CONDITIONS TOPOGRAPUIQUES, GÉOGRAPHIQUES, MÉTÉOROLOGIQUES ET
HYDROLOGIQUES.
Pour reconnaître toute l'importance qui doit être légitimement attribuée au concours des condiiions météorologiques, topographiques et hydrologiques dans la production du goitre et du crétinisme, il suffirait de remarquer que tous les observateurs sans exception s'accordent à les compter au nombre des causes du goitre et du crétinisme, et que les auteurs de théories exclusives ne diffèrent, sous ce point de vue, de la généralité des savants qu'en ce qu'ils ne leur attribuent qu'une action de concours, puissante il est vrai, mais secondaire. Et, pour approcher autant que possible de la vérité, quant à l'influence légitime de ces causes, il suffirait presque de replacer au rang des causes principales celles d'entre elles qui ont été le plus universellement admises conmie exerçant une action incontestable. Or parmi ces causes se trouvent au premier rang : Cexch d'humidité de l'air et du sol; Valtération de Vair par insuffisance de renouvellement et par viciations miasmatiques;ltnsuf/isancede rinsolationetrinsalubrité deseauxpotables.
U est certain à priori, d'après nos connaissances étiologiques, et il est démontré à posteriori, par les faits acquis à la science et fréquem*
4tH ÉTUDES SUR LE GOITRE
ment rappelés dans ce rapporti que chacune de ces causes n'a pas en elle-même et isolément la puissance de produire l'endémie du goitre et du crétinisme ; mais tout porte à croire qu'un certain concours de ces causes, agissant simultanément dans certaines conditions d'intensité et de permanence, est de nature à entretenir, dans les populations qui 7 sont soumises, un fonctionnement défectueux de la vie de nutri* tion el môme à développer un état maladif, se traduisant par la production du goitre et par l'inaptitude à procréer des enfants bien con» formés, chez les individus pour lesquels Taction de ces causes n*est pas contrebalancée ou neutralisée par des influences plus favorables, et à plus forte raison chez les individus qui se trouvent placés dans des conditions hygiéniques de nature à renforcer l'action de ces causes ou à leur venir en aide par d'autres causes agissant dans le même sens. Il est possible de vérifier l'exactitude de ces vues et même de parvenir à une certain^ précision dans la détermination de ces causes, en s'appuyant sur les observations des auteurs et sur les faits acquis à la science, dans ce qu'ils ont de plus incontestable.
C'est en effet une action prépondérante et permanente du concours des quatre conditions principales : d'humidité excessive de l'air et du sol, d'altération de l'air par insuffisance de renouvellement ou par violation miasmatique, d'insuffisance de l'insolation et d'insalubrité des eaux potables, qu'on rencontre généralement et constamment œmme caractérisant, soit dans divers pays, les contrées ; soit dans les contrées, les locaUtés ; soit dans les localités, les régions plus circonscrites où se manifestent à l'état endémique le goitre et le crétinisme.
Si ces affections atteignent de préférence les pays de montagnes, et, dans les pays de montagnes, la partie moyenne de la longueur des grandes vallées qui les parcourent depuis leur cime jusqu'à leur pied; et, parmi les vallées, les plus étroites, les plus profondes et les plus tortueuses, n'est-ce pas parce que, dans les pays de montagnes, dans
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la partie moyenne des grandes vallées, dans les yallées profondes, étroites et tortueuses, se trouvent réunies au plus haut degré les conditipns hydrologiques, météorologiques et topographiques dont le concours favorise et détermine la production du goitre : eaux potables insalubres ; humidité excessive et permanente de Tair et du sol; insuffisance dans le renouvellement de l'air vicié par des miasmes ; insolation restreinte, pour la durée de son action diurne, par le retard dans le lever et l'accélération dans le coucher du soleil, pour l'efficacité de son action, par les obstacles dépendant de la fréquence, de la permanence des brouillards^ et des défectuosités topographiques d'exposition*
Si les affections endémiques se retrouvent, à des degrés variables d'étendue et d'intensité, dans les larges vallées qui séparent les chaînes de montagnes, dans certaines régions des plaines qui se développent au pied de ces chaînes^ et môme, loin de toute grande chaîne de montagnes, dans des pays de plaine, n'est-ce pas parce que, dans ces con^ trées, si différentes par leur caractère géogfaphique le plus marqué, se retrouvent aussi des régions où, à raison de la disposition des cours d'eau, dans leurs rapports avec la nature et la configuration du sol, se réalisent les conditions d'humidité permanente, de ventilation insuffisante, d'insolation défectueuse, d'insalubrité des eaux, d'altération de l'air, dont le concours est favorable ou même indispensable au développement du goitre et du crétinisme sous la forme endémique.
Enfin, si, dans une même commune, les divers hameaux plus ou moins éloignés dont elle se compose ; si, dans une même agglomération d'habitations, les deux rives opposées d'un même cours d'eau, les divers quartiers, les diverses rues et même les diverses maisons, peuvent offrir et offrent en effet des différences tranchées, soit par rapport à Texistence ou à l'absence de l'endémie, soit par rapport à l'intensité de son développement, n'est-ce pas encore que les hameaux, la rive, le quartier, la rue, la maison, offrent, d'ime manière plus complète et &
un plus haut degré, la réunion des conditions propres à réaliser le concours d'influences étiologiques qui opère, pour les individus, le passage de la disposition morbide en puissance à Tinvasion morbide en acte.
Si enfin ce concours de causes hydrologiques, météorologiques et topographiques, qui, en tant que réellement inhérentes aux localités où peuvent se développer et où se développent les endémies, représentent essentiellement les causes auxquelles convient le nom de causes endémiques, n'a pas toujours pour effet le développement de l'épidémie dans le lieu où il est réalisé; si, quand cet effet a lieu, il ne se produit pas de manière à ce que tous les individus de la localité soient atteints, et s'il se produit à des degrés très-variables pour l'extension et l'intensité du mal ; si enfin, il n'est pas possible de saisir un rapport constant d'étendue et d'intensité entre T action imputable u ces causes, dans une localité déterminée, et les effets qui s'y inanifesteiit, n'est-ce pas parce que l'action de ces causes principales peut se trouver considérablement atténuée ou renforcée par l'action des autres influences hygiéniques, qui, quand elles sont défavorables, agissent, comme causes secondaires, par un concours souvent assez puissant pour que cette action secondaire semble dominer l'aclion principale ?
 chacune de ces questions, il me parait que les faits convenablement interprétés répondent par une affirmation.
C'est ce que je vais essayer de démontrer dans ime revue rapide des faits, tels que les ont constatés la plupart des observateurs et tel qu'il a été permis de les vérifier à tous ceux qui ont étudié la question étiologique dans les lieux mêmes où les endémies existent •
!• Conditions topographiques.
Si Ton essaye de refaire, sans parti pris et sans théorie à l'avance adoptée, le voyage dans les montagnes de la Savoie, de la Suisse et du
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Piémont, tant de fois parcourues par les observateurs, qui y ont cherché et qui ont cru y trouver cette pierre philosophale de l'étiologie du goitre et du crétinisme, la cause spécifique et unique de ces deux endémies, que constate-t-on de plus certain et de plus constant? Si Ton a suivi, en les remontant, les grands cours d'eau qui dcscenden t des montagnes par les grandes vallées, on a pu rencontrer en quelques points, éparpillés sur les bords de ces cours d'eau, le goitre et même le crétinisme.
Mais c'est surtout après qu'on s'est engagé dans les vallées, au-delà du point où elles débouchent plus ou moins largement dans les plaines, qu'on rencontre d'une manière un peu générale le goitre endémique.
A mesure qu'en continuant de monter, on rencontre une vallée principale et des vallées secondaires plus rétrécies, plus tortueuses et plus profondes, on peut s'assurer que le goitre devient plus commun, plus général et s'associe plus largement au crétinisme, lui-même plus fréquent et plus intense.
Quand on se rapproche des sommets, les vallées principales et secondaires gardent fréquemment les mêmes caractères d'étroitosse et de brusque iiiflexion, et ne diffèrent guère que par une profondeur moindre, et pourtant la fréquence du goitre diminue, le crétinisme devient rare, et, dans le voisinage des sommets, le goitre et le crétinisme disparaissent.
Le même fait se manifeste, avec les mêmes caractères, dans toutes les montagnes où régnent le goitre et le crétinisme, dans les Pyrénées aussi bien que dans les Alpes, dans la vallée de la Garonne comme dans les vallées de l'Isère et du Rhône, dans le Valais, comme dans la Tarentaise, la Maurienne et la province d'Aoste.
Quels changements dans les lieux peut-on saisir d'une manière générale, comme correspondants aux chan gements dans la condition des habitants par rapport au développement du goitre et du crétinisme? La nature géologique du sol n'est pas, il est vrai, la même dans les
diverses régions ; mais on peut reconnaître tout d*abord que les endémies ne s'arrêtent pas aux limites des terrains de nature différente : le fond des vallées, aussi bien que les montagnes qui les entourent et en forment les parois, se montrent fréquemment identiques pour leur nature géologique dans les vallées hautes, où les endémies n'existent pas, et dans les vallées moyennes, où elles régnent.
2^ Humidité de l'air et du soL
Dans les hautes comme dans les basses et moyennes régions, c'est au voisinage des grands et petits cours d'eau que se développent les habitations. Mais une différence marquée s'offre entre ces diverses régions par rapport à l'écoulement des eaux.
Dans les hautes régions, les torrents, généralement très-encaissés^ coulent rapidement sur des lits de cailloux. Dans les régions moyennes, leur cours moins rapide est fréquemment entravé par les flexuosités des vallées, et de place en place, principalement au-dessus des inflexions brusques,le ht des torrents sans profondeur s'étend sur toute la largeur do la vallée, et répand^ au moment de la fonte des neiges, des nappes d'eau qui ne se retirent qu'incomplètement, laissant de toutes paits des flaques stagnantes, et donnant en divers points naissance à des marécages.
Déjà, dans ces régions, les bords du cours d'eau sont constitués par des terres d'alluvion qui prédominent de plus en plus en largeur et en profondeur, à mesure qu'on se rapproche du point par où les vallées inférieures débouchent dans les plaines.
Ces caractères de disposition des cours d'eau et du sol, favorables à l'entretien permanent de l'humidité, qui appartiennent aux rives des cours d'eau dans le fond des vallées moyennes principales, se présentent au moins aussi tranchées dans les petites vallées secondaires qui y aboutissent, et se retrouvent sur les versants des montagnes, à une cer-
ET LE GRÉTINISME. ^'^
taine hauteur au*de8sus du fond des vallées, dans les anfiractuosités traversées par de petits torrents et baignées de sources qui servent habituellement d'assiette aux villages.
Des conditions analogues appartiennent en général aux régions voisines des cours d'eau, dans les larges vallées qui débouchent des montagnes et môme jusque dans les plaines, comme il est facile de le reconnaître pour les vallées du Rhône, de Tlsère et du Rhin.
Et quand on rencontre, loin des pays do montagnes, des régions, des localités, ou seulement des agglomérations d'habitations, où le goitre, par son existence et son développement, revêt les caractères endémiques, c*est encore sur les bords des cours d'eau, et sur les terrains alluvionnaires constamment humides, qu'ils infiltrent et qu'ils inondent , que l'endémie se manifeste*
Ces conditions de dispositions favorables à la production et à l'entretien d'une humidité permanente dans le sol, par suite de sa nature, de sa configuration et de ses rapports avec les cours d'eau, ont été signalées par tous les observateurs dans les localités où sévit le goitre, où se rencontre le crétinisme. Mais de plus, ce que l'observation a fréquemment signalé et ce qu'elle permet de reconnaître comme trèsgénéral et très-constant, c'est que ces conditions d'humidité dans le sol se trouvent, pour les localités où se développe endémiquement le goitre, entretenues; d'une manière permanente et renforcées d'une mailière exceptionnelle, par d'autres circonstances inhérentes à ces localités. Ainsi la fréquence des brouillards, ordinaire le long des cours d'eau, prend les caractères d'une condition météorologique exceptionnelle, pour la fréquence, l'intensité et la durée, dans les vallées de la région des montagnes, dont Tétroitesse, la profondeur et les flexuosités ne permettent pas aux vents de les chasser, où les forêts des versants boisés des montagnes les retiennent et les fixent, effet qu'exagère
encore, pour les habitations humaines, la végétation luxuriante au milieu de laquelle elles sont habituellement enseyelies.
n y a lieu de remarquer, à ce sujet, que la durée plus courte de la présence du soleil, sur Thorizon des vallées moyennes dans les montagnes,apour effet de laisser subsister, en toute saison,dans les couches superficielles du sol, une humidité d'ailleurs incessamment entretenue par l'innombrable multiplicité des sources ; conditions de Fétat du sol qui favorisent précisément l'aggravation que leur imprime l'industrie humaine en permettant un développement exceptionnel à la végétation.
