‹ Études sur le modernisme [microforme]Chapitre 4 sur 7 · BUT · texte numérisé non relu

BUT

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cette désastreuse ivraie, qui s’appelle l’hérésie. Pie X n’a fait que suivre l'exemple de ses *; cesseurs et se montrer bon + 4 teur en condamnant, avec l’énergie qu’on sait, toutes les catégories de modernistes. |

Pour comp:endre combien justifiée était sa sévérité, nous n’avons qu’à continuer notre étude de ce rendez-vous de toutes les hérésies. Voyons, en particulier, ce que devient la personne adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, envisagée à la clarté decevante des principes modernistes d’agnosticisme et d’immanence.

Aux yeux du moderniste le Christianisme est assurément la pius admirable et la plus élevante des religions ; mais, pas plus que les autres, elle n’a pu venir d’en haut ; elle est nécessairement venue d’en bas, n’étant, comme tout le reste, qu’une manifestation de vie. Sous cette forme particulière, qui la distingue du Judaïsme, dont elle n’est pourtant, en ses grandes lignes, qu’un développement, elle est née dans la conscience d’un homme, appelé Jésus ; elle est le fruit d’une expérience religieuse extraordinaire, expérience qui devint initiatrice, provocatrice d’expériences semblables chez ses disciples et, par eux, chez les hommes de tous les temps; expérience, par conséquent, qu’on ne pourra jamais trop bénir ni trop proclamer salutaire et bienfaisante ; mais enfin expérience qui ne diffère pas substantiellement des nôtres ; expérience personnelle, incommunicable dans son entité. Ecoutons Loisy.

Jésus était un juste de l’Ancienne Loi, en qui le besoin du divin se faisait sentir d’une manière spécialement vive, comme il s’était fait sentir, par exemple, chez Moïse et les Prophètes, ces célèbres révélateurs du monothéisme. Vers l’âge de trente ans, il se jo:i"t à la multitude des curieux et des pénitents,

u’attire la prédication de Jean sur les bords du Jourdain.

’austere apparence et l’énergique parole du fils d’Elizabeth font sur lui une impression singulière ; il est surtout frappé par l'annonce de l’avènement imminent d’un règne de justice et de sainteté, qu’il se met à prêcher à son tour, au sortir d’une période de retraite passée dans le désert. Il se trouve amené au premier plan par un événement inattendu, l’incarcération de Jean.

C’est sur lui désormais que se fixent tous les yeux; c’est sa prédication qui empêche de s’affaiblir la commotion religieuse

imprimée par le Baptiste au peuple d'Israël. Oh! cette prédication n’est pes complexe : n’allez pcs vous imaginer que Jésus a jamais tenu les discours théologiques que lui prête l’auteur du

déré comme Père, dont nous sommes les enfants adoptifs. .. telle était la substance de la bonne nouvelle. Un cachet d’idéale 22 et de filiale confiance à l'égard de Dieu la distinguait de

Toutefois, pour prévenir un malheur semblable À celui qui était arrivé au fils de Zacharie, Jésus s’ attribue le titre de roi-Messie. S’ajoutant à son affabilité personnelle, à sa condescendance pour les pécheurs, aux consolations qu'il prodiguait si efficacement, aux guérisons mêmes qu’il opérait par le magnétisme de sa douceur et de sa bonté, ce titre devait lui attirer un surcroît de prestige, lui conquérir l'enthousiasme populaire, et le protéger contre les entreprises des adversaires du royaume de Dieu.

L’expédient pourtant échoua. J ésus n’en éveilla pas moins la susceptibilité des docteurs de la loi et du pouvoir romain, Il mourut sur une croix, condamné par le repr/sentant de César, Comme perturbateur de l’ordre public. Son corps fut enseveli, avec ceux des autres suppliciés, dans le champ d’Hakeldama ; car ce fat plus tard seulement que la légende chrétienne fit de ce champ le lieu de sépulture du traître Judas.

1 — Renan avait dit: , Jésus a fondé la religion absolue, n’excluant rien, ne déterminant rien, si ce n’est le sentiment. On était son disciple, non pas en croyant ceci ou cela, mais en s’attachant à sa personne et en l’aimant. Jésus n’est ss un fondateur de dogmes, ni un faiseur de symboles; c'est l'initiateur U monde à un esprit nouveau, (Cité par S. Harent, Etudes, 20 avril 1908, p. 17 }e

