Andhas
Ce mot, qui est en grec é[v6os, désigne le Soma, non pas, à ce qu'il semble ,, con^nie ((plante», mais comme (( fleur »( au figuré), comme la liqueur par excellence; il serait ainsi à peu près équivalent, au mot màdha. Le sens de (( plante», déjà rejeté d'ailleurs par M. Ludwig, ne peut être appuyé, comme le voudraient M. Roth et M. Grassmann, ni sw le vers V, 4i, 3, où les prières offertes à l'Asura d.u. ciel (Rudra) sont, par une assimilation bien connue entre la prière et foffrande , comparées à des breu-
vages de Soma (cest ainsi que, plus tard, M. Grassmann a traduit lui-même), ni sur le vers I, 28, 7, où le mortier et le pilon sont représentés « dévorant » le Soma *, comme ailleurs les deux bras du sacrificateur sont censés Tu égorger » , V, 43, 4. M. Grassmann est le premier à reconnaître que d'ordinaire le sens de « liqueur du Soma » convient aussi bien que celui de .«plante du Soma»; il a tort seulement de faire une exception pour le vers VI, 4a , vi, où ànihasaSy s'il nest pas construit avec un premier verbe sous-èntendu , pourra s'expliquer, suivant l'interprétation de M. Ludwig, comme dépendant de sutàm dans le sens partitifs. Le vers V, 54, 8, sdiégué encore par M. Roth, est on ne peut plus mal choisi : màdhvo àudhas ne peut signifier que a l'essence de la liqueur». Au vers VI, 2, 2 de TAlharva-Veda (comme au vers X, 1 15, 3 du Rig- Veda)V on peut traduire «les gouttes de la liqueur» au moins aussi naturellement que «les gouttes de
^ La comparabon avec des chevaux peut porter sur l'un des autres trahA do même vers, par exemple sur vàjasàtamà : elle est d'aillears banale' pour les pierres du pressoir.
• Au vers IX, 18,3, qui semblerait au premier abord fournir un meilleur argument, jâtâm nest pas participe, puisque I est accentué «p^èèprà, tiprà hii-méme suppose un verbe sous-entendu; Soma est une • espèce de liqueur» qui Tempoite sur toutes les autres (?) et qui est le màdhu. Le moi jâtâ signifie pareillement «forme, natare • au vers IX , 61, 10, « La terre a reçu une forme de Soma qui était au ciel», et au vers IX, 55, 2, où Soma e-->t invité à s'asseoir sur le gazon sacré « comme c'est sa nature » : dans les deux cas , ânâhascis est une apposition à te, cf. VÏII, 32 , 28, ou bien il se traduira «ta liqueur».
la plante » : celte citation est sans doute yn simple lapsus de M. Roth. Enfin, au vers III, 20 de la Vajasaneyi-Samhitâ, le sens est aussi ifidétermii^é que possible. Reste le vers VII, 96, 2, où il serait dit, selon M. Roth et M. Grassmann, que les Punis «habitent les deux rives de la Sarasvatî». C'est le mot àndhas qui, du sens supposé 4^ a plante», aurait passé à celui de rive gazoï^née : nous voilà de plus en plus Ipin de êivOos ! Je ne proposerai certes pas d expliquer le difel àndhasl^ comme ie &it M, [.udwig, par les deux «eaux de^ rives d^ ou «les eaux des deux rives » : j'ai peine à croître en effet qu'il soit entré dans l'esprit d'un peuple, fût-ce le peuple hindou, de distinguer les rives d'un fleuve par Veau qui les baigne. Mais i^ous n*en sommes pa& réduits là. Le verbe àdhi ksi peut signifier « être maître, disposer de» aussi bien quQ a habiter», et les a deux liqueurs» d'une rivière à la fois réelle et ipythique, comme la Sarasvati (la compagne des Maruts d*après le même vers), peuvent être, d'une part, la rivière réelle, de l'autre la rivière céleste (cf. les deux mers, X, 98, 5), ou encore la parole sacrée qui est une des formes de Sarasvati. Le dernier sens parait le meilleur : (( Puisque les Pûrus habitent près de tes flots, et te possèdent en outre sous la forme de la parole sacrée , sois-nous propice , etc. »
annâvridh.
Il n'y aurait pas grand inconvénient à traduire «an Speise sich erlabend » un mot signifiant en réalité
« qui s accroît par la nourriture » , si dette traduction ne se rattachait pas à tout un système d'atténuation du sens de la racine vardh, si important dans les formules des Rishis (Voir Religion védique, II, p. aSy).
ànya.
Sigiiifie « auti*e » , conime paroxyton aussi bien que comme oxyton. L'Atharva-Veda en fait foi, particulièremeilt aux Vers XI, à, a 3; XII, 2, 16. Deux formes très obscures du même recueil, nyàs, XI, 7, 4, et ànye, XII, 1, 4, ne me paraissent donc pas une raison suffisante pour introduire le sens, peutêtre imaginaire, et en tout cas purement hypothétique de u nicht versiegend » dans les deiix passages du Rig-Veda où ànya est parbkytori. Il y est question, soit de la prière, VIII, 27, 11, àoit tout au moins de la vache mythique quj donne son Jait, VIII, 1, 1 o , qui ne se dérobe pas , c est-à-dire dans les deux cas, de « Vautre vache », de a Vautre mère » , par opposition à celle qui se dérobe et abandonne son veau, III, 55 , 1 3 et passim , de la « pareille » donnée à Vivasvat eil échange de Tépouse immortelle cachée aux niortels, X, 17, 2 [Voir Religion védique, II, p. 71 et suiv.).
anyàvrdta.
Ce mot, qui parait s appliquer à des démons (particulièrement àii vers VIII, Sg, 11) aussi hien qu'à des hommes , ne sigtiifie pas exclusivement « dévot à d'autres dieux » , mais plus généralement « sui-
vant d'autres lois», ne suivant pas la loi de Tordre, du juste, que suivent, non seulement les hommes pieux, mais les dieux mêmes.
anvartitrl.
Forme mutilée , comme Ta reconnu M. Roth ( Voir le dictionnaire abrégé), pour ana-vartUfi. Paraît navoir pas le sens précis de « Brautwerber » , et signifier simplement «qui poursuit, qui va à la recherche de » : il s agit, au vers X, 109 , 2 , cf. A. V., XIV, 1 , 56 , d une femme -enlevée.
apalyasàc.
(( Accompagnée de descendance » , comme épithète de la richesse , serait un sens bien védique : aiais je doute que lé second terme du composé, sàjc, puisse ainsi tenir lieu du suffixe vantf et je me demande si le mot ne signifierait pas ((atteignant nos descendants, pouvant être transmise à notre postérité».
àpadushpad.
N est-il pas à remplacer par àpadushpada (Voir dushpàda)? La forme àpadashpadà du vers X, 99, 3 serait un accusatif pluriel neutre : (( suivant lui chemin sans pas difficiles )).
apamà.
Signifie au vers X, 89, 3, non pas d'une façon vague (de plus éloigné», n^ais ((celui qui est le dernier». Cf àpara.
àpara.
Lewsens d'w autre n est très doutcîtix pour le Rig- Veda^
àparihvrita.
Sens plus précis : « qui ne peut être surpris » , proprement «qui ne peut être entouré par fraude ».
àpas,
Ce mot, signifiant «actif», pouvait sans doute être pris substantivement pour désigner les doigts des sacrificateurs «à Touvrage», cf. III, i, 3 et 1 1 : mais je ne regarde pas comme prouvé qu'il ait été réellement employé ainsi ^.
apaspkdr (ou apàsphàra).
Ne signifie pas « qui repousse , qui rue » et n'est pas une image du Sotoa « qui fermente » , comme le croient M. Roth et M. Grassmann. Les emplois de ànapasphur, ànapasphara, ànapaspharat (Voir ces mots) ne laissent pas de doute sur le sens. A la vérité « qui se dérober est une épithète qui ne conviendrait proprement qu*au Soma céleste (Voir Religion védique,
^ Au vers X , 1 8 , d « le mot parait avoir le même sens qu'au vers suivant, pplus jeune», et au vers I, 120, 2 , il implique Tidée d'une infériorité de science , tenSint f)eïit-être aussi à la jeunesse. " • Aox vers III, 2, 7 et IX, 107, i3, le mot peut être masculin, aussi bien que féminin , et désigner les sacrificateurs. Aux vers I , 71; 3^; g5, 4, il est féminin, mais il peut désigner les prières, par exemple, ou d'autres mères d'Agni, aussi bien que les doigts.
II, p. SU et suiv.); mais on coitiprend quelle ait été étendue au Soma teiirestre dans un passage, Vni , 58 , 1 o , où les prêtres sont invités à lea^isir » pour le faire boire à Indra, apparemment comme Indra lui-même la saisi , la conquis dans le ciel.