Le concours de ces circonstances tend de plus en plus à disparaître, à mesure que les vallées se rapprochent des hauteurs, où il cesse absolument d'exister ; à mesure que les vallées inférieures se rapprochent de leur débouché dans les plaines, où les mouvements atmosphériques ont généralement pour effet de prévenir, par le sol et dans l'air, la permanence d'une humidité excessive.
Les nombreuses constatations faites par les auteurs de Tune des conditions principales de l'influence nuisible, par eux unanimement attribuée à la nature des habitations sur la nature du goitre, à savoir leur rapproclfement au contact immédiat des cours d'eau, leur situation sur un sol constamment imbibé, leur inclusion dans des massifs de végétaux^ impénétrables à l'air et à la lumière, confirment la légitimité de la part qui a été généralement assignée à la permanence d'un excès d'humidité dans le sol et dans l'air, d'après la considération générale de Tétat présenté, sous ce point de vue, dans les localités où régnent endémiquement le goitre et le crétinisme.
C'est l'évidence de cette influence qui a conduit Fodéré à en exagérer rimportance, à signaler l'humidité de l'air, non pas seulement comme l'une des causes principales, mais comme la cause déterminante du goitre avec le concours d'une température élevée (1 ).
(4) Traité du goitre et du crétinisme. Paris, an VIII.
ET LE CRËTINISME. 135
Sous la réserve de ce qu'il y a d'exclusif dans la théorie étiologique que Fodéré s*est cru prématurément autorisé à adopter, ses observalions et ses vues représentent par leur ensemble un des moments importants du développement de la science, en ce qui concerne le goitre et le crétinisme, et contiennent dans leurs détails plusieurs données fondamentales dont l'exactitude a été ultérieurement vérifiée par la plupart des observateurs et qui font partie des faits définitivement acquis à la science.
Fodéré distingue dans les Alpes, les grandes Alpes, formées de gros blocs de granit ou de pierre calcaire, qui peuvent être appelées à juste titre montagnes primitives, et les Alpes inférieures qui bordent les flancs des premières, et sont toutes formées de couches de grès, de schiste calcaire^ de stéatite, qu'on peut appeler à bon droit montagnes secondaires.
Les vallées, renfermées par ces montagnes, forment pendant 3 ou 4 lieues un plan fort incliné à l'horizon, que Fodéré appelle vallée sub* alpine et a: où il n'y a absolument ni goitreux ni crétins, excepté qu'ils 7> n'y aient été transportés. Ces maladies commencent à s'apercevoir j> depuis le point où l'inclinaison est moins sensible jusqu'à l'endroit jD où la vallée s'ouvre dans les plaines et où pareillement on n'observe )> plus ni goitreux ni crétins. 3> Cet espace intermédiaire, Fodéré le nomme vallée sub^sub-alpine ; a et il diffère, en elTet, autant des vallées D sub-alpines, soit par les qualités de son sol et de ses montagnes, » soit par les maladies qui y sont endémiques, soit par sa température, » qu'une journée caniculaire diffère d'un beau jour de printemps (p.l6 1 ) .
9 En parcourant les pays où cette maladie (le goitre) est endémique, p on ne la trouve, dit Fodéré, ni sur les hauteurs, ni dans les grandes p plaines ouvertes de toutes parts ; mais, dès qu'on arrive dans un berj> ceau étroit et profond, creusé par un torrent, dont l'eau qui s'est filtrée jp par-ci, par-là, a formé un terrain marécageux ; dès qu'on entre dans D des vallons étroits et creusés profondément, où la chaleur est con-
r an>res
9 qu'elles forment des berceaux couverts de feuillage, ainsi que les 1 vallées que j*ai nommées sub-sub^alpines. »
Les observations de M. Marchand dans les Pyrénées ont confirmé les vues de Fodéré, pour ce qu'elles ont de plus général.
c L'humidité du sol est considérable dans le plus grand nombre des 1^ villages des vallées inférieures. Nous avons vu des sources nom- :» breuses jaillir dans les rues, les jardins et jusque dans les maisons. :d a l'époque de la fonte des neiges, ou après des orages et des pluies » prolongées, les rues sont souvent converties en lits de torrents, » qui y coulent pendant plusieurs jours, souvent môme plusieurs :» mois. H n'est pas rare que Teau pénètre dans l'intérieur des habita- 1^ tiens et qu'elle y séjourne pendant un temps plus ou moins
> long.
j L'humidité du sol est moindre dans les villages bâtis sur les pentes, 1^ à cause de l'écoulement plus facile et plus immédiat des eaux ; D l'humidité est encore moindre dans ceux des vallées supérieures
> qui sont toujours plus petites que les inférieures et dont le plateau i> présente plus d'inégalités de terrains, des pentes plus rapides, d
M. Marchand, tout en confirmant de ses propres observations la plupart des vues de Fodéré sur le rôle de l'humidité, n'accepte pas dans toute leur étendue les inductions du savant savoisien. Voici ses conclusions :
€ L'humidité du sol, celle de l'atmosphère, semblent jouer un trèsp grand rôle dans la production du goitre et du crclinisme; cette p double condition hygiénique peut être considérée comme une de D celles qui coïncident le plus fréquemment dans les Pyrénées avec la i> présence du goitre el; du crétinisme, et encore cependant manque-t-
> elle dans quelques villages dont les habitants sont décimés par ces
> affections. L'humidité de l'atmosphère, si on l'invoquait comme une 1 cause déterminante nécessaire, nous permettrait d'expliquer assez
3 facilement pourqaoi le goitre et le crétinisme ne sont endémiques
> que dans les vallées basses et profondes. >
Le rapport de la Commission sarde n'attribue à lliumidité de Fair dans rétiologie du crétinisme qu^un rôle accessoire et secondaire, en se fondant principalement sur ce que des pays très-humides, la Hollande par exemple et les îles entourées d* eau de toutes parts (1) y comptent très-peu ou point de crétins. Toutefois, il constate la généralité du fait de Taltération de l'air , surtout par excès d humidité» dans les localités où le crétinisme est endémique.
a L'air, d'ordinaire sec et pur sur les points élevés des montagnes, i> est, le plus souvent dans le fond des vallées, où règne le crétinisme, T^ surchargé d'humidité à cause de Tévaporalion continuelle des eaux
> qui s y accumulent en abondance , tantôt encaissées en torrents fi rapides, tantôt débordées en marais étendus. La fréquence des 9 brouillards se fait sentir dans tous les pays infectés de crétinisme jf endémique, non-seulement à la fin de l'automne, mais encore peu- D dant toute l'année. Celte condition est si générale dans les vallées du » duché d'Aoste, que FoJéré n'hésite pas à lui attribuer principalep ment la dégénération de la race humaine qui s'y observe. On en peut » dire autant des autres vallées infectées et même des pays de plaine D dans lesquels cette dégénération est endémique. Dans les plaines x> de Coni et de Saluces et dans les pays plats du Canavésan, on p remarque des crétin? dans les bourgs et les villages rapprochés de ^ quelque fleuve ou de quelques étangs, ou bien situés au milieu de f pays très-boisés ou de prairies continuellement irriguées. L'humidité ^ est si forte, dans ces localités, que les arbres et les murs des maisons
(4) Los bords do la mer, probablemenl ti causo de riodaralion de l'air, semblent jouir d*une sono d'immuQiléea ce qui concerne legollre et le crétinisme. « L'inlensilé du crétinisme dans une région, ayons-nous dit, paraît éire, toutes choses égales d'ailleurs en raison directe de la distance à la mer. C'est vers le centre des cooti* nents et des grands massifs de montagnes que l'endémie sévit avec le plus d'intensite » (art. Crélinisme du Dict. de méd. et de cfUr, pratiques^ t. X, p. S23.} L. L.
> sont recouverts de lichens et de mousses. Dans d'autres régions où :» les crétins abondent, comme aux Millières dans la Haute-Savoie,
> et près de Domancy dans la vallée de l'Àrve, Tair n'est pas ]» seulement surchargé de vapeurs aqueuses, mais il est rendu plus délétère encore par des miasmes qui se dégagent des marais voisins i> et qui y sont entretenus par d'épaisses oseraies, lesquelles s'oppo- ^ sent à une libre ventilation. ^ (P. 173-174.)
M. NiEPCE a reproduit, à peu près dans les mêmes termes, les observations et les conclusions consignées dans le rapport de la Commission sarde, relativement à l'influence de l'altération de l'air surtout par excès d'humidité.
Il a étendu ses observations aux départements français de Flsère, des Hautes et des Basses- Alpes .
Il insiste sur le fait de l'excès d'humidité dans les régions infectées par le goitre et le crélinisrao :
c Dans ces contrées, l'hygromètre atteint souvent 100*, ou se
i> rapproche si près de ce cliiffro que l'on peut dire que la saturation
î de Fair est presque constante. ^ (P. 303.) c Dans certaines vallées, dans celle d*Âoste, dans celle de l'Isère,
i> dans quelques-unes des Hautes -Alpes, dans la plupart de celles
^ du département de l'Isère, dans les plaines de Novarre, de
D Saluées, les habitations, entourées d'arbres touffus, situées au milieu
i> des prairies continuellement irriguées, cernées de tous côtés par
i> des amas de fumier, d'immondices, de cloaques infects de toute
^ espèce, sont enveloppées d'un air tellement humide, que les rayons
» du soleil ne pouvant pénétrer à travers l'épais feuillage des arbres
D fruitiers, et venir ainsi détruire les effets de cette humidité, les murs
î> sont couverts de mousse. Les malheureux qui les habitent pré-
p sentent tous une physionomie plus ou moins étiolée : aussi beaucoup
> d'entre eux sont-ils goitreux ou crétins. > (P. 307.)
M. Gosse ( 1 ) a été conduit, par ses recherches sur les causes^ do goitre et du crétinisme, à penser que c'est moins la composition géologique et chimique du sol que la qualité physique du terrain superficiel qui produit la prédisposition au goitre et au crétinisme, en favorisant un excès d'humidité.
« Plus le terrain est perméable et poreux, moins il permet à Thu- :d midité de séjourner au niveau du sol; plus il est compacte et dense, D plus il empêche Feau de s'écouler vers le bas. Aussi voit-on le goitre
> endémique disparaître dans les terrains rocailleux et calcaires, faci' 5 lement perméables et peu hygrométriques... Mais il se développe le
> plus fréquemment dans les terrains schisteux et tufeux, dans les :d formations de molasse, sur les terrains d'aUuvion, où se trouvent i> presque constamment des couches d'une terre argileuse compacte )) formée par les détritus de roches ardésiennes, qui non-seulettie&t # conserve longtemps l'humidité, mais qui n'étant pas perméable, main- 2> tient l'eau à la surface du sol et alimente de nombreuses sources. » (P. 23.). M. Gosse applique le même raisonnement à la configuration du sol.
Par ses remarquables recherches sur le goitre et le crétinisme dans le département du Bas-Rhin, M. Tourdes s'est trouvé amené à considérer l'influence marécageuse comme le fait dominant de l'étiologie du goitre dans les pays où il a étudié celte affection endémique.
€ L'observation a démontré, dans le département du Bas-Rhin, ^ que le goitre et le crétinisme ont pour siège d'élection les bords du 1^ Rhin et de TlU, pays d'aUuvion, bas et inondé, où les marécages D exercent encore sm^ une large échelle leur influence délétère. La :d ville de Strasbourg est située au milieu de cette région à goitre ; au- 1^ dessus d'elle, comme au-dessous, se trouvent des cantons où Ten- ]» demie va jusqu'au crétinisme.
0) Derétiologie du goitre et du crMfntfme, GenèTe, 4883.
