Ce
tradioerniste
a Un
ui était réel en cette matière, c'était, non l'événement lui-même
’une résurrection (chose inconcevable et indémontrable), mais le besoin d’immortalité, jaillissant du principe vitel et créant son objet !,
La foi a créé le ressuscité. Elle poursuit son travail en le créant Fils de Dieu et Dieu en personne. Voici comment. Dans le milieu juif, d’où les premiers chrétiens sortaient, une notion était enracinée profondément, la notion messianique. Le Messie, descendant des grands patriarches, fils de David, restaurateur promis de la gloire d’Israël, vainqueur des nations, c'était le peuple juif, religieusement personnifié.
L’attente messianique c’était la foi aux destinées impérissables d'Israël. Or Israël, pour le moment, ét t courbé sous le joug de Rome. Il ne se résignait pas à une pareille servitude. Lui, le privilégié de Fran 4 2. le joug d’une puissance païenne ! en vérité l’humiliation était intolérable. Pour l’oublier il se rattachait avec plus de force que jamais à ses prérogatives spirituelles et à son titre de peuple de Dieu.
Le petit cercle de Galiléens, qui s’étaient attachés aux pas de Jésus, n’avaient pas une mentalité différente. Etant Juifs, leurs pensées et leurs aspirations ne pouvaient être que juives. Avec quel empressement n’avaient-ils pas accueilli la nouvelle de l’avènement prochain du royaume de Dieu, qui représentait pour eux le triomphe final d'Israël? Jésus mort, et le royaume attendu p’arrivant pas, devaient-ils s’avouer que le maître s’était trompé et qu’eux-mêmes avaient cru à un mirage? Leurs espérances
1 — :Si l’on prend la résurrectiun du Christ pour un fait d'ordre historique, ce fait n'est ni démontré, ni démontrable. Cela n'équivaut pas à «la résurrection n’a pas eu lieu» Cependant j'avoue que telle est ma pensée, si l'on veut entendre par résurrection cette chose inconcevable, le cadavre d’un mort de deux jours reprenant une vie, qui n’est pas celle des mortels, et qui, néanmoins, se manifeste sensiblement. De ce prétendu miracle l'historien n’a pas à tenir compte; car il n’est pas véritablement attesté. Je vais plus loin encore, et je dis que le croyant même n’est pas obligé de l’admettre, parce que l’autorité de l'Eglise ne peut conférer la réalité historique à ce qui ne l’a pas de soi-même, instituer dans le passé ce qui n’a pas existé...» (Loisy). Non, sans doute, l'Eglise ne peut instituer dans le passé ce qui n’a pas existé ; mais elle peut affirmer, preuves en mains, qu'il a existé dans le passé certains événements qui, tout en portant le sceau du sure naturel, n'en sont pas moins historiquement réels.
avaient été stimulées trop fortement pour échouer dans une pareille déception. Le besoin de croire à la survivance immor. telle d’un homme tant aimé et vénéré les avait poussés à faire du cher disparu un ressuscité. De même, le besoin de prolonger le rêve du triomphe de leur nation et de ne pas infliger un démenti à la prescience de leur héros les porte à transformer le Ressuscité en Christ-Messie, fondateur et chef d’un royaume spirituel et universel, destiné À englober dans ses limites les hommes de toute race et de toute nation. Ainsi prend naissance le Christianisme, qui n’est et ne pouvait être que le Judaïsme ou Messianisme légèrement modifié, rénové par l'esprit d’amour et de confiance à l'égard du Tout-Puissant, fruit de la prédication du Fils de Marie. Il vient, lui aussi, non d’en haut, mais d’en bas, des profondeurs de la conscience des apôtres. Encore une fois, la grande loi d’immanence se trouve vérifiée.
Cependant si ls conscience israélite pouvait se hausser jusqu’à créer un Christ, un Oint du Sei eur, un Fils de Dieu dans le sens le plus idéal du mot, si elle pouvait même imaginer des miracles en confirmation de cette dignité surhumaine, elle ne
uvait aller jusqu’à attribuer la filiation naturelle et la substance
ivine à un homme.
La déification d’un mortel quelconque n’entrait pas dans le cerveau des Juifs, qui étaient des monothéistes me et ne souffraient pas la D me de la personne humaine dans le marbre ou sur la toile. Elle ne répugnait pas à des païens, même convertis, dont l'esprit était familiarisé avec 1. pluralité des dieux. Or précisément, il s’agissait de plier le chiistianisme aux habitudes mentales des partisans, recrutés au sein de la gentilité. Quoique le mouvement juif, tel que modifié par les disciples de Jésus, se propageât rapidement, on ne pouvait toutefois s’attendre à ce que le monde gréco-romain abandonnât en masse le polythéieme pour embrasser la religion d’or. petit peuple méprisé, à moins que cette religion ne lui parût un rejeton de son culte national.