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Jésus sur les éléments ? Que deviennent les se mer pe du Ressuscité et son Ascension au Ciel? Tout cela, ndent nos modernes exégètes, il faut le bannir du champ de l’histoire et le reléguer dans celui de la foi ! C’est un principe intangible dans le monde moderniste que toute intervention de Dieu, toute trace de surnaturel doivent être reavoyées à la foi, comme étant de son ressort exclusif. Dès lors, dans des composés humano-divins, tels que Jésus-Christ, l'Eglise, les Sacrements, il faut soigneusement dissocier les deux éléments, laisser l'humain à l’histoire, attribuer le divin à la foi. Ce n’est pas tout. L'élément humain, À cause de son voisinage avec le divin, a été pénétré de la vie de la foi ; il a été hauesé au-dessus de lui-même et de sa vraie réalité ; il a été transfiguré et même défiguré ! C’est donc la tâche de l’historien d’épurer l'élément humain, d’en retrancher toutes les adjonctions qui lui sont venues de la foi. C’est pourquoi, voulant avoir un Jésus historique, il le dépouille non seulement de sa divinité, mais encore de son auréole de héros surhumain, auréole qui ne lui a été décernée que par une invasion de la foi dans le domaine de la réalité. L’historien élimine « tout ce qui dépasse l’homme selon sa condition naturelle et selon la conception que s’en fait la psychologie, l’homme aussi de telle région et de telle époque », (Éncyclique). Il se demande ce qu’un homme, comme vous et moi, eût fait en de semblabes conjonctures ; il distingue ce

ui ressort de la logique des faits et des conditions sensibles,

’est tout ce qu’il retient. Ce qui ne saurait passer par ce crible, il l’'élague impitoyablement de l’histoire ; il le considère comme une ce et une matière de fui !. Sans doute la foi elle-même

1— Voici un exemple d'épuration qué nous donne Loisy. Il s'agit du récit d’une apparition où Jésus rassure ses disciples en niant qu’il soit un fantôme. La négation du fantôme pour notre subtil exégète est le fruit d'une expérience assez tardive de la conscience de Luc et de ses compagnons. Ce qu’il y a de réel et de primitif au contraire c’est l'affirmation du fantôme, c'est Phallucination chez les apôtres. Je ne plaisante pas. «Ce qui est primitif dans ce développement, dit Loisy, c’est l'idée du fantôme, qui doit venir de :° e,et qui se rencontre ailleurs; telle doit être la forme historique des doutes, qui se produisirent à l'occasion des premières apparitions...» Pour découvrir la forme historique des récits évangéliques il n’y a rien, voyez-vous, comme d'admettre avec Renan, que la négation du surnaturel est un dogme pour tout esprit cultivé! L'adhésion à ce dogme:là entraîne avec elle une véritable science de divination ; elle donne une sorte d'intuition

a son histoire. Seulement c’est l’histoire d’un travail intérieur et purement subjectif ; le critique l’o à l’histoire réelle « précisément en tant que réelle », nous dit l’Encyclique. Ce qu’il entend par réalité historique, c’est la seule réalité objective, et qui n’inclut rien d’extra-sensible, rien de surhumain. C'’est-à-d're que pour lui le surnaturel n’est pe historique, et donc’ pas réel ; c’est-à-dire que le Christ des catholiques, le Christ thaumaturge prophète, ressuscité, n’a pas de réalité historique, qu’il n’a existé en aucun point du temps et de l’espace, « qu’il n’a jamais vécu ailleurs que dans les pieuses méditations du croyant » (Encyclique).

Du reste, si nous voulons savoir comment la vie si simple du Jésus historique est devenue la vie si merveilleuse et si mystique du Christ de la foi, l’historien moderniste s’oftre volontiers à nous l’apprendre. Ecoutez-le.

Jésus une fois mort, quelque chose subsistait plus vivant que jamais, grâce à l'impulsion que lui-même lui avait donnée par son idéale prédication : c'était le besoin du divin, c'était la foi (ou tendance vers la justice) qu’il avait suscitée dans le cœur du petit groupe de ses disciples. Certes, cette foi avait été mise à une terrible épreuve par le trépas ignominieux du Maître. Mais la force divine de son principe intérieur devait surmonter n'importe quel obstacle. Tout en sachant que Jésus n’était pas ressuscité corporellement, les disciples demeuraient convaincus

u’il n’était pas mort tout entier, qu’il vivait sous une autre orme. Ils éprouvaient le besoin de croire À l’immortalité de l’âme ; et ce besoin ils le traduisaient par la croyance inébranlable à la survivance de l’âme, qui avait si bien parlé par la bouche de Jésus, qui avait su si bien s'attacher leur affection, et qui semblait les attirer en haut avec une force encore plus irrésistible, depuis que son corps avait été cloué sur une croix. Sans insister (primitivement au moins) sur les circonstances d’une résurrection p ysique, ils se Girent que Jésus avait vaincu la mort, qu’on tb en quelque sorte continuer à le contempler, à lui parler, À entretenir un commerce d’amitié avec lui. Ainsi Jésus était fait ressuscité par la conscience de ses adhérents. Ce

qui montre les choses les plus cachées et même parfois les plus contradiotoires sous le texte sacré. C’est tout le secret de la perspicacité moderniute en matière d’exégèse.

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