‹ Études sur le modernisme [microforme]Chapitre 3 sur 7 · PRIT LIANT IT · texte numérisé non relu

PRIT LIANT IT

enveloppe Dieu et comme objet et comme cause intime, qu’il unit en quelque façon l’homme avec Dieu, que Dieu y “à la fois révéstenr et révélé, qu’il entraîne u 1e équivalence entre conscience et révélation !,

Mais le sentiment est aveugle ; il est lugitif ; il appelle à son secours la faculté connaissante pour se conserver et évoluer jus-

u’à la foi explicite. L'intelligence, qui a tressailli sous la pression du divin, entre donc en scène ; elle irradie le sentiment, met Dieu en relief, dans une certaine opposition avec le :ujet, le fixe dans une représentation mentale. Se penchant en quelque sorte sur cette Force sentimentale qui agite le composé humain, elle y opère à le façon d’un peintre qui, sur une toile vieillie, retrouverait et ferait à ra les lignes effacées du dessin. Encore, cette opération est-elle insuffisante. Si, pour se rendre compte du sentiment, l’homme a besoin du concours de l'intelligence, celle-ci, à son tour, a besoin de mots et de phrases pour se rendre compte de sa propre pensée.

Les maîtres d’éloquence ne nous enseignent-ils pas que la forme littéraire est bien plus que le vêtement de la pensée, qu’elle en est, pour aineï dire, la chair et le sang ? Non senlaisent Le pensée n’est ni claire, ni précise, mais n’existe vraiment pas dans sa compe entité, tant es n’est pas coulés dans une formule du angage humain. C’est pourquoi l'intelligence, penchée aur le sentiment religieux, traduit spontanément ce qu’elle perçoit en une assertion verbale, assertion simple et vulgaire, mais qi n’en représente que plus sûrement la réalité divine ; qui la représente, en tous les cas, beaucrup mieux que ne font des combinaisons de eyllogiemes ou des dissertations scientifiques, truits de l’intellectualirme, œuvres de l’activité humaine, propres à nous illusionner sur la conquête d’une vérité, qui n’existe que dans les casiers idéuux de notre esprit. Les images et les idées populaires n’ont rien d’artificiel ; elles viennent immédiatement à la mémoire, une fois perçues l’action de Dieu et l'émotion religieuse dans la conscience. D'uilleure, voyez ! Jésus, qui propageuit la religion pure et non une scieuce relis .euse, devait s’eutendre en matière de

1— « De là, ajoute Pie X, la loi qui érige la conscience religieuse en règle universelle, entièrement de pair avec ia révélation, et à laquelle tout doit s’assujettir, tout ju-qu'’à l'autorité suprême dans sa triple manitestation doctiinale, cultuelle, disciplinaire,

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spi intellectuelle, chargée de refléter le divin à nousmêmes et en dehors de nous-mêmes. Or de quoi était fait son langage, sinon de paraboles, de comparaisons, de termes familiers et populaires ? Même procédé chez les auteurs des Evangiles.

Les récits de la naissance de Jésus, observe A. Sabatier !, ne sont que de la poésie ; mais combien cette poésie est plus religieuse, plus vraie que les définitions du symbole Quicumque !

Toutefois, s’il est plus représentatif du divin que les formules scientifiques, le langage populaire n’est pas, lui non plus, la Révélation. Révélation, souvenons-nous-en, ne naît pas dans l’intelligence ; elle ne s’exprime pas tout d’abord par la pensée et les mots, mais par des mouvements de la sensibilité et de la volonté, mouvements qui ne dépendent pas nécessairement des images et des idées, quaiqu'ils aient besoin de celles-ci pour se conserver, pour se fixer dans la mémoire et sur les pages d’un livre, ensuite. A la lumière de cette explication nous voyons ce sy faut penser de l'inspiration prophétique. Les prophètes ont

té des hommes privilégiés, favorisés d’uue commotion divine spécialement intense. Sous la réaction du sentiment, des représentatious mentales, des images vivantes, colorées, -e sont off:rtes d’elles-mêmes à leur mémoire. Grâce à son éclat et à sa chaleur, le langage a passé pour une vision, pour une inspiration immédiate de Dieu. Erreur! Il ne tenait qu’à l’appel du sentiment pour compléter la Révélation, pour achever l’expérience du di-