Adapter le messianisme à l’hellénisme ; faire de l'Evangile une forme de religion acceptable pour le Grec, le Romain et le reste de l'humanité, ce fut la p cupation d’un Juif, plus ou moins hellénisé, re avait apporté dans son adhésion au christianisme la fougue d’une nature exubérante. Ilse nommait Saul de Tarse. Voici comment Loisy explique l’origine de la révolu-
15 une mmor.
à faire longer er un mer le yaume tes les ssance me ou our et cation s d’en e une
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tion que le nouveau venu introduisit dans l’Evangile prêché par les anciens bateliers du lac de Tibériade :
On sait, dit-il, que la philosophie judéo-alexandrine avait identifié le Dieu des Juifs au dieu des philosophes grecs. Partant de là, Philon avait, à son tour, identitié le Logos, suprême raison et idées éternelles, à la Sagesse de l'Ancien Testament, qui assistait le Créate -r dans toutes ses œuvres. L'abime, que la philosophie hellénique perceva . entre Dieu et le monde, se trouvait comblé L. cette personnification derni-arbitraire, demi-réelle, qui reliait le monde à Dieu, Paul assigne hardiment cette place au Christ éter. nel, image du Dieu invisible, premier-né de toute créature, par qui et pour qui tout a été fait, en qui tout subsiste, le premier en tout dans le monde physique, pour l’amener à l'existence, et dans le monde moral, pour rétablir par sa mort et sa résurrection la paix au ciel et sur la terre !.
Cette interprétation ue du Messianisme et du Judaïsme donne son caractère dist:uctif au Christianisme. La déification de Jésus en devient le point culminant. Inaugurée par Paul de Tarse, elle est continuée par l’auteur du quatrième Evangile, par saint Justin, par Origène surtout, dont la théologie savante devait conquérir à la religion du Christ le suffrage des esprits cultivés de l’Orient hellénisé. A la fin du troisième siècle le travail de déification, nous apprend Loisy, était achevé. En somme le monde ne se trouvait doté que d’une forme nouvelle d’idol#trie. On oftrait À ses adorations un homme-Dieu ; mais cet homme n’était réellement pas Dieu ; il venait simplement d’être fait Dieu par la conscience de ses premiers adhérents. Sa divi-
1— Loisv— Autour d'un petit livre, p. 125.—Ies Italiens, auteurs du Pro. amme des modernistes, écrivent de leur côté: . Les Grecs, qui étaient accou. umés à concevoir des relations mystérieuses entre la Divinité et les héros, avaient ouvert la voie à l’idée des rapports extrêmement particuliers entre le Père et le Christ jusqu’à l'identification de nature.» (Programme... p. 100) En vérité! Jésus-Christ n'était donc pas plus pour les Grecs une folie qu'il n’était un scandale pour les Juifs! Ilfaut croire que les modernistes ont un secret pour épurer saint Paul comme ils en ont un pour épurer saint Mathieu et saint Luc! Deux pages plus loin, les mêmes écrivains voient dans le dogme de la Divinité de Jésus-Christ l'expression intellectuelle d'un besoin protond de la conscience chrétienne désireuse de trouver à la fois dans le Christ l'homme qui a souffert pc" elle et le Dieu qui, pour elle, a mérité.» On ne peut tout prévoir. Les modernistes sont les premiers à attribuer au concile de Nicée la consécration canonique de cette idée recque de la déification du Logos appliquée à Jésus. Ont-ils prévu qu’en ce aisant les Pères de Nicée ont simplement créé une école de plus et renchéri sur Arius? Arius sans doute substituait au Verbe des chrétiens le Logos de Platon, en au moins il ne divinisait pas celui-ci.
nité n’était qu’une divinité d'emprunt; et le Christianisme, comme religion, au lieu d’être un progrès, était un recul mani feste par rapport au culte mosaïque, qui admettait au moins un mouothéisme rigoureux. Idolâtrie ! répondent les modernistes. Non pas ; car à la base de cette prétendue idolâtrie il y a le besoin du divin, auquel les fondateurs du Christianisme n’ont fait u’obéir en idéalisant leur maître jusqu’à la déification ; il y a nécessité de rendre plus vivante, plus forte, plus expansive, une religion, qui était essentiellement la religion de l'esprit et du cœur, la sr cs de la confiance filiale des hommes à ’égard de Dieu leur
Oui, la divinisation du Christ a été un principe éminemment vital pour le Christianisme, lequel a été À son tour une éminemment civilisatrice et bienfaisante. Gardons-nous d’en blémer les auteurs ! En créant ce moyen efficace de p nde, ils ont singulièrement avancé les res du royaume de Dieu sur la terre ; î ont été de vrais adorateurs et des apôtres dévorés du zèle de la maison du Seigneur. Est-ce leur faute si nous prenons À la lettre ce qui de leur part n’est qu’une œuvre d’id on ? Est-ce leur faute, si nous transportons dans le domaine dé la réalité historique ce qui doit rester dans le domuine de la foi ? Les idolâtres, c’est nous, non les premiers chrétiens. Mais quoi ! il n’existe pas d’idole ; ou bien : tout est idole, puisque c’est la foi qui crée son objet comme, suivant la théorie darwinienne, c’est le besoin qui crée l'organe.
