‹ Etudes sur le goître et le crétinismeChapitre 15 sur 50 · Eaux potables · texte numérisé non relu

Eaux potables

Les populations et les hommes de science ont constamment attribué à la nature et aux qualités des eaux usitées comme boisson dans les pays où régnent endémiquement le goitre et le crétinisme, une influence principale sur le développement de ces affections.

On a même cru pouvoir considérer certaines qualités de ces eaux comme représentant la cause principale ou même essentielle du développement du goitre, et, par suite, de la propagation du crétinisme.

Cèst ainsi que les eaux des pays où règne l'endémie ont été jugées aptes à produire le goitre et le crétinisme, à raison :

l"" De leur provenance de la fonte des neiges et des glaciers ;

2' De la présence des sels calcaires en grande quantité, notamment du sulfate de chaux ;

3* De la présence des sels magnésiens ;

4"* De l'absence de l'iode j

S"" De la présence de principes indéterminés, dépendant de la nature géologique du sol.

Quelques auteurs ont été conduits, par ce qu'il y a de contradictoire dans les faits observés, à penser que ce n'est, en aucune sorte, dans la nature des eaux usitées comme boisson, qu il faut chercher la cause du goitre et du crétinisme.

Enfin, suivant Topinion la plus générale, aucune des qualités déterminées, spécialement signalées par les auteurs dans les eaux potables, ne peut rendre complètement compte des faits de production du goitre et du crétinisme, tels qu'on les observe dans la généralité des lieux où les endémies ont été étudiées, et ne peut être expressément considérée

comme étant la cause spéciale du développement de ces affections, quelques-unes de ces qualités pouvant néanmoins concourir, comme causes accessoires, à une action réelle exercée par les eaux.

Les preuves invoquées à l'appui de ces diverses opinions consistent dans des faits d'observation et dans des résultats de recherches scientifiques qui, quelle que soit l'interprétation en divers sens qu'on leur ait donnée, constituent, sauf la vérification de leur exactitude, des données importantes qu'il n'est, en aucun cas, permis de négliger.

Il est à regretter, toutefois, que certains faits d'observation, parmi les plus importants, n'aient pas toute l'authenticité désirable, et que les résultats des recherches scientifiques soient loin d'avoir acquis, par rétendue du champ d'étude et même par la nature des constatations, les caractères de généralité et d'exactitude qui, seuls, pourraient leur donner la valeur de preuves décisives et sans réplique.

Ainsi, les données obtenues, par suite de l'enquête sarde, sur la nature des eaux usitées comme boisson dans les diverses régions du royaume, se bornent ou à des appréciations générales de la nature des eaux dans les mandements [Tahl. YI) ou à des appréciations purement qualitatives, sans indication précise des proportions, de la nature des eaux dans un certain nombre de localités déterminées ÇTahL VII).

Les analyses faites par M. Niepce et consignées dans son Traité fournissent, sur la nature des eaux, des données plus complètes et plus précises, mais n'ont compris encore qu'un bien petit nombre de localités dans un cercle géographique qui n'a ajouté, au champ d'études de la Commission sarde, que quelques localités des départements de risèrOi de la Loire et de la Haute-Loire {Tahl. VlU) .

La science ne fournit sur la nature des eaux, dans les autres pays où régnent le goitre et le crétinisme, qu'un petit nombre de données éparses . Les recherches de M • Grange et de M. Chatin ont été dirigées en vue d'un but exclusif: la constatation, dans les eaux, de la présence de la magnésie et do Tabsence de Tiode.

Dans cette situation de la science, il est permis d'affirmer qa*i7 reste beaucoup à faire avant d'avoir obtenu, sur la nature des eaux^ dans les pays où régnent endémiquement soit le goitre seul, soit le goitre associé au crétinisme, des connaissances assez complètes et assez approfondies pour qu'il soit possible d'en faire sortir des inductions certaines relativement à l'étiologie de ces affections.

