II. ConitltntloB i^éolog^lqne du lol
A. Considérations générales.
Les faits, successivement acquis par la science depuis Tépoque encore assez récente où l'on a commencé à soumettre le goitre et le crétinisme à de sérieuses études, n'ont pas porté atteinte à la conbeption qui, dès l'origine, a rattaché le développement de ces affections, sous la forme endémique, à des influences spécialement inhérentes à cha-* cune des localités infectées. Ces influences locales se résumaient nécessairement dans les caractères spéciaux, qui pouvaient être en fait imprimés à ces localités parles conditions géographiques, météorologiques et géologiques qui s'y trouvaient réalisées.
L'attention , naturellement appelée vers les régions où ces deux affections se manifestent sur une plus grande étendue et à un degré plus élevé d'intensité, dut être immédiatement frappée de cette circonstance , que ces régions se rencontraient dans, les pays de montagnes, en Europe, principalement dans les Alpes et les Pyrénées, et le crétinifime fut dès lors considéré comme une maladie endémique des pays de montagnes, et désigné, d'après cette vue générale, sous les noms d'idiotie des montagnes, d'idiotie des Alpes.
L'observation permit bientôt de reconnaître que l'endémie affecte principalement les vallées, et, parmi les vallées, les plus profondes et les plus étroites ; une précision plus grande dans les observations conduisit à constater que le mal commence à se manifester dans les vallées à une distance plus ou moins grande de leur débouché dans les plaineSi qu'il atteint son plus haut degré de développement dans la partie moyenne de ces vallées, et qu'à partir d'une élévation, égale à 1,000 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, le crétinisme et le goitre disparaissent.
ET LE GRÉTINISME. «i
Mais il n'était pas possible de se contenter, pour fonder une doctrine étiologique, de la détermination de ces conditions géographiquesy dontl'influence, entant qu'excluvive et absolue, devait d'ailleurs être bientôt démentie par des observations plus approfondies et plus étendues.
On dut demander à ces conditions la raison de leur influence^ et c'est ainsi qu'onfut nécessairement amené à la chercher : d'abord, dans les faits climatériques et météorologiques qui se rattachent intimement à la situation et à la configuration géographiques ; puis enfin, dans la nature géologique du sol, qui non-seulement se subordonne généralement la configuration géographique, mais qui peut exercer une influence directe par les principes que l'air atmosphérique et surtout les eaux empruntent au sol pour les communiquer aux êtres vivant à sa surface.
C'est en marchant dans cette voie nécessaire du progrés scientifique qu'on a rencontré les diverses théories étiologiques qui ont successivement attribué le développement du goitre et du crétinisme à l'influence principale : soit des eaux potables agissant, pour produire l'endémie, par le défaut d'aération, par Tabondance des sels calcaires, par la présence du sulfate de chaux ou des sels magnésiens, par l'absence d'iode; soit de l'air atmosphérique saturé d'humidité, vicié par des miasmes paludéens, privé d'iode , et qui ont eufin rattaché les endémies à la nature géologique du sol, agissant, pour les produire, soit par des influences déterminées sur la composition des eaux suivant l'opinion de M. Grange, soit par des influences indéterminées et par une intoxication tellurique, suivant les opinions émises par le docteur Ferraris, par Mgr BilUet et adoptées par plusieurs savants et notamment par notre honorable collègue, M. le docteur Morel.
Avant de chercher à faire la part de chacune des causes qui paraissent devoir être admises au nombre de celles dont l'ensemble doit être considéré comme nécessaire pour que le développement du goitre
et du crétinisme puisse se réaliser sous la forme endémiciue^ el» qui paraissant conséquemment mériter d'être désignées sous le nom de causes endémiques de ces affections, il est nl^cessaire d'exposer, au moins sommairement, l'état actuel de la science en ce qui concerne l'action à imputer d'une manière générale à la nature géologique du sol dans la genèse du goitre et du crétinisme.
Bien que les opinions qui ont attribué à la nature géologique du sol une influence principale dans la production du goitre et du crétinisme aient généralement rencontré peu de faveur, néanmoins l'éminence de la position sociale et scientifique de quelques-uns des personnages qui ont introduit dans la science ces opinions, ou leur ont prêté l'appui de leur approbation officielle, le nombre et la valeur des preuves et des témoignages invoqués, et, par-dessus tout, l'importance réelle de la question, m'ont déterminé à consacrer à l'exposé de l'état de la science, en ce qui touche ce point d'étiologie, autant de développements que le permettaient pour moi les conditions de temps et de lieu, et que le comportaient pour la Commission les nécessités d'une discussion trèsgénérale et très-rapide.
Ces développements m'ont paru d'autant plus nécessaires que la question de l'influence étiologique de la nature du sol est trës-étroitement liée, d'une part, à l'influence des eaux potables, et, d'autre part, à la configuration géographique.
Or l'appréciation de Tinfluence à attribuer, dans l'état actuel de la science, aux eaux potables, a dû être réservée par la Commission jusqu'au moment où l'influence géologique aurait pu être discutée . Et c'est entrer en quelque sorte dans l'examen des influences qui peuvent être attribuées aux conditions géographiques que de rechercher d'une manière générale les rapports qui peuvent exister entre la nature géologique du sol et le développement endémique du goitre et du crétinisme.
È. Dodrines ftmdéei Mr là tonsidéràtion principale ùu eûoclusive
de la nature géologique du sol.
Il ne m'a pas paru indispensable de rechercher minutieusement comment, où et par qui l'influence de la nature géologique du sol a été introduite dans Tétiologie du goitre et du crétinisme.
Ce qui est avant tout important, c'est l'exposé des doctrines, qui, à une époque récente, ont attribué à cette cause une influence prépondérante et môme exclusive, relativement à toutes les autres causes, et, d'une manière expresse, relativement à celles dont la puissance a été le moins contestée, les causes météorologiques et géographiques.
Suivant le témoignage d'Esquirol, un célèbre voyageur italien, dont il n'aurait pu se rappeler le nom, lui aurait affirmé, € qu'on rencontre 1 beaucoup moins de crétins dans les gorges des montagnes magné-
> siennes que dans les montagnes calcaires. "» (Maladies mentales^ 1. 11, p. 359.)
Ingres, en suivant toute une ligne parcourue par une bande de calcaire magnésien, a vu le goitre se produire avec une constance qui ne s'est démentie que sur le bord de la mer. {Compendiunij p. 143.)
D'après des observations faites dans l'Hindoustan, Mâg-Clelland a été conduit à fonder une doctrine éUologique des endémies de goitre et de crétinisme sur la nature géologique du sol. D'après cet auteur, € dans le pays de Shore (Hindoustan), la fréquence du goitre coïncide p d'une manière si frappante avec la constitution géologique des terp rains, qu*en étudiant les caractères des roches on peut dire à priori
> si les habitants sont ou non afl^ectés de goitre. {Compendium, p. 144.) p Les villages affectés avoisinent les roches de calcaires disposées 3 parallèlement le long des chaînes centrales qui sont formées de
> schiste argileux. Ces chaînes n'offrent pas toutes des habitants affectés
^ de goitre ; on n'en trouve que dans les points où ils sont obligés de > faire usage des sources prenant naissance dans les roches calcaires. < Ce rapport 9 frappant quand on considère les grandes divisions i> des pays, devient encore plus saisissant quand on examine les con- D ditions des villages voisins, et même mieux, quand dans deux por- 'p tions différentes du même village, soit par suite de la disposition p des lieux, soit d cause de la division des naturels en castes, les habijp tants arrivent à faire usage d'eau sortant de rochers de composition i> hétérogène
> La vallée de Baribice a sa partie orientale assise sur le schiste » argileux; on n'y trouve pas un seul goitreux. L'autre partie, où 3> apparaît çà et là la roche calcaire, offre 70 goitreux sur les 192 habile tants de ses six villages.