àpàka.
Signifie «qui eèt par derrière (pU à Tôccident)», et non «éloigné, venant de loin». Preuves : i** le sens reconnu de àpàc, apàcina, apâcyà, dont Tétymologie est identique; i"" 1 opposition de àfàkn et de pràc^ au vers I, 110,2, correspondant à celle de àpâc et de prdfc, 1, i64, 38; 3" le sens de lad verbe apàkà, que M. Roth et M. Grassmann traduisent également «loin)) au veî*s I, 129, 1, mais qui signifie évidemment en arrière : Indra fait prendre les devants au char qui est en arrière; li"" le sens de Tadverbe apâkât, au vers VIII, 2 , 35, qui donnerait lieu à la mémo observation; 5° le sens excdlent qu*on obtient ài|isi pom^ l'épithète d*Agni àpàka^cakshas^ VUl , 64, 7 «qui voit par derrière, qui a des yeux derrière la tête )) , cf. viçvatomakha « qui fait face de tous côtés», I, 97, 6. Reste à savoir quelle idée éVeilie -la simple épithète àpàka appliquée au même Âgnî aux vers VI, 11, 4 et 12, 2 (et à Tvashtar, V. S., XX, 44)* Dans ces passages mêmes, «éloigné)) n aurait pas grand sens. Le fei; dû sacrifice est-il appelé « occidental )) par opposition à laurôre et au soleil levant
^ £t celle de âpfikesthà et de pûrva au vers VIIJ ,6 1 4 de i*AUiarva- Veda.
auxquels il fait face ? Je ne prétends pas résoudre actuellement la question. Mais je crois quil faut s en tenir en tout cas aux seuls sens du mot àpàka qui puissent être sûrement établis, c est-à-dire à celui d'(( occidental » ou a celui de « situé en arrière » ^.
àpâkacakshas y apàkà, apâkàt Voir le précédent.
àpàviiti
Je ne comj^rends pas conunent , àpdvrita signifiant a ouvert y^ , àpàvriti pourrait signifier n fermeture ». Je ne vois pas non plus ce qui s*oppose à ce quindra €€ fasse trembler louverture de Tétabie des vaches » , VIII, 55, 3. Je sais bien enfin que les deux sens ne sont pas aussi opposés qulls en ont lair, et que « la fermeture » comme a l'ouverture » pourrait être toujours la porte; mais d abord il ne faudrait pas, quand on fait de la philologie et de Tétymologie, dire ainsi « blane )> pour « noir » ; ensuite , Tinterprétation de « Vçrschluss » par « Versteck » montre bien que M. Roth et M. Gras^mann font le contre-sens complet.
àpi.
Il faut tout au moins silpprinier le numéro li de M. Grassniann : il n'en a pas tenu compte lui-même
' M. Ludwig a repris pour son compte l'analyse â-pâka proposée par les commentateurs indiens; mais il est ainsi obligé de supposer deux homonymes, et je ne vois pas bien ce que Tinterprétation y gagne.
dans sa Iradiiclion du vers VII, 3i, 5. Pour ïexpression àpi kàrne aux veis V, 3 1 , 9 et VIII , 86 , 12, sans insister plus que de raison sur l'interprétation que 3 en ai donnée (Mémoires de la Société de Knguisticiue , IV , p. i 12), je ne vois toujours rien de meilleur à proposer. Le vers VIII, 86, 12 est une véritable énigme, et je ne puis croire que le vers V, 3 1 , 9 signifie simplement que les chevaux doivent amener Indra et Kutsa «près» du sacrificateur : l'expression àpi kàrne a gardé son sens propre, comme le prouve le vers X , 86 , 4 , cf. VI , 48 , 16, et la traduction «Que les chevaux vous amènent à portée de notre oreille ! » n aurait pas de sens : ce sont les dieux qui écoutent les hommes, et non les hommes qui écoutent les dieux.
apikakshyà.
Si kakshyà signifie «caché», comme fadmet M. Roth , pourquoi apikakshyà n aurait-il pas le mêm« sens ? Les deux mots ne sont-ils pas également des épithètes de la liqueur, V, 44, 1 1, et I, 11 7, aa, et le mythe du Soma caché n est-il pas un des phis importants de la mythologie védique? Ici c'est moi qui m'écarte du sens primitif, « qui se trouve dans la région de l'aisselle » : une fois n'est pas coutume , et je m'appuie d'ailleurs sur un sens reconnu du primitif hàksha, sens devenu classique, et déjà constaté dans le Jlig-Veda, X, 28, 4.
apiçarvarà.
Doit signifier» non pas «de grand matin», mais «la nuit», comme le mot çàrvarï lui-même. C'est exagérer singulièrement Timportance de dpi que de lui attribuer la propriété de modifier à ce point le sens du mot avec lequel il est composé. D'ailleurs le sens de a nuit» est le seul qui convienne aux deux seuls' emplois du composé comme substantifs savoir VIII, 1, 29, oii il est justement opposé à un mot signifiant «de grand matin», prapitvà, et III, 9, 7, où il désigne le temps pendant lequel les troupeaux se réunissent près du feu. Dans TAitareya-Brâhmana, IV, 5, comme adjectif , ilpajcait signifier aussi «nocturne ». M. Roth a d'ailleurs corrigé dans le dictiour naire abrégé ses premières interprétations, que M. Grassmann avait suivies.
àfiti.
Signifie, comme le reconnaît M. Roth, «le fait d'entrer, de disparaître dans ». Il a lui-même renoncé dans le dictionnaire abrégé au sens difféfent qu'il avait proposé d'abord pour le vers 1 , 1 a i , 1 , et que M. Grassmann avait reproduit. Il est clair que para yàt sàras tàmaso àp'ites signifie «lorsque le soleil (est encore) avant de disparaître dans les ténèbres», les deux ablatifs étant construits parallèlement dans la dépendance de para y selon un usage très védique, tandis que, selon nos idées, le premier devrait être à un cas régi par le second.
a pûrOshà,
Rien ne prouve que le mot dâra a pièCë de bois » , auquel celui-ci sert d'épithète au vers X, i55, 3, désigne une barque. Au lieu donc de traduire u non occupé par des hommes», comme M. Grassmann, je me rapprocherais du sens de M. Roth a non animé », en traduisant a qui n est pas un homme » : on écarté le démon en lui donnant pour proie quelque chose qui n*est pas Un homme, soit une pièce de bbis.
(ipeçàs.
Signifié , non pas u sans forme » , mais a sans ornement». Le sens de « forme )i pour peçàs a été introduit arbitrairement dans le passage unique, 1,6, 3 , où se rencontre le composé dveic a privatif.
àpodaka,
Épithète des navires des Açvins traversant les airs, I, 11 6, 3 (et de certains poisons dans TAtharva- Veda). Le sens parait être, non pas « imperméable y>^, comme TentendM. Roth, mais «sec, non mouillé» : c est à peu près la traduction de M. Grassmann pour les navires, «vom Wasser entfernl», à laquelle je reprocherais seulement de ne pas faire ressortir assez franchement le paradoxe.
aptàr.
Ce mot n a pas pour premier terme un hypothé-
tique ip « ouvrage » , mais bien le mot parfiutement connu dp ueau» : il signifie, non pas u hâtant Touvrage, actif», mais «traversant les eaux». 11 est étrange qu un sen$ aussi clair n ait pas été reconnu tout d abord. Le mot est employé comme épithète d'Agni, de Spma, d'Indra, des dieux en général, des oiseaux des Açvins : tous ne traversent-ils pas les eaux célestes , et Soma de plus les eaiix du sacrifice ? Au vers II, ^i, 5, ce spnt les anciens prêtres, les Uçij, qui reçoivent Tépithète aptàr : mais quelle formule plus connue que oelles du passage des eaux opéré avec le secours des dieux? Et justement, dans ce passage, il est dit que les Uçij ont trouvé la voie grâce au sacrifice. Enfin, au vers IX, 108, 7^ le rapprochement des épithètes ryastàr « qui traverse Tatmosphère » et odapràt « qui nage dans Teau » est une confirmation déci^ve de mon interprétation. Voir le suivçiiit'
aptârya.
Si aptdr signifie «traversant les eaux», son dérivé ne peut signifier que « traversée des eaux » , et non «activité». Et en eflFet, le vers III, 5i, 9 signifie qulndra a été lallié des Maruts dans la traversée des eaux , le vers III ,. i a , 8 , que « la traversée des eaux » est « en Indra et Âçni » aussi bien que les « demeures», etc., c'est-à-dire qu'on leur doit toutes ces choses.
* Qu'il faille ou non corriger st6m(mi en sômam, com-me le propose M. Gl'assmann.
àpnas.