1— Les contradicteurs des modernistes ne se font pas scrupule d'emprunter les expressions des protestants libéraux pour traduire les idées des adversaires. [ls n’ont pas tort. Sans doute, il existe une difference presque radicale entre la doctrine de certains protestant: libéraux et celle des modernistes, entre Harnack et Loisy, par exemple. Harnack soutient que tout le christianisme est contenu dans l'Evangile, qui réfiète l’enseignement de Jésus ; qu’il faut rejeter, par conséquent, comme une végétation hétéroloxe, tout développement cultuel et dostrinal qui n’est pas dans l'Evangil: Pour Loisy, Jésus n’est qu'un initiateur, et toute manifestation de vie ch ‘enne à travers les siècles, qui peut se rattacher au mouvement initial, fa: cartie de l'essence du christianisme. La divergence entre les deux exém es est tranchée. Toutefois, sans compter qu'il existe des protestants modernistes, parmi lesquels, semble-t-il, on pourrait ranger Sabatier et Buisson, les principes du libre examen et la méconnaissance de l'autorité ecclésiastique font aux protestants et aux modernistes une mentalité assez identique pour que le langage des uns traduise exactement la pensée des zutres.

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vin. Il restait serviteur, subordonné à la conscience où se faisait le vrai et essentiel travail de la Révélation ; il ne pouvait jamais participer qu’indirectement à la garantie de l'Esprit.

Quoi qu’il en soit, l’analyse de l’expérience religieuse est finie et, pour nous résumer, nous pouvons y distinguer cinq étapes ou cinq moments : 1° Dieu immanent dans le subconscient ? ; 2° Dieu s’éveillant dans le besoin du divin ; 8° Dieu se manifestant, d’une façon aveugle, mais certaine, grâce à l'intuition du cœur, dans le sentiment ; 4’ Dieu se faisant jour sous l’irradiation de l’intelligence ; 5° Dieu apparaissant clairement à l’âme au moyen de la formule verbale, simple et vulgaire.

Telle est l’expérience qui, si nous en croyons les novateurs, doit remplacer les motifs traditionnels de crédibilité. Elle est assez forte pour faire de nous des croyants et des fidèles, pour nous amener à reconnaître la réalité divine dans la présence de certaines émotions, daus la Force mystérieuse qui envahit les

uissances les plus intimes de notre être et nous pousse vers la Justice (Tyrrell). Cette Force, c’est Dieu présent à l’homme. Elle est à l’origine de toutes les religions ; elle évolue en nous et dans l’humanité de la même façon qu’évoluent les autres forces de la nature. Ainsi cesse cette conception discordante du monde, qui supporait des vérités et des institutions toutes faites, nous tombant du ciel. Ainsi la religion s’adapte admirablement à la nature; aussi elle rentre dans le courant majestueux des énergies mondiales, qui entraîne tous les êtres vers un idéal de perfection indéfinie. Elle aussi obéit à ces lois immanentes, qui gouvernent les corps célestes les plus lointains, comme le ciron le plus

2— Par «subconscient» les modernistes entendent cette espèce de réserve où sont accumulées, au fond de notre être, des notions vagues et implicites qui sont comme en attendant l'occasion de se déterminer et de s'afärmer ; des aspirations indécises, qni sont comme prètes à se desxiner et à s'élancer sur leur objet, dès qu'i leur sera présenté ; tout un trésor d'activité qui s’épanchera plus ou moins, selon les occasions et le développement de l'initiative personnelle; je ne sais quel sens, qui n'est pas une puissance de raisonnement ni d'induction, mais une sorte de jugemeut intuitif sur la valeur des choses, faculté qui secondera et guidera la raison, mais que laraison ne Crée pas; car elle ne procède pas de la raison et sort comme elle du fond de la nature. (Cf. S. Hauenr, £rudes, 5 avril 1908. Loisy, Simples réfleztons sur le décret et l Encyclique. p. 245).

« Nous ne faisons pas notre choix entre les diverses doctrines religieuses, guidés par une lumière, mais poussés par une force aveugle, un critérum Lee ré un principe d'affinité, une tendance analogue à l'appétit de l'animal,

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chétif, et qui font de l’univers une œuvre si progressive, si vivante, si onieuse, si une !!

Toutefois distinguons ici deux catégories de modernistes, Pour les uns, qu’on pourrait appeler l’aile pe du parti et qui seraient assez bien représentés par M. À. Loisy, il! n'existe qu’un seul genre de révélation et de foi, dont sau civilisé, prophète et charbonnier sont favorisés à des degrés divers.