Telle est la stupéfiante transformation que les modernistes font subir à la personne et à l’œuvre de Jésus-Ohriet l Heureusement, comme tous les fauteurs u'uérésie, ils apportent, dans l'affirmation de leurs dires, plus d’audace que de logique. Avec beaucoup de sagacité l’auteur de l’Encyclique découvre le défaut de la cuirasse en leur reprochant de parler et d’écrire, non en
1— : Stupéfiante » est bien le mot. On « pu sans témérité affirmer que Loisy parlait de Jésus moins respectueusement que ne faisait Renan, Le même Loisy contresignerait volontiers, j'imagine, la page où le rationaliste Reville écrit qu’en proclamant la Divinité du hrist, 1 théologie ne fit que consacrer un enthousiasme qui était loin d’être purement moral et religieux. C'était le culte populaire des héros, toujours avide d’apothéose, et qui, grâce à l'instabilité de la pensée théologique et aux contingences, put obtenir plus pour le Christ qu’il n'obtint jamais pour Confucius, le Boudha, ou Mahomet, ou la Vierge.
historiens, mais en philosophes. Rien de plus exact. Si le principe d’agnosticisme est vrai, si tout fait, qui se présente à . avec l'empreinte du doigt de Dieu, reuferme simplement une inconnue, non vérifiable our la n rar À gr arm qu’il ne saurait être inséré dans la trame des réal historiques, avant d’avoir été épuré de toute trace de surnaturel. De mèm si la loi d’immanence ne soufire aucune exception, j'avoue qu’i faut bannir du domaine de l’histoire toute intervention d’un être supérieur à la conscience humaine. De plus, comme la conscience de tout homme va se dé pant pu à peu, j'avoue u’il faut admettre une progression évolutive clans la formation u Christianisme, comme dans le reste des choses mondiales, j'avoue notre complète impuissance à réfuter nos adversaires : nous ne pouvons nous re ni sur les prodiges, ri sur les discours contenus dans les giles ; car les ge 2x dans cette hypothèse, ne racontent aucunement la vie de Jésus; étant remplis de faits surhumains, ils sont une histoire subjective et non objective. Ils nous renseignent sur les créations de la foi ; ils reflètent les expériences de la conscience chrétienne aux premiers âges de notre ère ; ils nous apprennent, par exemple, comment, sous la pression d’un besoin intérieur du divin, ou sous la nécessité de rendre active la propagande de la Bonne Nouvelle, les premiers ples de Jésus firent de leur Maître un Ressuscité, un Christ et un Dieu ; comment, pour rendre ces titres vraisemblables, ils lui attribuèrent nombre de faits merveilleux et de les savantes. Mais ce que fut en réalité l'existence * de Jésus, ils l’obscurcissent plutôt ; et il faut tout le flair d’un critique moderne pour en découvrir les principales étapes sous . mp parasite de miracles, due à la poussée incoërcible e
Oui, mais ce sont là des corollaires, non des preuves de l’agnosticisme et de l’immanence ; j'y vois une explication des origines de la religion chrétienne suivant les principes modernistes ; je n’y vois nullement une confirmation de ces mêmes principes. C’est pourquoi nous restons bien à l’aise pour adhérer à une exages et des principes contraires. Les preuves traditionnelles
e la Divinité naturelle de Jésus ne s’en trouvent pas le moins du monde ébranlées. Ne nous laissons pas subjuguer À l’étalage scientifique de nos adversaires, étalage qui n’est, en dernière analyse, que l’art de déformer les textes pour les plier à des principes
faux et aprioristiques. Grâce à Dieu, nous pouvons continuer à
croire que les Evangélistes n’ont nullement prétendu noter leurs
émotions et expériences religieuses, mais bien rapporter, en témoins simples et véridiques, ce qu'ils avaient vu et entendu ;
nous pouvons continuer à croire que Jésus de Nazareth n’a pas
été ressuscité et divinisé par la foi de ses disciples, mais qu’il |
est bien ressuscité par ses propres forces ; que sa dignité divine est suffisamment d l’humble Nazarethain n’a pas usu
montrée par ses paroles et ses œuvres, et que | see à en se faisant l’égal de Dieu
sur terre. Nous pouvons continuer à penser que la foi des bate- | liers galiléens, quelque intensité que nous lui supposions, n’aurait | jamais réussi À convertir l'empire romain à la Divinité d’un cru- |
cifié, si cette Divinité n’avait été qu’un produit de leur conscience, exaltée par le besoin du divin etia commotion religieuse qu'avait déterminée en Israël un homme, nommé Jésus 1,
Vive Dieu ! En dépit des trouvailles des Loisy, des Leroy, des Tyrrell, trouvailles Frs ne sont après tout qu’une refonte & celles d’un Renan, en dépit de ce que ces Messieurs pensent et disent de Jésus, nous pouvons, sans crainte d’adhérer une chimère, répéter la solennelle profession de foi du fils de Jonas au pied du grand Hermon. Oui, nous pouvons, avec tout l’amour et toute la vénération dont nous sommes mr gr, redire à Jésus la parole immortelle : « Tu es Filius Dei vivi, Vous êtes le Fils du Dieu vivant !» Fils du Dieu vivant ! Il l'était hier, il l’est aujourd’hui, il le sera demain, il le sera éternellement ! Le blasphème moderniste passera comme ont passé les blasphèmes arien, nestorien, calviniste, voltairien ; la confession de Pierre ne passera pas !