> Le village Ducygond tire son eau du schiste et n'offre pas un seul :» malade; le village Ager, qui tire son eau d'une ancienne mine de ]b cuivre renfermée dans le terrain calcaire, eau qui charrie des car- » bonates de soude et de chaux, compte 40 goitreux, dont 20 crétins, :» sur 50 habitants. Mac-Clelland conclut que le goitre et le crétinisme A sont dus à la présence, dans l'eau, de sels calcaires, et il ajoute qu'il 9 n'a pas trouvé une seule exception à sa théorie dans toute l'immense i> étendue des montagnes qu'il a visitées. :d
Il y a Ueu de remarquer que, dans la citation de M. Marchand, Mac-Clelland donne le nom de magnésiens aux calcaires qui, d'après lui, déterminent l'endémie du goitre, et que, dans la citation du C4om' vendium, cette désignation ne se retrouve pas, non plus que la mention de l'existence de sels magnésiens dans les eaux des lieux où existe le goitre.
Mgr Rendu, évéque d'Annecy, dans une note communiquée à la Commission sarde c observe que le crétinisme est seulement endémique ^ dans les vallées où les rivières et les torrents charrient des détritus
ET LE CnÉTlNlSME. 65
^ schisteux, et, en les déposant sur les bas-fonds , forment ainsi la :» couche végétale. ^
Les docteurs GARBiGLiETTi(4)et Ferra^ris attribuent aussi lecrétinisme à l'influence de la nature du sol ; le dernier surtout, qui a publié divers ouvrages sur les crétins de la vallée de la Varaita et des plaines de Lagnasco, de Scarnafiggi, de Monastorolo et de celles qui s'étendent entre la Yaraita et la rive droite du Pô.
Ces opinions peuvent être considérées comme les antécédents de la doctrine plus développée dans ses détails, ses motifs et ses preuves que Mgr BiLUET, archevêque de Chambéry, a pour la première fois exposée dans un mémoire communiqué à l'Académie de Chambéry le 3 février 1847, sous ce titre : Observations sur le recensement des personnes atteintes de goitre et de crélinisme dans le diocèse de Chambéry et de Vaurienne^ doctrine que le savant prélat a depuis et jusqu'à ce jour constamment reproduite et confirmée par de nouvelles observations et de nouveaux écrits.
Mgr Billiet, tout en considérant le goMre et le crélinisme comme deux maladies différentes^ se fonde sur Tétat d*association, dans lequel elles se présentent ordinairement, pour les attribuer aux mêmes causes, au moins provisoirement et jusqu^à ce qu*on ait de bonnes raisons pour admettre un sentiment contraire.
€ Il parait qu'on peut assigner à ces deux maladies des causes directes ]> et des causes indirectes ; les premières sont celles qui les produisent 9 directement et sans lesquelles elles n'existeraient pas. Les secondes
> sont celles qui ne produiraient pas le goitre et le crétinisme, si elles 9 existaient seules ; mais qui en favorisent le développement et vien-
> nent ainsi en aide aux causes directes. Évidemment ce sont les
U)iiiserr. elioL sul Cret. Turiuo. 1813.
J^ causes directes qu'il serait plus important de découvrir. :d P. i8. Pour justifier le point de vue le plus général de sa doctrine étiologique, à savoir : que la cause directe du goitre et du crétinisme dépend de la constitution géologique des terrains et des substances que l'eau, en les traversant, y prend en suspension ou en dissolution, Mgr Billiet invoque des preuves positives et des preuves négatives. Ces
preuves sont principalement empruntées à la considération des rap^
ports, que le recensement de 1845 a permis de reconnaître, en Savoie entre le développement du goitre et du crétinisme et la constitution géologique du sol.
€ Les causes dépendent du sol et de sa constitution géologique D plutôt que de sa configuration. En effets le recensement de 1845 1^ prouve que Ton commence à trouver quelques cas de goitre et de p crétinisme, en Savoie, sur les dépôts du Rhône, sur le terrain d'al- :» luvion ancienne et sur les grès mêlés d'argile ; que ces cas deviennent
> plus fréquents lorsqu'on arrive aux schistes argilo-calcaires ; que j» toutes les communes assises sur ce terrain en sont à peu prèségale- 9 ment infectées ; qu'ils deviennent beaucoup plus fréquents encore
> dans les vallées de Maurienne, de Tarentaise, de Faucigny et d'Aoste,
> occupées presque entièrement par le terrain métamorphique et spé- ]p cialement par des schistes argileux, talqueux, micacés, et par des ]» dépôts de gypse ; tandis qu'au contraire les terrains jurassique et :d néocomien en sont complètement exempts.
1^ Ce qui prouve que la configuration du pays n'en est pas la cause js> directe, c'est qu'on trouve souvent les mêmes conditions géogray> phiques dans des endroits où le goitre et le crétinisme sont inconnus ; » on rencontre souvent, hors des terrains que nous avons signalés, les jo mêmes formes de vallées, les mêmes défilés, le même boisement, jf> les mômes ombrages, la même humidité^ la même pauvreté dans la JD construction des chaumières. Hors des terrains infectés, ces di- » vers accid^ts , réunis ou séparés , occasionnent des fièvres ou
ET LE CHÉTINISME. 67
j> d^autres maladies, mais ils ne produisent pas le goitre, ni le créti- :» nisme.
9 Au contraire, dans les terrains qui y sont sujets, les conditions j> géographiques les plus favorables ne suffisent pas pour en exempter. jD Ainsi, pai* exemple, les communes de la Chapelle, de la Chambre, » de Saint-Avre, en Maurienne, sont situées dans un terrain sec, loin D des marais, exposées à un grand courant d'air ; celles de laChavaune, jD de Planaise, de Coise, de Châteauneuf, de la Chapelle-Blanche, en D ce diocèse, sont dans une situation agréable, ouvertes de tous côtés, JD bien exposées au soleil en toute saison ; tous ces avantages n ont pu :d jusqu*ici les assainir, p
La cause directe du goitre et du crétinisme dépend de la natiure géologique du sol, de sa constitution minéralogique, elle est sous la surface du ^ol et non dessus , formule que Mgr Billiet a adoptée pour résumer la pensée fondamentale de sa doctrine dans ses écrits ulté^ rieurs.
D'après ses observations, Mgr Billiet a été conduit :
r A rattacher le développement endémique du goitre et du crétinisme à la condition de la constitution géologique du sol par Tun des terrains suivants :
Dépôts du Rhône (alluvion), molasse (grès tertiaire), schistes argilocalcaires, probablement métamorphiques, terrains métamorphiques, argileux, talqueux, etgypseux;
2* A considérer la constitution du sol, pour les terrains calcaires compactes, appartenant aux formations jurassique et crétacée, comme une condition d'immunité.
Au sujet de la nature des terrains qui agissent directement pour produire le goitre et le crétinisme, les opinions de Mgr Billiet ne sont que très- peu modifiées depuis 1847.
L'éminent prélat, dans ses lettres adressées en 1857 à notre collègue, « M. le docteur Morel, croit pouvoir assurer que, en ^Savoie, c'est
D presque exclusivement sur les terrains argileux et gypseux que ces y> deux maladies se développent. :d
c Dans la partie occidentale de la Savoie, on trouve les calcaires D crétacé,- néocomien et jurassique en très-grande quantité, avec y> quelques dépôts d'alluvion ancienne et quelques placages de grès. s> Le goitre et le crétinisme y sont presque inconnus. Si Ton en trouve » quelques cas, ce n'est que dans les habitations qui sont situées sur ]> la molasse, ou sur Talluvion ancienne, ou sur les dépôts du :d Rhône.