L'action divine sur la masse de l'hurianité, écrit Loisy, on doit la concevoir comme étant du même ordre que l’action révélatrice dans les hommes inspirés. Entre le pauvre qe que Dieu éclaire pour qu'il trouve sa vie dans son culte chétif, et le prophète, qui sert d'organe à la révélation la ee parfaite de la vérité religieuse, la différence ne porte que sur le degré

e lumière surnaturelle et l'étendue de l’objet, qui est ainsi éclairé par la ne Po qualité de la lumière et la substance de cet objet demeurant entiques.

Une telle révélation n’a de surnaturel que le nom ; elle ne se distingue pas de la vie morale. Tout ce qui nous porte à mieux vivre, tout ce qui nous élève au-dessus de à matière, en fait partie. Loisy est conséquent avec son système en nous apprenant que la Révélation commença avec la perception, si rudimentaire qu’on la suppose, du rapport qui doit exister entre l’homme

1— Le professeur de théologie catholique à l’université de Strasbourg, M. Ehrhard, semble avoir raison quand il dit que c'est en France qu'est né le modernisme au sens de l’Encyclique, à savoir cette quin’essence de toutes les hérésies, ce système conduisant à l'athéisme et à l’anéantissement de toute religion, système qui a été absorbé avec avidité par l'Italie. Mais où le docte

rofesseur se trompe, c’est lorsqu'il rend responsable de cet état de choses k formation théologique donnée au clergé par les représentants de la scolastique. Tout au plus pourrait-on alléguer l'insuffisance de formation th6ologique par des docteurs scolastiques !

En Allemagne le mouyement moderniste a eu pour principaux représentants Schell, professeur à l’université de Würzbourg, mort le 31 mai 1905, Ehrhard lui-même, et Schnitzer, professeur à l’université de Munici. été un mouvement surtout réformiste, s'élevant contre les méthodes employées

ar l'autorité ecclésiastique soit pour gouverner, soit pour enseigner et dé-

endre le catholicisme. C’est en Allemagne peut-être que les mesures coercitives consignées dans l’Encyclique ont été accueillies avec le plus d'amertume. On y a vu un moyen infaillible de ruiner les facultés catholiques et d'enrayer toute étude scientifique chez les fidèles soumis au Pape. Je ne cite LS 3e mémoire QT sent de droit e"clésiastique à l’université d’Innsbrück (Tyrol), M. Wahrmund, se faisant insulteur public de 1a religion et blasphémateur. On le voit, aucun pays n’a échappé à l'agitation moderniste ; mais les théoriciens les plus audacieux, les apologistes de a pags et de l’immanence se sont rencontrés surtout en France, en Italie et en Angleterre ; ils sont assez bien représentés par Loisy et Tyrrell,

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conscient de lui-même et Dieu présent derrière le monda phénoménal. A. Sabatier doit interprèter assez bien la pensée du coryphée moderniste en ajoutant qu’une telle révélation proressa À mesure que s’épura et s’éclaircit « la conscience de Dieu ans l’homme individuel et dans l'humanité... » La phrase frise peut-être le panthéisme ; mais nous savons que « panthéisme » n'est pas un mot très eflarouchant pour Loisy. Nous compreuons également que Dieu ne soit pas autrement auteur de la Bible u’il n’est architecte de Saint-Pierre de Rome et de Notre-Dame e Paris, Car si l’action divine sur la masse des hommes est du même ordre mp l'inspiration chez les prophètes, à plus forte raison n’est-elle pas d’un ordre différent chez les artistes, dont les paroles ou les œuvres lancent notre âme vers les sublimes régions de l'idéal.

e même qu’il n'existe qu’un seul Dieu et qu’une seule humanité, il n’existe qu’une Foi et qu’une Révélation.

Que les théologiens, voire les conciles, continuent à distinguer, si tel est leur bon plaisir, entre connaissance naturelle et connaissance surnaturelle, entre connaissance par raison, et connaissance par révélation ! C’est une distinction, leur répond dédaigneusement Loisy, qui n’a guère d’application dans l’histoire.