> Pour la banlieue, le doute n'est plus possible ; la Robertsau et le ^ Neuhof, où l'on rencontre des goitreux et des crétins, présentent 1» encore de nombreux marécages. De vastes terrains, habituellement
> en culture, sont fréquemment inondés ou détrempés par les eaux
> d'infiltration ; ils deviennent momentanément de véritables marais ) dont l'action ne peut être méconnue. Les fièvres inteimittentes sont ]» toujours la maladie dominante dans cette partie de la banlieue de i> Strasbourg. On y consomme d'énormes quantités de quinine.
> La ville de Strasbourg ressent -elle aussi l'influence palustre? On 5 peut le supposer en examinant sa topographie. Tout un côté de la » ville, formant plus du tiers de sa circonférence, refifarde les régions
> à marais ; aux portes même de la ville commencent les terrains 9 bas et humides de la Robertsau et du Neuhof. Les fossé» de la place 9 dont les eaux ont un faible courant et un niveau variable, peuvent :d encore être considérés comme de véritables marécages y leurs beri> ges, souvent desséchées, sont recouvertes par un limon vaseux qui i> exhale une odeur fétide...
1 Un rapport nous parait exister entre la fréquence du goitre et Tin- :» tensité de l'action marécageuse ; l'endémie, très-faible dans la ville, 9 est plus prononcée dans la banlieue, toù les fièvres intermittentes se i> développent dans des proportions considérables. L'assainissement p du sol, qui a diminué le nombre et l'activité des marais, coïncide :d avec une réduction notable dans la fréquence des fièvres intermit-
> tentes et du goitre; la même décroissance a été observée dans le D reste du département, i^
En éliminant de ces observations et des inductions que M. Tourdes a cru pouvoir en tirer, Vêlement miasmatique et la corrélation avec les fièvres intermittentes, ce qui reste, c'est la coïncidence du fait de condition d'humidité permanente avec le fait de développement du goitre.
J'ai déjà eu Voccasion de signaler, dans ce rapport, les résultats des
Ul ÉTUDES SUR TJ5 GOITRE
observations météorologiques qui ont confirmé, pour le département du Bas-Rhin, les observations précises faites par Fodéré dans le duché d'Aoste et par M. Niepce à AUevard.
C'est après avoir exposé les résultats de ses recherches, dans son hydrographie médicale, que M. Tourdes résume ainsi qu'il suit ses conclusions sur la corrélation de la cause et des clTets :
€ Des cours d'eau nombreux, un sol d'alluvion, des pluies abon- 1^ dantes, une atmosphère chargée de vapeurs, tels sont les traits d'un )> climat humide, et nous les trouvons réunis dans le climat du Bas- D Rhin. Mais ces caractères généraux n'appartiennent pas au pays ]> tout entier ; ils varient suivant les localités et les altitudes ; la plaine 3> et les vallées sont humides ; une atmosphère plus sèche baigne les ]> collines et les plateaux élevés des montagnes, C*est aux rives du D Rhin et de TIll, c'est à la région des alluvions modernes que s'ap- V plique surtout la juste réputation d'humidité, attribuée au climat de 3> Strasbourg. L'humidité du sol et de l'atmosphère influe nécessaire- » ment sur la constitution des habitants ; elle développe le système )) lymphatique et les affections qui en dépendent ; réunie à d'autres 10 causes, elle fait naître les scrofules et les tubercules, le goitre et D même le crétinisme; TinflucAce palustre s'étend sur une partie de » cette région. 3> (P. 25.)
Ce qu'il y a de fondamental dans toutes ces observations de divers savants, en divers lieux^ et de principal, dans les inductions qu'ils en ont tirées, est généralement confirmé par les études de la plupart des autres observateurs, notamment par celles auxquelles se sont livrés MM. Ferrus, Morel et Vingtrinier.
M. Ferrtjs s'est convaincu personnellement et à plusieurs reprises |ue rhuinidité est une des causes les plus actives du goitre et du crétinisme dans le Valais et les Pyrénées.
Parmi les conditions d'insalubrité signalées au premier rang dans la
ET LE CRÉTINISME. i43
ville de Rosières (Meurthe), où le goitre et le crétinisme existent à uu notable degrés se trouve réalisée la condition d'humidité excessive^ entretenue, dans un sol alluvionnaire, par les infiltrations de plusieurs cours d'eau, et favorisée, pour certains quartiers, par un rapprochement plus grand des cours d'eau, par une situation plus déclive, par la disposition défectueuse des habitations. •
Dans le département de la Seine-Inférieure, loin des pays de montagnes, où se développe, où se cantonne le goitre endémique, qu'y ont observé et étudié MM. Vingtrinier et Morel? Dans une presqu'île de la Seine, sur un sol alluvionnaire , dans des villages abrités par des coteaux, mal bâtis, enveloppés par les brouillards, entourés d'arbres, parcourus par des fossés, mal ventiles, insuffisamment éclairés.
Les recherches que poursuit encore aujourd'hui M. Morel dans cette région ne tendent-elles pas à démontrer dans les villages et môme dans les habitations isolées, d'une part, l'existence de ces conditions insalubres parmi lesquelles prédominent l'humidité de l'air et l'insuffisance de son renouvellement, d'autre part la puissance de leur aptitude à favoriser le développement du goîlre?
Il serait superflu dlnsister sur le nombre immense des faits particuliers qui démontrent la part principale que l'excès de l'humidité dans l'air prend communément à la production du goitre, même accidentel, atteignant les individus isolément, oa se développant avec les caractères d'une sorte d'épidémie dans des agglomérations plus ou moins considérables d'habitants: hôpitaux, casernes, prisons, etc. (1).
(4) On n*a pas, selon nous, sufli^^amment leuu compte de l'inQuence do Tagglumération sur la produclion du gotlre. Voici, enlre autres documenls, un fait qui montre combien cette cause peut augmenter l'intensité de i'vndémie.
Le 47 juillet 4KG6, lors d'une tournée d'iuspeciion dans la maison centrale de Riom (Puy-de-Dôme), je procédai en présence du médecin et du directeur de la prison à l'examen de tous les détenus au nombre de 800. Sur ce chiffre, nous en comptâmes 169 qui portaient dos goitres, gros, moyens on petits, ces derniers beaucojp plus nombreux : ce qui donne une proportion de 36 pour oont. Or,
La condition d'humidité considérable et permanente dans le sol et dan^ Tair atmosphérique ne sufiit pas généralement à elle seule pour Cavonser et surtout pour déterminer le développement du goitre en* démique. Il faut, d'après les faits les plus constants, pour atteindre cette efficacité étiologique qu'elle s'associe à d'autres conditions topographiques et météoj^ologiqueSy qui ne se rencontrent pas réunies dans les pays simplement humides, où d'après les résultats de l'observation le goitre endémique ne se produit pas.
Déjà plusieurs fois il a été fait allusion à ces conditions spéciales liées soit à la situation et à la configuration des lieux, soit à la disposition des habitations et de leurs dépendances, conditions qui se résument en une influence d'insuffisance dans le renouvellement de l'air et dans l'action de la lumière.
Une appréciation générale des caractères offerts par les contrées où régnent le goitre et le crétinisme, permet de reconnaître qu'elles diffèrent sensiblement, sous ce double point de vue, des contrées qui ont lo bénéfice de l'immunité.
d'après le rapport que M. le D' Aguilhon a présenté, le 3 anil 4864, au conseil d'hygiène de rarrondissemcnl de Riora, la proportion des cas de goîlre chez les hommes adultes (obtenue par le dépouillement des procès-yerbaux des conseils de réYision de 4833 à 4852) n'aurait été à coite époque dans la yille de Riom qae de 3.95 pour cent, c'est-à-dire 10 fois moins (proportion qui se rapproche beaucoup de celle qu'a obtenue M. Baillarger pour la période 4850-4865. (Enquête sur le goUft et le crélinismef p. 433.)
Je dois ajouter que la maison centrale de Riom reçoit les condamnés des départements circonyoiâins où le goitre est en général endémique à des degrésdiyers.
J'ai pu m' ssurer^ d'ailleurs, que le plus grand nombres des goitres constatés chez les détenus avaient été déterminas par le séjour dHns la prison; iU apparaissent très* rapidement chez les nouveaux arrivants, le plus souvent dans les premiers mois.
Le régime est pour beaucoup assurément dans cette fréqucoco exceptionnelle des cas de goitre dans la prison de Riom \ mais il n'en est pas la seule cause : à la mémeépuquo, nous avous con<^iaté un fuit à peu près analogue à l'asile des aliénés de Clermont où le régime alimentaire e.«>t très-convenable : sur 177 femmes, nous y avons compté 73 cas de goitre, c'est-à-dire plus de 16 pour cent. L« L.
ET LE CRtTINlSME. *^
3o Étroitesse et profondeur des vallées. — Absence de renouvellement
de Vair. — Émanations miasmatiques.
En effet, rétroitesse et ta profondeur dans les vallées moyennes des montagnes, les nombreuses et brusques inflexions qu'elles présentent dans leur direction, et leur terminaison en impasse au pied d'escarpements d'une grande hauteur, soustraient généralement l'atmosphère, qu'elles renferment, non pas au double courant du matin et du soir qui appartient à toutes les vallées dans les hautes montagnes, non pas à une agitation plus ou moins considérable sur place, mais bien aux grands déplacements de la totalité de leur masse, qui sont les conditions d'un renouvellement réel de l'air, et qui se manifestent habituellement faciles, énergiques et efficaces, dans les vallées supérieures des montagnes^ dans les vallées très-larges qui en débouchent sur les grands plateaux montagneux, et surtout dans les pays de plaines*
Ces conditions défavorables au renouvellement de l'air, dans la masse atmosphérique que renferment les vallées étroites et profondes, sont rendues plus activement nuisibles à leurs habitants, à raison de ce que le renouvellement partiel des portions de cette atmosphère, où ils respirent, est entravé par la mauvaise disposition des habitations et par un développement de végétation à leur contacti dent on ne peut se faire une juste idée qu'après l'avoir vu.
Il faut encore ajouter que cet air, dont le renouvellement est rendu par ces circonstances si difficile et si incomplet, est un air fréquemment vicié par les émanations que produisent les décompositions végétales et animales soit au contact môme des habitations, dans un sol constamment humide, dans des flaques d'eau, dans des amas d'immondices, soit à une distance plus ou moins rapprochée, dans des
murcca^'es»
Voilà ce qu'offrent généralemeni les localités habitées, dans les vallées moyennes des montagnes, et ce qu'on retrouve, au moins pour ce qu'il y a de plus essentiel, dans certaines régions des grandes vallées et des plaines où le goitre se produit
Ces caractères ont été généralement signalés par tous les observateurs.
e: Dans les vallées moins infectées de crétinisme, dit le rapport de
> la Commission sarde, la condition de Tair atmosphérique est cor- » rigée par des vents, la plupart périodiques, qui soufflent le matin • d'amont en aval et le soir en sens contraue. Dans les vallées plus » rétrécies et dans les angles rentrants qu'elles forment, cette ventila-* j^ (ion est moindre, si elle ne manque pas tout à fait. L'action du vent
> y est circulaire, en forme de tourbillon, de manière à rapporter » continuellement l'humidité et les miasmes qu*il avait dissipés pour -» un instant. Ainsi dans la vallée de Valpelline, dans le duché 3) d'Àoste, dans celle de Bozel en Tarentaise près de Yillard-Goitreux» » et dans la commune de Servez en Faucigny, le vent souffle perpé- 3) tuellement, mais en tourbillon, et un air qui est toujours le même :» ne saurait se purifier.
> La libre action des vents se trouve iaussi très-gênée par les bois s> épais qui entourent la plupart des villages les plus fortement infec- ]> tés de crétinisme ; elle est aussi contrariée par la disposition des :» maisons...
:d II faut ajouter à cela l'observalion, faite par plusieurs auteurs, i> que, tandis que sur les hautes cimes et dans le fond des vallées, on ^ sent un courant d'air continu, sur les coteaux de moyenne élévation ^ l'air reste immobile ; d'où il résulte que, dans les vallées resserrées y> et profondes, l'air atmosphérique, quoique souvent agité pai' les 3> vents, n'est cependant pas autant purifié ni renouvelé que dans les » pays plats et exposés au soleil, car si les vents ne sont ni aussi fré- ^ quents ni aussi forts dans ces derniers, au moins peuvent-ils les i) parcourir en tous sens sans aucun obstacle. » (P. 174.)^
ET LE CUÉTINISME. «♦?