D La partie orientale, qui semble appartenir principalement au j> lias, est occupée spécialement par des schistes argileux et des dé- :d pots de gypse. Les deux affections y sont extrêmement communes. » Dès qu'on rencontre des collines formées d'un schiste argileux, gris p ou brun et friable, ou des pentes d'une terre noire et gluante, sur i> laquelle les eaux pluviales creusent de profondes rigoles, ou d'énor- > mes dépôts de gypse, on peut être sûr de trouver sur ces formations » une population gravement affligée par le goitre et le crétinisme. »
Mgr Billiet admet que, dans les endroits où les 4errains de chaux sulfatée et d'argile ont été transportés, € la cause du goitre a été transp portée en même temps, soit que le transport ait été produit par les » causes encore agissantes, c'est-à-dire par les rivières, soit qu'il re- 3) monte aux temps géologiques antérieurs à l'époque diluvienne, p
Le goitre et le crétinisme se rencontrent encore, mais beaucoup moins généralement, sur le grès tertiaire, sur les terrains granitiques.
En Maurienne et en Tarentaise, où ces affections régnent avec la plus grande intensité, on trouve en grande quantité du granit porphyroïde, de la serpentine, de l'amphibole, du gneiss, des schistes talqueux et des schistes micacés. Aussi Mgr Billiet ne croit pas à l'innocuité absolue des substances talqueuses et granitiques .
€ Il n'y a pas en Savoie assez de calcaire magnésien pour qu'il i> soit possible de juger de son influsnce sur la population.
ET LE CRÉTINTSME. «^
€ Les terrains, qui paraissent les. plus sains, les plus exempts de 9 toute influence crétinisante, sont le calcaire compacte jurassique, T> néocomien et crétacé dans tous ses différents étages. »
Enfin, dans une lettre récemment communiquée à la Commission par M. Morel, jMgr Billiet classe ainsi qu'il suit les terrains les plus infectés en Savoie :
!• La chaux sulfatée et le gypse ;
2« L'argile;
3"" Les terrains d'alluvion provenant des Alpes ;
4* Le tuf;
S"" La molasse.
Mgr Billiet pense que la nature géologique du sol exerce son influence par l'intermédiaire des eaux qui, en traversant ces terrains, dissolvent et charrient mécaniquement le principe pathogénique dont la nature est inconnue.
Il croyait, avant les travaux du docteur Grange et du docteur Chatin^ et il a continué de croire, depuis ces travaux, que la question est trop peu avancée pour qu'il soit possible de rien affirmer sur la nature de la substance qui altère le sol et lui procure ses qualités nuisibles, et il se demande encore aujourd'hui si c'est l'argile, l'alumine^ la magnésie, la silice, létale, le gypse, etc., ou l'absence d'iode.
C'est à cette question que M. le docteur Grange s'est cru en droit de répondre, d'une manière précise, en désignant la magnésie comme le principe minéralogiqùe qui imprime au sol et par suite aux eaux Mjui en proviennent les propriétés nuisibles, condition essentielle du développement du goitre et du créttnisme.
M. le docteur Grange a communiqué à l'Académie des Sciences, le 6 octobre 18i8, un mémoire qui contient les premiers germes de sa doctrine.
L'anëlyse des eaux des terrains talqueux, enthraxifères et crétacés
de la vallée derisère^ lui a indiqué la présence d'une quantité c no« j> table de magnésie, 10 à 25 pour 100 de la totalité des sels, dans y> toutes les eaux des villages et des vallées où le goitre et le crélii> nisme sont endémiques. :^
Convaincu « qu'aucune des opinions, jusqu'alors émises sur la cause D probable du goitre et du rachitisme, ne pouvait rendre compte des » faits, 3> M. Grange s'est demandé si ses analyses, faites sur trois terrains différents^ terrains talqueux, anthraxifère et crétîicé, ne pourraient pas expliquer, par la présence des sels de magnésie, le développement de ces affections endémiques.
La vérification du fait de Texistence d'un rapport constant entre le développement du goitre et du crétinisme et l'existence de roches talqueuses, dolomitiques, dans les Hautes- Alpes, la Suisse, le Piémont, les Vosges, les Pyrénées ; l'indication d'un fait analogue recueilli par M. Boussingault dans les provinces des Andes, où il avait observé des goitreux, où d'après M. Darwin, se rencontrent des masses énormes de gypses et de dolomies, confirmèrent M. Grange dans l'opinion qu'il se crut dès lors en droit de formuler en ces termes :
€ Il résulte donc des analyses que j'ai faites et des observations géo- ]> logiques que si les eaux sont, comme on le croit généralement, la » cause prochaine du développement du goitre et du crétinisme, on » pourrait rapporter l'action délétère des eaux aux sels de magnésie, i> ou peut-être à la fois à la présence de la magnésie et à l'absence d'une y> quantité de chaux suffisante aux besoins de l'économie. L'analyse 9 est appelée à résoudre le problème. 'P
Dans un rapport du 2 janvier 4850 à M. le Ministre des Travaux publics, de l'Agriculture et du Commerce, M. Grange rendait compte en ces termes du résultat de ses études à cette époque:
« J'ai reconnu que nous avions en France plus de 450,000 person- D nés affectées de goitre et 50,000 crétins. J'ai réuni les éléments i> d'une carte géographique du goitre en France,
ET LE CRÉTINTSME. ' 74
)» Dans rSurope centrale, le nombre de personnes atteintes dépasse
> 3 millions.
> Le goitre et le crétinisme se rencontrent dans tous les pays du D monde, à toutes les hauteurs où Thomme peut fixer son habitation V permanente, sous toutes les latitudes, sous les climats les plus va- J> nés et les plus différents.
]» Ces affections, indépendantes des circonstances orographiques et
> météorologiques, ne régnent endémiquement que sur les terrains 9 magnésiens; en Angleterre, sur le calcaire magnésien; en Allemagne, :d sur les formations magnésifères du terrain carbonifère, du trias, du j^ lias et sur la molasse ; en France, sur les mêmes terrains ; dans les :^ Alpes, sur les formations cimentées par la magnésie ; dans les Py- ^ rénées, sur le soulèvement des roches magnésiennes, appelées
> ophites.
:d Dans TAmérique et dans l'Inde, le goitre se rencontre dans 1er 1» mêmes circonstances géognostiques.
» J'ai étudié cette année tout le versant nord-ouest des Alpes, de :» Digne à Genève et de Genève au lac des quatre cantons. J'ai exploré » les terrains les plus différents, la formation diluvienne et la molasse, » le terrain crétacé, le terrain jurassique, les schistes cristallins mép tamorphiques.
p J'ai trouvé sur les vastes plaines de la molasse, qni s'étendent au s> nord des Alpes, sur un espace de 100 Ueues, le goitre aussi fréquent D que dans le Valais.
p Berne, la ville la plus propre et la plus riche de la Suisse, a une p population presque tout entière atteinte par cette maladie •
p Si l'on fait, perpendiculairement à la direction des Alpes, une sé- » rie de coupes^ on verra que les vallées et les bandes de terrain, » envahies par les affections endémiques, se trouvent précisément sur
> les lignes de rupture des divers groupes de terrain, où on ren- » contre partout des couches considérables de gypse et de dolomie.
:d Les cartes géologiques et géographiques de la Suisse et de la Sa* i> voie, celles de la distribution du goitre rendent ces faits très-évi- D dents.
:d J'aurai Thonneur de les présenter à M. le Ministre.