Ce qui ressort le plus évidemment de l'état actuel de la science, c'est la négation de l'action spéciale attribuée à l'une ou l'autre des qualités dominantes des eaux, par les opinions exclusives qui ont été précédemment indiquées et qui vont être successivement passées en revue.

l"" Eau provenant de la fonte des neiges.

Il a été naturel d'attribuer tout d'abord une influence, sur la produc* tion du goitre et du crétinisme^ à l'un des caractères souvent offert par les eaux dans les pays où régnent ces affections : leur provenance de la fonte des neiges et des glaciers, et, par suite, leur température glaciale et leur défaut d'aération.

En effet, dans un grand nombre de localités infectées par le goitre et le crétinisme, les populations font usage principalement ou même exclusivement, pour leur boisson, d'eaux fournies par des torrents ou des sources entretenus par la fonte des neiges et des glaciers.

Cette influence a été, pour la première fois, positivement contestée par de Saussure (1), de Rambuteau et Fodéré, qui se sont appuyés sur ce que, dans les régions les plus élevées des Alpes, où la boisson exclusive est l'eau provenant des glaciers, le goitre et le crétinisme n'existent pas, tandis que ces affections se développent et croissent en intensité dans les vallées, à mesure qu'on s'éloigoe des glaciers, que les eaux des torrents deviennent moins froides et plus aérées et que l'eau usitée pour la boisson est plus habituellement empruntée par les habitants à des sources.

(«) Foyages dans let Alpes^ t. II, p. 480 à 495.

L'usage des eaux de neige et de glaciers a généralement cessé d'être considéré, en fait, comme susceptible d'être rangé an nombre des causes du goitre et du crétinisme.

Au point de vue théorique, quelques auteurs, M. NivEx principalement, n'ont pas absolument renoncé à attribuer une influence, sur la production du goitre, à l'action de ces eaux, à raison de leur basse température. Mais, d'autre part, la pureté plus grande de ces eaux et la présence de l'iode, qui y a été fréquemment constatée, sont invoquées comme des preuves accessoires de leur innocuité •

â"" Eauœ chargées de sels calcaires ^ et, notamment^ de sulfate de chaux.

L'opizdon générale, dans les localités où régnent le goitre et le crétinisme, attribue le développement de ces affections, et du goitre princi» paiement, à l'usage des eaux très-chargées de sels calcaires, et, d'une manière plus spéciale, à celles qui forment, dans leur parcours sur le sol, des dépôts de tuf.

Q en est ainsi à Leyssaud, à la Chapelle-Blanche, à Cruet, à Cluses, àMontvemier, à Saint-3ulien-en-Maurienne. (Mgr Billiet (1), p. 26.)

On affirme que les jeunes gens qui désirent se faire exempter du service militaire font usage de la source de Villarclément, commune de Saint-Julien, plusieurs mois avant la levée, et parviennent ainsi à se procurer un goitre suffisant. Cette source s'est formé un canal de plusieurs pieds au-dessus du sol par des incrustations successives.

Le tuf déposé par ces sources contient une grande quantité de carbo^ nate de chauco et de petites quantités de sulfates calcaires et magnésiens (analyse Bonjean).

Plusieurs observations porteraient à croire que la c chaux sulfatée et

(0 QhienùoJtiom sut le recensement des personnes atteintes de goitre et de crétinisme dans les diocèses de Chambéry et de Maurienne. Chambéry, 4847.

» les eaux, séléniteuscsj doivent être rangées au nombre des causes du i> goitre et du crétinisme .

D Parmi les localités où Ton trouve beaucoup de gypse et en même 3) temps beaucoup de goitres, on peut citer, en Maurienne, Randens, ]^ Montimon, Pontamafrey, Montvernier, Saint-Pancrace, quelques

> villages de Saint-Jean-de-Maurienne et de Fontcouverte , Modane, i> Avrieux, Bramans ; en Tarehtaiso, le bourg de Saint-Maurice, Aime, i> Villelte, Bozel, Saint-Laurent-de-la- Côte; en Faucigny, Domancy, ^ Marignier et plusieurs autres communes, d (Mgr Billiet, p. 29.)

