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Pour les soumettre à une discussion à peu près complète , il faudrait (juatre ou cinq volumes : je serai donc forcé de faire un choix. Au lieu de relever tous les mots dont Tinterprétation me semble prêter à la critique, je ne m'arrêterai qu'à ceux que M. Roth et M. Grassmann ont particulièrement torturés pour les plier à leur conception favorite d'un Veda qui ait «le sens commun». Je ne ferai d'exception que pour la première lettre de l'alphabet. Parmi les mots commençant par un a bref, j'étudierai à peu près tous ceux dont l'interprétation ne me parait pas sûre, pour donner une idée de l'étendue des réformes à opérer dans la lexicographie védique. C'est ce premier travail que je présente aujourd'hui au public.
Là part de l'invention s'y réduira à peu près à rien. Je n'ai pas en général à introduire des sens nouveaux : j'ai à chasser des sens intrus. Seulement, comme ces intrus revendiquent maintenant le droit de cité dans le lexique où ils ont eu un long domicile, je suis obligé d'instruire leur procès : c'est ce qui m'empêchera d'être aussi bref que je le voudrais.
Comme on le verra d'ailleurs , mes protestations contre la multiplication exagérée des sens d'un même terme sont autre chose qu'un moyen de polémique à l'appui de ma conception personnelle du Rig-Veda. Dans bien des cas où ce qu'on appelle mon «système» est absolument hors de cause, M. Roth a imaginé des sens aussi inutiles qu'arbitraires, et toute
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récole les a acceptés de lui. Le plus souvent, je les avais acceptés moi-même, parce qu ils ne défiguraient pas quelqu'une de ces formules difficiles sur lesquelles mon attention s'était principalement portée jusqu'ici, et que je ne pouvais tout vérifier à la fois.
Dans les études qui vont suivre, je partirai généralement du lexique de M. Grassmann, devenu le vade niecnm des védistes , mais en le comparant toujours au dictionnaire de M. Roth qui l'a inspiré. Je ne citerai qu'accidentellement les traductions de M. Ludwig et de M. Grassmann lui-même : s'il fallait y rechercher l'interprétation de chaque mot, dans tous ses emplois, je renoncerais à la tâche : c'est déjà un assez dur labeur de vérifier tous ces emplois dans le texte.
Un mot encore avant d'entrer en matière. Plus d'un lecteur disposé à reconnaître que mes devanciers ont compliqué le lexique d'une façon abusive, pourra trouver qu'à mon tour je le simplifie outre mesure. J'ai dû prévoir cette critique, et j\ tais deux réponses. D'abord, l'exégèse védique est une science naissante, où la circonspection n'est pas exigible au même degré que dans une science définitivement constituée. Je me suis donné la tâche de réagir contre les tendances de M. Roth et de son école, et je crois devoir aller aussi loin que possible dans cette voie, au risque de dépasser parfois le but, pour que l'expérience soit complète, et qu'un autre n'ait plus à faire de nouvelles tentatives dans la
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même direction. Ensuite, quand je cherche à enfermer Tinterprète des hymnes dans un cercle d'acceptions beaucoup plu^ étroit, c'est ma propre liberté que je restreins d'avance; car mon ambition est de donner une traduction du Rig-Veda conforme à ces Études qui doivent, comme le livre qui les a précédées \ en être la préparation.
* La Relujion védique d'après les hymnes du Rig-Veda, Paris, Vieweg, 3 voL in-S".