RÉFLEXIONS GÉNÉRALES
qui marchent avec lenteur, augmentent sans qu'elles y prennent garde, et c'est seulement lorsque les tumeurs rendent le cou difforme que les soins du médecin sont réclamés. Ce sont surtout les engorgements mous des deux lobes latéraux qui trompent les personnes chez lesquelles ils se développent. Si l'on appelle l'attention des femmes sur la tuméfaction de la glande thyroïde, beaucoup répondent : j'ai le cou large, mais je n'ai pas le cou gros , et l'on a bien de la peine à les convaincre qu'elles se trompent et à les décider à se soigner.
Enfin le médecin est parvenu à faire partager son inquiétude à sa cliente , le traitement est commencé ; mais comme il faut porter une cravate, renoncer aux grands verres d'eau froide, se frictionner pendant un grand nombre de semaines avec de la pommade iodurée et prendre quelquefois à l'intérieur des médicaments (oniques ou iodurés , les malades se lassent vite, et aussitôt que les tumeurs ont un peu diminué , elles abandonnent les remèdes, et les engorgements passent à l'état chronique.
Qu'une grossesse survienne dans de semblables conditions , elle trouve le terrain tout préparé et le goitre augmente sensiblement de volume. Lorsque l'accouchement arrive, chaque effort détermine une congestion de la glande vasculaire sanguine qui constitue le corps thyroïde, et donne lieu à un développement quelquefois très-considérable de cet organe.
M. Robin, de son côté, a remarqué que les vésicules closes dont est formé le corps thyroïde sont plus larges chez les femmes qui ont eu des enfants que chez les hommes et les sujets jeunes.
Nous avons vu quelquefois les efforts de l'accouchement occasionner, chez les femmes goitreuses, des dilatations des veines thyroïdiennes qui persistent après le retour à la santé. Cette lésion donne «lieu à des phénomènes remarquables : la partie inférieure du cou se gonRe instantanément quand les femmes rient ou font un effort; elle diminue subitement lorsque le rire ou l'effort a cessé (1).
(I) Nous avons rapporté deux observations de celte maladie à la suite de notre Notice sur le goîlre estival épidéraique (1882^.
"7^ GOITUE.
Si l'on étudie , sans idées préconçues , les conditions au milieu desquelles se développent les goitres héréditaires et ceux qu'on nomme endérpiques , on reconnaît que ces maladies acquièrent leur plus grand degré de fréquence et de développement au voisinage des hautes montagnes , dans les vallées profondes , humides et boisées , où l'air se renouvelle mal , où l'insolation est insuffisante, où les maisons sont malsaines, où les chaleurs étouffantes sont suivies de refroidissements brusques déterminés par des vents d'orage ou par la chute de la neige sur les sommets, où les eaux potables sont très-froides.
Moins les montagnes sont élevées , moins les "vallées sont profondes, moins les goitres sont nombreux (1). Quand on quitte les vallées profondes et qu'on arrive aux vallées plus superficielles et plus élevées, les goitres qui étaient endémiques deviennent sporadiques. Enfin sur les plateaux montagneux, les goitres disparaissent dans les villages où l'air pur des hauteurs, convenablement renouvelé , fortifie les habitants et leur permet de lutter contre les causes qui tendent à produire les maladies chroniques.
Il faut encore ajouter , aux causes de goitre signalées plus haut, la marche ascendante, et, pour les femmes, l'influence de la grossesse et de l'accouchement , l'habitude d'aller cou nu et de placer de lourds paniers sur leur tête , lorsqu'elles se rendent au marché.
Les villageoises des montagnes portent rarement des fardeaux sur la tête , et le haut de leur corps est garanti , contre les intempéries atmosphériques, par des manteaux à capuchon, en étoffe de laine, qui descendent jusqu'aux genoux.
Les auteurs ont rangé parmi les causes qui prédisposent au goitre endémique : la mauvaise nourriture et les eaux trop chargées de sels terreux. Nous ne partageons pas cette manière de voir. Les soldats et les collégiens , les habitants de Riom , de Clermont , de Royat et de Chamalières , ont une nourriture meilleure que celle des montagnards , et cependant les engor-
(I) Voir noire Inlrodiiclion.