D'après des observations faites par M. Mâg-Clellând (1), dans une contrée de THindoustan (pays de Shore), le goitre ne règne que dans les villages qui avoisinent des roches calcaires magnésiennes; et on ne trouve de goitreux que dans ceux de ces villages et chez ceux des habitants de ces villages qui font usage, pour boisson, d'eau puisée aux sources prenant naissance dans les roches calcaires.

Mac-Clelland cite ce fait remarquable :

€ Dans le village de la Desta, on a des eaux incrustantes de mauvaise

> qualité; les dames qui s'en servent exclusivement ont toutes le goitre, i> LesBrahmines, qui boivent de l'eau provenant d'un aqueduc construit ^ à grands frais, ne présentent qu'un seul cas de cette affection. Les

> Raipoots partageaient celte immunité; mais les malheurs de la guerre ^ ne permettaient pas d'entretenir l'aqueduc, et son mauvais état était :^ tel qu'il ne put plus alimenter à la fois les Brahmines et les Raipoots ; i> et, depuis que ceux ci ont été obligés de" recourir aux eaux des vil- :» lages, le goitre a fait parmi eux de nombreuses victimes. :^

M. BoucHARDAT (2) s'cst appuyé sur les faits constatés par divers

(1) Sonte Inquiries in the prov. ofKemaon rel, to geology {incL an inq. info Ihe nature and causes of Goitre), CalcQUa, 4835.

(I; Influence des eaux sur la production du goitre {Annuaire des eaux du la France) Taris, 185J, p. 278.

observateurs pour admettre que la qualité des eaux, la nature des matières qu'elles contiennent ont une influence dominante sur la production du goitre et du crétinisme; il attribue au sulfate de chaux la principale influence.

Les résultats des recherches de MM. CàNTU etNiEPCE (Taft/. VI et VU) montrent qu'en effet les eaux des pays, que ces recherches concernent et où règne l'endémie du goître et du crétinisme, contiennent généralement des proportions considérables de sels calcaires, parmi lesquels domine le carbonate calcaire, et se rencontrent, pour des proportions variables mais généralement peu considérables, le sulfate de chaux et le chlorure de calcium.

Tout récemment, une grande publicité a été donnée à cette affirmation d'un ingénieur en chef des ponts et chaussées du département de la Marne :

€ Les eaux des puits de la craie ont à Reims et à Chàlons et dans 3) toutes les autres vallées de la Champagne, la funeste propriété d*in- D fecter de goitres la population, au point que je connais des comrnu- .^ nés où le dixième des habitants ont été traités pour cette terrible D maladie, i^ (Rapport de M. Dugué. 5 août 1861.)

L'influence de sels calcaires est néanmoins contestée par un grand nombre d'auteurs s' appuyant sur un nombre considérable de faits.

CuLLEN avait déjà repoussé l'opinion qui donne aux eaux séléniteuses le rôle de cause dans la production du goître.

FoDÉRÉ s'est fondé, pour nier Tinfluence des sels calcaires et du sulfate de chaux en particulier, e: sur ce que les eaux de Saint-Jean, D Saint-Sulpice, Saint-Remi, Saint-Pierre, etc., où l'on rencontre infiniment plus de goitreux que dans la Maurienne, sont beaucoup y> plus pures, donnent moins de précipité terreux par les alcalis et

ET LE GRÉTINISME. 3i

3> laissent moins de résidu par Tévaporation que les eaux de la Haute- 3> Maurienne, où il n'y a point de goitre, et qui pourtant, en traversant » les blocs gypseux de cette contrée, entraînent avec elles autant de j> sulfate calcaire que l'eau froide peut en dissoudre. iD (P. 84-85.)

Cette preuve négative a été depuis corroborée par les faits d'observation, étendus à un très-grand nombre de contrées, qui attestent que les eaux, dont on fait usage pour boisson, peuvent être chargées de sels calcaires et de sulfate de chaux sans que lo goitre se produise dans les populations.

La remarque faite par Mgr Billiet à propos des faits constatés en Savoie, résume cette preuve négative, depuis bien des fois reproduite.