4** Insuffisance de r insolation.
La condition de l'insuffisance de l'insolation se retrouve générale ment associée aux conditions de permanence d'humidité et d'altération de l'air par défaut de renouvellement et par émanations miasmatiquesy dans les localités atteintes par le goitre et le crétinisme, et, sous ce point de vue encore, on peut reconnaître, pour les pays de montagnes, entre les hauts lieux, les vallées moyennes et les vallées inférieures, des différences corrélatives à l'absence et à la présence, à divers degrés, de ces affections endémiques, et d'ailleurs étroitement liées aux deux autres conditions dont l'influence étiologique a été mise en évidence.
C'est dans les vallées moyennes et dans les petites vallées secondaires qui y débouchent, que^ se trouvent réalisé, par suite de leur étroitesse et de leur profondeur, à un degré dont on ne peut se faire une idée exacte dans les pays de plaines, le fait de l'insuffisance de l'insolation, dont la science ne peut méconnaître la portée comme condition défavorable à l'exercice normal des fonctions nutritives, surtout dans leur rapport avec le développement des organes suivant le type normal.
Le raccourcissement de la durée de la présence du soleil sur Thorizon et par suite de l'action directe de la lumière, porte sur toutes les expositions, avec toutes les variations qui dépendent, pour les diverses localités, de toutes leurs différences d'orientation.
Mais pour certaines localités, par suite de leur situation au pied d'escarpements d'une hauteur exceptionnelle^ dans les anfractuositées formées par les saillies des montagnes et par les angles rentrants des inflexions de vallées, l'action directe de la lumière , lorsqu'elle n'est pas complètement supprimée, se trouve réduite à la durée de courts instants dans un petit nombre de jours.
5"* Mauvaises dispositions des habitations.
Les dispositions signalées dans les habitations et leurs dépendances, par rapport à leur influence sur le renouvellement de Tair, ont une non moins puissante efficacité comme obstacle à l'action de la lumière ; et c'est par ces dispositions qu'on peut comprendre^ pour toutes les localités de ces contrées et aussi pour celles dont l'exposition est la plus favorable, comment là où se rencontrent encore pour la végétation des conditions de vie florissante^ Faction indispensable de la lumière fait plus ou moins complètement défaut à l'homme, avec toutes les conséquences favorables à la dégénérescence de l'espèce.
Ce sont les mômes dispositions dans les habitations et leurs dépendances, associées souvent à une configuration topograpfaique qui restreint à la fois le renouvellement de l'air et l'insolation, que présentent habituellement, dans les pays de plaines, les localités atteintes par
le goitre endémique.
11 y a lieu de remarquer que la longueur des hivers, la plus grande rareté de la sérénité du ciel, la fréquence des brouillards, concourent, dans les vallées moyennes des montagnes, avec leur confîguration,pour restreindre l'action solaire.
Enfin, il est important de tenir compte encore de deux circonstances, qui sont de nature à exagérer très-sensiblement l'influence pernicieuse de l'altération de l'air par excès d'humidité, par défaut de renouvellement et par violation miasmatique et de l'insuffisance de Tinsolation.
6® Intensité et concentration de la chaleur.
Dans les vallées moyennes des pays de montagnes, durant l'été, la chaleur se développe avec une très-grande intensité, de manière à favoriser la végétation et même à permettre sur les coteaux les mieux expo-
ET LE CRËTJNISME. U9
ses, la mataratiou du raisin. Mais, d'après le témoignage des babîtants, l'homme a beaucoup à souffrir dans son activité vivante et dans sa santé, de l'influence énervante d'une chaleur humide dans l'atmosphère concentrée du fond et des anfractuosités de ces vallées , et des miasmes dont le dégagement est suractivé à la surface du sol.
Une action non moins défavorable se continue, durant la saison froide» pour les habitants des maisons où, en vue de se soustraire à la rigueur du froid, les familles s'entassent pêle-mêle avec leurs bestiaux, dans l'étage à demi souterrain qui leur sert d'étable commune •
7** Faits à l'appui de Vinfluence de ces diverses causes. —
Opinion des auteurs.
Les faits qui attestent la réalité de V existence de ce concours de conditions anti-hygiéniques dans les loclités atteintes par le goitre et le crétinisme, se trouvent dans tous les auteurs qui ont étudié surplace les causes de ces affections , et dans tous les ouvrages consacrés à leur histoire.
Il y est fait fréquemment illusion dans les citations textuelles d'auteurs que j'ai eu l'occasion d'introduire dans ce rapport; quelques passages, empruntés aux observateurs dont le témoignage a le plus d'autorité, suffiront pour compléter la preuve.
FoDÉRÉ, qu'il est toujours important d'étudier et de citer, non- seulement parce qu'il a appliqué à une étude approfondie de la question dans des pays infectés où il est né, qu*il a longtemps habités, ses éminentes qualités d'observateur instruit et judicieux, mais encore parce que ses observations et ses vues constituent à beaucoup d'égards comme le fond , la substance, ou au moins le point de départ de tout ce qu'on a écrit depuis ; Fodéré admet que la cause du goitre et du crétinisme est réalisée par l'association de la chaleur et de Thumidité dans
l'air atmosphérique . 11 s'appuyait, pour justifier cette opinion, sur les conditions offertes par les vallées appelées par lui sub-sub^alpines. Aux caractères par lui assignés à ces vallées, il ajoute ceci :
€ Â cette humiditéatmosphérique se joint, en prïntemps,en été eten i> automne, une grande chaleuroccasionnée par la réverbération desrocs T> qui forment les cloisons denos vallées basses; d'où résulte une chaleur D humide, qui fait de ces vallées des espèces de bains de vapeur. (P. i 00. ) <( Cette température douce donne une assez grande fertilité au sol de 3> ces vallées, mais la prodigieuse quantité d'arbres fruitiers dont il a 3> été de toift temps garni, jointe aux marais qui s'y rencontrent natu- D rellement, à Tévaporation des eaux de la rivière, en rendent nécessai- 5> rement l'atmosphère très-humide ; de' sorte que nous pouvons dire D qu'il y a constamment en été une chaleur humide qui, si elle est utile ]> à la végétation^ est très-nuisible aux animaux par le relâchement D qu'elle occasionne. »
Fodéré complète le tableau des conditions météorologiques propres à ces contrées, en insistant sur les circonstances accessoires qui y entretiennent une humidité constante.
et Les vents sont ordinairement très-propres à balayer l'humidité, D mais, dans ces vallées, ils ne le peuvent pas. En effet, d'après leur î disposition tortueuse, ils sont obligés d'y arriver par des gorges, mais :^ ne rencontrant pas une autre gorge à enfiler en droite ligne (car au- 1^ cune gorge ne correspond à une autre gorge opposée) , ils vont D frapper contre la montagne vis-à-vis, qui les renvoie à une autre i> montagne, et ainsi successivement, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé t> dans leur trajet une nouvelle gorge à emboucher, ou qu'ils se soient » perdus dans les plaines. Or, de la grande proximité des montagnes, )) de la quantité d'arbres à fruit dont leur base est garnie, il résulte » que les brouillards etles nuées font un plus long séjour dans ces can- D tons que clans un pays de plaines ou plus évasé, ou sur un sol nu et 3> plus élevé. (P. 465.)
ET LE CRÉTINISME. i51
^ Si les vents poussent devant eux les nuées, ce n'est que pour
3> leur faire décrire une route égale à la leur ; en fuyant devant le » vent, elles rencontrent dans leur ascension de la plaine à la hauteui^ D des arbres touffus et des habitations ; elles s'y arrêtent, s'attachent 2^ aux feuillages et ne disparaissent qu'après un intervalle de temps » beaucoup plus long que l'atmosphère, déjà humide, prête moins à ^ l'évaporation. Aussi, après un jour de pluie, quand le soleil dore déjà ]p le sommet des montagnes^ le voyageur craint-il encore le mauvais j» temps, parce qu'il voit la base de ces montagnes et les habitations » plongées dans d'épaisses nuées qui ne se dissipent qu'à la longue et s> en grande partie par l'absorption qu'en fait la face inférieure des :ù feuillages, qui le rend la nuit : ce qui est un nouveau surcroit d'aug- » menlation d'humidité. Joignons à ces causes le voisinage des rivières, ^ des torrents et des marécages ; la construction basse des maisons et j) leur malpropreté ; la boue, le fumier et les immondices qui entourent :» les habitations dans les hameaux ; des chemins bas et non pavés ; des
> arbres toufius et des treillages répandus partout, et ce dans une vallée 3> étroite et profonde. 3> (P. 166.)
Voici les observations de faits consignés par la Comsussion sarde dans son rapport :
& La mauvaise qualité de l'air qu'on remarque souvent dans les pays D infectés, empire encore en été par l'effet de la température. Vers
> l'heure de midi, soit à cause de la i éverbératîon du soleil, soit à cause » de l'inMnobilité des vents, soit à cause de l'action directe du soleil, » la température devient si ardente que la respiration en souffre. Au » contraire, le matin et le soir, même dans les mois les plus chauds, on
> peut dire que l'air est froid. Il est facile de concevoir combien celte » alternative de chaud et de froid, dans un pays où l'air est continueUeji ment iiumide et imprégné de miasmes, est nuisible à la santé des V habitants ; en effet, ceux-ci sont languissants, affaiblis et énervés
45t ÉTUI»:S SUR LE GOITRE
> à tel point» que se moui^oir est pour eux une véritable fatigue. » Ces variations de température en hiver, quoique plus rares à Fair
# libre, deviennent plus fréquentes pour les habitants, à cause du se- ^ jour que presque tous font dans des étables, trop petites pour contenir
> le bétail et toute la famille, et dans lesquelles la température s'élève 9 en conséquence à 20 degrés et plus.
J Dans la Mauiienne, dans les vallées secondairesdu duché d*Àoste, ^ à Tembouchure de la vallée d'Ârve et dans d'autres lieux où les cré- }» tins abondent, les villages sont cachés derrière les prolongements » des montagnes, en sorte qu'ils restent entièrement privés de l'action
> directe de la lumière solaire pendant plusieurs mois de la saison p froide, et qu'ils n en jouissent à peine dans Tété que deux ou trois
> heures par jour.» (P. 1 75.)
Après avoir indiqué tout ce qu'offrent de contraire aux loisdeThy* giène et de défavorable à la conservation dans Tair des qualités indispensables à l'entretien de la santé, la situation, l'exposition des villages, la distribution, la disposition des niaisons et de leurs dépendances, la Commission sarde insiste avec force sur ce qu'a de particulièrement nuisible l'habitation des étables.
0C C'est dans les étables que les habitants passent la plus grande pari> tie de leur vie ; la construction de ces étables est partout si défec- » tueuse qu'elles ne peuvent qu'être nuisibles à la santé des habitants. s> Cette cause d'insalubrité est peut-être la plus générale de toutes. Des JD murailles très-épaisses sont faites de pierres mal cimentées et mal j> Uées entre elles. Elles sont toutes basses, quelquefois tellement qu'un j> homme de taille ordinaire a de la peine à s'y tenir debout sans baisser ^ la tête. Elles sont aussi presque toutes tort étroites et peuvent à peine y> recevoir le bétail et la famille. Le sol des étables, particuUèrement » dans la vallée d'Aoste, n'est ni planchéié, ni pavé, et se trouve pres- '> que toujours au-dessous du niveau du sol ; la terre nue qui forme le » pavé, continuellement imprégnée des excréments des animaux, con-
9 coure, avec leur transpiration et leur haleine^ à y maintenir toujours p l'humidité à un très-haut degré. Le principal défaut de ces étables » consiste dans Tinsuffisance des ouvertures , laquelle empêche l$i p lumière de pénétrer et l'air de circuler. On peut dire qu'elles man- :d quent tout à fait de fenêtres, à moins qu'on ne veuille donner ce nom 9 à un ou deux trous quadrilatères de quelques centimètres de largeur, » munis ordinairement d'un mauvais châssis rempU par du papier j» huiléy mobile quelquefois, mais généralement fixe. Les portes sont :d presque toujours étroites et basses, en sorte qu'un homme de moyenne j) taille ne peut guère y entrer sans se baisser.