N'a pas d'autre sens que ((possession, richesse)). M. Grassmann en admet deux autres, ((oeuvre» et ((actif» (comme adjectif), adoptés par M. Ludwig, et depuis aussi par M. Roth : ces deux sens sont inutiles. Au vers I, i i3, 9^ ((En faisant allumer le feu, ô aurore, etc.», il est dit, non pas ((tu as fait une bonne œuvre pour les dieux», mais ((tu as ainsi gagné (kar au moyen) une richesse brillante parmi les dieux», cf. V, 80, 3 : l'aurore a sans doute reçu un salaire des dieux comme le feu lui-même , X, 5i et Sa. On peut aussi entendre à peu près de même, mais plus simplement : ((C'est parce que tu as fait allumer le feu que tu es riche parmi les dieux.». — Si àpnasas n'est pas une faute pour apàsas au vers X , 80, a , on Je construira comme ablatif avec bhadrâ, qui prendra ainsi le sens d'un comparatif: ((La bûche d'Agni doit nous être plus précieuse que la richesse».
apraketà.
Ce mot, employé seulement au vers 3 de l'hymne X, 129, comme épithète de l'eau primordiale, ne signifie pas (( qui ne peut être distingué , reconnu )> , ainsi que le veulent M. Roth et M. Grassmann, ni vaguement (( où il n'y a aucune différence » , comme pai^aît l'entendre M. Ludwig , mais (( où il n'y a au-
^ Pour le vers X, 106 , 9 , où M. Ludwig a également introduit le sens (l'a œuvre» dans sa traduction, voyez sous éjiça.
cune apparition (du jour ou de la nuit)» : cest ce que paraît mettre hors de doute le rapprochement du vers a du même hymne. Voir praketà.
àprajajni.
Au vers g de Thymne X , 7 1 , sur la parole sacrée , M. Roth, M. Grassmann et M. Ludwig expliquent ce mot en le rattachant à la racine j/iâ « connaître » , et le traduisent «ignorant, insensé». Mais il existe dans le Çatapatha-Brâhmana , Il , 3 , 1 , 1 6 , un mot àprcijajni, de jan « engendrer » , signifiant «qui n engendre pas ». Une telle épithète conviendrait bien à ceux qui ne savent pas se servir de la parole sacrée, (cf, vers 5 du même h^mne). Cette interprétation fournirait de plus unç solution acceptable de la difficulté créée dans le même passage par le mot sirts. Le sens de «tisserands» (hommes ou femmes), que lui donnent M. Roth et M. Grassmann, est une conjecture en fair. Le mot ne parait pouvoir signifier que «rivière, eau», cf. I, 121, 11, comme fentend du reste M.* Ludwig. Mais l'interprétation «ils ne tissent que de feau^ » est bien bizarre. Comme les thèmes redoublés en i gouvernent souvent laccusatif ( Whitney, A sankrit grammar, 271, f. ) » j^ proposerais de donner sirts pour régime à àprajajni , et de traduire nih tissent leur tissu (le tissu du sacrifice), sans engendrer les eaux » , c'est-à-dire sans obtenir le
* Quant à rinterprétation subsidiaire « ils ne tissent que du sable », que M. Ludivîg présente sous forme dubitative , elle a Tinconvénient d'attribuer de nouveau au mot sirîs un sens purement arbitraire. .
fruit ordinaire du sacrifice, qui est l'écoulement des eaux célestes.
àpràbhûti.
Lmstrument^l ^é ce mot, au vers X, ia4, 7, signifie-t-ii « satïs employer la violence » , commue le dit M. Grassiiiann, ou «sains' subir de violence»? C'est une question que j*ai soulevée dan$ ma Religion védique^ lil, p- iliS, Mais ce lï^^est pas ïà à proprement parier affaire de lexique.
a-pranirishyà.
On ne voit pas bierï comment du seiis de « négliger, oublier», seul connu pour la racine marsh, particulièrement avec le préfixe pré , on peut passer pour ce mot au sens d\( indestructible ». Appliqué au sacrifice , JV, 2 , 5 , il signifie , de laveu de M. Grassmann, «qui ne doit pas êtï^ négligé». Le même sens, ou un sens très analogue, convient parfaitement au vers VJ, 3^ , 5, où la même épithète est appliquée au but vers lequel doivent s'élancer les eaux célestes épanchées par Indra. Au vers VI , ao, 7, le don qulndra fait au pieux sacrificateur reçoit la même qualification que le sacrific'e au vers IV, 2 , 5 : le dieu ne doit pas plus oublier la récompense, que rhomme ne doit oublier Thommage.
Keste le vers II, 35, 6. Si la leçon apramnshyà n'est pas là une faute pour apramriçyà , j admettrai qu Agni , « dans les forteresses crues » , c'est-à-dire dans les eaux
du nuage ^ est qualifié d\c inoubliable », inoubliable pour les hommes apparemment. On peut comparer le vers III , 9 , 2 , où il est prié de son coté , lorsqu'il a été retrouverses mères les eaux,de ne pas oublier de revenir.
à'prayaki.
Au féminin, àprayatâ, épithète de. la prière^ donnée par Vishnu, Vil, 1 00, 2 , signifiait, non pas « immuable n ou « incessante » , mais u qui ne 3 écarte pas (di| droit chemin) ». Cf. pràyatâ n esrrante», épithète de^ vaches sans gardien, III, Sy, 1» X, 27, 8.
à-prahan,
A remplacer par à-prahana. La forme unique àprg.hanantj à l'accusatif, e/nployée comme épithète d'In* dra, VI, /| 4, 4 , s'explique mal dans le sens de «qui ne frappe pas ». Indra frappe ses ennemis, et on ne prend guère la peine de dire qu'il ne frappe pas ses adorateurs ***. Au contraire un moi A-prahma s'explique très bien par opposition à su-hàna : les ennemis sont « faciles à frapper, à vaincre » , pour Indra , X , 1 o5 , 7, et pour ceux qu'Indra protège, IV, 22, 9; VII, a5, 5; Indra hii-même est invincible.
* Voir mes Qbserva^ons sur les figures , etc. , dans ies Mémoires de la Société de linguistique, ÏV, p. 117.
' «La prière vient des dieax* (Religion védique, I, p. 287, 293- 395, etc.). M. Gr^^smaiiu me parait se méprendre complètement sur le sens de ce passage.
^ Voir Rèliyion védique. III, p. 3o3.
J. As. Extrait n° 17.(1883.) 7
aprâmi-satya.
(( EternAiement vrai. » Il serait d'une exactitude plus rigoureuse de dire « dont la volonté s'accomplit toujours». En efFet satyA, comme adjectif, signifie «qui se réalise, qui s accomplit » , aussi bien que uvrai», et peut prendre le sens correspondant quand il est employé substantivement. Le sens littérdi du composé est donc upour lequel VaccompUssemerU n est jamais violé, empêché». Et, en fait, on donne cette épithète à Indra, VIII , 5o, 4, en lui disant : « il en sera comme tu veux ». On peut remarquer encore : i° le rapport de Tidée exprimée par ie mot satyà, avec celle qu exprime le mot rità, l'un des termes les plus usités pour rendre Tid^e de «loi»; 2** l'emploi fréquent de la racine mi, précédée ou non de prâ, dans le sens de «violer», avec les mots signifiant « loi ». En somme Tépitbète est équivalente à «dont les lois sont inviolables».
à-pràyu.
Non pas « incessant n r P^is. ^^^ui ne ^'écafte p^ » , c'est-à-dire « qui ypiUf4 ^ns pe%^ p , coii^p^ épithète d'un gardien (cf. d-pray achat, d-proyaivan, et voir Jtt avec prd) , et « qui ne s'écarte pas à^e la droite yoie » , en parlant des sacrifices, VIII, a& i8, (cf. à-pra" yuta). De même l'aurore suit son cbemin, à la poursuite de la richesse, «sans s'écarter, sans s^ perdre , dpràyaï), V, 8o, 3.
à-prâyu$»
J^admettrais plutôt pour ce mot, employé une seule foÎ5, I, 197, 5, le sens de M. Lu€[wig(et de Sâyant) «dont la vie nest pas partie, qui est resté virant», que cekii de M. Roth et de M. Grassmann, qui en font un synoqyme de àprdya : on ne voit pas en effet comment la racine ya, même précédée d un préfixe, aurait pi| jbrmer un adjectif j^os.
ap-sà.