:» C'est en vain qu'on chercherait la cause du goitre dans les in- 3) fluences météorologiques. Dans ce système on rencontre à chaque 3) pas une contradiction. Ni l'exposition au soleil, ni l'élévation sur les i> montagnes, ni l'habitation dans les plaines sans horizon, ni la ri- JD chesse, ne peuvent mettre à l'abri de ces tristes infirmités qui fran- 3^ chissent souvent le seuil des palais.
:» Les pays à goitre n'ont entre eux rien de commun qu'un élé- ^ ment minéralogique : la magnésie, formant des masses considéra-
> blés tantôt sous la forme de carbonate, tantôt sous la forme de sili- 3) cate, qui fournissent aux eaux, chargées d'acide carbonique, des
> quantités variables de sels dissous.
:d Nous devons donc considérer comme un fait acquis à la science 3) que le goitre est généralement endémique sur les terrains imprégnés :p de magnésie. >
L'ensemble de ces études et de celles qull avait pu réaliser ultérieurement, a été exposé par M. Grange dans un mémoire, et résumé dans le rapport fait à TÂcadémie des sciences, le 28 avril 1851, par M. Elle de Beaumont.
Pour donner une idée juste de la doctrine de M. Grange dans ses données essentielles, et de la valeur qui lui a été attribuée par les savants émineats auxquels il en avait déféré l'appréciation, je ne puis mieux faire que de reproduire des citations textuellement empruntées à ce remarquable rapport.
€ La proposition fondamentale de M. Grange, au sujet de la distri- ]D bution du goitre et du créliaismc, consiste en ce que la seule difféi> rence essentielle qu'on puisse assigner entre les localités où le gol- » tre et le crétinisme existent et celles où ils n'existent pas, est une
ET LE CRËTINISME. 73
5) différence dn^ns la constitution géologique du sol, et en ce que la j^ seule ressemblance, qu'on puisse signaler entre les pays de monta- D gnes, de collines et de plaines où le goitre est endémique, est une p certaine ressemblance dans la nature du terrain.
> Dans une vallée longitudinale comme celle de Chamouny ou celle j) de risère, de Conflans à Grenoble, dont les deux côtés ont des con- D stitutions géologiques différentes, le goitre et le crétinisme sont en- D démiques dans les villages qui se trouvent sur l'un des côtés de la jD vallée, tandis qu'ils sont inconnus dans les villages situés en face^ de 3) Tautre côté, dans des conditions en apparence toutes semblables et ;» dans la même atmosphère ; mais sur un sol géologiquement difféjf rent, une même vallée transversale, qui traverse successivement jD plusieurs terrains^ est alternativement sujette aux goitres sur ceri> tains terrains et exempte de ce fléau sur d'autres.
9 La vallée, qui descend du col du Bonhomme pour se joindre, aup dessous des bains de Saint-Gervais, à celle de TArve qui la continue » jusqu'à Genève, offre, sous ce rapport, des faits extrêmement re- ;& marquables. Exempte du goitre dans la partie supérieure de son :d cours, où elle est étroite et encaissée, elle y devient éminemment :p sujette dans l'espace large, bien aéré, bien exposé, qui s'étend de ]p Saint-Gervais à Sallenche ; de Sallenche à Cluse, elle redevient j> étroite et encaissée, mais le goitre au lieu d'augmenter disparait, et :d le village de Maglan, situé dans la partie la plus étroite, en est > exempt. Le goitre reparaît à Cluse, dans l'espace large et bien culy> tivé qui s'étend jusqu'à Bonneville . Les deux tronçons de cette val« 3> lée, où le goitre est endémique, sont les plus larges, les plus aérés, » les mieux exposés ; mais l'un et l'autre ont leur fond creusé dans les D calcaires schisteux du lias, contenant des masses de gypse et des 3) roches dolomitiques (cargneulcs). Leur constitution géologique est la j> même que celle du flanc unique des vallées longitudinales de Cha- ^ mouny et de Grésivaudan, où le goitre est endémique.
:» Des faits du même genre existent dans les autres parties de la D Savoie, notamment dans la Maurienne... Ces faits ont été signalés
> avec autant de soin que de précision par Mgr A. Billiet...
3> Très-peu fréquent dans la plupart des vallées, dont les flancs sont y> formés de roches primitives, de grès à anthracites ou de calcaires
» compactes, il est surtout endémique dans les parties de la vallée de
:& l'Arc, qui sont creusées dans les calcaires schisteux du lias supérieur :» et inférieur, et dans les masses gypseuses et dolomitiques (car- » gueules) qui s'y sont développées en un grand nombre de points.
^ C'est là précisément la constitution des flancs de la vallée de Cha- 1^ mouny, des flancs de la vallée de l'Isère et des deux tronçons de la D vallée de l'Arve, où le goitre et le crétinisme sont particulièrement
> endémiques.
» M. Grange, qui s'est particulièrement attaché à préciser les faits » au point de vue géologique, a reconnu le même genre de liaison
> entre l'existence endémique du goitre et la constitution géologique If du terrain dans toutes les parties des Alpes qu'il a été à portée d'é-
> tudier.
;> Le haut Valais, dont le sol est formé presque entièrement par les
> schistes cristalUns anciens, est Iiabité par une population remarqua-
> blement belle et complètement exempte de goitre. 11 en est de 3> même de plusieurs vallées latérales, placées dans les mêmes condi- :» tiens géologiques. Au contraire, les vallées latérales, creusées dans p les schistes du lias plus ou moins métamorphiques et souvent péné- :p trées de gypse et de masses dolomitiques, et surtout la profonde
> vallée du Rhône, creusée dans ces roches depuis Mérel jusqu'à 3> Martigny, montrent au voyageur Tafl'ection goitreuse et crétinique i> dans son développement le plus repoussant. Deux villages du bas 3) Valais jouissent à cet égard, dit M. Grange, d'un privilège d'immu- » nité remarquable : ce sont ceux de Paillon et de Ley teron bâtis sur D le gneiss.
i> Lorsqu'on passe le Saint-Bernard pour aller de Martigny à Aoste, » on marche sur le lias jusqu'à Orcières, et l'on rencontre le goître > dans tout cet intervalle, qui est formé parles schistes du lias souvent j> à IVtat métamorphique et très sujet à so recouvrir d'efflorescences D salines. D'Orcières à l'hospice du Saint- Bernard, on suit la vallée » d'Entremont, dont le fond est creusé dans les schistes cristallins » primitifs : le goître a disparu; mais à l'hospice du Saint-Bernard, on D rentre dans le lias accompagné çà et là de gypses et de masses » dolomiliques (cargneules), et l'on retrouve le goître dès les premiers jb villages qu'on traverse en descendant vers l'Italie.
:d La traversée des Alpes, par la route du St-Gothard, présente des )) faits du même genre et peut-être plus frappants encore.
i> L'étude que M. Grange a faite de la distribution du goitre dans j> les Alpes, présente une répétition continuelle de circonstances ii> analogues. Chaque fois qu'on passe du domaine des populations D saines dans celui des populations affligées du goitre et du crétinisme, s> on traverse une limite géologique et l'on entre dans la sphère du lias, des gypses et des masses dolomitiques (cargneules), ou dans D celle d'autres formations, qui jouissent, quoique à un moindre D degré, du même genre d'influence, telle que la molasse miocène.