:» 11 est inutile de démontrer comment , dans l'hiver spécialement , M Tair se corrompt par l'effet de ces dispositions, puis par la présence i» continuelle des animaux et par les émanations insupportables de la » Utière pourrie qu'on change très-rarement. Il faut ajouter encore à » ces circonstances l'usage constant des habitants de ces étables de ne j» pas ouvrir les soupiraux dont elles sont pourvues et môme de boucher » hermétiquement toutes les petites fissures qui pourraient donner p passage au froid.
» C'est dans de pareilles étables que toute la famille s'agglomère : if les enfants y demeurent tout le jour» accroupis et immobiles dans un » coin ; lu nuit ils y dorment ordinairement dans quelque espace inoc- V cupé d'une crèche. Les adultes se ramassent sur une espèce d'écha- » faudage couvert d'un peu de paille sale et le plus souvent de feuilles » sèches de hêtre et de châtaignier. Les uns et les autres se déshabillent » rarement pour dormir; ceux qui sont le plus aisés ont un linceul p pour toute Tannée. Pendant l'hiver, qui dure sept mois environ dans » ces pays, les femmes et les enfants sont condamnés à rester dans ces ï> étables ; les hommes même n'en sortent que pendant le peu de moj> ments qu'ils emploient à fendre du bois ou à se Uvrer à quelque autre :» petit travail de campagne, j» La température de ces habitations, même quand elles sont dépour-
1» vues de poêles, s'élève dans l'hiver au-dessus de SO^R.; aussi n*est-il r> pas rare que du dedans au dehors il y ait la différence de 30* R., et » plus. Les fumiers et les cloaques sont le plus souvent devant rentrée D des maisons, afin d*être mieux surveillés par le propriétaire ; à chaque i^ angle de maison et sur la voie publique, on marche sur de la litière 9 qui est expressément étendue pour retenir les immondices et servir > ainsi à l'engrais des champs. On sent à distance la mauvaise odeur » qui s'émane de ces ordures et qui enveloppe, pendant Tété surtouti » le village tout entier. > (P. 183-184.)
Ce tableau saisissant, dont j'ai souvent vérifié l'exactitude dans les villages des Alpes où sévissent au plus haut degré les endémies du goitre et du crétinisme, se retrouve, au moins pour les traits essentiels, dans les descripticris, faites par les auteurs, des localités atteintes par les endémiâs dans les autres pays de grandes montagnes, dans les pays moins fortement accilentés et môme dans les plaines. Et ce qui ressort partout de l'ensemble des faits dépeints, c'est le concours de trois conditions principales d'insalubrité : l'excès d'humidité, l'altération de l'air par l'insuffisance de renouvellement et par viciation miasmatique, et l'insuffisance de l'insolation.
S"" Insalubrité des ea\Mc.
A ces trois conditions s'ajoute spécialement, dans les lieux où se produit le goitre endémique, l'insalubrité des eaux. Déjà dans ce rapport l'influence de cette cause a été étudiée isolément, et spécialement au point de vue de la valeur des théories éliologiques exclusives. Il est utile de rattacher, en la précisant autant que possible, cette influence à celles avec lesquelles elle se trouve très-habituellement associée et avec lesquelles elle concourt pour déterminer ou favoriser le développement de l'endémie goitreuse •
Jusqu'à ce que des expériences scientifiquement instituées aient
inûrméy s'il y a lieu, la propriété de produire directement le goitre qui est attribuée à plusieurs sources en divers pays, il sera difficile de contester que l'usage de certaines eaux puisse être une cause déterminante du développement accidentel du goitre chez les individus qui en font leur boisson habituelle. Et dès lors il serait impossible de refuser une part d'influence à la nature des eaux potables, môme comme cause directe du goitre endémique.
Ce qu'il parait y avoir de plus certain sur la.nature des eaux, qui auraient par excellence la propriété de produre le goitre, c'est la présence, dans ces eaux^ d'une proportion considérable de sels calcaires, révélée par le fait des dépôts tufeux qu'elles produisent, dans leur cours, à la surface du sol au contact de l'air.
On pourrait admettre, plutôt par analogie avec les résultats généraux de l'observation qu'à raison de preuves directes, que cette aptitude à produire le goitre pourrait dépendre, dans ces sources, non pas seulement du fait de la proportion considérable, mais encore de la qualité môme des principes chimiques que contiennent ces eaux, et notamment de la prédominance du sulfate de chaux, ou de sels magnésiens, et de l'absence de l'iode.
Il a été déjà fait allusion à l'influence qui a été attribuée aux eaux potables à raison de ces divers caractères de leur composition, et à quelques-uns des faits particuliers qui ont motivé les opinions favorables à la réalité de cette influence étiologique.
D serait superflu d*en compléter l'énumération par l'indication des localités du Wurtemberg et de la Suisse, où l'opinion publique a consacré cette influence de certaines sources, en les désignant sous le nom deKropfbrunnen, sources à goitre, d'autant mieux que ces faits n'ont pas d'autre valeur que celle d'allégations plus ou moins vraisemblables, mais dénuées de preuves authentiques •
Notre honorable Président, M. Rayer, a communiqué à la Commission
une note sur la cause probable du goitre^qui a été rédigée par M. Tnoif as, ingénieur, d'après des observations faites durant un ,long séjour dans la vallée de Yalpelline, près d*Âoste, et qui, indépendamment de vues particulières propres à Fauteur et tendant à confirmer la théorie de M. Châtia, contient des faits importants d'influence exercée par cer-* taine&ea,ux pour produire le goitre.
Voici les faits tels que les rapporte M. Thomas : c Parmi les ouvriers qua j'avais fait venir de divers pays (à Valpelline), V quelques-uns, au bout de trois ou quatre semaines de séjour, avaient y> acquis un goitre naissant ; l'un d'eux s'avisa de se méfier d'une cerj> taine source, dont il buvait l'eau et qui au reste passait pour mauvaise D dans la localité ; il s'en abstint et le goitre disparut. Ceux des autres i> (esprits forts) allèrent en prospérant jusqu'à ce qu'ayant appris ce s> détail, je fis, à tout hasard^ murer ladite source. Il y eut un arrêt 1» sensible dans l'accroissement des gosiers, et je commençai à croire » que la nature des eaux était pour quelque chose dans l'existence et 1> la propagation du goitre.
» L'ingénieur qui avait précédé M. Thomas dans la direction delà » mine, habitait OUomont, où il n'avait d'autre eau à boire que celle du ^ torrent, et par goût ne buvait jamais de vin ; dans les trois premiers » mois de son séjour, un goitre lui était venu ; il le fit disparaître par :^ l'emploi de l'iode à l'intérieur.
> Tous les employés que j'eus depuis à la mine, surtout ceux que la ]^ modicité de leurs traitements empêchait de boire du vin, furent plus ^ ou moins atteints.
» Quant à ceux qui résidaient à l'usine (à ValpeUine), et à moi-même, ") moyennant la précaution que j'avais recommandée de ne s'approvi- » sionner d'eau qu'aux sources sortant sur la rive gauche du torrent, s> nous en fûmes tous exempts.
> Une expérience fort curieuse et tout à fait décisive est venue rendre s> certaine à mon esprit l'influence des eaux.
p Parmi les habitants de Valpellino, qui, comme je Tai dit| étaient à ^ peu près tous goitreux, une famille, composée du père, de la mère » et de quatre enfants dont Talné avait 24 ans et le plus jeune 12, était s> absolument exempt de cette infirmité. C'étaient cependant des gens j> nés dans le pays et ne l'ayant jamais quitté.
)> Le père, homme fort intelligent, était mon commis de bois.
» Comme je lui parlais quelquefois de mes idées sur la mauvaise in« )• fluence des eaux du Buthier, et que je m'étonnais de la santé de sa j» famille, ce brave homme me dit un jour qu'il avait devant sa porte une s> petite source dont on avait toujours fait usage dans sa maison; et » que, d*après ce que je lui disais, ce pouvait bien être la cause de s> l'exception qu'il faisait dans le pays. Au reste, me dit-il, nous saurons y> bientôt ce qui en est, car je viens d'acheter un moulin sur le Buthier; d j'avais l'intention d'y mettre un garçon, mais je vais y installer mon j> fils aîné; si l'eau doit donner le goitre, il l'aura sans doute. Quelque D temps après, je vis arriver mon homme tout joyeux, qui me dit, en se y> frottant les mains :Hél monsieur ringénieur,vous aviez raison : Pans> taléon a le goitre, c'est bien le Buthier qui le donne. »
M. Thomas, voulant éclaircir les causes de ces faits^étendit ses observations aux localités arrosées par les trois torrents, Buthier d'Ollomont, Buthier de Bionaz et torrent du grand Saint-Bernard, qui, par leur jonction au niveau de la Valpelline et de Roisan, forment le Buthier d'Aoste.
M.Thomas a constaté que les vallées du torrent du grand Saint-Bernard et du Buthier de Bionaz sont peu ou point affectées par le goitre, tandis que la vallée du Buthier d'Ollomont, et, à partir de la jonction de cet affluent, la vallée du Buthier, qui descend de Valpelline à Âoste, offrent, dans tous les villages situés sur les bords du torrent, le goitre pour la proportion énorme de 9 goitreux sur 10 habitants.
Il est fort à regretter qu'après avoir reconnu l'existence de ces faits, M . Thomas n'ait pas songé à soumettre à une analyse comparative ces eaux de torrents et de sources, si différentes par Tinfluence
qu'il leur attribue pour produire ou ne pas produire le goitre.
n en est malheureusement ainsi de presque toutes les observations qui ont été faites, et dont on s'est empressé de tirer immédiatement des inductions, sans avoir cherché à leur donner la valeur de faits réellement scientifiques.
M. Thomas s'est probablement un peu trop hâté, en imaginant, pour l'explication de ces faits, une théorie qui consistait à attribuer la propriété de produire le goitre, appartenant au Bulhier d'Ollomont et par lui communiquée aux torrents qui le reçoivent, à la présence, dans ses eaux,de sels de cuivre et de fer, enlevés par le Bulhier d'Ollomont aux mines de la vallée, sels métalliques qui décomposent les iodures et les iodates dans le sol et dans les eaux,et ne leur permettent par conséquent pas de subsister dans les eaux, ni de passer du sol dans ses produits.
Mais si les faits particuliers et les inductions spéciales qui peuvent en être tirées relativement à une action directe et principale des eaux potables sur la production du goitre, ne constituent encore que de simples présomptions très-contestables et non scientifiquement prouvées, il n'en est pas de même du rôle qui doit être attribué à l'insalubrité des eaux potables dans le concours des causes aptes à déterminer le goitre et par suite le crétinisme.
On est loin de posséder encore toutes les preuves qui seraient indispensables pour démontrer la vérité de ce point de doctrine étiologique, et surtout pour préciser définitivement ce en quoi consiste l'élément essentiellement nuisible des eaux potables insalubres.
Néanmoins, les données, jusqu'alors obtenues, permettent de croire qu'on est sur la voie qui conduit à la science et d'entrevoir les résultats définitifs qu'elle pourra atteindre.
L'une des diilérences les plus tranchées que présentent les diverses régions des montagnes considérées de leur sommet à leur pied, c^est celle qui est représentée par la nature des eaux.
ET LE GRÉTINISME. m
Vers les sommets et dans les hautes vallées, des eaux de torrents et et des eaux de sources provenant presque immédiatement de la fonte des neiges, froides en toute saison , peu aérées, peu chargées de substances salines et généralement privées d*iode.
Dans les vallées moyennes, les cours d'eau et les sources ont généralement perdu ces caractères, elles se rapprochent davantage par leur température de celle deVair ambiant, elles sont plus aérées, mais en revanche elles se sont chargées de proportions souvent très- considérables de substances salines ; il leur arrive souvent de perdre leur limpidité, soit par les accidents de leur écoulement à la surface du sol, soit par ceux qui dépendent des pluies, et il en est bon nombre qui, constamment troubles, sont désignées sous le nom à'eaux blanches et sont absolument impropres à la boisson, pour l'homme et même pour les animaux.
Dans les vallées inférieures, les grands cours d'eau qui descendent des sommets gardent à peu près les mêmes caractères que dans les vallées moyennes, mais les sources sont généralement plus limpides et moins chargées de substances salines.