Sogiufie proprement uqui conquiert les eaux». Maintenant, conuné les dieux ne conquièrent que poiu*. donner, â n y a peut-être pas un très grand inconvénient , quand ce mot est une épithète des dieux , à le traduire u qui donne les eaux ». Mais quelle singulière idée de changer ce sens au vers VI, i4, 4, en celui de n donnant la force », parce qu*il s agit là du fils héroïque « donné lui-même par Ag^ à ses adcMrateurs! La conquête des eaux n est-elle pas ïtoLploit par excellence dans la langue des hymnes védiques, toujours si fortement imprégnée de mythologie, même quand i^Ue exprime des faits réelsP Et 1^ giiariers mortels ne conqiéèreut-ils pas les rivières terrestres, conune leur divin modèle, Indra, conquiert les rivières célestes ?
M. Roth est du moins plus conséquent. Il donne à notre mot le sens de « fortifiant » dans tous ses emplois (d ailleurs très peu nombreux), sans doute parce que le seul dieu auquel il se trouve appliqué
est Soma. Les exploits dlndra, et particulièrement la conquête des caiix, sont cependant en maint passage attribués au breuvage qui ie fortifie, fl y a mieux : au vers 1 , 91, ai, Tépithète apsâ est rapprochée de svarshà; c est-à-dirc que la conquête de la lumière y est attribuée à Soma en même temps que la conquête des eaux. Mais le parti pris desim* plifier toujours, et de substituer de prétendues réalités aux mythes, fait quon en vient à admettre que laction réelle d'une liqueur /orfe a été exprimée par un mot qui , même en admettant pour sa ie sens de « donneur » , ne signifierait toujours que « donneur dVaa». M. Roth a fait assurénient des violences beaucoup plus graves au lexique védique : il n ea a peut-être pas fait de plus évidente ^ ni qui permette mieux de juger sa méthode.
à'psu.
M. Roth et M. Grassmann sont d accord pour donner à psu , dans tous les autres composés dont il forme le second terme , le sens d'u extérieur, apparence ». Est-il bien nécessaire de supposer pour ce composé unique un autre psa signifiant « nourriture i>? L'homme demande à Agni, VII, 4, 6, de nêtre pas «sans apparence», c'est-à-dire de ne pas présenter un aspect misérable, de n'être pas privé d'éclat, de gloire, ou même de beauté.
abhi.
Sur l'ensemble de l'article, je suis à peu près
d accord avec M. Grassmann. qui, ici, a heureusement simplifié 1 article de M. Roth. Celui-ci, d ailleurs, a accepté les corrections dans le dictionnaire abrégé. Je n'insisterai pas sur des critiques de détail : sous chacun des trois principaux sens de la préposition, M. Grassmann a rangé des passages où abhi joue en réalité le rôle de préfixe, par exemple IX, 98, 2; VI, 9, 5 (de laveu de M. Grassmann luimême, sous i); X , 1 1 9, 8; tel autre passage, rangé $ous le n" 1, IX, 107, a5, aurait dû Têtre sous le n"2, cf. IX, 63, 26, etc. Dans un lexique où les moindres nuances, réelles ou non, sont relevées, on attendrait une indication spéciale pour les cas où abhi a le sens de «vers, dans la direction de», sans être joint h un verbe de mouvement, par e:iemple pour ie vers VII, 5 , a , où le verbe signifie « briiler ». Quand abhi est joint à un accusatif et suivi de Tinfimtifdâvàne, M. Grassmann est hésitant (cf. larticle abhi et larticle dàvàn) : je crois qu'au vers V, 65, 3, prà doit seul être construit avec fiilfinitif, et que dans oé passage comme au vers 1 , 61, 10, l'accusatif avec abhi équivaut à un datif construit parallèlement à Tin- (initif, et dépendant de lui pour ie sens (cf. vritràya hàntave^Wl, 3 7, 5 et 6 çt passim) : abhi çràvo dàvàne «pour la gloire, pour donner», c'est-à-dire «pour donner la gloire». Il résulterait de là que le second sens de M . Grassmann i (( pour obtenir » , pourrait être remplacé par une acception plus générale, correspondant à l'emploi du datif, c'est-à-dire à l'idée de but, et qui comprendrait aussi le sens relevé sous le
n° 6 : lexpressiotl abUvratà, X, 66, 9, dont il durait fallu rapprodler abhi dhâma \ I , . 1 a 1 , 6 , parait en e£Fet équivalente à vraiâya, III, 3o, â, dhdmne, VIII, 5a, II, ou dhâmabhyas, VIII, 27, i&^fiiâya, I, 34, 10, (ipour que la loi (la loi en général, ou la loi de tel ou tel dieu, etc. ) s aceomplisse ». Enfin remploi unique de abhi régissant le locatif, que M. Grassmann a ci^u devoir relever, dailleiurs sons forme dubitative, dans les additions â son lex^ptie, me parait invraisemblable :jarmei^is mieux encore, au vers II, s3 , 16, faire de abhi un préfixe portant sur le verbe jV^.n(2iUi/i.
abîd-krata.
« Orgueilleux y> nest quun à peu près. Dans ce composé, le nom, kràta, est gouverné par ia préposition , abhi (Voir Wbitney, 1 3 f o] , É%ilifiaiiil a an* dessus de ». Le sens parait donné par l'opposvtion de la formule àna kràtunif X, 11,3 (et pânùn, voir ReUgiatt védique, m, p. 3o8), « selon fo volonté de». abhikratu signifierait «qui se met au-dessus de ia volonté (des autres)», par conséquent « impériettK » plutôt qu'a orgueilleux »>. Les dtres de ce genre sont domptés par Indra, III, 34, 10.
ahhikhyà.
Le sens de «reflet, miroitement, apparence»' ma
^ Je serai moins affirmatif as sujet de. viçvânj ahhi vratdj, VIll, 33, 38, qui pourrait signiGer eau-dessus de toutes les lois» (cf. Re^ ligion védique « Kl , p. s d 9 ) *
settihle purement in/yagiriaire. Le éAM sigifif^è « Regard», et re^rd «p^otecCéur»', àù teW I, i»48, 5, l^lDfiiiê âtf vei^â X, t ] 3 , io; daito te^ ^^ilie^ pa^ toge, il alppar^nt à la phrase qid smt et iiôn à éélle ^i p^écèdle. A^ vers VIII, ^3 ; 5^, kf l'égard d'Agiii se confend aveô sa flainme. Cf. ttbhikhj^àtàr, pVtÈtië^ quel M. Roth a substitué avec raison dans le dietiM^ txaiire abrégé le âêns de usirrveiflant, gsfrdién^A au sen9 pldà vague de aeontemplateur», ou « éiCâfiîiiAi^teur  ^Bé^êhaa^), èi les^ emploie de khyâ àvëa abM.
abJU^ti.
Sigtrffie, non pa5 a hymne de lottârige >> , m'àîs, séfon le sens' ordinaire de ïa racine ^àr, gar, aVéfc' abhi, a approbation >). Aui vers 6 ëi \i deThyinWe I, t&i\ sur le siacrifite dtf ebevat, ôh' <femand'é qWe f ap^robartion donnée ( par ïes dïé\ix ) a ééùx qàî ônl! âccénl]^? d!?^erSes opéràfîons àccéfcoiréisf, profWé^ à' dewt qui oflfreïif lé saérfficé dans sôW enfeeWiiîé.
ahhtjmd.
Signifie (< à genoux » aux versl. S'y, lo, et VIII, 8i , 3, comme dans ses autres emplois, etnonwjusquau!x genoux». Au vers IH, 3! g, 5, de Faveu de M. fi'oth et de M. Orkssmann eux-mêmes, Indra cfrerchanf les vacbes célestes, en compagnie des Navagvas , est représenté à genoux : c est que ses conpipagnons sont des prêtres ^ et que la conquête est. ici
^ Les prêtres sont , ailleurs encore , représentés à genout\ sOit dans
considérée comme le résultat d*un sacrifice céleste. Cest une idée analogue qiie lauteur du vers VIII, 81,3 exprime en parlant des biens qulndra lui procure « à genoux » ; il les oppose bailleurs à ceux qu'il donne en a dansant » , nritdlt; il faut bien prendre son parti des bizarreries de la pensée védique.
Quant 4U vers I, 3^, 10, il a eu du malheur. Les différents interprètes font torturé en tous sens, M. Max Millier, après Sâyana, Wilson, Langlois et Benfey , y a vu des vaches pataugeant dans Teau jusqu'aux genoux. Des savants européens auraient dû laisser au commentateur hindou la construction fantaisiste que suppose cette interprétation ^. Quant au mot giraSfje ne relèverai pas les étranges combinaisons que Sâyana , Wilson et Langlois en font avec le mot précédent sûnàvas, niais je citerai Tinterprétation fantaisiste de M. Grassmann faisant d'un substantif dont le sens est a chant » un adjectif qui signifierait «célèbre». Le sens de «chanteur» que lui donnent ici M. Max Mûller et M. Ludwig, et que M. Grassmann admet dans d'autres passages, me parait d'ailleurs tout anssii peu justifié^. La difficulté du mot abkijhd n'existe pas pour M. Ludwig, qui le traduit partout, mais de sa propre autorité, «tout près ». Bref, c'est le cas de dire : toi capita, lot sensus.
l'acte d'hommage exprimé par la racine nam, I, 72 , 5 » soit lorsqu'ils disposenl le gazon sacré, Vil, 2,4.