3> Le Jura révèle d'une manière bien sensible la nature probable de » cette influence. Les plateaux calcaires du Jura et les vallées pro- )) fondes, qui les sillonnent, sont généralement exempts de goître; mais s> on le rencontre à sa sortie, au pied des coteaux riants, généralement » bien aérés et bien exposés, qui portent les vignobles de LonS'le-Saul- » nier, de Voiteur, dePoligny, d'Arbois, de Salins ; coteaux formés par 3) les marnes schisteuses du lias, si généralemeût sujettes à se cou- » vrir d'efflorescences salines, et par les couches salifères des marnes » irisées avec leurs gypses et leurs dolomies. D'après M. Grange, le s> goitre est de même endémique dans les plaines de la Lorraine, sur j> le lias, les marnes irisées, le muschelkalk et le grès bigarré.
j> Parmi les pays de collines et de plaines, M. Grange cite encore, :p comme remarquablement sujets au goitre, les teiTains salifères et D magnésiens du trias et du zechstein, dans le Wurtemberg et rAlle- ^ magne centrale, la bande de calcaire magnésien qui traverse le nord
^ de l'Angleterre, de Nottingbam à Tynemouth, et les plaines qui de la jD pointe occidentale de F Ardenne, s'étendent à l'ouest, dans le nord de ï> la France, à travers le département de l'Aisne, vers celui de l'Oise, » Dans cette dernière contrée, les eaux des sources paraissent sortir :» de la craie ; celles que M. Grange a analysées contiennent des sels D magnésiens.
i> D'après M. Grange, le goitre paraît ordinairement là où le soli ^ formé en partie de roches qui paraissent avoir subi sur place di- 3> verses transformations, cède encore aux eaux qui y circulent, des » éléments propres à réagir chimiquement les uns sur les autres, et ^ à les imprégner de certains sels. C'est en général près des masses » gypseuses et dolimitiques que M. Grange a vu le goitre atteindre 3> presque partout son maximum d'intensité. Mgr l'Archevêque de D Chambéry avait déjà cité, en Savoie, de nombreux exemples de ce D rapprochement singulier qui m'a été signalé à moi-même dans 3> d'autres parties des Alpes, lorsque j'y ai voyagé.
"p Ce résumé des faits observés est conforme à l'expérience sécu-
> laire des populations de ces contrées et n'en est, pour ainsi dire, » que la traduction en langage géologique
> L'Académie a pu voir que des deux principales opinions, qui ont :p été émises sur la cause du goitre. Tune, qui tend à la faire remon-
> ter à des conditions générales, sociales et topographiques, auxî> quelles les populations se trouveraient soumises, ne serait pas con- » firmée par les recherches de M. Grange ; l'autre opinion , qui con-
> siste au contraire à attribuer l'apparition endémique du goitre à
> une cause tellurique^ trouverait un appui dans les recherches de
> l'auteur.
ET LE GRÉTINISME.
^ M. Grange a été plusloin, et^ après avoir circonscrit les régions à )) goitre dans certaines zones géologiques, il a cru pouvoir signaler la )) magnésie comme étant Tagent principal de la production de cette ^ maladie. Sans se prononcer sur cette dernière opinion, qui ne pai> rait pas établie jusqu'ici sur des bases irrécusables, votre Commis* » sion n'a pu s'empêcher de reconnaître que, dans les contrées étuy> diées jusqu'à présent par M. Orange, la magnésie est en effet très-, ^ répandue dans les terrains sur lesquels le goitre est endémique et j> dans les eaux qui en proviennent ; reste à savoir si, indépendamment D delà magnésie, il n'existe pas dans ces eaux un principe actif, mais D en très-faibles doses, et qui jusqu'ici aurait échappé aux analyses, j»
Les doctrines qui ont aspiré à fonder Tétiologie du goitre et du crétinisme sur la considération principale ou exclusive de la nature géologique du sol, n'ont jusqu'alors rencontré qu'un bien petit nombre d'adhérents.
Les fondateurs de ces doctrines, Mac Clelland, Mgr Billiet et M. Grange, n'avaient guère conçu la réalisation de l'influence attribuée par eux à la nature du sol qu'au moyen de sa transmission aux êtres vivants par les eaux prises en boisson.
D'après le témoignage de M. Morel , M. Guggembûiil semble avoir le premier admis que les exhalaisons de la terre concouraient avec la nature des eaux pour représenter l'influence à attribuer à la nature du sol. (Page 56) (1). •
(0 Bien ayant Gaggenbûbl, Manster ayait attribué le gottre à Vindisposition de fatr (cosmograpbie universalis 4550. trad. de BoUeforest, t. I, p. 1006); W. Coxe, à un air malsain (Travels inSchwilzerland. trad. Ramond, t. II, p. 34 36); Wild, aux miasmes méphitiques apportés pur les courants (Pensées sur le pays de Yaud); Razoumowsky, à la viciation de Vair par les miasmes marécageux (ouvrage cité, p. 132 à 136); de Salis, aux émanations provefuint des marais (Neue Samroler, 1807); le D' Schiner, aux exhalaisons méphitiques (Description du département du Simplon ; Sion, ISIS, p. 78.) L. L.
Dans la discussion que M. Morel a soutenue avec Mgr Tarchevèque Billiet en 4854 (1) et qui s'est terminée, en définitive, par un accord sur le principe fondamental de l'influence étiologique de la constitution minéralogique du sol, des concessions réciproques ont été faites, et ]\Igr Billiet, qui avait déjà admis, comme agents intermédiaires de cette influence, d'abord les eaux potables, puis peut-être les fruits de la terre, a dû compter, avec M. Morel, l'air au nombre de ces agents.
En effet M. Morel, d'accord avec Mgr Billiet sur la distinction des causes directes et essentielles par rapport aux causes indirectes et secondaires, et sur la nécessité de rechercher la cause essentielle externe du goitre et du crétinisme dans la constitution géologique du sol, c'est-à-dire dans Vinfluence telluriquej ne sépare pas de cette influence tellurique le milieu ambiant dans lequel Diomme vit, se meut et se développe, l'air, la lumière et les principes qui peuvent les constituer, pas plus qu'il n'en sépare l'eau et les fruits de la terre, qui empruntent à la constitution géologique du sol leurs principes bienfaisants ou leurs propriétés funestes.
L'admission d'une influence tellurique, si largement conçue quant à ses conditions et ses moyens, s'éloignerait autant des doctrines étiologiques proposées par Mgr Billiet et M. Grange, qui avaient exclu les causes météorologiques, climatériques et géographiques du rang des causes directes, qu'elle se rapprocherait de la manière la plus ordinaire et la plus générale de concevoir les influences géologiques, si M. Morel, excluant les causes géologiques spéciales, auxquelles on avait pu songer ou qu'on avait expressément indiquées, le gypse, l'argile, la magnésie, n'avait admis, comme expression de l'influence tellurique, la production d'un miasme spécial, déterminant par intoxication le développement endémique du goitre et du crétinisme .
C'est là un point de vue véritablement propre à M. Morel, qui ne
(1 ) De l'influence de la coiisiitutim géologique du sol sur la production du goitre et du crélinisme, Paris, 4853.
rattache sa doctrine sur l'influence de la constitution géologique du sol, aux doctrines de MM. Mac Clelland, Billiet et Grange, que par un certain accord en fait sur les espèces de terrains, qui seraient, par leur nature, les plus propres à favoriser le développement endémique du goitre et du crétinisme.
Ainsi, les observations de M. Morel, dans le département de la Meurthe, lui ont permis de reconnaître que, dans toute la partie de ce département qui est géologiquement constituée par la formation du lias, sur les argiles, les calcaires et les grès, le crétinisme ne se rencontre que d'une manière sporadique, et le goitre d'une manière exceptionnelle ; tandis que sur les marnes irisées, appartenant à la formation triasique, contenant du sel gemme et des amas de gypse, se rencontrent des foyers importants de goitre et de crétinisme. Rosières, Moyenvic, Marsal, Dieuze.
Il rappelle que, dans ces terrains, l'argile alterne avec des calcaires magnésiens. Et il cite l'opinion d'un géologue, M. Guibal, qui est disposé à attribuer les goitres à la présence de la magnésie dans ces terrains.