En rapprochant ces faits de ceux qui se rapportent au développement du goiti'e et du crétinisme dans les montagnes, on serait conduit à trouver un rapport entre les différences dans la densité des.eaux potables, et les différences dans le développement de ces endémies, nul dans les régions les plus élevées où les eaux sont pures, très-considérable dans les régions dont les eaux sont surchargées de principes salins, plus faible dans celles dont les eaux ont moins de densité. Ces différences dans la nature et dans l'influence des eaux, d'après la situation géographique des diverses locaUtés des pays de montagnes, sont d'ailleurs très-étroitement Uées aux différences que peuvent présenter et que présentent en effet les localités par leur composition minéralegique.
Le fait est mis dans une grande évidence par Tétude intéressante que M. Calloud, pharmacien à Chambéry , a faite de Fhydf ologie comparée dans deux contrées contiguës, la Haute et la Basse -Savoie.
Ces deiix contrées présentent, relativement à leur nature géologique et par suite relativement à la densité et à la composition de leurs eaux» des difiérences générales trés-sensibles. La ligne qui, géologiquement, sépare ces deux contrées, a été, depuis la rédaction de la carte de France, repcurtée un peu plus à Touest par les géologues savoisiens, de manière à compren(Jre dans le massif alpin , constitué par des terrains cristallisés ou métamorphiques, des bandes plus ou moins larges de la vallée de VÂrc et surtout delà vallée deFIsère, rapportées par les géologues français à divers terrains de l'étage jurassique.
En attendant le jugement définitif de ce différend par la science géologique, M. Calloud , se rangeant du côté des savants de son pays, a pris pour limite de séparation géologique entre la Haute et la Basse- Savoie, une ligne partant, au nord, des sources de la Dranse pour aboutir, au midi, au-dessus de Myans, en passant successivement par Morzine, Samoens, Arpennax, Reposoir, le grand Bornand, La-Cluzaz, Mont-Charvin,Tamié,Grésy-sur-Isère, Arclusaz, Coise, Villard d'Héry, Mont-Majeur et Montmélian, et a attribué à la Basse-Savoie la région occidentale, à partir de la ligne de séparation jusqu'aux limites des départements de l'Isère» de YMn, du lac Léman et du Bas-Vallais ; et à la Haute-Savoie, la région occidentale, s'étendant jusqu'aux limites du val d'Aoste , d'Oulx, du département des Hautes- Alpes et de rOisans (Isère).
La composition minéralogique du sol, dans les deux régions, diffère considérablement. Dans la Basse-Savoie : <r calcaire inaltéré, calcaire » pur, calcaire siliceux et magnésien, plus ou moins imprégné de » soude et de potasse carbonatée ou silicatée, calcaire plus ou moins > argileux et ferrugineux, grès marneux, ferrugineux, calcaire. >
Dans la Haute-Savoie, très-peu de calcaire carbonate ; celui qui ne
ET LE GRÉTINISME. 464
s'y trouve pas altéré et conserve la forme compacte y est à l'état anhydre, à grains cristallins ; beaucoup de gypse en roche; amas de sel gemme ; roches schisteuses^ ardoisières, métamorphiques, amphiboliques, granitiques, feldspathiques, serpentines ; anciennes roches sédimentaires bouleversées, altérées, injectées de fiions métallifères et recouvrant des 8nthracites.
Les deux régions offrent, dans la nature de leurs eaux, des dissemblances corrélatives non moins considérables, sous le double point de vue de leur densité et de leur composition.
Les eaux delà Basse-Savoie sont remarquables par leur légèreté. Les eaux sulfureuses y sont en nombre prodigieux. On n'y trouve pas une seule eau saline ou salée. Elles contiennent exclusivement des sels sodico-calciques, magnésiens bi-carbonatés, à l'exclusion presque complète des sels sulfatés et chlorurés.
Toutes les eaux de cette région, tant minérales que potables, sont essentiellement bi carbonatée.^, alcalines, terreuses. L'alcalinité fait le fcmds de toutes ces eaux; elle s'étend même, sans exception, à tous les cours d'eau, rivières^ torrents, ruisseaux qui descendent des montagnes. Ce sont toutes d'excellentes eaux hygiéniques, quand des agents spéciaux, tels que le soufre, l'iode, les carbonates alcaUns, le fer, une riche matière organique puisée dans la lixiviationdes plantes conifères, de l'herbe des prairies et surtout de. l'humus des bois résineux, ne viennent pas de plus les doter de grandes ressources thérapeutiques.
Dans la Haute-Savoie, la densité des eaux est considérablement plus élevée.
Cet excès de densité atteint aussi le plus grand nombre des eaux de sources ordinaires, qui sont également délaissées pour les usasses domestiques, à cause de leur pesanteur et de leur crudité. Cela oblige la plupart des habitants à se servir, quand elles sont à leur portée, pour leurs besoins dqmestiques, des eaux de rivières et de torrents alimentéi
par les glaciers. Ces eaux sont les moins salines et les plus légères de cette région^ presque complètement dépourvue d'eau de source dans des conditions hygiéniques. L'exception ne porte que sur les localités à roches ignées, dures, où les schistes métamorphiques du lias et les gypses ne sont pas en contact.
La nature des eaux minérales de la Haute-Savoie est exclusivement saline'Sulfatée et salée-chlorurée ; il n'y en a pas qui aient des caractères d'alcalmité. 11 y a aussi très-peu d'eaux sulfureuses» et le peu qu'on y voit est dépourvu de l'élément alcalin. Les eaux contiennent des sels sulfatés, sulfate de chaux, de soude, de magnésie, des sels chlorurés chlorure de sodium, de calcium, de magnésium. Elles sont peu chargées de carbonate de chaux ; elles ne contiennent pas de bi-carbo* nates de soude, de potasse. Elles contiennent fréquemment de l'arsenic.
L'élément salin le plus répandu dans toutes les eaux de la Haute- Savoie, C'est le sulfate de chaux .
A la constatation de la bonne qualité des eaux de la Basse-Savoie , M. Cailloud avait rattaché, comme preuve complémentaire, les observations portant sur les faits de la rareté des maladies calculeuses, de l'absence de Tendémie du goitre et des dégénérescences humaines, de Textrême rareté des épizooties meurtrières. 11 demande si la sulfatisalion générale des eaux, la rareté des eaux légères et digestives pour les usages domestiques, l'extrême rareté des eaux à éléments sulftireux, la présence générale de l'arsenic dans les eaux, sont des faits susceptibles d'être pris, partiellement ou simultanément, en considération pour l'interprétation logique des causes qui produisent dans cette région de nombreuses cacbexiest l'endémie du goitre et du crétinisme, des épizooties fréquentes ?
Il est disposé à Fadmettre et exprime le vœu que TEtatet la Société encouragent les études longues et patientes, qui sont encore nécessaires pour obtenir des solutions définitives. Dès à présent il est possible de
considérer les résultats de cette intéressante étude de M . Calloud sur la nature des eaux dans la Savoie, comme confirmant très-positivement Topinion qui attribue à l'insalubrité des eaux potables une part importante dans la production du goitre et comme fournissant quelques indices sur la condition principale de cette insalubrité^ Texcès de densitéy et la prédominance des sulfates.
Si Ton avaity pour les diverses contrées où régnent le goitre et le cré* tinisme etpour quelques-unes de celles où ces endémies sont inconnues, des études hydrographiques comparables à celle qui a été faite pour le département du Bas- Rhin par MM. Stœber et Tourdes, on serait certainement en mesure d'apprécier plus exactement et plus complètement l'influence des eaux potables, non-seulement sur la santé publique en général, mais encore sur la production du goitre en particulier.
Bien que ces remarquables études n'aient pas été spécialement dirigées vers la solution de la question particulière qui nous occupe, elles ont fourni des données qui ne sont pas à ce sujet sans importance. Leurs auteurs ont fait habituellement intervenir dans l'étude analytique des eaux la méthode hydrotimétrique qui, par un procédé sûr, commode et expéditif, permet d'apprécier la proportion des sels terreux, carbonates et sulfates de chaux et de magnésie, dans les eaux, et par suite de juger au moins comparativement le degré de leur densité.
Sous ce point de vue, des différences considérables ont été constatées entre les divers cours d'eau qui parcourent le département et qui alimentent la nappe d'eau souterraine à laquelle les puits empruntent leurs eaux, presque exclusivement employées par les habitants aux usages domestiques; des différences non moins grandes ont été reconnues entre les eaux fournies par ces puits, dont le nombre égale presque celui des habitations dans le pays .
Voici les principaux résultats obtenus par MM. Stœber et lourdes :
€ Si nous classons les eaux d'après leur degré hydrotimétrique, nous
> voyons la Broche se présenter en première ligne, avec 4* 50 et 5» 50,
> suivant la distance de sa source* La Moder vient ensuite avec 6* 00 ; » puis la rivière dlll avec 9^ en amont de Strasbourg, avant d'avoir f eça
> ses affluents^ et avec i 1 "^ 50 dans la ville même et au-dessou». Le
> Rhin figure en 4* ligne, avec 14"" ou ii"* 50, suivant les époques de
> Tannée . La Zom a i 2* 75. Le canal du Rhône au Rhin a une compoi> sition qui se rapproche de celle de TIU, 10° 5. Le Rhintortu, mari> quant 14'' et 13^ 50, est principalement alimenté par le fleuve. La y> Souffel marque 42* 50.
"» La comparaison des résidus provenant de l'évaporation d'un litre » d'eau, conduit à un classement analogue. La Bruche fournit 0,052 ou
> 0,053 milligrammes de résidu fixe ; la Moder, 0,085 ; la Zorn, 0^ 1 53 ;
> nu varie de 0,096 à0,156 ; le Rhin de 0,153 à 0,168.... La Souffel, i> d'une impureté notable, a 0,738 milligrammes de résidu.
:» La nappe profonde a offert, au niveau de Brumath, 26'' àl'hydros> timètre.
> Le degré hydrotimétrique des 89 puits, analysés à Strasbourg, est 9 compris entre un minimum de f 6"" 50 et un maximum de 63"*. 24 puits D sont au-dessous de 20' ; 26 ont de 20 à 24'; 11 de 25 à 29^ 22 dé ^30à39^6de40à63^ p
Sur 83 puits, la proportion du résidu fixe est comprise :
Pour 21 puits entre Ogr.904 et Ogr.990
Pour 48
300 et
Pour 41
406 et
Pour 46
501 et
Pour 41
635 et
Pour 5
029 et 4
L'eau des puits de la banlieue de Strasbourg offre les plus grandes analogies avec celle des puits de la ville.
Le degré hydrotimétrique a varié, pour 9 puits, de 16* 75 à 27«; la proportion du résidu fixe, de 251 à 51 3 milligrammes.
L'eau du puits de la maison d'école de Robertsau marquait 1 9* à
ET LE CHËTINlSlfE. in
Thydrotimètre, et contenait 0,375 de résidu fixe, une faible propcntion de sulfate de chaux, 0,033 de sels magnésiens.
MM. Stœber et Tourdes, se fondant sur la nature des eaux répittées pour être les meilleures dans diverses contrées, telles que la source do Rozoir à Dijon, celle de Gorse à Metz, celle d'Ârcueil à Paris, etc., estiment qu'on peut considérer, comme ayant en général de bonnes qtia« Htés, les eaux comprises, pour leur degré hydrotimétrique, entre 15*" et SO"", et, pour la proportion du résidu fixe, entre 0,200 et 0,500.
Même en admettant ces données, on devrait conclure des résultats de leur étude que les eaux de puits qui servent à la boisson des habitants dans le Bas-Rhin, ont généralement une densité considérable et que celles du tiers des puits dépassent par leur densité et par la proportion du résidu fixe, le maximum indiqué par eux comme limite de la bonne qualité des eaux.
Sous le point de vue de la nature des principes qu'elles contiennent, les eaux du département offrent entre elles des différences notables et présentent des qualités fort inégales, quant à la réalisation des condi* tiens d'une bonne eau potable.
Le carbonate de chaux domine, pour la quantité^ dans toutes les eaux ; mais presque toutes contiennent du sulfate de chaux, en propor« tions qui, pour plusieurs d'entre elles, dépassent la limite de 20 à 50 milligrammes, indiquée par les auteurs comme appartenant aux bonnes eaux.