• 11 faudrait vâçràhhyas » au datif.
' Voir
Cest aussi le cas peut-être d essayer de mon « système » , qui consiste tout simplement à laisser aux mots leur sens ordinaire.
Voici la traduction littérale à laquelle on arrive par ce procédé : a Les fils/ ont, dans leur marche, allongé leurs chants comme des chemins, pour y marcher à genoux (sur les genoux) en mugissant^ ( en chantant). »
Les chemins-chants rappellent le chemin-sacrifice , et il est tout naturel qu'on fasse une pareille route à genoux : Indra, comme nous Tavons vu, a fait un voyage semblable k la recherche des vaches, et les Maruts, sont, par excellence, les chantres divins. Ajoutez que, dans le Sâma-Veda, notre vei's présente, au lieu de àjmeshu «dans leur marche )>, la variante yajnésha a dans leurs sacrifices »,
abhitas.
Chez M. Grassmanuj la citation des vers IV, 5o, 3 ; VII , 1 o 1 , 4 , sous le n° i comprenant les emplois de ahhiUis âvôc Taccusatif , ne peut être considérée que comme un lapsus ( Voir M* Grassmann lui-même , article ^cat). Il ne me parait pas prouvé que le mot ait dans le Rig-Veda; soit comme préposition, soit comme adverbe, d autre sens que ci devant, par de-
' il a été question de la mère au vers précédent. J^abandonne la conjecture que j*avais hasardée dans ma Religion védique, II, p. 397, note 2.
* Ou «eux, les taureaux (mugissants) t, ce qui reviendra toujours au même. Cf. VIII, 7, 3 et 7.
vant » , et j*aimerais mieux fn en tenir h ce sens con* forme à cchiî deabhi et de abhtkêy sanfs potivoir nier que le sens de « autour » convienne ëgalemenf bien à un certain nombre de passager.
abhi'dyu.
Signifierait, selon M. Hoth et M. Grassmann, (( qui cherche à atteindre le ciel », quand il est appl^ que aux prétréà ou ans éléments du ÈACtifiee^ et « céleste rt quamd il est appliquié at»^ dieàx. M. Lad-' wig a fcfusé avec faisott, éeiow moi,' ^sfAneflrë c^ double seiis : iltradilft pe^ltotit «matinal»;^ miaàl où ne voit pas bien comment il âîr^ive à cette' infëfpté^ tation. Je croyais phitôt que le mot signifief c^ôoiih ^énsmt (cf. abhi ifûn^ I, 33, i^i; 19e, â), œaSl^te du jour», et par extension peut-être (k brillàat »*.
abkipraihûr.
«Qui détruit, qui dévore», dit M. Gràssotonn. Ici M. Roth revient k la traduction* précise et eJcictè danf^' le dictionnaire abrégé : àr ^qvd détfttilï», il suiMstifue avec raison (cqui broie )i. Nous= ^rrons^ d'ailleurs que ce mot, dan^soïï unique emploi au vers X, 1 1-5, a, est l^épithéte d'«Èfi mot qui sîgmfie proprement, «ion la langue, ttiais Y^ cuiller; jnMS;, d'Agni. La flamme d'Agni est, dune part la cuiller avec laquelle il: porte l'offirande aux dieux, de Tavitre uiie mâchoire avec laquelle' il la broie; de ïà par une de ces combinaisons incohérentes d*images, chères aux Rishis védiques, «la cuiller qui broie n.
ahkibhàii.
Parait n*étre efmployé que comme adjectif dans le Rig-Veda. Au vers IV, 38 , 9 , le mot peut très bien être une épithète de j&ti, comme i) l'est ptff exempte de ôfiis au vers IV, ^1, &.
abkiyiif.
Le iHtot i étif nt fémirrin , est , au moins primilfrement, un abstrait signifiant (r attaque». Cesenéeon-^ vient k tous ses emplois au moins aussi bien que celui d'u assaillant )> : il faut donc le garder et suppritfier l'autre.
abU^rdsktra.
Je crois, comme M. Ludwig, et d*après> le cdn^ texte, que ce mot, employé une seule fois^, X, 174, bi signifie, non pas^aqui subjugue de^ royauilies», mais irimplement a qui est en possessio» de Id so«^ vcfraineté iv.
abhi-vayas.
Cette épithète du Soma, X, 160, 1, équivaut, si Ton veuf, à « réconfortant «m, e0Hmi6 ^ajas-àrèt «qui fait, qui procure la fdrcè de la jeuivesi^e )> , miais fàt peot signifier proprement que «maître^ de ta forcé, qui la possède (et par suite peut la communiquer))).
ahhiçastL
H tsi clair qu un mot signîfiaxvt a maliédiction ^ pourra, dans tel ou tel tour de phrase , éveiUey l'idée
(le ((malheur résultant dune malédiction»; mais ce sera par figure, et les empllois de ce genre n'intéressent pas le lexique. Même observation pour les formules où les dieux âdrotit représentés frappant la malédiction , c est-à-dire en somme celui qui maudit : il est si vrai que le mot reste abstrait, grammaticalement, qu'après ce mot, du genre féminin, si le poète ajoute un développement, il-emploiera le masculin, V, 3, y : (( Frappe, détruis cette malédiction, (frappe) celui qui nous fait tort», ou mieux encore ((détruis cette malédiction (de celui) qui nous Ëiit tort. »
abhicnàih,
M. Grassmann fait d8 ce rnot un adjectif. Je pré^ fere Imterprëtation de M. Roth qui, dans son unique emploi au vers X , 1 38 , 5 , le considère conune un infinitif-ablatif; le sujet de finfinitif est au même cas que lui, ^elon une habitude de la syntaxe védique : (( L aurore a craint que la foudre d'Indra ne la frappât. »
abhiçrt.
Ce mot a bien embarrassé les interprètes. M. Roth , dans le dictionnaire abrégé , s'est décidé à supposer deux mots différents. L un serait un abstrait féminin signifiant <( mélange » dune racine çri « mêler ». C*est ce premier mot qui se trouverait aux vers IX, 79 , 5 ; 86, 27, pour lesquels M. Grassmann avait adopté déjà le même sens de ((mélange», sans s'inquiéter de mettre ce sens d'accord avec celui de « cuire »
qu'il donne, plus justement selon moi^, à la racine cri. Mais il parait évident que , dans les deux passages en cpestion, abhiçrt est un adjectif, prison non substantivement, et appliqué, dans le vers IX, 86, 27, aux eaux personnifiées qui acclament Soma, et dans le vers IX , 79, 5 , aux premiers sacrificateurs, cf. 4. Le» premiers sacrificateurs, en particulier, reçoivent la qualification dabhiçriyaSy comme ils reçoivent au vers X, 66, 8, celle, plus explicite, de adhvarânâm ablùçriyas , que Nt. Roth entend « ordonnateurs du sacrifice» : ce rapprochement suffirait pour faire tomber la distinction qu'il veut faire de deux mots abhiçrt différents.
Quant au sens d'« ordonnateur i^, ce nest pas ie seul que M. Roth attribue à son second mot. Celui-ci , quand il est appliqué au ciel et à la terre , A. V. , VIII , 2 , 1 4 , signifierait a étroitement unis » , littéralement « mêlés » , sauf à reprendre son sens de qui « ordonne , qui réunit » , proprement « qui mêle » , lorsque , appliqué au même couple, il est construit avec un régime «les êtres», VI, 70, 1 . C'est toujours la même méthode , consistant à imaginer un nouvel expédient pour chaque difficulté nouvelle.
M. Ludwig part aussi du sens de «mêler», sans distinguera ce qu il semble un abstrait et un concret^,
* Mais en en faisant un tout autre usage que moi. Voir mes Observations sur les figures dans les Mémoires de la Société de linguistique, IV, p- 128.
* Il peut tirer du sens concret suppo. é «qui se mêle», IX, 86 27, celui de «partie du mélange» qu'il adopte au vers IX, 79 ,'5.