<c On cite aussi en plusieurs endroits des dépôts de gypse qui ne ^ produisent aucun cas de goitre dans leur voisinage.

> 11 y a beaucoup de plâtre dans les environs de Paris où le goitre 3) et le crétinisme paraissent inconnus. 3) (Pages 29 et 30.)

M. le docteur Filhol (1), dans son rapport au conseil d'hygiène et de salubrité publique de la Haute-Garonne, oppose à Topinion de M. Bouchardat sur l'influence des sels de chaux, la présence de ces sels en. grande quantité dans l'eau d'Arcueil, employée à Paris par un grand nombre d'habitants chez lesquels le goitre ne se développe pas.

Il ajoute :

€ Si l'on jette un coup d'oeil sur la composition chimique des eaux t> dans les parties de notre département où siège le goître,on remarque D qu'elles sont la plupart presque entièrement privées de sels calcaires.

3> Je citerai comme exemple les eaux que Ton boit dans les villages » de Saint-Mamet (3 grammes), Montauban (6), Juzet (10), Salles (2), y> Pratvielet une fouled*autres,quine sont pas môme troublées par D l'oxalate d'ammoniaque.

(1) R'ipport sur le crctînisme {Journal de méd. de Toulouse^ f855).

c: A Montrejeau, où l'on boit une eau trés-séléniteuse, il n'y a pas un y> seul goîireux sur une population de 3,000 habitants, i^

3o Eaux chargées de sels magnésiens,

M. le docteur Grange (1) a été conduit par l'ensemble de ses recherches à rattacher le goitre et le crétinisme à une nature spéciale de terrains, apte à introduire, dans les eaux qui en naissent, des sels magnésiens, et comme corollaire des faits par lui observés, dont la valeur devra être discutée à propos des influences géologiques en général, il a admis que la magnésie, à Tétat de sel soluble dans les eaux usitées comme boisson, est la cause du goitre.

Les faits positifs, qui attestent la présence de sels magnésiens dans les eaux des contrées où régnent le goitre et le crétinisme, n'ont pas manqué comme preuves à l'appui de l'opinion du docteur Grange. Mais des faits contradictoires existaient déjà en grand nombre à l'époque où cette opinion s'est produite, et se sont, depuis qu'on a dû en discuter la valeur, accumulés au point qu'il soit actuellement réellement impossible de l'adopter.

D'après les résultats des analyses de M. Cantu, la magnésie a complètement manqué, ou n'a été trouvée qu'en proportions minimes dans les eaux de contrées où le goitre et le crétinisme sévissent avec une grande violence.

Les recherches de M. Niepce, entreprises en vue de vérifier l'opinion de M. Grange, ont conlirmé les faits constatés par M. Cantu, et de plus l'ont conduit à reconnaître la présence de la magnésie en pro-

(') Communication à V Académia des sciences le 9 oct 4846 et Rapport sur les cannes du goitre et du crétinisme et sur les moj/e??5 d'eti pi'éserver tes populations (Archives des Missions scientifiques ^ déc, 4850).

ET LE CR<î:TINISME. 53

portions très notables dans les eaux bues par des populations exemptes de goîlre et de crétinisme.

L'analyse de deux sources, auxquelles est attribuée la propriété de guérir le goitre, a conduit M. Niepce à reconnaître la présence de la magnésie pour les proportions de 0,035 dans l'eau de la source de Coise, et de 0,563 dans l'eau de la source de Saint Pierre d'Argenson.

D'après le même auteur, celle des deux sources de Coîse à laquelle on attribue la propriété d'engendrer le goitre ne contient pas de magnésie.

M.Filholfait, au sujet de l'opinion du docteur Grange, les remarques suivantes :

« Quand on quitte les pays que M. Grange a étudiés, on s'aperçoit D bientôt qu'il a pris un cas particulier pour la règle générale. Les i> eaux des vallées de Luchon et de Saint-Béat ne renferment pas à ^ beaucoup près autant de chaux ou de magnésie que celles de la 3) Seine, et pourtant on trouve beaucoup de goitreux dans ces deux V vallées, "p

^ Eaux privées éCiode.