Cependant il est une autre catégorie de modernistes, imprépe de piétisine, auxquels répugne visiblement le rationalisme

roid et sec de leurs confrères français et italiens. (Ceux-là ne sacrifient pas aussi légèrement le surnaturel. Leur lan est onctueux, mystique même ; il fait perpétuellement allusion à la confiance en Dieu, au sceau de l'Esprit, au commerce intime avec le Père qui est au Ciel et qui révèle aux petits ce | rh cache aux grands et aux superbes. Tel est par exemple le langage de George Tyrrell, qui admet bien au-dessus de la révélation naturelle une révélation d’ordre supérieur, mais nous la fait

arvenir, comme l’autre, par voie d’immanence vitale. Elle est

‘œuvre de l’Esprit s'exprimant spontanément en nous. Elle est une transformation et une élévation, non pas de notre activité, mais de cette receptivité de notre âme qt : échappe à la maîtrise de notre liberté. Nous écoutons, nous ne parlons pas; nous recevons, nous ne donnons pas. Soit que l'Esprit fasse surgir la vérité en notre âme, soit qu'il projette du dedans une lumière révélatrice sur une vérité aous est présentée du dehors, dans les deux cas, conclut Tyrrell, la révélation vient du dedans, elle est individuelle et incoramunicable. Elle ne peut être perçue

gré sages

listin-

que dans une expérience intérieure du divin, faute de laquelle, ajoute ironiquement notre docteur anglo-saxon, on rrait « admettre intellectuellement toute la doctrine apologétique et théologique de og et n’avoir pas pe de foi qu’un chien » !,

L'enseignement du dehors a son utilité, sans doute ; il réveille, il stimule nos capacités mystiques qui, sans lui, et À moins que V'Esprit n’y F4 ée direct: nt, resteraient endormies au fond de notre êtrs ; il les dirige më&me par la communication des expériences de nos semblables, vivants ou passés. Mais là se borne son rôle. C’est un rôle évocateur, rien de plus. Il est vrai, on peut admettre que la Révélation a été close avec la mort du der. nier apôtre, en ce sens que les expériences extraordinaires que l'Esprit saint suscita dans l’âme des écrivains sacrés, et qui for. ment le fond de la Bible, renferment tout ce qui est nécessaire pour une bonne direction de la vie. Mais pour qu'à ces expériences le fidèle reconnaisse une autorité divine, encore lui fautil une révélation personnelle. L'expérience du prophète doit lui être assimilée vitalemeut en quelque sorte; elle doit devenir expérience pour lri. C’est À cette révélation évoquée qu'il répondra par l'acte de foi, la reconnuissant comme parcle de

vu produite en lui et adressée à lui. De sa propre nature doit venir la lumière qui lui fera reconnaître la pensée et :a volonté du Cbrist dans l'Evangile. J'imagine que Fyrrel ne répudierait pas cette exclamation d’A. Sabatier :

Ne crois pas, Ô mon frère, que les prophètes et les initiateurs t’aient transmis leurs expériences pour te dispenser de faire les tiennes. Les révélations du passé ne se démontrent efficaces et réelles, que si elles te rendent capable de recevoir la révélation personnelle que Dieu te réserve,

1 — Sans doute la Révélation, pour obtenir notre adhésion, suppose non seulement des éléments naturels, sans lesquels elle serait un langage incompréhensible, tels que des idées acquises et l'intelligence des termes, mais elle suppose encore le secours surnaturel de la grâce, une illumination dans l'intelligence et une impulsion dans la volonté. Sans le secours de la grâce nous ne pouvons pas plus faire un acte de foi qu'aucune autre œuvre méritoire et salutaire. Mais un tel secours est très différent de la Révélation elle-même. C’est un secours, voilà tout, et un secours « anonyme », selon l’expression de M. l'abbé Mallet ; agissant incognito il nous aide à adhérer méritoirement à la parole connue de Dieu ; il n’est pas la manifestation de Dieu par voie d'immanence. Il n'empêche pas que la vérité ne nous vienne d’en haut ; il seconde simplement notre esprit et notre volonté à s’ysoumettre, et il procure à cette soumission un mérite surnaturel. Mais pourvu qu’il nous fasse agir dans l’ordre du salut, son but, Fe est tout pratique, se trouve atteint et son rôle rempli. (Cf. S. Haruwr. Etudes, 5 avril 908, p. 39).

nd. RL à #1

PER PTE TE]

I1 ne répudierait pas davantage, je suppose, ces paroles du r K. Gebert :

Le catholique religieux et formé par la culture moderne tient pour vrai ce à quoi le pousse l'amour de Dieu ; il tient quelque chose pour vrai, non rce que Dieu considéré comme autorité antérieure l'a dit, mais pt -e que n voix de Dieu est en même temps sa v0’z, et qu'il est intimement uni à eu!,