-**«.( ilO ).t4—
mftis en modifiant, comme M. Roth, et pkus eneore que M. Rotb. selon les besoin? de la cauie, le sens étymologique supposé. Le duel abhiçHyâ ^gnifie tour à tour «coDtigus)), L i44, 6, et avec le régûne bhdvaninim n embrassant tous les êtrei >), VI»' 70 ^ i . Ici nous retrouvons les interprétations adoptées [par M. Roth. Mais cette même expi:es8ÎoQ bhdvangnjSm abhiçrt, lorsqu'elle est appliquée k Agni, I, 9$, 1, prend, pour M. Ludwig, le sens de ^ qui esjt au-4es- . sus des êtres )), p^r quiBlle dériyatipn de «eue? c'wt ce qu'il ne nous dit pas. Au vers VtU, 61, 13» we construction analogue ^vec le g^itif ert interprétée, non plus ((qui embrasse», ni «qui domlpe^» mai» tf qui est étroitement att^cbé (au^ deun; mondes)». Quand le gèoitif est adhvarârj^âm , VÏII, 4r4» 7; X, 66, 8, le sens devient ((qui visite l^s s^rificesKu Autres sens encore : mitr^véram^c^ ^JUçris , X, 1 3o j 5 , est un ornement, un (( élément d orAementatioD » , pour Mitra et Varuna; au contraire w^^iliiâm akhifris, VQ, 91, 3, sera, non lornement des attelltges, maja u eelw qui est orné par les attelages n, à moins ^quon ne préjG^re le seus dona4 après ooi^ dros la çon>" mentaire (( voyageant avec des attelages {sic) n,
M. Grassm^nn a le mérite de supposer im beaucoup moinç gr^nd nombre d*acceptions. Excepté pour les vers IX, 79, 5 et 86, 27 (Voir ci-dessus, p. 242], je serais à peu près d accord avec lui, s'il ne tirait pas son sens de ((qui embellit, qui perfeo* tienne», de l'idée de ((mélange» qui!" a lui-même abandonnée pour la racine çri, dans larticle qu'il
\^i a spécî^lemeat epnsacré. Je eroi$ qu'il faut laisser ()e csèté cette racinç çri dont la vrai sens tf^t a cuire » , po^r V^p t^nir au mot crt « jspi^ndeur, prospérité )>. Si le ^rapprochement de çrlycan et d^ aihiçriyam au vers Vm , 6 j , ^ 3 , pput p»s6er pour un simple jeu de mots , 1^ fXMXipar^ison du pompy^^AiNira-^-nt» splendeur du s;^f^fi(S0 >^ , ou « qui donne la splendeur au sacrifice » , 9|>piiiqUeÀ Agni, J, 44, 3, pu à Soma, X, 36, 8, et de répression €dhvaràwm ^hkiçri, appliquée QopuBEi^ nous fronts ¥U au!3( premiers sacrificateurs, et de plus à Âgni lui<fnêmei VIII, 44, 7« paraît plus signUifC$(tîye. J ^interpréterai donoi^ette expression dans le ^m de H qui donne la i^le^detir ^^^ul sacrifices ». De même, le piel et la terre dunQ pmt, Agni de Tautre, donnent la splendeur ou la prospérité aux êtres, etc. Quand le mot est sans n^ime, le sens de «^^ui &it prospérer » ne souffre aucune difficultés
abhisfiti, abhishti.
Si 4^^ mots , comme oi^ f n tcon vient généralement , 30pt formés de la racine as « être » précédée du préfiaie abhi , je qe vois pas oomment ils peuvent signifier^ le premier ) « qui aid^ » t le second , ^ aide , secours ». Les emploi de la racine ^ ay^ le pré%e ($hhi sont h\^» €onn%is , et ils se ramènent tous ^u s^qs de « être supérieur». M. Rotji est revenu lui-même dans le dictionnaire abrégé au ^ens de u supérieur, vainqueur » pour ahhishU. E^st-il doiic impossible d'expliquer aussi les emplois de abhishti par le sens de « supériorité»?
Pas de difficulté pour les formules où ce mot figure au datif. On implore les dieux « pour le bienêtre » , svastàye : on peut aussi bien les implorer «pour la supériorité, pour être supérieur», akhishtaye; car les Aryas védiques demandent souvent à s'élever au-dessus de leurs ennemis ou de leurs pareils. Les deux mots sont justement rapprochés dans une formule de ce genre au vers V, 17, 5, et dans un autre passage, VIII, 27, 1 3, on invoque les dieux à la fois «pour la supériorité», abïdshpxye, et «pouria conquête du butin», vàjasâtaye.
L'instrumental (pluriel) ne s'explique pas moins bien. Les dieux protègent avec des « supériorités » , I, 129 , 9 et pcissim, comme ils protègent avec des « bien-être » , VII , 1 , 2 5 (refrain de tous les hynmes du septième mandala).
Les « supériorités » que les dieux comixiuniquent aux hommes sont d'ailleurs leurs propres «supériorités», VIII, 19, 20, cf. V, 38, 3. De là certains passages où le mot, employé à d'autres cas, semble prendre le sens de « faveurs » , et se construit parallèlement à des mots qui ont ce sens, IV, 3 1 , 10. De là aussi des formules telles que « le chantre prospère dans l'a^/iMti, abhishtau, d'Agni»,X,6, 1, cf. Vil, 19, 8 et 9; X, 61, 22, qu'on peut toujours entendre en ce sens : « Il prospère sous la suprématie d'Agni », ou mieux « en tantqu Agni exerce sa suprématie ». Le locatif abJdsktau peut d'ailleurs , à i'occasion, signifier quelque chose comme «dans la victoire » : c'est ce que montre au vers IV, 1 6 , 9 , cf.
6 , le rapprochement de cette forme et de svàrshâtà a dans la conquête de la lumière ».
Le sens de «supériorité)) se substitue sans la moindre difficulté à celui de u secours» dans les composés dont abhishti forme le premier terme, et qui suivent ce mot dans le lexique de M. Grassmann , aussi bien que dans sv-ablushti.
ahhisvaré.
Je crois avec M. Ludwîg que ce locatif ne peut ^gnifier que ce à lappel de ». Le sens de « derrière » ibe paraît purement imaginaire : au vers X, 117, 8 , c'est le contexte qui suggère cette idée , mais elle n'est pas formellement exprimée. M. Rothme semble se contredire en attribuant à la leçon ahhisvaré du vers II, 3 , 1 , \lx, 1, à\i Sâma-Veda, un sens si différent de celui qu il attribue à la leçon abhisvàrâ du vers correspondant du Rig-Veda, VIIT, 86, iq.
abhisvartri.
N'est-ce pas ce mot qui, dans son unique emploi au vers X, 78, 4, gouverne l'accusatif arA:dm, et l'expression ne signifie-t-elle pas «répondant à fhymne», selon le sens que le préfixe abhi donne souvent aux verbes signifiant «dire» ou «chanter»?
abhtka.
Le locatif ahhtke peut être pris comme adverbe dans tous ses emplois.
Remarquons tout d'abord qu'il n'est jamais err>-
J. As. Extrait n" 17. (i883.) 8
ployé comme préposition. M. Roth, qui avait, avant M. Grassmann, cru reconnaître cette acception, l'a écartée lui-même dans le dictionnaire abrégé. On ne peut nier, il est vrai, que aihtke se construise volontiers après un ablatif, particulièrement après un ablatif dépendant d un verbe qui signifie « protégi^ de», exprimé, I, 121, l'ô; i85, 10; VI^ 5o, 10, ou sous-entendu, IV, la, 5(cf. encore I, 1 16, lA; III, 39, 7^). Mais ce qui montre que, même alors, il est plutôt adverbe que préposition , c'est qu'à f occasion il se construira avec un verbe analogue non accompagné de régime , et qu'en regard de mahdç- €H tyàjasa ahhtka urashyàtam^ par exemple, IV, 43,^ 4, on peut placer urushyabâm abhtke, VII, &S, 1. Delà dernière formule il faut encore rapprocher celles où, au lieu d'un verbe signifiant « protéger » , et parttcalièrcment protéger en délivrant, en ouvrant f espace, comme ui^ushy, figure un nom du sens de «qui donne Tespace», varivovid, X, 38, 4, a lokakrit, X, j33, 1. Ce sont ces expressions qui nous donnent la véritable valeur du locatif abhike : les. dieux donnent l'espace wen avant, par devant»; ils délivrent le fidèle du danger « devant lui ».
Aussi bien ce sens est-il le: seul qui s'accorde avec Tunique emploi de abUka à l'accusatif, IX, 9 a, 5;iiiisyave kar abUkam signifie : (dl a fait face au Dasyu».
M. Grassmann prend encore abhtke comme préposition au vers IV, 28, 3. Ici la méprise est étrange,
^ Je réserve pour l'article qui sera consacré à div la question de savoir si dyaâs est bien un ablatif au vers I, 71, 8.
Tablatif madkyàmdinâd dépendant déjà d'une véritable préposition, purà, «avant midi». D'ailleurs, pas plus comme adverbe que comme préposition, abhtke ne se rapporte au temps. Dans le passage en question , il porte sur les verbes qui précèdent : « Indra a frappé, Agnî a brûlé les Dasyus avant midi», et ils ont accompli cet exploit u devant eux » , en se frayant une voie.
