CHAPITRE III
ÉTIOLOGIE
§ 1. Considérations générales
Les difficultés de Tétiologie du goitre et du crétinisme sont très« expressément mises en évidence par le peu de succès des efforts jusqu'alors tentés pour rattacher, soit à une cause spécialOi soit à un concours exactement défini de causes spéciales, la genèse de ces afiTections.
l^'On ne peut gûère^ dans Vétxide des causes^ séparer le goitre du
crétinisme .
En ce qui concerne le crétinisme , la conception étiologique de Maffei, dont la Commission sarde n'a guère fait que reproduire et confirmer les données, représente ce que la science peut actuellement offrir de plus satisfaisant.
Après avoir énumêré et discuté dix-neuf causes, auxquelles une influence sur la production du crétinisme a pu être attribuée, Maffei, dès 1813, dans sa dissertation (2e; Fe t^mo, specte cre/tnt^mt, résumait ainsi le résultat de ses études.
c Omnes causse hue usque enarratse^ invicem arcte conjunctae, vim :d et potestatem prae se ferunt formandi crétines. Côusa hujus defor-
> mationis non in sola harum allatarum situata est ; nec rachitis aut
> hydrocephalus, nec aqua, valles profundae, non nebulae, vapores
i> aquosi, neque humiditas œris, victus, habitatio, nec morborum conj> genitorum aut hsereditariorum quantitas, nec scrofulœ, arthritis, 1» lueshydrop9, impetigines, exanthemata, métastases, nec calor ureus D harum vallium aestivus, nec frigus tempore hyemali aut acidum vege- 1^ tabile imminutum, dyscrasia humorum, neque montium altitudo et D habitationum genus, non aqua nivalis, glacialis, innumerabilesque V arthritidis causée générales, cretinum vel fexum progîgnere valent, jp si singulse agunt; solum, si arcte conjunctae se prsébent, Fexus > procreatur. "»
Après avoir repris ses études sur une plus large échelle, Maffei n'a rien changé d'essentiel dans ses premières conclusions.
Dans son Traité publié en 1844, il a reproduit la formule générale qui vient d'être citée.
En appliquant plus méthodiquement ces vues à une conception de l'étiologie du crétinîsme, il a distingué les causes de cette affection, sous la forme endémique, en deux catégories :
l"" Les causes endémiques : celles qui existent et agissent constam^ ment et invariablement dans la nature, les conditions, la constitution et la vie de certaines contrées plus ou moins étendues ;
2® Les causes occasionnelles : celles, qui, contingentes et accidentelles, rendent possible, facilitent, corroborent l'influence des causes endémiques, et qui consistent dans les choses, les actions, les événements, n'ayant qu'une existence, accidentelle dans les contrées infectées, ou Uée à Texercice de la volonté chez leurs habitants.
Aux causes endémiques il rapporte : IMa constitution spéciale, la vie cosmique spéciale des grandes chaînes de montagnes du continent ; 2' la conformation corporelle des habitants, en tant que liée à leurs travaux, à leurs occupations, à la nourriture, à la boisson, à tout le genre de vie dans les conditions de la 1'^ et de la 2'' enfance pour les enfants, e(, pour le reste de la vie, dans les diverses conditions qui s'y rapportent, mariage, maternité, paternité ; 3"" les maladies de
ET LE GRËTINISME. 43
famille, en tant qu'elles dépendent de la contrée; 4"" Valtitude des localités, la hauteur des montagnes, la profondeur des vallées, remplacement et la forme des habitations, la nature de la végétation et des espèces animales, les vents, Teau de la montagne, source ou ruisseau, la formation de la montagne, son inclinaison et ses pentes, l'espèce et la puissance de ses couches, leur aération, la pluie, les brouillards, les orages, les tempêtes, leur température froide, leurs longs hivers, leurs courts étés, etc.
Aux causes occasionnelles il rapporte toutes les influences qui ne dépendent pas de la nature et de la disposition de la contrée, toutes les lésions qui n'en sont pas des effets, ce qu'on appelle les dyscrasies dans le sens étroit du mot, et tout le grand domaine des influences d*éducation, en tant qu'elles ne dépendent pas du caractère de la contrée.
La Commission sarde, de même que Maffei, a restreint ses appréciations étiologiques au crétinisme proprement dit, sous la forme d'endémie.
Elle a considéré cette affection comme le résultat de l'action complexe de causes situées en dehors de l'individu dégénéré, causes qui représentent les conditions hygiéniques qui, en dominant dans une localité, ont agi sur toute la population de manière à déterminer plus ou moins rapidement sa dégénération, et par suite, comme résultat final, le crétinisme.
La Commission sarde a rapporté les causes du crétinisme à deux classes distinctes, les causes éloignées, prédisposantes ou occasionnelles elles causes prochaines.
Les causes prochaines ont été comprises dans le sens pathologique, comme celles qui sont propres à caractériser le siège et la nature du crétinisme. Elles n'appartiennent pas à Tétiologie proprement dite.
Quant aux causes prédisposantes ou occasionnelles, la Commission les a rapportées à trois catégories : les causes générales inhérentes aux
localités infectées, les causes dérivant de la manière de vivre des populations, et les causes qui touchent de plus près et plus particulièrement les familles où il y a des crétins.
L'ensemble de ces causes comprend à peu près toutes les conditions hygiéniques qui peuvent. être considérées comme propres à donner naissance à une endémie quelconque, et, sans exception, toutes celles qui ont été admises comme pouvant exercer particulièrement une influence prédisposante ou déterminante dans la production du goitre.
C'est ainsi qu'en fait et indépendamment de toute conception théorique sur la nature distincte des deux affections, l'étiologie s'est trouvée amenée à embrasser, pour les deux affections, dans une même sphère, l'étude des mêmes agents. C'est cette étude que la Commission se trouve appelée à reviser et à compléter.
Ce n'est qu'après l'avoir achevée, qu'il sera possible, d'après ses résultats, d'adopter une classification des causes.
2® État de la science en ce qui concerne tétiologie»
Il a paru, toutefois, rationnel de commencer l'examen de Tétat de lu science par l'étude des données acquises sur les causes inhérentes aux localités, c'est-à-dire sur la nature des eauœ^ en tant que potables ou influençant l'atmosphère ; sur la nature de Vair, sur les conditions météo^ rologiques et climatologiques^ sur la nature du sol considérée géographiquement et géologiquement .
Un exposé développé de l'état de la science n'a paru nécessaire, comme base de discussion, que pour celles des causes qui ont uuw importance principale ou dont l'étude implique des données nombreuses.
Pour la plupart des conditions étiologiques auxquelles une influence a pu ou peut être attribuée, la discussion peut, sur un simple énoncé être immédiatement abordée.
ET LE GBÉTINISME. 46
§ ÎI . Examen critique de l'opinion des auteurs sur l'influence des
DIVERSES CONDITIONS ÉTIOLOGIQUÈS.