Voilà jusqu'où pénètre le principe d'immanence cher à toutes les catégories de modernistes, non moins qu'aux protestants libé. raux. La voix de Dieu, si elle veut être entendue, doit venir elle aussi non d'en haut, mais d’en bas / Il ne suffit aucunement Le nous soit transmise par l'intermédiaire des apôtres, des

vangélistes, des pa et des conciles ; nou, non! Elle doit émerger des profondeurs du subconscient, se faire sensible dans notre conscience, devenir voix humaine, voix individuelle, voix personnelle, et incommunicable. A ce compte, comme le fait justement remarquer M. X. Moisant (Etudes, 20 mai 1908, p. 471),

croire, ce n'est pas se soumettre, mais s'affirmer ; ce n’est pas prêter l'oreille aux paroles du dehors ou d'en haut, mais écoutr: ie langage intérieur : ce n'est pas exécuter un ordre, mais exprimer uae volont personnelle ; ce n’est pas s'enrichir par assimilation de connaissances hétér : es, mais se développer à un épanouissement autonome... La Révélation n'évoque plus la transcendance de Dieu, mais l'excellence de l'hom:ue ?,

Paroles et actes du Christ lui-même, nous le verrons plus loin ne représentent que la conscience et la supériorité d’un homme Î Les plus belles et même les plus impénétrables vérités de notre religion ne sont que des projections au dehors des dispositions les meilleures de notre âme, que des créations de notre besoin du divin, de notre soif d’idéal. dogme de l’Incarnation et de la Rédemption, pes exemple, fut cimenté le jour où le besoin de générosité et de dévouement s’eleva chez l’homme jusqu’à ima-

1…— Katholischer Glaube und die Entwicklung des Geisteslebens, p. 78.

2. Toute religion n'est Le que l'expression de besoins humains, Les auteurs du Programme des Modernistes n'écrivent-ils pas: « Puisque notre moi est pour chacun de nous quelque chose d'absolu, ou plutôt l'unique absolu, tout ce qui en émane et tout ce qui y retourne, tout ce qui en ali. mente et en enrichit le développement, a également la valeur d'un absolu ?» M.X. Moisant ajoute : : L'homme qui n’a voulu que lui-même pour guide ne trouve que lui-même comme Dieu. Au subjectivisme méthodique se joint visiblement le subjectivisme doctrinal. La pensée protestante et la pensée moderniste se jettent d’un com.nun élan dans le nihilisme religieux, »

+ pe

giner et comme réel un mortel sacrifiant sa vie pour ceux qu’il aimait ! Les hérésies ne sont telles que parce qu’elles contredisent le besoin du divin qui se traduit de telle ou telle manière par tel ou tel symbole dans les Âmes d'élite ! Symbole quil est criminel de détruire. Ainsi tout est humanisé, le dogme aussi bien que l’hérésie.

à constituer ainsi la conscience arbitre souverain de toute chose, à prendre l'émotion interne pour « le premier nœud vital et organique, pour le principe d’où il faut partir pour suivre le développement de la vie religieuse (A Sabatier) », on arrive À renverser totalement l’ordre de nos facultés, À faire de l’intelli-

ce l’humble suivante et servante du sentiment, qui est érigé,

ui, en source et critère de toute vérité. Seulement, c’est juste où veulent aboutir les nouveaux hérésiarques. De même qu’ils ont donné la primauté à la conscience sur la raison, ils donnent la rimauté à l’action sur la pensée, ils créent la philosophie de ‘action. La vérité, ce n’est plus une immuable relation entre l'intelligence et les choses, l'équation de l’idée avec l’objet ; non, la vérité moderniste, c’est le rapport de convenance entre l’opération et son terme, entre le besoin et sa satisfaction. La vérité religieuse, c’est donc le rapport entre nos actions, nos ratiques, notre culte, et la satisfaction normale du besoin Pac À ir rapport qui se modifie nécessairement .uivant le temps et les lieux, rapport susceptible de changements aussi indéfinis que ceux de ces deux variables : l’action et son terme. Plus de vérité absolue ! La vérité se fait et se défait au gré des mille révolutions ui modifient les conditions love de l’action individuelle et u cadre des circonstances où elle évolue. Mais nuoi ! la perfection de l’homme

n'est-elle pas dans l'harmonie de son action avec le milieu ambiant, dans l'harmonie de ses besoins de vivre et d'agir avec les concours externes sus. ceptibles de mieux les satisfaire, dans l'harmonie de ses libres expansions d'énergie individuelle avec des vitesses acquises et les réactions du dehors qu’il rencontre sur sa route ? (Ami du Clergé, 20 février 1908).

