Vie de Périclès, chap. vi
LA TRAGÉDIE ATTFQUR. 23
drement aimé, et nous sommes lout disposé à en croire Denys. C'est ainsi que le chœur, ou le coryphée, de YAlceste attribue à l'un de ses parents (sjxot tiç tjv Iv yévet l ) la fermeté d'âme dont Anaxagore avait fait preuve dans une circonstance douloureuse. Est-ce à dire qu'Euripide doive être regardé comme un adepte de la philosophie d 'Anaxagore? Il est clair, au contraire, que le poète n'est inféodé à aucun système. Vivant dans un siècle de fermentation philosophique, il a subi toute sorte d'influences, agité tous les problèmes, médité toutes les questions qui peuvent solliciter, tourmenter l'esprit des hommes, sans prétendre en donner de solution définitive.
Arrivons à Socrate. Sa liaison avec Euripide était généralement admise dans l'antiquité; les comiques contemporains, Aristophane, Téléclide, se plaisaient à faire du philosophe le collaborateur du poète ; le chœur des Grenouilles * explique la défaite d'Euripide et les défauts de ses tragédies par son commerce avec Socrate. M. de Wilamowitz nie ce commerce : l'irréflexion seule, dit-il, peut croire à l'amitié entre deux esprits aussi, profondément différents. Socrate passe sa vie dans les gymnases, Euripide aime la solitude; Socrate fait parade de son ignorance, Euripide vante la sagesse des sophistes; Socrate soutient qu'il suffit de connaître le bien pour le faire, Euripide est convaincu que les meilleures intentions ne sauraient résister aux entraînements de la pas-