque, les laisse au Corinthien. Je m'en étonne.]