M. Morel cite encore une région des Vosges qui, d'après le docteur Neser, offre un nombre considérable de goitreux et même de crétins, bien que la nature du sol doive être rapportée aux terrains dits primitifs , granit, gneiss, eurite, porphyre, amphibole, serpentine, grès rouge et grhs vosgien. C'est la région où sont situées les communes de Sainte-Marie-aux-Mines, Festrupt, Echery, Ranthal, Liepvre et Allemand -Rombach.
Enfin il rappelle qu'en descendant des Vosges vers l'Alsace, on rencontre, dans les iles et le long des bords du Rhin, le goitre et le crétinisme, sur des terrains d'alluvion, analogues aux dépôts du Rhône.
Après avoir signalé ces différences dans la constitution géologique des terrains par lui observés, M. Morel conchit que :
a Le crétinisme est dû à une action spéciale qu'un principe intoxi'-
:» cant exerce sur le système cérébro-spinal, soit par l'air que l'on res-
3> pire, soit par les substances que l'on ingère dans l'économie, et qui
i> paraît surtout être en rapport avec les terrains où prédomine le cal-
> caire magnésien^ sans qu'on puisse affirmer d'une manière absolue 3> que ces infirmités ne se trouvent pas dans d'autres constitutions géo-
> logiques.
3> Toutefois, partout où Ton rencontre ces dégénérescences, il fau-
D dra admettre quelque chose de spécial, soit dans la constitution
i> géologique, soit dans la configuration du pays et les conditions at-
:» mosphériques qui amèneront pareillement le même résultat. y>
M. le docteur Vingtrïnier, dans un mémoire cité par Mgr Billiet durant le cours de sa discussion avec M. le docteur Morel ( l), a conçu, lui aussi, la cause essentielle du goitre sous la forme d'un miasme spécial .
a S'il est vrai, dit M. Vingtrinier, que les mêmes conditions hygié- » niques ou anti-hygiéniques, ainsi que les conditions topographiques, D soient les mêmes pour les localités atteintes du goitre et pour les :» voisines, qui ne le sont pas, n'est-on pas conduit à penser, logique- 3) ment et par la force des faits, qu'il faut absolument qu'il se trouve » dans la localité atteinte une cause spécifique^ persistante, inamovi- D ble, une cause qui ne se rencontre pas dans la localité épargnée » quoique contiguë, localité dans laquelle (du moins en apparence) :» on respire le même air, où se boivent les mêmes eaux, la même bois-
> son, où se nourrissent, travaillent et vivent, à peu près de la môme D manière, les habitants atteints du goitre et ceux qui ne le sont pas,
> il faut bien, dis-je, qu'une cause locale circonscrite^ inamovible, ca- 3> chée, incessante, vienne agir sur les constitutions, plus ou moins
> aptes à recevoir son action, ou manquant de force de résistance ou
(\) Ou goitre endémique dans le départemeyU de la Scinc-lnfcrieure et de Vétiologk de cette maladie; Rouen, 48j4.
EF LE GRÉTINISME. 8^
3> d élimination j et spécialement sur les femmes ; or le sol seul évidem- » ment, pour moi du moins, par sa condition (T inamovibilité et par » la variété d'éléments qui se remarquent dans les lieux les plus voi- 3) sins, doit être le seul dépôt, la seule source de l'agent toxique; là j s> selon nous, dans le sol il y a un banc terrestre, ou amas de détritus y> circonscrit, où doit se faire une fermentation ou putréfaction spécii> fique, végétale ou animale^ dont Pair reçoit et dissout les émanations, » et les transmet, par la respiration^ à tous les individus qui vivent j habituellement dans cet air.
> Il est tout naturel de penser que Veau peut dissoudre aussi la ma- 3> tière toxique déposée dans la terre, et qu'elle est, comme Fair, un » moyen de transmission. Mais alors c'est l'eau de la localité, qui se
> charge sur place, et non (pages 18 et 19) pas une eau venue de loin, » qui apporte l'élément toxique, ce que rien n'a prouvé jusqu'alors. 3>
Pour justifier son hypothèse, M. Vingtrinier s'appuie sur le fait du transport de la cause du goitre avec les détritus transportés par les eaux, admis par plusieurs observateurs, notamment par Mgr Billiet et par M. Grange.
Dans une lettre adressée à M. Ferrus, le 11 février 1851, M. Grange avait affirmé que le goitre et le crétinisme endémiques sur les terrains magnésiens, suivent sur un tris-grand espace les terrains d'allu vions qui proviennent des pays où le goître est endémique.
M. Grange a reproduit, dans une lettre adressée à M. Vingtrinier, la même affirmation en ces termes :
a: Dans tous les pays où le goître existe, on reconnaît aisément j que les alluvions, qui proviennent de pays à goître, ont des popu- » lations goitreuses. Exemple : la rive gauche du Pô, la rive gauche 3> de risère ; les rives opposées n'en présentent pas. Les choses D sont ainsi toutes les fois que les terrains sont de diverse natiu*e
> sur les deux rives ; magnésien d'un côté, non magnésien de
s l'autre. j>
t« ÉTOMS SUR LE GOITHE
M. Vingtrinier admet donc comme M. Grange des terres à gùttre.
11 trouve ime seconde preuve, à l'appui de son hypothèse, dans la coïncidence du fait de la disparition du goitre à Martigny, avec le renouvellement du S0I9 dans la valléoi par suite d'une inondation.
Une lettre de M. Grange, adressée à M. Vingtrinier, caractérise ainsi le fait :
( La vallée de Bagne n'est pas, dans sa partie supérieure, atteinte de i> goitre ; je ne crois pas même qu'il y en ait à Ghable. Le torrent, qui 1 alimentait le lac et qui a rompu ses digues, a chassé devant lui une ^ masse énorme de débris de cailloux roulés provenant des roches gra-
> nitiques que l'on rencontre de Sainte-Branchies à Martigny. Il me ^ paraît probable, continue M. Grange, que les alluvions de ces rivières
> étaient moins délétères que les alluvions du Valais, attendu que, dans 9 le Valais, tous les villages sont atteints, sur une étendue de plus de
> 20 lieues au-dessus de Martigny, tandis que dans les vallées, d'où sont ^ venus les déblais qui ont exhaussé le sol de Martigny, il n'y a que
> deux villages tout au plus qui le soient. Les terres transportées ^ n^ étaient probablement pas des terres à goitre, ^ (Pages 42 et 43.)
M. Vingtrinier croit encore trouver une justification de l'hypothèse dans les résultats de diminution du goitre ou du crétinisme, qui ont été observés sous Tinfluence delà modification du sol parles défrichements, les percements de route, les endiguements de rivière, etc. (Page 45.)
D'accord avec M. Grange sur l'existence des terres à goitre, M. Vingtrinier conçoit, autrement que lui, la nature de l'influence que ces terres exercent pour produire le goitre.
Pour M. Grange, les terres à goitre sont celles qui, imprégnées de magnésie, communiquent aux eaux, qui en sortent ou qui les traversent, en leur cédant des sels magnésiens, des propriétés morbifiques.
Pour M. Vingtrinier, les terres à goitre sont celles qui produisent cette affection par suite d'un travail de fermentation ou putréfaction
ET LE CRÉTlNiSME; S3
spécifique, donnant naissance à un miasme qui se répand dans Vair et agit par la respiration.
Les observations et les recherches chimiques de M. Girardin et microscopiques de M. Pouchet ne lui ont rien révélé de particulier sur la nature des terres à goitre du département de la Seine-Inférieure.
Les théories étiologiques du goitre et du crétinisme, principalement ou ezclasivement fondées sur Tinfluence de la nature géologique du sol^ tout en provoquant immédiatement les objections et les négationSi ont eu au moins cet avantage de faire accorder généralement à la question l'importance qu'elle mérite^ et de motiver des études spéciales susceptibles d'être fécondées au profit d'une conception plus large et plus vraie de Tétiologie du goitre et du crétinisme.