L'absence de l'iode dans les eaux, dans l'air et dans les aliments, a été présentée comme la cause principale ou même essentielle du goitre et conséquemment du crétinisme, par divers auteurs et notamment par M. Chatin (1).

Bien que les procédés analytiques, que la science possède pour déterminer les quantités presque infmitisimales d'iode que peuvent contenir les eaux, l'air et les substances alimentaires, n'aient pas cn-

(I) Bechercki mr Viode (comptes rendus des séances de VAcad, des Sciences, t. XXVI). Présence de Viode dans les trois régnes de la nature (Journal de chimie médicale^ d<^c. 1850;. — Un fait dans la question du goUre et du crétinisme, 1853. ^ Sur les eaux^iotablés (Bulletin de V Académie impériale de médecine^ IP63).

core atteint la perfection désirable et n'aient pas été appliqués avec une généralité suffisante pour l'élucidation de la question étiologique, néanmoins les faits acquis ont déjà une certaine valeur et pour leur nombre et pour leur nature.

Seulement pour l'iode, comme pour la magnésie, comme pour les sels calcaires, les faits sont contradictoires.

Ainsi, en ce qui concerne la nature des eaux, d'une part MM, Chatin, Marchand et Niepce ont fréquemment reconnu l'absence d'iode dans les eaux employées comme boisson par les habitants de contrées où régnent le goitre et le crétinisme.

Par la présence de l'iode dans certaines eaux, l'immunité obtenue par certaines localités, au milieu de régions infectées, a pu être expliquée.

Parmi les faits invoqués par M. Chatin à l'appui de sa théorie, il en est un très-remarqtable et très-important, quoiqu'il n'ait pas, au point de vue étiologique, toute la portée que M. Chatin lui attribue, c'est le fait des changements apportés dans l'état des habitants de la commune de Saillon, près de Martigny, relativement à l'existence du goitre et du crétinisme, par un changement dans la qualité des eaux relativement à la présence de l'iode.

Voici les résultats curieux des recherches de M.' Chatin, reproduits, dans son • Dictionnaire d'hygiène^ par notre collègue, M. Tardieu :

a A. L'eau bue actuellement à Saillon (détournée de la Salente en j> amont de la source chaude) est privée d'iode, comme celle qui alijD mente FuUy et ses hameaux (Brançon, Sacet, Mazimbre), remplis de s> goitreux et de crétins.

D B. L'eau bue autrefois à Saillon (détournée de la Salente après » que celle-ci a reçu la source chaude) contient plus d'iode que )) les eaux bues à Paris et dans les autres contrées où le goitre est j> inconnu.

:dC. L'eau de la source chaude contient uu moins 60 fois plus

i> d*iode que les eaux normalement iodurées de Paris et de Londres ; y^ c'est une véritable eau minérale iodurée.

3> D'où il ressort :

i> A. Que le goitre devient commun à Saillon, depuis qu'on y Cons> somme de Teau privée d'iode ;

:» B. Que le goitre (et le crétinisme) était inconnu ou du moins i> fort rare dans ce pays, lorsqu'on y faisait usage d'eau iodurée;

D G. Que c'est à la belle source minérale, qui se jette dans la Sa- 3) lente, qu'est due l'ioduration des eaux de celle-ci, à l'endroit où s> elles étaient prises de temps immémorial pour les besoins du j> village. 3> (P. 361 .)

Mais, d'autre part, on a reconnu tout aussi positivement que le goitre et le crétinisme sévissent là où les eaux potables contiennent de l'iode, et ne se produisent pas là où Tiode fait défaut dans les eaux.

Ainsi d'après les recherches d*^ M, Gantu, pour la plupart des localités infectées, les eaux par lui analysées contenaient des traces^ de petites quantités ou même de notables quantités d'iode.

Les recherches spéciales entreprises par M. Niepce n'ont pas infirmé les résultats obtenus par M. Gantu.

M. Filhol remarque que les habitants des vallées d'Oneil et de Larboust ne sont ni goitreux ni crétins, quoique l'eau qu'ils boivent soit aussi pauvre en iode que celle de la vallée de Luchon.