Favoriser cette adaptatic: harmonieuse, tel est le but de la Révélation. Dieu trouverait indigne de lui d'intervenir dans nos conflits d'idées ; il a livré ce monde visible aux disputes des hommes : il l’y laisse. Ce qu’il exige de nous et en quoi il nous aide pe sa divine Révélation, c’est l’action, c’est une tendance jamais interrompue vers La perfection de notre nature. En nous

il n’est pas précisément premièrement lumière, il est avant tout force, force « dont nous reconnaissons l’œuvre dans la bonté des hommes de toutes les époques et de toutes les races » ; force « qui les unit en un seul corps mystique et une seule fraternité, qui en fait la représentation collective et la révélation d’elle-même, en même temps qu’une société pour la poursuite de ses fins » (Tyrrell). Comprenons-le bien : ce qui nous est manifesté, ce n’est pas une vérité spéculative, c’est une vérité pratique, c’est une manière d’être et de nous comporter par rapport au monde surnaturel ; c’est, je exemple, l'invitation à nous condujre en enfants à l'égard de Dieu envisagé comme Père; ce n’est pas davantage une vérité absolue, c’est une vérité approximative, une vérité de préférence.

L'approbation divine donnée (par la Révélation) à une voix, à une vie, et donc indirectement à la vérité explicative, n’est guère qu’une approbation de préférence recommandant une alternative, non comme idéale, comme parfaite, mais comme une approximation vers un idéal, comme un mouvement dans la bonne direction (Tyrrell).

Dès lors l'efficacité de la Révélation devra se juger non d’après le degré d’illumination dont elle pénétrera les esprits, mais d’après les fruits qu’elle portera dans la vie pratique. La preuve expérimentale de sa fécondité spirituelle, sa survivance au milieu des luttes et des épreuves de toutes sortes, voilà par où une religion s’affirmera au monde comme divine, comme étant marquée au sceau de l'Esprit. C’est par où le Christianisme s’est affirmé éminemment divin ; mais c’est par où aussi toute religion qui survit, et par le simple fait qu’elle ne périt pas, peut être proclamée bonne et voie au salut 1, Ici, me semble-t-il, se placerait, comme corollaire de la doctrine de Tyrrell, la fameuse interprétation pragmatique de la religion dont M. LeRoy s’est fait le champion. Je me contente d'indiquer sa formule. La réalité surnaturelle ne nous est révélée que sous les espèces de l’action qu’elle exige de nous. Ce que le dogme nous prescrit c’est une attitude, non pharisaïque, non purement extérieure, sans doute ;

1— À quel chef les modernistes pourraient-ils accuser une religion de fausseté ? Ce ne pourrait être évidemment que pour la fausseté du senti. ment ou pour celle de la formule ? Mais, d’après eux, le sentiment est toujours et partout le même, substantiellement i entique ; quand à la formule religieuse, tout ce qu’on lui demande, c'est l'adaptation au croyant en même temps qu’à sa foi (Encyclique).

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c’est l’attitude de notre être entier, corps et âme, mais enfin une attitude. Ainsi Dieu est notre père signifie que nous avons à nous comporter en fils envers lui. Dieu est personnel, veut dire: « Comportez-vous dans vos relations avec Dieu comme dans vos relations avec une personne humaine, etc. » En proclamant Jésus ressuscité vous vous engagez à être par rapport à Jésus comme vous auriez été avant sa mort, comme vous êtes vis-à-vis d’un contemporain.

À tous ces docteurs en hérésie le Pape adresse ces paroles sévères :

Aveugles et conducteurs d'aveugles qui, enflés d’une science orgueilleuse, en sont venus à cette folie de pervertir l'éternelle notion de la vérité, en même temps que la véritable nature du sentiment religieux,

Oui, aveugles et conducteurs d’aveugles ! Parce qu’ils dénaturent le rôle de l'intelligence et de la pensée en en faisant de simples pourvoyeuses d'éléments d'ordre pratique, ne croyons pas qu’ils grandissent le rôle de la sensibilité et du sentiment. Toute rupture d’équilibre dans le composé humain ne peut être que fatale À chaque faculté. Avec leurs théories de besoins, de néces: sités, de tendances innées, de développement, et d'évolution vitale, nos modernistes n’attribuent à la vérité intellectuelle et À la reli. gion elle-même qu’une valeur d'utilité. Ils tombent dans la morale de l’utile et du sensuel !. Ne nous laissons de prendre à leurs grands mots de perfection, d’épanouissement de vie, d’ascension vers l'idéal.