La proportion de sulfate de chaux était comprise :
Pour 41 puits entre Ogr.003 et Ogr.007 Pour 99 — 010 et OSO Pour 46 — 020 et 030 Pour 48 ' . 030 et 050 Pour It — Ô 050 et 420
Les sels de magnésie existent dans les eaux de puits dans des propor-
tions qui varient, pour le carbonate de magnésie, de 0,006 à 0,1 40^ et, pour le sulfate de magnésie, de 0,003 à 0,125.
On a trouvé des traces diode dans l'eau du Rhin^ 1/10 de milli* gramme environ par litre . La présence de ce principe n*a pas été constatée dans les eaux de puits. MM. Stœber et lourdes y admettent son existence comme probable, à raison de ce que la nappe qui fournit Teau des puits est alimentée parle Rhin, et de ce que les eaux de puits contiennent des chlorures que l'iode accompagne ordinairement. Toutes les eaux de puits contiennent des traces de nitrates et de sels ammoniacaux, de l'ammoniaque, qui a varié, dans 24 puits, de millig. 14 à 12 miUig., suivant une proportion généralement corrélative à l'élévation du degré hydrotimétrique.
Toutes les eaux de puits contiennent des matières organiques, dans des proportions qui, pour la moitié d'entre eux, dépassent la limite de celle que comporte la parfaite salubrité des eaux.
D'après ces données, on peut reconnaître que les eaux usitées comme boisson dans les régions du département du Bas-Rhin, où on les emprunte à des puits creusés dans le sol d'alluvion, ne sont pas généra* lement recommandables par l'excellence de leurs qualités, et qu'il en est un bon nombre dont l'insalubrité, à un degré plus ou moins prononcé, parait incontestable.
Le rapport qui peut exister entre la nature des eaux et Tinfluence qu'elles peuvent exercer sur la santé des habitants, n'a été cherché et apprécié que d'une manière très -générale par les auteurs de l'hydrographie médicale du département du Bas-Rhin, et, sous ce point de vue, leurs études, malgré leur intérêt et leur importance, ne sont pas encore tout ce qu'il faudrait pour l'éclaircissement complet de la question étiologique du goitre et du crétinisme.
11 y a lieu toutefois de remarquer que c'est sur les terrains d'alluvion, dont les eaux ne sont pas irréprochables à divers points de vue et sont généralement caractérisées par une grande densité et par la présence
ET LE CRÉTINISIfE. 467
en proportion notable des sulfates de chaux et de magnésie, que se développent principalement, dans ce département, le goitre et le crétinisme.
Les habitants des régions qui se rattachent à la chaîne des Vosges, généralement exemptes de ces affections, font usage pour leur boisson d'eaux de sources, qui, sauf quelques exceptions dépendantes de la nature minéralogique des terrains traversés, présentent généralement de bonnes qualités, et sont notamment peu denses, peu chargées de sulfates et de matières organiques.
L'épreuve hydrotimétrique a permis de constater :
4<»oO dans la source de Girbaden;
2^50 dans oelJe du Ghamp-du-Feu .
4000 dans celle de Rlingenlhal \
60OO dans celles d'Hohwald et de Framont;
I^ÙO dans celle de Grande- Fontaine.
Les rivières qui descendent des Vosges ont une grande pureté, à leur origine et dans la première partie de leur parcours, et ne se chargent de divers principes, suivant la nature des terrains, qu'après leur arrivée dans la plaine.
Le rapport de la Commission sarde ne fournit aucune donnée précise sur la densité des eaux, étudiées par M. Cantù en Savoie et en Piémont.
D'après les analyses citées ou faites par M. Niepce, au nombre de 37, les eaux de sources, de torrents et de rivières auraient présenté de très-grandes différences quant à leur densité, dans diverses localités, toutes, mais inégalement, atteintes du goitre endémique.
16 fois la proportion est demeurée au-dessous de gr. 200 ;
9 fois elle a été comprise entre 0,200 et 0,500 ;
11 fois elle a dépassé 0,500, atteignant : 0,694, 0,762, 0,770, 0,890, 0,992, 1,102,1,120, 1,356,2,020, 2,225, 3,113.
m ÉTVMt mm ix oomiE
Ces eaux étoiant presque toutes sulfatées.
Quelques-uMs contenaient une proportion considérable de sulfate de chaux.
Tai soumis à Tépreuve hydrotimétrique lés eaux de quelques-unes des localités que j'ai visitées dans la Savoie, le Piémont et le Valais. La pénurie de faits positifs, qui représente encore aujourd'hui Tétat de la science en ce qui touche la détermination exacte de la nature des eaux dans les diverses localités de ces pays, donne quelque valeur d'intérêt aux résultats de ces recherches, entreprises surtout pour démontrer la nécessité de réaliser^ dans des conditions plus favorables que celles d'un voyageur qui passe, une enquête vraiment scientifique sur la nature des eaux dans un nombre suffisant de localités choisies, en vue d'éclairer la question étiologique, parmi celles que frappent à divers degrés ou qu'épargnent absolument les endtoûes du goitre et du crétinisme.
L'épreuve hydrotimétrique m'a conduit àconstater,pour l'eau puisée:
Dans TAro , à St-Jean-de-Maurienne , au-dessus de sa jonction avec le
torrent de TAryan 2f«
Dans la Doire-Baltée, à Aoste 30«
■■— ^" a lyrce ••••» »...• •••■• *♦
Dans le torrent du Buthier, à Aoste • . 29*
Dans le torrent du Glandon, à Ste-Harie-de-Guines (Savoie) . • W
Dans diverses sources et fontaines :
A Ste-Marie-de-Cuines ftource Ehaudanne .... 91^
A Bassons, près de Ghambéry. . . Source de Tasile d'aliénés. • tl^
A Aix-le3-Bains Source de Mouni H«
A Aoste Eau de la fontaine t9«
A Ivrée Eau du puits de l'hôtel de
l'Europe kp
Eau de source jugée la meil-
A Roisan, près d'Aoste ) leure • • . . 43^
Eau de source à Clogelinnei
dessous 46«
I Eau de la Grande-Fontaine. 31« ^ ^^^ ^ } Eau qu'on a fait venir de la
] montagne pour la rempla-
I cer comme boisson. . , . S6*
ET LE GRÉTINISME. 469
J'ai constaté dans toutes ces eaux, la présence du sulfate de chaux dans des proportions qui m'ont paru considérables, surtout dans les eauxd'Aoste,deSion, de Saint-Jean-de-Maurienne et de Sainte-Marie-de-
Cuines. .
D'après Tensemble des faits observés, il est permis de considérer rinsalubrité des eaux potables comme Tune des quatre conditions principales du développement endémique du goitre et du crétinisme, et de présumer que, pour les lieux infectés, surtout en ce qui se rapporte au goitre, l'insalubrité qui agit comme cause dépend principalement de l'excès de densité, de la prédominance des sulfates, de l'absence de Tiode, et de la présence des matières organiques, entraînant celle de l'ammoniaque et des sels ammoniacaux.
4** INFLUENCES DIVERSES AUXQUELLES PEUT ÊTRE ATTRIBUÉ LE CARACTÈRE DE CAUSES SECONDAIRES OU ACCESSOIRES.
Après avoir mis en relief les conditions locales, qui paraissent constituer par leur réunion et par leur concours les causes véritablement endémiques du goitre et du crétinisme, et avant de chercher à faire sortir de toutes ces recherches, sous forme de résumé de leurs résultats, une vue d'ensemble surFétiologie de ces endémies, il est indispensable de passer en revue les diverses causes qui ont été signalées par les observateurs, et auxquelles il est possible et raisonnable d'attribuer une part d'influence, sinon comme causes principales, au moins comme causes accessoires.
11 y a lieu de remarquer à ce sujet que, dans l'étude qui a été faite de l'influence à attribuer au concours des conditions géographiques, météorologiques et hydrologiques, s'est trouvée implicitement comprise l'appréciation de toutes les causes spéciales, isolément considérées et diversement dénommées, qui, par leur nature etpar leur action physiologique
et hygiénique, se résument définitivement en effets imputables à l'excès de rhumidité dans le sol et dans l'air, à l'altération de l'air par défaut de renouvellement et par violation miasmatique, à l'insuffisance de l'insolation et à l'insalubrité des eaux potables.
Il serait dès lors superflu de revenir d'une manière spéciale en suivant l'ordre adoptéparlaCommissionsarde,surrélude distincte desinfluences étiologiques à imputer aux montagnes et aux vallées, à la situation et à la configuration dupays, à l'élévation au-dessus du niveau de la mer, à l'air, aux vents, à la température, à la lumière, aux eaux, à la nature du sol, à l'état de la végétation et des animaux domestiques, à l'exposition des villages et aux habitations.
Deux conditions néanmoins, appartenant à cet ordre de causes, paraissent devoir motiver une appréciation distincte, soit à raison de la nature spéciale de leur action, soit à raison de Tinfluence principale qui leur a été attribuée par quelques auteurs.
1% — Influence de r électricité.
Relativement.à Tune de ces conditions, l'influence de l'électricité, je crois ne pouvoir mieux faire que de reproduire purement et simplement les appréciations de la Commission sarde :
€ On sait que dans les vallées profondes, soit parce que les cimes des j> montagnes l'absorbent, soit parce que l'agitation de l'atmosphère la D dissipe, soit par toute autre cause, la tension électrique est moindre 3) que dans les régions de plaine. Plusieurs auteurs et particuUèrement i> Iphofen ont cru devoir attribuer à ce défaut d'électricité le défaut de » vivacité et la dégénéralion intellectuelle qu'on observe chez les habi- » tants des basses vallées alpines. Cette opinion, appuyée de quelques :» expériences faites avec Télectromètre, a encore été corroborée en ce ^ que dans plusieurs pays infectés de crétinisme, les météores électrij^ ques, les orages accompagnés de grêle, les éclairs et autres phéno-
3> mènes semblables sont presque inconnus; les brouillards y sont fréy> quents et l'air y a peu de transparence. Mais ce fait n'est pas assez » constaté pour pouvoir y ajouter une foi entière. Nulle part les orages :& ne se forment plus rapidement que dans les vallées ; on y voit très- 3) souvent le ciel serein, et parfaitement limpide le matin, se fondre D deux ou trois fois en grosses averses avant le soir. En admettant ^ même pour vraie cette proportion moindre de fluide électrique, com- 3> ment un village voisin d'un lieu infecté et placé à peu près dans les D mêmes conditions électriques pourrait-il être entièrement exempt D de crétinisme ? Il faut l'avouer, les expériences physiques ne sont 3) point encore suffisantes, ni le fait assez étudié pour pouvoir lui donner y> une valeur déterminée dans la genèse du crétinisme. i>
Cette insuffisance de l'état de la science se retrouve, comme j'aidéjà eu tant de fois l'occasion de l'affirmer, dans toutes les directions où la poursuite de la vérité entraine nécessairement l'étiologie .
Dans les nouvelles recherches scientifiques à instituer, d'après une méthode spécialement appropriée au but à atteindre , toutes les questions météorologiques devront être reprises, une place importante devra être faite à l'eudiométrie, et il y aura lieu, suivant la judicieuse remarque du Président de la Commission, de ne pas négliger la vérification des influences pathologiques attribuées à l'oZone.
2°. *— Influence des miasmes paludéens.
Dans Timpuissance de préciser la nature de la violation de Tair atmosphérique, qui d'après de nombreuses observations semblait devoir être comptée au nombre des causes principales des endémies du goitre et du crétinisme, on a cru pouvoir admettre que cette violation était due aux miasmes paludéens.
On avait, pour appuyer cette opinion, les faits assez nombreux qui prouvent que les localités les plus gravement atteintes, soit dans les
vallées moyennes des montagnes, soit dans les grandes vallées et les plaines, sont sous Tinfluence des miasmes paludéens, à raison de leur situation sur des terrains marécageux ou dans le voisinage de marais, influence que révèle dans ces localités le développement des fièvres intermittentes.
Plusieurs observateurs ont insisté sur l'importance de ce fait, et M . Tourbes a été conduit par ses études sur le département du Bas- Rhin, à attribuer à l'influence palustre une part principale dans la production du goitre •
Le D' MuLLER, qui a été médecin de l'asile de traitement pour les enfants idiots et arriérés à Winterbach, en Wurtemberg, considère le crélinisme comme l'un des effets de l'intoxication paludéenne. Il admet que le miasme paludéen peut se propager à la manière des brouillards jusqu'aux plus grandes distances, et qu'il produit par une action rapide diverses sortes de fièvre, par une action lente et graduelle le goitre, la surdi-mutité et le crétinisme.