5° Principe indéterminé.

En face des objections et des contradictions que l'observation sur une plus large échelle a permis d'opposer victorieusement aux théories exclusives qui, appuyées sur des faits partiels, tendaient à ramener l'action des eaux, en tant que causes du goitre et du crétinisme, à un élément déterminé de leur composition, les auteurs, qui ont persisté à considérer les eaux comme les agents intermédiaires d'une influence

t» ÉTUDES SUR LE GOITRE

imputable au sol, ont été contraints d'attribuer cette influence à un agent encore indéterminé et inconnu.

Ainsi Mgr Billiet, après s'être demandé si la substance nuisible est l'argile, l'alumine, la magnésie, la silice, le talc, le gypse, etc., conclut en ces termes :

c Quoi qu'il en soit, il parait que ce principe palhogénique, dont nous 5 ignorons la nature, est pris en dissolution ou charrié mécaniquep ment par les eaux, qui traversent certains terrains, et que c'est prin-

> cipalement par la boisson qu'il exerce sa pernicieuse influence sur le

> corps humain. 3> (P. 26.)

A propos de l'influence du gypse, trouvée réelle dans certaines localités et nulle dans d'autres localités, Mgr Billiet dit : « Qu'il faut remar-

> quer ausbi que les nombreux dépôts de chaux sulfatée, qui existent :d en Europe, appartiennent à plusieurs formations diflérentes et qu'il 3> peut y avoir beaucoup de variété dans les éléments inaperçus qui les 5) accompagnent. C'est donc encore une question qui reste pour le :» moment sans solution. (Pages 29 et 30.)

Le rapport de l'Académie des sciences sur les recherches du docteur Grange se termine par ces mots :

a: Reste à savoir si, indépendamment de la magnésie, il n'existe pas D dans ces eaux un principe actif, mais entrés-faibles doses, et qui 3) jusqu'ici aurait échappé aux analyses. Dans cette supposition, il serait 3> intéressant de diriger les analyses de manière à découvrir ce prin- :^ cipe, quel qu'il put être et quelque minime que fût sa proportion p dans les eaux. :»

D'après ces appréciations de l'état de nos connaissances, au moment où elles sontémanées de juges si compétents et si haut placés, état qui n'a pas notablement changé depuis, le dernier terme de tant de recher* ches, ce serait, en ce qui touche l'action imputable aux eaux dans la

ET LE GRÉTINISMË. 57

production du goitre et du crétinisme, Fadmission hypothétique d'un agent inconnu (1).

6* Les eauœ potables n auraient aucune influence.

Pour contester toute influence de la nature des eaux sur la production du goitre et surtout ducrétiiiisme, on a pu s'appuyer sur un cer-* tain nombre de faits qui démontrent que les habitants de diverses loca* lités ou mieux encore d'une même localité, qui font usage des mêmes eaux pour boisson habituelle, se montrent atteints ou non de goitre et de crétinisme, sous l'influence de causes évidemment indépendantes de Faction des eaux.

C'est ainsi que Maffèi, après avoir reproduit et discuté les opinions d'un grand nombre d'auteurs ainsi que les résultats de ses propres observations, a conclu en niant toute influence de la nature des eaux sur la production ducrétinisme, tout en admettant dans une certaine mesure cette influence sur la production du goitre. (Pages 169, i70 et 198.)

(4) L'étade aUentiye des faits nous a conduit à formuler comme il suit notre manière de voir au sujet des causes du gottre et du crdiinisme :