Qu'est-ce que la perfection de vie pour un homme dégagé de toute intel. lectualité métaphysique, de toute certitude et objectivité de jugements sur Dieu, l’âme, la liberté, la vie future ; que us bien être la perfection de vie idéale pour cet homme-là, sinon la satisfaction maximum des besoins, qui

1— En ramenant tout à l'énergie vitale nos modernistes peuvent être ran. gés dans la grande école du naturalisme et du transformisme. Qu'est-ce qui constitue la vie, en définitive ? Les mouvements de la nature. Iln'yena

as que de bons! « Vive la Vie!» s’écrie un héros de Sudermann! : Vive "Action! s’écrie Le Roy. Je sais bien que Le Roy n'approuve que l’action élevante et moralisante, tout comme ses collègues ne prônent qu’une vie ordonnée et évoluant vers la justice. Mais ce qui m'inquiète pour la solidité de la doctrine moderniste, c’est que, au nom des mêmes principes et au même mot d'ordre, d’autres théoriciens proclament la caducité de la morale traditionnelle et la sainteté des pires instincts !

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Am ten rare

brûlent son sang et ses nerfs ? Lui parleres-vous du bien social, des considé. rations élevées de l'humanité dans son ensemble, de choses, enfin, qui ne sont pas lui-même ? Il vous répondra: : connais pas.» Intellectualisme et métaphysique! Il a sa manière à lui de concevoir son idéal de vie. Comment, sans intellectualisme, vous y prendrezvous pour lui en imposer un autre,

ui n’a aucun droit objectif certain à son assentiment, encore moins à son — Et c'est à cette honte-là, à cette affigeante humiliation que la philosophie nouvelle de l’action doit se laisser acculer, en punition de l’attentat sacrilège, où gr mere la royauté régulatrice de pensée. (Ami du Clergé, 20 février 1 , p. 171) 1,

Le sentiment reli ieux, le besoin du divin même, nous n’en pions aucunement ni l'existence ni la salutaire efficacité ! En face du néant de la vie et de la fugitivité de nos plaisirs, en face du malaise intérieur que rend chaque jour plus aigu cette inégalité entre l’immensité de nos désirs et la fragilité des objets que leur offre le monde, oui, le besoin de Dieu, l’élan vers Dieu surgissent en nous ; mais c’est parce que nous connaissons que ce Die n’est une chimère, qu’il est au contraire une sublime réalité, capable de procurer à notre cœur un assouvissement qu’il cherche vainement sur la terre; c’est parce que l’int ’ence nous a pohen éclairés sur l’objectivité de notre fi. uftime. Faute

e cette clarté directrice, ce n’est pas en haut que nous élancent les es de la terre, c’est en bas ; ce n’est pas vers la perfection de notre personnalité, c’est vers le suicide.

Nous ne nions pas les opérations mystiques, les touches délicates et quasi directes de Dieu dans certaines Êmes privilégiées ; novs ne contestons pas les émotions extatiques que suscite parfois chez les artistes la simple contemplation d’un paysage de la nature ou d’un chef-d'œuvre de poésie et de peinture. ous ne contredisons pas, par exemple, Charles Secrétan nous confiant qu’un soir d’hiver, sur la terrasse d’une vieille église, il sentit

1— Ne subordonnons pas le créateur au créé, l'infini au fini. N'imi. tons pas, même de loin,ces protestants, qui ne voient dans la révélation et la foi qu’un moyen pour l’homme de se consoler dans ses peines, de se désennuyer dans son isolement, de se donner de délicieuses inquiétudes, ou des confiances enivrantes, ou la sensat’-u , du divin». Quel que puisse être l’agrément individuel d’un tel sysveune « d'expériences religieuses », et l'in. térêt de curiosité offert 2e là aux ps chologues, malgré tout, il est indigne de Dieu et de l’homme de concevoir la religion, qui est le tout de la vie et lui donne sa suprême valeur, comme un opium bon à — de plus beaux rêves, ou comme un plus raffiné Aaschick. Elle a des fins plus hautes, et un plus large horizon; elle répond, avant tout, aux di..ts de Dieu». (S. Hananr, Etudes, 2 avril 1908, p. 193).