Le même sens de «devant, par devant, en avant» convient à tous les emplois de abhtke, qu'il s'agisse d'un combat à livrer, IV, 2I1, 4; VII, 18, 2^, comme dans l'exemple précédent, ou d'une tache à accomplir, X, 55, 1; 61, 6. Il ne souffre pas de difficulté non plus aux vers III, 56, li\ VI, 2a, 10, et s'impose tout à fait dans les passages où il est question de la roue du soleil lancée «en avant», I, 1 yA , 5 ; IV, 16, 1 Q , ou des chevaux ailés des Açvins, qui les amènent «devant (le fidèle)», I, 118, 5. Là, abhike est à peu près équivalent au préfixe abhi construit avec le même verbe. M. Grassmann, qui fait cette remarque, a tort de fétendre à remploi de abhtke avec le verbe bhû^ par exemple, I, 119, 8 , puisqu'il donne lui-même à l'adverbe dans cette combinaison le sens de « au devant » (je dirais «devant, en présence, à la disposition») tandis que abhi avec bhâ exprime une idée de supériorité.
En somme, mes diflPérends avec M. Grassmann sont ici surtout théoriques , et portent sur la valeur grammaticale de abhtke plus que sur sa signification. Mais je me sépare \out à feil de M. Roth, et je ne
comprends pas bien sur quelles analogies dans remploi de abhi et de se^ autres dérivés il a pu fonder les sens de «simultanément», de (cprincipaiement», d\{ opportunément » , auxquels il s arrête en fin de compte dans le dictionnaire abrégé.
abhïpatàs.
Tout en admettant que cette forme renferme le mot àp, je ne puis croire quelle éveille Tidée de ((Tespace des nuages», comme ie croit M. Grassmann. Si anûpà a situé le long de feau» a gardé ie sens de ((rivage», en revanche praûpà, samlpa^ sont de simples adjectifs exprimant une direction ou une situation, et Tunique emploi connu de abhîpa, sous la forme abhïpatàs , I, i6d, 52, me paraît absolument équivalent à ceux de abhitas (voir ce OQOt). Sur le sens de (( comme il convient, à propos » , adopté par M. Roth , je ferai la même remarque que sur les sens qu'il attribue à abhtke [Voir abhtka).
ù'bhira.
Comme bhirà na pas d autre sens que «craintif», ou ne voit pas comment à-bhiru pourrait signifier autre chose que «sans crainte, courageux». Gela n'a pas empêché M. Roth de lui donner le sens de « qui n inspire pas de crainte», et M. Grassmann de lui attribuer successivement les deux sens dans deux vers consécutifs, 6 et 7 de Thymne VIII, 46, en substituant d ailleurs dans sa traduction le sens de «sûr», î\ celui d\( inoffensif ». Pourquoi^? Tout simplement
parce queTépithète ordinairement appliquée au dieu est, par une figure hardie, transportée aux secours qu'il prête à ses fidèles. Question de rhétorique védique. Pour mon compte, je suis moins facile à effaroucher, et je ne m étonne nullement qu un Rishi dise des secours dlndra quils sont «sans peur».
a-bhdj.
Ce mot ne se rencontre qu'une fois , au vers i i de fhymne X, 98, contenant le dialogue de Purûravas et d'Urvaçî. Mais le sens étymologique en est aussi transparent que possible : il signifie « qui ne jouit pas». M. Roth et M. Gmssmann, cédant à la première tentation du contexte , ont supposé d abord qu'il prenait le sens de «qui n'a pas appris», parce que Urvaçi reproche à Purûravas de n'avoir pas profité de ses instiiictions. Tous les deux ont d'ailleurs fait depuis amende honorable, le second dans sa traduction, le premier dans le dictionnaire abrégé. Urvaçi dit à son amant : « Je t'ai instruit , tu ne m'a pas écoutée ; pourquoi te plains-tu quand tu te trouves frustré de la jouissance? » Les derniers mots peuvent s'entendre de deux manières : Purûravas est privé d'Urvaçî, ou bien il est privé du fruit de l'enseignement qu'il a mal écouté, cf. X, 71, 4 et 5. Les deux sens se confondent d'ailleurs si Urvaçi représente ici la parole sacrée (Voir Religion védique, II, p. 93)-
abhyardha-yàjvan .
Voir Religion védique. Il, p. 426. Comme tra-
duction littérale y je donnerais maintenant «qui sacrifie du côté opposé», c est-à-dire toujours le sacrificateur céleste opposé au sacrificateur terrestre. L'adverbe abhyardhis (M(ùtràyani'Samhitâ,}lj 5,4, et Taittinya-S(ùnhitâ y II y 3, y, i), que je n avais pas pris en considération, me paraît pouvoir s entendre, aussi bien pour le contexte, et beaucoup mieux pour l'étymologie , dans le sens de « à Topposé de » que dans celui de « séparément de ».
abhyàram.
Si la comparaison avec àrà, suggérée d'un commun accord par M. fioth et M. Grassmann, tient bon, il me semble que le sens doit être, non pas « sous la main » , mais au contraire « loin ». Et c est ainsi en e£Pet que le mot parait devoir être pris dans son unique emploi au vers VIII , 6 1 , 1 1 : les montagnes sont loin (à la diflPérence des pierres du sacrifice d'où s'écoule le Soma); car ce sont ies montagnes des nuages, d'où s'épanche ia source céleste, avatà (cf. le vers i o et l'hymne entier qui est une série
d'énigmes).
abhra-prdsh.
a Ecoulement du nuage», selon M. Rolh el M. Grassmann. Le mot ne se rencontre quupe'fois, sous la forme akhra-pràshas , X, 77, 1, et dés^;Kie évidemment les Maruts auxquels l'hymne est adressé (cf. pariprush dans le même hymne, X, 77, 5; ghritaprdshf I, 45, 1; X, 78, 4, cf. I, 168, 8). C'est ce qu'a vu M. Ludwig, qui le traduit «répandant
(absolument) du nuage». Je préférerais «répandant le nuage ». A la vérité, le régime direct, dans le composé parallèle ghritaprûsh , et celui qui se construit avec les formes personnelles de la racine prusJi, ghrità au vers I, i()8, 8, vdsa au vers III, i3, 4, comme au vers X, 77, i, expriment le contenu et non le contenant ; mais rien n est plus fréquent dans toutes les langues que la substitution de lun à 1 autre, et justement le mot abhrà «nuage» est, au vers VI, 44, 12, construit comme dans notre passage^ dbhrapràsko nà vâcà prashà 'vàsu , parallèlement à des mots désignant la richesse K
Quoi qu'il en soit, abhrapràshas est un pluriel et s applique aux Maruls. Pourquoi M. Ludvvig, en même temps qu'il fait cette juste remarque, emprunte-t-il àSâyana Ténormité d! un pruskà, troisième personne du pluriel? Cette forme s explique très bien comme une première personne du subjonctif : le prêtre espère , grâce à FefRcacité de la parole sacrée , répandre la richesse comme les Maruts qui répandent le nuage. La seconde partie de la stance, qui embarrasse fort M. Ludwig, devient assez claire dans le nanême ordre, d'idées : le prêtre loue la troupe des Maruts pour arriver, par cet hymne méntie , c est-àdire toujours par la parole sacrée, «à valoir en q[lielque sorte la nature marutienfie, samàrutam^ nà
^ .Cf. «ncore le vers cité dans iarlide suivant.
* Cf. tnârutarn nâtna, VI, 66, 5; VU, 57, 1; au vers suivant, X, 77, 2, les Mariits prennent cette nature divine, cf. VI, 66, 5 et passim.
brahmânam arJiàse, la divinité des Maruts, coiume prêtre», a être un prêtre aussi puissant que les Maruts, ces dieux si souvent assimilés à des prêtres.
abhrà-varsha.
« Pleuvant du nuage » , disent de concert M. Roth , M. Grassmann et M. Ludwig. Cette interprétation a pourtant contre elle et Tacccnt , qui est celui d'un composé possessif, et les emplois connus de varshà^ qui, comme mot distinct, n*a pas d autre sens que « pluie )>. Quelle difficulté voit-on donc à traduire ainsi le passage unique, IX, 88, 6, où le composé se rencontre : « Les Somas coulent comme les cuves ^ divines qui contiennent (et par suite qui versent) la pluie du nuage»? La différence est insignifiante, dira-t-on? Ici, sans doute! Mais cest une bonne habitude à prendre , pour le déchilfrement du Rig- Veda , de ne jamais se départir de la plus rigoureuse exac< titude philologique.
abhriya et abhriyà.