4<> Le goitre endémique est produit par l'usage habituel de certaines eaux qui contiennent un principe spécial^ probablement de nature organique; 2* ce principe se déyeloppe au contact de Tair et peut-être aussi de certaines matières minérales (sels de chaux, de magnésie, de fer) ; 3<> l'iode en prévient habituellement la production ou tout au moins en neutralise les effets ;4<» ce principe joue également un rôle important dans la genôse du crétinisme, surtout quand il existe en même temps dans ï'eaa potable et dans Tair ambiant, ce qui doit aYoir lieu toutes les fois que les eaux coalentàciel outerl; 5« mais, des causes d'un autre ordre, que Ton rencontre à pea près constamment, soit isolées, soit réunies dans les contrées ou sé?it le crétinisme, contribuent, dans une certaine mesure, à produire cette maladie. Nous citerons en première ligne rhumidité et le défaut d'aération et de lumière solaire, que l'on observe surtout dans les Tallées étroites et profondement encaissées et, parmi les causes secondaires, rinsalubrité des habitations, la misère, la mauvaise alimentation et la manière défectueuse d'élever les enfants, (idémoire cité, p. 216.) L. L.

Les recherches^ consignées par MM. Stœber et Tourbes dans leur hydrographie médicale du département du Bas-Rhin, ont pour résultat général, en ce qui concerne le goitre et le crétinisme, de présenter ces affections comme indépendantes, dans leur développement^ de la nature des eaux potables, et notamment de la présence dans ces eaux du sulfate de chaux, des sels de magnésie, ou de Fabsenoe de Fiode. On lit à la page 53 de leur ouvrage ce passage important pour l'étiologie non moins que pour la prophylaxie du crétinisme et du goitre :

€ Le goitre et le crétinisme sont endémiques dans un certain nombre "p de communes situées le long du Rhin, mais ces affections sont 3) partout en décroissance ; les progrès de l'hygiène publique et privée D sont la véritable cause de ce changement. On ne peut attribuer ces 1^ maladies à des propriétés particulières de Teau du fleuve, qui est resj> téela même, pendant que Tétat sanitake se modifiait. 3>

T La mauvaùe qualité des eauœ potàbles n'aurait qu'une influence

secondaire.

S'il est vrai qu'aucune des conditions spéciales dépendantes de la nature des eaux, auxquelles a été attribuée une influence directe, principale, essentielle sur la production du goitre et du crétinisme, ne peut être réellement considérée comme ayant réellement ce caractère, il n'en résulte pas que toute influence étiologique de la nature des eaux sur la production des endémies du goitre et du crétinisme doive être contestée.

Il ressort, au moins d'une manière générale, des études entreprises parles savants, que l'opinion des populations, qui attribue à certaines eaux une influence malfaisante concourant à produire ces endémies, doit être admise comme fondée.

Cela ne peut être contesté, surtout en ce qui concerne le goitre.

ET LE GRÉTINISME. .S9

Ainsi il résulte généralement des appréciations de M. Cantu sur la nature des eaux dans les États sardes que les régions où régnent le goitre e t le crétinisme, sont principalement celles où l'eau, employée comme boisson, n'est pas de bonne qualité, à raison d'une trop forte proportion de sels calcaires, ou est altérée par des substances étrangères, soit dans son parcours, soit dans les citernes ou les puits ; et que les régions où ne se produit pas l'endémie ont des eaux de bonne qualité.

Les recherches de M. Niepce n'ont pas infirmé les appréciations de M. Cantu.

Et toutes les observations de détail qui ont été faites par les nombreux savants qui se sont occupés de l'hygiène des pays où régnent les endémies du goitre et du crétinisme, les ont confirmées.

Cette conviction générale ressort de l'unanimité qui se rencontre dès qu'il s'agit de ce qui doit être entrepris pour essayer de neutraliser le développement des endémies dans les contrées où elles sévissent L'un des premiers moyens auquel on songe à recourir, c'est l'assainissement des eaux potables.

La Commission sarde, maigre la réserve qu'elle a gardée dans son appréciation étiologique de l'influence des eaux sur la production du crétinisme^ n'a pas hésité à mettre, comme tous les hygiénistes, au premier rang parmi les moyens prophylactiques l'emploi immédiat des moyens propres à assurer l'usage d'eaux de bonne qualité à toutes les localités qui e^ sont dépourvues.

Cette influence secondaire des eaux potables, dans ce qu'elle a de plus général, se retrouvera nécessairement mise de nouveau en question par l'étude de l'influence à attribuer à la nature géologique du sol dans la production du goitre et du crétinisme.

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