‹ Études sur le lexique du Rig-VedaChapitre 11 sur 13 · aç · texte numérisé non relu

aç

Comment une racine signifiant « atteindre » , et par suite «obtenir», aurait-elle bien pu prendre, sans aucune espèce de formation causative, le sens d*« offrir » dont la gratifie M. Grassmann , et dont M. Roth , moins prodigue dans le grand dictionnaire, lui confirme la possession dans le dictionnaire abrégé ? Voici encore un exemple d'erreur sans grande importance pour l'interprétation sommaire des textes, mais très propre à caractériser la méthode philologique que je combats.

Le sens en question a été imaginé surtout pour exphquer des formules telles que celle du vers V, 8i, 5, où stàmam ànaçe signifierait «a offert im hymne de louange ». Mais la comparaison des passages où le régime est incontestablement un nom d'action, comme niçiti «l'action d'aiguiser» c'est-àdire «d'attiser le feu», VI, i3, 4; i5, ii, et beau-

^ L'emploi de Tun et' de Tautre mot dans les derniers passages cités est une ressemblance de plus entre les formules du mytbe de Bhujyu et de la descente du Soma. {Religion védiqn/e, III, p. m et 33o.)

coup d'autres, VI, i, 9; 16, 26; Vil, 90, 2; VIII, U , 6 (au vers X, 1 2 2 , 3 , le régime est sous-entendu), montre bien que la racine aç y garde son sens d'w atteindre, parvenir à» : «atteindre l'hymne» ou «la louange » \ c'est réussir à louer dignement la divinité, comme « atteindre l'action d'attiser», c'est réussir h attiser le feu. Ces constructions sont analogues en somme à celles de la même racine avec un infinitif (dans un sens équivalent à «pouvoir»), que M. Grassmann n'a pas toutes relevées : il a mal classé par exemple celle du vers I, 2/1 , 5. On peut comparer encore X, 19 , 5 et 29,8. Restent les vers VII, y, 7, et VIII, 12, 21. Dans le second, vy ànaçuh est un refi^ain sans liaison avec les mots qui précèdent. Dans le premier, il n'est pas bien difficile d'admettre qu'Agni «a conquis» des trésors «pour» ses suppliants.

Autre sens, inventé celui-là pour un passage unique, I, yS, 9 : îji sûràyah çatàhimâ no açyah, La racine aç signifierait là «durer». Le rapprochement du vers II, 33 , 2 , çatàrn himâ açiya suggère et impose en quelque sorte une correction des plus simples qui permet de conserver le seul sens établi, celui d'« atteindre ». L'erreur s'explique par la coexistence de formules telles que celle du vers VI , 4,8: màdema çatàhimdh savtrdh,

^ La formule « atteindre Thymne > prend un tout autre sens quand elle est appliquée aux dieux : elle signifie alors « mériter la louange » ou , tout simplement, «robtenir», VI, 49, 8; VII, 28, 2, cf. VIII,

Le sens de « se rendre maître de » pourrait convenir tout au plus aux emplois de aç avec abhi, î, *79» 3; VI, 49, i5» que d'ailleurs on interprétera peut-être plus exactement dans le sens de « dépasser»'.

Celui de «recevoir» est encore moins justiGé. Aux vers 1,5/1,9; VIII, 45 , 2 2 ; 71, 6 , comme le montre Temploi des termes trimpà, tarpàydy triptim^ l'idée est toujours celle d'(( atteindre», d'allerjiw^tt'aii boat de sa soif, de son désir. Quant au vers VUI, /io, 3 (cf. VIII, 3, 16), on le comparera à VIE, 8, 10.

EnHn, la racine aç, précédée ou non du sujBBxe sàm, régissant toujours à l'accusatif l'objet atteint, je crois qu'au vers IV, 23,2, elle est construite absolument , et que sumatibhih est un instrumoitai « dt l'instrument».

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