ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET NATURE
Les renseignements que nous possédons sur l'anatomie pathologique du goitre épidéraique sont peu nombreux. Nous avons d'abord l'observation publiée par M. Collin : il s'agit d'un militaire qui est mort de scarlatine, le 19 avril 1859, pendant la durée d'un engorgement aigu du corps thyroïde qui occupait les deux lobes latéraux ; le goitre était peu accentué à l'extérieur , plus saillant à droite, souple à la palpalion , de date récente , se prolongeant en réalité sous les attaches des muscles sterno-mastoïdiens. Le tissu du corps thyroïde était en partie décoloré , grisâtre , dur ; il y avait hypertrophie de ses éléments fibreux ; il renfermait deux petits kystes ( l'un à droite, l'autre dans le lobe médian) un peu plus gros qu'un pois , à parois souples cellulo-fibreuses. Ils étaient remplis d'un Hquide onctueux jaune brunâtre (1).
Nous croyons utile de rappeler ici la citation suivante , empruntée à la thèse de M. Patritti : M. Brocca prétend que les follicules (de la thyroïde) sont visibles à la loupe et même à l'œil nu , et qu'il est aisé de suivre sur la même pièce tous les degrés de la transformation kystique.
Cruveilher et Say disent d'autre part que les vésicules de cette glande contiennent un liquide transparent , de nature albumineuse ; ils ajoutent que : « très-souvent ce liquide est remplacé par de la matière colloïde dont l'accumulation détermine la distension des vésicules et constitue l'une des formes du goitre. »
M. Saillard a public l'autopsie suivante, faite par M. Lebert : « La glande présentait une tuméfaction notable de son tissu qui était d'un rouge foncé , gorgé de sang , très-vasculaire ,
(1) CoIIin. Recueil des Mém. de méd., de chir. et de pliarra. mil. Tom. vi. Se série, 18G1.
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comme spongieux. A l'examen microscopique , on ne trouva qu'une imbibition de la glande par la sérosité du sang et l'épi- Ihélium des vésicules infiltré de granules. » (L. Thibaud).
Il résulte de ces faits que la tuméfaction de la glande thyroïdienne peut être due : 1°. à une hypérémiô , comme cela a eu lieu dans l'observation de M. Saillard ; 2". à une hypersécrétion ayant son siège dans les cellules qui entrent dans la composition du corps thyroïde et qui peuvent se dilater au point de se transformer en kystes plus ou moins volumineux ; 3°. à une hypertrophie nutritive de l'élément fibreux , comme cela existait dans le cas rapporté par M. Collin.
Quelle est la nature de ces diverses lésions ; sont-elles l'effet de congestions ou d'hypersécrétions actives ou passives ? Cette question est difficile à trancher ; mais il ne nous , répugne nullement d'admettre la possibilité, chez certains malades, d'une affection sthénique lorsque le goitre est douloureux ; mais il est probable que dans la majorité des cas , c'est sous l'influence d'une paralysie des nerfs vaso-moteurs que les congestions et les hypersécrétions se produisent.
Indiquons les faits qui rendent cette théorie vraisemblable.
1". Les refroidissements produits par des courants d'airfroid et humide, peuvent occasionner des paralysies nerveuses complètes ou incomplètes. Les personnes rhumatisées y sont plus exposées que les autres. Ces paralysies , nous les avons observées dans le rameau superficiel de la branche palmaire du nerf cubital qui se rend au doigt auriculaire et à la moitié interne du doigt annulaire.
Les mêmes circonstances déterminent quelquefois des paralysies plus ou moins complètes du nerf facial; il est naturel d'admettre d'après cela que les mômes causes agissant sur les nerfs vaso-moteurs peuvent déterminer les mômes elfets (1).
Les expériences faites par M. Claude Bernard sur les fonc-
(1) M. le professeur Doiirif paraît également disposé à adinellre que les engorgements aigus delà glande thyroïde se développent sous riiifluence des causes qui occasionnent le rhumatisme.
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lions des glandes, démontrent que la paralysie des nerfs vasomoteurs du grand sympathique qui président aux fonctions de ces organes, qu'elle soit l'effet d'une section de ces nerfs ou de leur empoisonnement par le curare détermine une congestion des tissus de l'organe et rendent la sécrétion plus abondante ou même continue (1).
Cette tendance à l'hypersécrétion qui accompagne la paralysie des nerfs vaso-moteurs peut-elle déterminer une augmentation du volume des cellules closes de la glande thyroïde ? C'est là une question qui n'a pas été résolue par les expérimentateurs; mais nous pensons qu'on peut être plus affirmatif en ce qui concerne certaines congestions sanguines passives qui doivent être à notre avis rangées parmi les causes de l'engorgement thyroïdien.
M. Thibaùd a été conduit, par ses recherches, à admettre une opinion analogue à la nôtre : « Nous croyons , dit ce docteur, que la partie principale de l'affection doit être attribuée à une congestion dynamique ou par simple trouble de l'inervation dans les capillaires. Il n'est pas déraisonnable de penser que, sous l'influence du froid, il survient une paralysie des capillaires comme on le voit, par la même cause , se produire dans la paralysie faciale (2). »
(1) Claude Bernard. Leçons sur les propriétés des lissus vivants. Paris, 18C6.
(2) Thibaud, Thèses de Paris. — 1807.