Maffei a conclu de ses observations dans les Alpes Noriques que la natiu*e géologique du sol ne parait exercer aucune influence sur la production du crétinisme.
Il se fonde, pour nier cette influence, sur ce qu'il a trouvé des enclins en plus ou moins grand nombre dans les vallées qui descendent du sommet des Alpes, où dominent les terrains de granits, de gneiss, de micaschistes, de schistes divers, et qu'il les a trouvés aussi trèsrépandussur les formations de calcaires secondaires, et dans les régions constituées par le grès etlaGrauwacke. (Page 148.)
Les résultats de l'enquête faite dans le Wurtemberg ont conduit Roesch à constater que, dans la portion wurtembergeoise de la forêt Noire, où se rencontrent, vers l'ouest, le granit et, vers l'est, le grès bigarré, le goitre et le crétinisme sont rares sur le granit et au contraire fréquents sur le grès bigarré (fl^randj» ôatWag'es deSulz, Oberndorfj Freudenstatt, Nemburg, Nagold et Calw)\ que là, où le grès bigarré s'associe au muschelkalkj le goitre et le crétinisme sont encore peu fréquents {de Rottweil à Mergentheim) ; que dans la région, où le
keuper s'associe au muschelkalk, le crétinisme atteint les proportions les plus considérables et le goitre est généralement développé ; de Schwenningen à Crailsheim (cercles du Neckar et de Jant) ; que sur les calcaires et schistes liasiques, et sur toute la formation jurassique unie à la molasse dans la Souabe supérieure, le goitre et le crétinisme ne se montrent que rarement, si ce n'est dans une petite région voisine du lac de Constance.
De ces observations, on pourrait conclure à une influence immédiate de la nature du terrain sur le développement du goitre et du crétinisme.
Mais cette conclusion serait infirmée par l'existence du crétinisme sur la molasse près du lac de Constance, par l'inégalité de son développement sur le grès bigarré et le muschelkalk et par l'absence complète de l'endémie dans plusieurs cantons et communes appartenant par leur sol à la formation du keuper, qui ailleurs se montre de toutes les formations géologiques la plus riche en goitreux et crétins. (Pages 214,215.)
Les observations et les vues théoriques de Mac-Glelland n'ont certainement pas été sans influence sur la direction donnée par M . Marchand à ses recherches sur les causes du goitre et du crétinisme dans les Pyrénées françaises.
Le résultat de ses recherches offre absolument beaucoup d'intérêt et représente, au point de vue géologique, la première étude d'une importance scientifique réelle, à laquelle ait été soumise, en France, la question de l'influence géologique en général et l'opinion de Mac-Clelland en particulier.
tf Si on jette un coup d'œil sur la carte géognosique des Pyrénées, si 1» on étudie la nature des terrains sur lesquels sont bâtis les villages 3> dont nous venons d'esquisser la topographie, on ne retire de cette :» étude aucune donnée capable de faciliter la solution du problème
i> qui nous occupe. Le terrain granitique est de tous les terrains primi-
D tifs celui que Ton rencontre en plus grande abondance dans les Pyré-
^ nées. A lui seul il constitue les trois quarts de tout le terrain primi-
3> tif ; il ne forme qu'une bande parallèle à la direction de la chaîne et
:^ que Ton pourrait comparer à une suite de monts ne se touchant que
y> par leur base et n'étant souvent liés entre eux que par des roches
» d'une formation nouvelle. Le terrain granitique supporte immédiate-
3> ment le schiste micacé, qui semble se trouver exclusivement sur le
D côté septentrional delà chaîne granitique. La bande formée par le
D schiste micacé est non-seulement peu épaisse en comparaison de
:d celle du terrain granitique, mais encore elle est fréquemment inter-
D rompue sur des distances considérables. Le calcaire primitif se sub-
]^ divise dans les Pyrénées en trois formations, dont deux sont subor-
j) données au terrain granitique, et dont la troisième seule est indépen-
> dante.
-p Le terrain le plus étendu des Pyrénées est celui de transition. Les
> roches, qui le composent, sont dans l'ordre de leur plus grande fré- » quence , le schiste argileux, le calcaire, la brèche calcaire, le quartz
> la grawacke commune et la grawacke schisteuse. Ces terrains de tran- » sition forment deux larges bandes, qui s'appuient au nord et au sud ^ sur les terrains primitifs, recouvrant indistinctement le granit, le 3> schiste micacé, ou le calcaire primitif.
> Le terrain secondaire occupe, en général, moins d'espace sur le :p versant septentrional que les terrains de transition. 11 offre trois fory> mations, celle du grès rouge, du calcaire alpin et du calcaire du Jura. 1» Ce terrain recouvre indistinctement le terrain primitif ou celui de 3> transition. On ne retrouve les terrains primitifs que dans quelques D portions très-bornées des vallées que nous avons parcourues, et nous > avons remarqué qu'en général les points où on les rencontre ne poui> valent nous offrir aucune espèce d'intérêt. Tout le reste des vallées :d se trouve presque exclusivement formé par des terrains de transition;
» ce n'est que dans celles du Bastan et du Larbou8t,dans une partie de ]D celles du Lavedan, du Louron et d'Aure, que les villages sontimmé- ^ diatement bâtis sur des roches de schiste micacé.
^ Au premier abord, on n'est pas tenté d'accorder à la nature du sol :d une grande influence sur la constitution de l'homme qui l'habite, car ^ on trouve des vallées entières avec des conditions géologiques iden-
> tiques, tandis que leurs populations présentent ces mêmes dissem* :^ blances physiques que nous avons toujours vues en rapport avec la
> hauteur et la position géographiques des villages.
> Mais lorsqu'on fait une étude comparative de la constitution géo- 1 logique des pays où abondent les crétins et les goitreux, oh constate ^ assez d'analogies pour sentir la nécessité où l'on est de mettre une
> grande réserve dans l'importance qu'il faut accorder à la nature des -p terrains. ]^ (Pages 51, 52, 53.)
En ce qui concerne la théorie de Mac-Clelland, M. Marchand regarde ses observations comme fort curieuses et fort intéressantes, mais il pense qu'avant de leur accorder l'importance que cet autem* leur assigne^ il est nécessaire de se livrer à de nouvelles recherches moins exclusives surtout que ne lui ont paru celles de l'observateur anglais. Et sur la question en général, il a formulé cette conclusion : a Les matériaux que nous possédons sur la constitution géologique
> du sol ne sont pas assez précis pour qu'il nous soit permis de rien
> conclure relativement à l'influence que peut exercer cette constitu- 3> tion sur l'homme ; nous le regrettons d'autant plus qu'indépendam- 1 ment de l'importance que certains observateurs ont assignée à la T> constitution géognostique des vallées, nous avons entrevu quel- ^ ques analogies entre la constitution géognostique des pays ravagés i> parle goitre et le crétinisme. » (Page 81.)
Les auteurs du Compendium de médecine, pour qui la cause endémique essentielle de ces afiections est demeurée indéterminée et incon-
ET LE CHÉTINISME. l>7
nue, tontest^it Tinfluence de la nature du sol, en se fondant sur cette considération particulière, que, conformément aux observations de Saussure, Bramley et Evans, un ruisseau peut être Tunique séparation entre une localité infectée et une localité exempte de goitre et de crétinisme, sans qu'il soit possible d'assigner aucune cause probable à ce fait; et sur cette considération générale : a Que le goitre et le créti- » nisme existent dans toutes les parties du globe et dans les lieux les i> plus différents les uns des autres, par leur position géographique, 9 leur climat, leur constitution géologique, les mœurs de leurs habi-
> tants, etc. >
La Commission sarde a accordé une importance légitime à la question de l'influence étioLogique de la constitution géologique sur la production du crétinisme endémique ; les études auxquelles elle s'est livrée, l'ont conduite à nier cette influence, au moins comme élément étiologique principal ou exclusif. .