Sous cette forme, les opinions, qui attribuent une influence principale à Taction des miasmes paludéens dans la production du goitre et du crétinisme, sont positivement démenties parce fait très-sûrement constaté, que le goitre et le crétinisme ne se manifestent pas endémiquement dans un grand nombre de contrées marécageuses, où l'intoxication paludéenne sévit de la manière la plus constante et avec la plus grande violence.
Pour plusieurs auteurs, il a été possible d'échapper à cette difficulté, en admettant que le goitre et le crétinisme sont produits par des miasmes distincts et spéciaux, à la manière de ce qui a lieu pour plusieurs maladies endémiques et épidémiques, pour les fièvres intermittentes elles-mêmes, pour la fièvre jaune, le choléra morbus, la peste, etc.
J'ai eu Foccasion de citer à ce sujet les opinions de MM. Guggenbûhl, Morel et Vingtrinier.
M. le D' Kœberlé, après avoir fait allusion à ces mêmes opinions, après avoir rappelé que Gugger, Schaussberger et Virchow ont émis directement l'idée que le crétinisme pourrait être produit par un agent diffusible, par un principe miasmatique, dont on peut rapprocher les effets sur l'organisme de ceux du miasme paludéen ; et après avoir fait connaître la doctrine étiologique de M. le D' Bach, de Strasbourg, qui consiste à attribuer le goitre à une intoxication hydro-alluvienne et à considérer le crétinisme comme une cachexie hydro-alluvienne produite par la permanence de cette intoxication, a poussé l'induction encore plus loin et s'est trouvé conduit à concevoir, par analogie etpar exclusion; la génération du goitre et du crétinisme comme se produisant distinctement et séparément par l'action de deux miasmes spéciaux, exerçant leur influence sur l'organisme, l'un par les voies digestives, l'autre par les voies respiratoires.
M. le D' Kœberlé prend pour point de départ de sa doctrine, que le crétinisme et le goitre sont des états morbides essentiellement distincts et indépendants.
Il admet comme démontré parles faits, que le goitre se produit sous l'influence exclusive de l'usage de certaines eaux et par conséquent sous l'influence d*un principe dissous ou en suspension dans Teau.
La discussion des observations connues le conduit, en procédant par voie d'exclusion, à conclure que cette influence n'estreprésentéenipar la présence, ni par Tabsence d'aucun des principes minéralisateurs, que les eaux peuvent contenir, et qu'elle ne peut être rapportée qu'à la présence de principes organiques.
Et il expose sa doctrine en ces termes :
c On trouve des matières organiques dans la plupart des eaux pota*
T> bles, notamment dans celles qui donnent lieu au goitre ; mais ces
» matières n'ont pas été déterminées jusqu'ici, pas plus que celles qui ^ donnent lieu à la fièvre intermittente, au choléra, à la peste , et ^ cependant il est certain que leurs principes se dégagent des lieux ^ marécageux, où elles se forment, pour se répsmdre ensuite au loin i> dans l'atmosphère.
D Les principes infectieux paludéens varient avec les conditions géoi> graphiques, atmosphériques, etc., qui favorisent, empêchent oumo- ]^ difient leur génération. . .
j) Les principes infectieux (matière en décomposition, gaz, micro* 3> zoaires, "cryptogames et sporules de cryptogames) altèrent l'eau, i> dans laquelle ils se développent, et vicient l'air ambiant, dans lequel 3> ils se trouvent transportés. Ces principes ont une action toute diffé- 3> rente sur l'économie, suivant qu'ils y pénètrent par les voies respi- 3> ratoires ou digestives, et qu'ils sont susceptibles ou non d'être modi- )> fiés ou décomposés par la digestion. Lesprincipes paludéens, modifiés :ù selon les conditions dans lesquelles ils sont produits, engendrent le j> choléra à Tembouchure du Gange, la peste dans le Delta du Nil, la
> fièvre jaune à l'embouchure des fleuves des pays inter tropicaux, les 1) fièvres pernicieuses dans les plaines marécageuses des pays chauds, ï les fièvres intermittentes, etc., dans les climats tempérés, le goitre D dans certaines locaUtés et dans des circonstances difficiles à bien ]^ déterminer. Le principe infectieux du goitre est probablement orga-
> nique et doit être produit par un cryptogame ou par un microzoaîre i> spécial. Les influences combinées du terrain, de la température, de :^ l'humidité, de l'altitude, de la latitude, de la lumière, de la chaleur, » etc., qui ont tant d'action sur le règne végétal et sur le règne animal, j> et par suite sur le principe infectieux du goitre, semblent expliquer D les anomalies apparentes de la distribution géographique de cette 3> afl'ection.
i> Ce n'est pas par l'usage d une eau contaminée par un principe ^ organique, que parait se développer le crétinisme, mais bien par
]» raction de Tair vicié par des émanations j par des miasmes , dont y> l'influence devient surtout pernicieuse lorsque l'air est confiné, peu T> ou rarement renouvelé, et que, sous l'influence de l'humidité et de :s> la chaleur, le principe miasmatique s'est propagé en plus grande ^ abondance
j> D'après ce qui précède et suivant notre manière de voir, le goitre :» dépendrait surtout de l'usage d'une eau contaminée par un principe 3> infectieux de nature organique, et le crétinisme se développerait 3> sous l'influence d'un air vicié par un miasme sui gmeris. ^
Toute cette doctrine, qui implique sur la spécificité des causes morbides, sur la nature des agents morbifiques^ sur les voies de leur introduction dans l'organisme et sur leur mode d'action, bon nombre d'hypothèses encore fort contestables , aboutit définitivement à deux hypothèses qui, malgré tout ce qu'elles ont d'ingénieux, offrent l'inconvénient radical de manquer de preuves.
On a dû et on doit admettre l'intoxication paludéenne comme cause des fièvres intermittentes, même sans avoir pu démontrer la présence et définir la nature de l'agent toxique. Mais on avait comme preuve la constance du rapport entre une cause déterminée, l'existence de marais, et l'effet, la production des fièvres intermittentes.
Pour le goitre et le crétinisme, c'est la constance du rapport entre les causes et les effets que la science cherche encore à découvrir.
Dans cette situation, c'est dépasser les droits de Tinduction analogique que d'admettre l'existence d'agents inconnus pour expliquer des relations de cause à effet, dont les conditions ne sont encore rigoureusement ni démontrées dans leur existence^ ni définies dans leur na* ture.
Aussi, jusqu'à ce que l'on ait pu saisir positivement dans l'eau le principe microscopique végétal ou animal, et dans l'air le principe infectieux sui generis^ auxquels on attribue la puissance d'engendrer le goitre et le crétinisme, sera-t-il permis de douter parfaitement de la
i76 ÉTUDES SUR LE GOITRE
réalité de Texistence de ces agents. Et en attendant, on pourra être sûr de ne pas faire fausse route en dirigeant fortement et profondément les étades étiologiques sur toutes ces conditions topographiques » géographiques, météorologiques et géologiques, auxquelles les auteurs de ces hypothèses sont contraints de rattacher la production des agents morbifiques qu'ils ont imaginés. Ces études, lors même que ces hypothèses seraient un jour vérifiées, formeraient encore la partie la plus importante de la science étiologique, au point de vue théorique et surtout au point de vue pratique.
Car, en cessant d'être les .causes directes et immédiates du goitre et du crétinisme, ces conditions topographiques, géographiques , météorologiques et géologiques, seraient encore les causes principales des endémies, par le concours d'influences auquel serait due la production des principes d'infection.
Et c'est encore sur ces conditions, dès à présent accessibles à nos investigations, qu'il serait indiqué et qu'il serait possible d'agir efficacement, en vue de parvenir à l'extinction des endémies par la neutralisation ou la suppression des causes.
Quant à présent, ces hypothèses, qui ne portent dans la théorie aucune lumière vraiment scientifique, ne peuvent nous être d'aucun secours dans la pratique.
Ce qui subsiste, ce sont les faits qui tendent à établir que les influences marécstgeuses, soit par l'eau, soit par l'air, paraissent concourir pour une certaine part au développement endémique du goitre et du crétinisme.
Nier absolument cette participation, ce serait aller au delà de ce que
la science permet de concevoir et de ce que l'observation a permis de
constater.
Et il semble dès à présent raisonnable d'admettre que l'influence des miasmes paludéens et des fièvres intermittentes, que leur action
détermine, ait pour effet de favoriser le développement du goitre et du
ET LE CRÉTINISME. l"'^
crétiaisme chez les habitants des localités où se trouvent d'ailleurs réunies les causes principales de ces affections.
C'est là ce qui constitue l'action de cause secondaire et accessoire qu'il convient d'attribuer à plusieurs autres conditions qui doivent encore être passées en revue, pour que rien d'essentiel n'ait été omis dans cette étude étiologique.
3" Insuffisance de F alimentation»
La Commission sarde a fait ressortir ce qu'il y a de généralement défectueux, pour la qualité et pour la quantité, dans l'alimentation habituelle des habitants de la vallée d'Âoste, de la Tarentaise et de la Maurienne. L'usage, pour aliments quotidiens, de pain de seigle, d'orge et de mais, de bouillies féculentes, de légumes mal préparés, mal assaisonnés, l'abstinence presque complète de viande et de vin et la nécessité de suppléer à Tinsuffisance des qualités nutritives par la masse des aliments, ce sont là des conditions hygiéniques peu propres à maintenir dans les populations une santé vigoureuse et un développement nutritif normal.
Ces conditions, qui se retrouvent avec des caractères identiques ou fort analogues dans des contrées que ne visitent ni le goitre ni le créti« nisme, sont pourtant de nature à rendre le développement de ces affections plus facile, plus général, plus intense.
C'est par cette influence d^une mauvaise alimentation, associée à
toutes les autres conditions de privation ou d'insuffisance dans les
moyens d'entretenir les forces de la vie de l'homme vivant en société,
vêtements, soins de propreté, mobilier, habitations, que le défaut
d'aisance et la misère peuvent^ pour le goitre et le crétinisme dans les
pays atteints de ces endémies, aussi bien que pour les maladies, infu*-
mités et dégénérations en général, dans tous les pays, être cousidé-
rées comme des causes abjuvantes dont la puissance ne saurait être contestée.
4'' Influence des occupations, du genre de vicy des habitudes.
C'est une action du mémo genre, c'est-à-dire une action de concours secondaire et accessoire, qui doit être attribuée aux occupations, au genre de Yie, aux mœurs, à tout ce qui exprime le développement de la civilisation ; seulement' il parait raisonnable d'attribuer à l'ensemble des causes de cet ordre, en ce qui concerne le crétinisme, une portée considérable d'efficacité, à raison de ce qu'elles ont d'éminemment apte à restreindre dans les populations l'activité des fonctions cérébrales, à abaisser le niveau de l'intelligence et à y rendre par suite plus fréquentes et plus intenses les dégénérations individuelles portant principalement sur le développement et le fonctionnement des organes de l'âme.
C'est surtout dans les premiers temps de la vie, et à Tépoque où l'organisme a besoin de la réunion des conditions les plus favorables pour parvenir, durant la période de croissance, à un développement complet et conforme au type normal, que l'ensemble de ces conditions malfaisantes peut exercer le plus puissamment sa funeste influence ; aussi n'est-il pas étonnant qu'elles soient aptes à concourir, avec les causes principales, pour favoriser la dégénération de l'espèce, sous ses formes les plus hideuses, dans des contrées où se rencontrent exceptionnellement des obstacles presque invincibles au perfectionnement de la race, par l'application à l'éducation et à Tinstruction des enfants des ressources dont la civilisation dispose .
Il suffit, pour se faire une juste idée de la puissance de cette in« fluence, de reconnaître que dans beaucoup de localités des pays de montagnes, les parents^ par leur ignorance et leurs préjugés, sont ab-
ET LE GRÉTINISBfE; ^^^
solument incapables de réaliser pour leurs enfants les conditions d'une éducation hygiéniquement convenable, et qu'à raison de l'éparpillement des habitations, de la difficulté des communications, de la longueur des hivers^ la fondation des écoles est difficile et leur fréquentation habituelle impossible.