égalité ue leur surgise Die

réalité, | chernous a Faute ancent la per-

8 déligiées ; te par- : db la Jus ne nfiant sentit

N'imin et la désen- Ju des e être t l'indigne vie et ) plus autes, Dieu ».

avec le rayon d’une étoile entrer en son âme l'intelligence de l'amour de Dieu. Nous ne le contredisons même pas, quand il conclut que l’évidence du contact prévaut sur tous les raisonnements, sur tous les spectacles, sur toutes les fautes. Pourquoi ? Parce que nous supposons le poète assuré d'autre part que ce qu’il éprouve n’est pas une impression aveugle et sans consistance ; qu’il est au contraire une invitation à fouler aux pieds la poussière de ce monde méprisable et laid, pour arriver plus sûrement à jouir, tôt ou tard, du Beau Suprême subsistant et personnel.

Mais croire que le sentiment, dont le caractère, comme l’observe l’Encyclique, est plutôt de decevoir, dont les émotions sont d'autant plus troublantes qu’elles sont plus vives, peut avantageusement remplacer la calme lumière de l'intelligence pus la bonne direction de la vie ; dans ce’te conviction inviter es fidèles à dédaigner tout enseignement extérieur, pour prêter l'oreille à l'impulsion d’une force mystérieuse qui se trahit dans les secrets replis de la conscience, s0« prétexte qu’elle seule est Eire divine par le sceau de l’Esprit, c’est ouvrir la voie aux

lusions les plus excentriques, depuis celles des Anabaptistes et des Quakers jusqu’à celles de ces Doukhobors qui, récemment encore, en costume adamique, se mirent à la recherche du Messie dans les rues de Fort William, par un froid de 40 degrés au-dessous de zéro ; ce serait une aberration inexplicable, si ce n’était une impiété.

Maïs nous savons, hélas ! que les trouvailles les plus invraisemblables paraissent plausibles à l’homme, qui a juré de n’avoir ni d’autre Dieu, ni d’autre maître que lui-même. Or, le modernis est cet homme-là !.

1— En gr de sa phraséologie mystique, Tyrrell lui-même, aveuglé par

la superbe de l'esprit, n’en arrive-t-il pas à ne voir dans l'excellence du Christ qu'un symbole déificateur de l'homme? Ecoutez: «L'humanité en tant

u'elle nous représente les justes, les nobles, les braves, les fidèles, «eux qui hr façon quelconque se sont crucifiés, sacrifiés, amoindris our l’amour de Dieu, pour l'avènement de son règne, pour les autres hommes ; cette humanité est un Christ mystique, un Logos collectif, un Verbe, une manifestation du Père, et chaque membre de cette société est dans sa mesure un Christ ou un révélateur, en qui Dieu est fait chair et habite au milieu de nous ».

APPLICATION DES PRINCIPES D’agnosticisme 5T D’immanence À LA Vie pu Curisr Er À s0N œuvee.—Lz CHRIST DE L'histoire er Le Curier pe la foi.

Tout homme qui entrepreud d'émettre un système de philosophie encourt une redoutable responsabilité. Aux problèmes les plus troublants de notre existence il s’offre À donner une solution ; à tort ou à raison il pren la tête de la caravane humaine,

ui chemine péniblement à travers les ombres de cette vie; il 8 engage à la mener vers un terme de lumière et : bonheur réel ou fictif.

Une fois ses pri- pes posés il ne lui est plus loisible de faire un triage ent- es conséquences qui en découlent. Tant pis si des vulga teurs, des journalistes, des législateurs, des démagope s’emparent de ses conclusions, sans en saisir toute la portée !

‘ant pie s’ils s’en servent comme de béliers pour battre en brèche les remparts de l’ordre religieux et social ! Tant pis si l’anarchiste en reçoit une impulsion fatale, et s’il s’efforce d’appliquer les idées du philosophe au moyen du poignard ou des explosifs ! Le sinistre malfaiteur pourra en justice être condamné à la guillotine ou à la corde, mais il ne sera pas le plus coupable. Celuilà le sera davantage qui, bien délibérément et à tête reposée, aure écrit les pages malsaines, où le malheureux assassin aura cru trouver une justification de son crime. La logique n’est pas le partage exclusif d’une élite intellectuelle. Elle habite également le cerveau des hnmbles et des petite : elle y est même d’ar.tant plus impérieuse qu’elle connaît moins certaines compromissions avec l'étiquette et les usages du grand monde. Aussi le danger est-il immense pour le bon ordre de la société, une fois que la mentalité populaire a été faussée par une philosophie erronée, L'Eglise ‘e sait bien. C’est pourquoi elle s’est montrée de tout temps impitoyable pour les inventeurs et les semeurs de

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