• Tous ceux, dit le rapport de cette Commission, qui ont étudié le
> crétinisme en diverses contrées^sont d'avis que la nature du sol a peu
> d'influence dans la génération du crétinisme, et que cette maladie 1 s'observe dans toute espèce de terrains, lorsque dans les habita- ) tiens, qui s'y trouvent, concourent les nombreuses conditions sous » l'influence desquelles le crétinisme se manifeste ailleurs.
> Il est vrai qu'en Savoie les crétins sont généralement moins nom-
> breux sur les terrains calcaires jurassiques ; mais les vallées sont
> aussi moins profondes, le terrain cultivé présente, en proportion des » habitants, une plus grande étendue et leur fournit abondamment » pour travailler et pour vivre, tandis que, dans les vallées de l'Arc, de 1 la Tarentaise et de l'Arve, la misère, le peu de terrain cultivé, le
> manque de lumière, l'humidité de l'air, un genre de vie tout à fait
> particuliers sont les principales causes de la dégénération de la race,
> circonstances tout à fait indépendante de la nature du sol. Au reste,
» si la qualité du terrain avait une telle influence dans la génération du ^ crétinisme, comment pourrait-on expliquer par exemple que, dans » la vallée d'x^oste, celles de Cogne, de Gressoney, sont entièrement
> exemptes de crétins, quoique le terrain de ces régions soit tout à fait
> identique à celui des autres vallées infectées de crétinisme ?
» Et comment ceux qui soutiennent que les terrains schisteux 'p sont seuls aptes à produire le crétinisme, expliqueraient-ils la genèse
> de cette maladie dans les vallées de la Stura, du Pô et de la Valpel-
> Une où les stratifications calcaires abondent davantage ?
:^ Et comment pourrait-on encore expliquer, en se servant des 1 observations faites à Tétranger, que par exemple, dans les Alpes
> Noriques, on rencontre presque autant de crétins dans les vallées :p principales de la chaîne centrale des Alpes, dont les montagnes sont "» composées de granit, de gneiss, de schiste, de micaschiste, que dans
> vallées de formation calcaire et secondaire et dans les régions dont
> le fonds est de sable et de grès ?
3> On doil donc regarder comme prouvé, quant à la nature du sol, 3> que les crétins ne se rencontrent pas sur un terrain plutôt que sur
> un autre, que la différence des terrains n'est d'aucune importance » par rapport au plus ou moins grand nombre de personnes infectées ; j que la qualité peut avoir une influence seulementindirecte,lorsqu'elle D rendrait le sol d'un pays moins fertile et en augmenterait la 7> misère. :> (Page 179.)
M. NiEPCE conclut comme la Commission sarde, en s'appuyant âur des faits et des considérations de même nature.
> • . . Ceux qui ont attribué la cause du crétinisme à certaines forma-
> tiens géologiques, préférablement aux autres, ont commis une grande
> erreur, qu'il faut attribuer à ce qu'ils n'avaient étudié le crétinisme D que dans une contrée : ainsi Mgr BilUet, archevêque de Chambéry, 3 dans un petit mémoire publié en 1847, assure que le crétinisme est
J> seulement endémique dans les vallées creusées dans les terrains > schisteux, etc.
D ... D'autres, au contraire y qui n'ont étudié le crétiuisme que dans 5 des contrées dont le sol est exclusivement formé de roches calcaires D et où les eaux qui servent de boisson aux populations sont saturées de D sulfates et de carbonates de chaux, affirment que l'on ne trouve de i> crétins que dans les formations jurassiques.
^ Ces erreurs tiennent évidemment à ce que ces observateurs n ont j> pas étudié ces infirmités dans plusieurs contrées, car ils auraient vu i> que le crétinisme est également répandu sur toutes les espèces de :d terrains, et que, quelle que soit la nature du sol, lorsque certaines 9 causes existent et se trouvent réunies et que par conséquent elles }> excercent une action suffisamment énergique pour produire la > dégénérescence de l'espèce, il y avait des goitreux et des crétins.
> On rencontre, à la vérité, beaucoup de crétins dans les vallées de p la Savoie, creusées dans les terrains schisteux appartenant aux j^ formations du lias et des schistes talqueux. Mais, en Suisse, dans » certaines parties des départements de l'Isère, des Hautes-Alpes et y> dans toutes celles du département des Basses-Alpes qui sont in- 9 fectées, on trouve un grand nombre de goitreux et de crétins répandus 'p dans les vallées des terrains de calcaires compactes jurassiques, néo- :d comiens ou crayeux. Dans les vallées, qui dépendent des soulève- » ments principaux où l'on ne trouve que des terrains primaires, on p voit également des villages infectés de crétinisme : ainsi les vallées 3 qui viennent du mont Rose, du mont Cervin, celle de Vaulnaveys ^ près Grenoble, situées dans les terrains granitiques, sont infectées 3) de goitreux et de crétins, bien que le sol soit exclusivement formé i> de roches cristallines. Dans les Alpes Noriques, on rencontre presque i> autant de crétins dans les vallées dont les montagnes sont composées :» de granit, que dans les vallées de la Suisse, du Grésivaudan, delà p Durance, du Drac, du Verdon, de l'Ubaye, de la BUorine, etc..
]p dont tous les terrains appartiennent aux formations calcaires, et que
> dans celles de la Tarentaise, de la Maurienne, d'Allevard, qui sont 3> creusées dans les différents schistes qui constituent le sol de leurs
> montagnes.
> Des faits nombreux prouvent que la nature géologique du sol n'est V pas une cause principale du goitre et du cr étinisme ; ainsi, dans la
> vallée d'Aoste, les vallées de Gressoney, de Cogne, de Cormajor, » sont entièrement exemptes de crétinisme, bien que leurs terrains
> soient identiques avec ceux des autres vallées qui en sont infectées au i> plus haut degré.
» Dans la vallée de Tlsère, sur la rive droite, la plupart des villages, }j placés sur la route de Chambéry,ne renferment ni goitreux,ni crétins; ]» cependant deux ou trois communes, bien que situées comme toutes D les autres sur le terrain jurassique, comptent parmi leur population js> des goitreux et même des crétins.
> Dans les plaines des environs de Turin, où Ton trouve des crétins, D les terrains tertiaires, qui constituent le sol, supportent des villages >> qui sont remplis de goitreux et de crétins, et d'autres qui en sont
> exempts.
y> Il en est de même pour les environs de Voreppe, près de
> Grenoble. ^
Le D' Meyer-Ahrens, en rappelant qu'on a attribué quelquefois une grande valeur à la connaissance de la nature géologique du sol et aux conséquences qu'elle entraîne dans la constitution des lieux, comme à l'une des causes essentielles du crétinisme endémique, reconnaît qu'une carte géologique sommaire de la Suisse serait propre à éclairer la question. Mais il pense que, pour marcher sûrement dans cette voie, on ne pourrait se contenter de la simple inspection d'une carte, et que des études spéciales seraientindispensables. C'est parce qu'il n'avait pas suffisamment acquis ces connaissances
spéciales, qu'U s'est décidé à supprimer, dans son travail sur la distribution géographique des crétins en Suisse, l'indication des caractères géologiques des localités.
La comparaison de la carte géologique lui a donné la conviction que les connaissances les plus spéciales, relativement à Tinfluence de la condition géologique du sol sur le développement du crétinisme, ne pourraient conduire à aucun résultat positif.