Ce n'est, de laveu général, quun seul et mênoie mot, avec deux accentuations différentes. Il ne me paraît signifier ni « éclair » ni u nuage». M. Roth, à qui M. Grassmann avait emprunté ces deux sens, nadmet plus que le second dans le dictionnaire abrégé. Ce dérivé adjectif reprendrait coname substantif le sens du simple , et ceLi , tantôt au masculin , tantôt au neutre. Or, comme adjectif, il sert d'épi-
• Cf. ci-dessus , p. 119 et note 1 .
tfaète tour à tour aux pluies «du nuage», II, 36, 2 (le sujet est « les Maruts »), à la voix « du nuage », I , 1 68, 8, cesl-à-dire au tonnerre, enfin à Brihaspati, X, 68, 12, chantre divin dont le tonnerre est la voix. Je crois qu'il a été pris substantivement, au féminin pour désigner cette voix , au masculin pour désigner Brihaspati. Il a la seconde fonction, tout au moins au vers 1 de Thymne X, 68, aussi bien qu*au vers 12, et probablement aussi au vers X, 99, 8. Il aurait la première au versl, 116, 1, si Ton y admet cette construction paratactique que j ai tant de fois déjà ^ relevée dans les comparaisons : i( Je pousse mes hymnes, comme la voix du nuage, comme le vent», c'est-à-dire, «comme la voix du nuage, sous faction du vent (fait entendre les siens) ». L'interprétation u je pousse mes hymnes comme le vent pousse les nuages » ne présente pas en somme une image très nette, et ne me semblerait pas bien regrettable.
àbhva.
Ce mot est difficile. On peut cependant remarquer d'abord quil n'est pas adjectif : au vers I, 63, 1, viçvâ. . . dbhvà (et non viçvâs, . . àbhvâs) sont, non pas des épithètes de girdyaSy mais fex pression dun tout dont les montagnes, giràyaç cid, font partie. Dans ce passage, il est neutre ; au vers I, 39 , 8 , il est masculin , mais n'en est pas moins un sub-
* Voir Eevne critique j 1 1 décembre 1 876 , p. 876 , et ci-dessus , p. 6.
stantif, qni ne se distingue pas du neutre poui* le sens. La seule signification à la fois précise et claire est celle d'(( obscurité ». Elle convient, non seulénient aux vers I, 92, 5; i4o, 5; IV, 5 1 , 9 , où elle est précisée par les épithètes krishnà , dsita a noir » , mais aux vers I, 168, 9 ; 169 , 3, où il s'agit de 1 obscurité que produisent les Maruts en voilant avec les nuages leclat du soleil, cf. I, 38, 9; au vers VI, 7 1 , 5 , où Savilar « arrête , ou fait fuir, patàyat, cf. I, 169, 7, toute obscurité » ; au vers V, 49 , 5 , où Topposition de ïàbhva et du libre espace, vànyas, éveille ridée, si familière aux rishis, de fangoisse des ténèbres. Comme ïàbhva est attribué à Agni précisément dans lun des passages où le mot est accompagné de l'épi thète krishnà « noir», I, 1 4o, 5 , cf. A, rien n'eqipêche de le prendre aussi dans le sens «d'obscurité» aux vers II, 6, 5, et VI, 4, 3, scrit qu'il s'agisse simplement du u chemin noir» du feu, ou encore de sa fumée, soit que la disparition d'Agni soit opposée à son apparition : on connaît la forme noire et la forme brillante du soleil. .Dans cette dernière interprétation, on serait presque tenté de donner au mot le sens étymologique de «nonêtre», et, à ce propos, on remarquera que le sens d'(( obscurité » est celui qui s'en tire le plus aisément dans l'ordre des idées védiques , où toute apparition est volontiers considérée comme une naissance. De là on passe non moins facilement à l'idée de a mal » en général, I, Sg, 8; 1 85, 2; II, 33, 10, cf. X, 80, 2, et à celle de «puissance démoniaque », que
le mot exprime dans TAtharva-Veda. Au vers I, 63, I, il paraît résumer les obstacles, cf. V, /I9, 5, qulndra doit surmonter en naissant. C'est aussi un obstacle que ïàbhva du vent, au vers I, 24, 6. Si le mot a pris le sens pur et simple de « puissance » , e*esl beaucoup plus tard, dans le Çatapatha Brâhmana, XI, a, 3, &, et avec une autre accentuation.
am.
Celle racine, comme ie montre son emploi avec sânky Val. 5, 8, n exprime, par elle-même quun mouvement particulièrement rapide , impétueux. Ce sens suffit parfaitement au vers VIII, 66, 10. C'est seulement avec abhi quelle prend le sens d'« attaquer». En6n, le causal se dit de la partie du corps qui est malade, X, 97, 9 eipdssim^ c est-à-dire, sans doute, qui cause une agitation, un trouble.
àma.
Ce mot, qui exprime un élan rapide, impétueux, et qui peut parfaitement garder ce sens au vers 1,66, 7, le change-t-il en celui d'w effroi » dans la locution dme dhâ, I, 63, 1; 67, 3; IV, 17, 7? Je ne le crois pas. Cette locution s'explique parfaitement dans le sens de u mettre en mouvement rapide, agiter». Ce qui est vrai, c'est quelle équivaut à effrayer : il ne s'agit encore ici que de précision dans l'analyse philologique.
amàti.
Selon M. Roth, qui ne propose pas d'étymologie,
— ►«•( \2li ]—^ —
ce mot signifie « apparence , éclat « ; selon M. Grassmann, il signifie, ctymologiqucment «véhémence», de am, et dans lusage, d abord «puissance», puis «éclat du soleil)), l^e sens de «puissance» me parait inutile. Au vers V, 69, 1, je rapporte kshatriyasya à vratàm, et je traduis «gardant l'amàti selon la loi éternelle du Kshatriya » ; c'est ainsi qu au vers V, 62 , 5, les mêmes dieux, Mitra et Varuna, gardent le barhis d*un sacrifice céleste qui s'agrandit dans la proportion de Yanuiti, apparemment pour la recevoir. Maintenant j'admets que le mot amàti désigne la lumière, gardée dans ces passages par Mitra et Varuna, et ailleurs, au contrîiire, répandue, III, 38, 8; VII, 38, 1 et 2; 45, 3, cf. A. V., VII, i/i, a; V. S., IV, 25, par Savitar; mais peut-être ne la désigne-t-il que par l'intermédiaire d\in personnage mythique qui la représente.
A lappui d une interprétation de amàli comme nom propre , on peut citer Tépithète çrutà u illustre » au vers V, 62 , 5 , dont il faut rapprocher le vers 1, 73 , 2 , où Agni est dit « très célèbre comme Amati », et où ce nom d' Amati semble appelé encore par celui de Savitar. Il se rencontre deux autres fois dans des comparaisons, au vers V, 45, 2, et au vers 1, 64, 9, où le personnage qu'on compare à Amati est peut-être Rodasî, compagne des Maruts [Religion védique, II, p. Sgo, note 3). Au vers VII, 45 , 3 , il est accompagné de fépithète arûct, donnée également à Aditi, VIII, 56, 12, et plus généralement à la vache céleste, I, 2 , 3 ; III, 3 1 , 1 1 , qu elle
désigne à elle seule au vers^VII, 35, 3. Deux des passages où il figure, III, 38, 8;'V, ^5, 2, nomment précisément la femelle mythique, le second, comme la mère des vaches sortant de la caverne, le premier, comme la femme « qui cache les naissances ». Ce dernier trait rappelle la «mauvaise mère» [Religion védiqae, II, p. 85), et suggère une interprétation conforme du mot amàti : il aurait, comme composé possessif ^ un sens qui rappellerait celui du composé non possessif 5amad : IVindiETérente)) aurait été primitivement la femelle céleste, laurore par exemple, en tant qu'elle se fait attendre (cf. Religion védique f II, p. igS, et plus généralement, II, p. 7 1 et suivantes). Ce ne sont là que des hypothèses ; mais je crois quil est encore permis d'en faire sur une question aussi obscure.
àmati.
Ce mot auquel on donne, avec assez de raison, le sens de « misère » , ne serait-il pas formé pareillement de a privatif et de mati? M. Roth a songé à cette étymologie et la repousse. Il semble pourtant quun mot exprimant IV indifférence», soit des dieux, soit des hommes riches dont on attendait les présents, a pu prendre le sens général de « misère o : les mots signifiant « avarice » et « avare » ne sont-ils pas devenus pareillement des désignations ordinaires
* Pour raccentiiation , voir Whitney, 1 3o4 , a , in fine. Une formation de la racine am avec le suflixe ali demanderait Taccent sur la «lemière syllabe.
du mal et de rennemi? Au vers X, Sg, 6, il pourrait signifier comme possessif, et avec un autre sens de mati, « sans sagesse )> (cf. àjnâ dans le même vers).