1 — Comment Loisy peut-il tranquillement avancer ‘que la divinité naturelle de Jésus n’est pas une réalité vérifiable et directement attestée par les documents de l’histoire» ? Ce ne sont pas les quelques divergences qu'on remarque entre les différents narrateurs de la Résurrection qui peuvent légitimer une telle conclusion, ce sont les principes modernistes, Rappelons-nous que par le mot : histoire» Loisy entend un récit épuré de tout ves. tige surnaturel, Rappelons-nous qu’il tient pour indémontrable et invérifiable l'existence de tout objet qui n’est Pas compréhensible, de toute vérité qui n’a pas son germe en nous, qui n’est pas autonome, qui ne vient pas de nous par voie d'immanence,
rer
COMMENT LES PRINCIPES MUDERNISTES RÉDUISENT À NÉANT LA VALEUR DES SAINTES ÉCRITURES, DE LA TRADITION ET DU DOGME.
Fort de son triple principe d’agnosticisme, d’immanence, d’évolution, le théologien moderniste, nous l’avons vu, ne reconnaît en Jésus-Christ lui-même qu’un homme « dont la conscience, à l'instar de toute conscience humaine, est allée se formant peu à peu ; » il répudie les applications faites du dehors ; il déclare controuvée toute vérité, qui serait communiquée directement par Dieu à un mortel quelconque ; « il demande du temps pour le développement des germes, ainsi qu’une série changeante de circonstances ;» (Encyclique) il plie impitoyablement l’histoire aux exigences de sa triple loi, l'émondant de toute apparence de surnaturel, comme d’une végétation parasitaire, dût-il pour cela en faire un squelette informe et méconnaissable. Il est entendu, dans le monde moderniste, que le texte biblique, tel qu’il se présente à nous, ne reflète dans ses parties historiques que les créations de la foi, transfigurant ou défigurant plus ou moins la réalité des faits,/et dans ses parties apocalyptiques que les expériences religieuses des Prophètes. Or, l’expérience ne roulant jamais que eur le présent, l'écrivain «a bien pu vivre sous la forme du présent les choses passées qu’il a fait renaître par le souvenir en sa mémoire, et celles de l’avenir, qu’il a anticipées par sa faculté de prévision ; » mais il n’a pu émettre des prédictions pro-
rement dites ; il n’a pu annoncer des événements futurs, dont il ne portait en lui-même aucune connaissance expérimentale. Il faut traiter les prophéties d’un Isaïe, d’un Ezéchiel, d’un Daniel, à peu près comme nous traitons le défilé des héros romains qu’Anchise fait passer sous les yeux de son fils au VI: livre de
l'Enéïde. Il faut les jee my comme les produits de la foi ou de l'imagination créatrice des écrivains ; il faut en tous les cas les élaguer sans pitié du domaine de l’histoire, et reconstruire celle-ci
tiemment au moyen de ce flair Ps donne la philosophie de agnosticisme et de l’immanence, flair, qui doit infailliblement distinguer l’élément humain de l'élément de foi.
Le contenu des livres bibliques ainsi épuré, reste à déterminer l’ordre et la date de leur composition. Rien de moins compliqué, du moment qu’on garde pour fil conducteur la loi d’immanence. Puisque, suivant cette loi, tout procède de la puissance vitale, les faits les plus extraordinaires ne sont eux-mêmes qu’une émanation de vie ; ils se produisent non par aucune intervention d’en haut, mais sous l’aiguillon d’un besoin intérieur. Nul fait
ui puisse anticiper sur le besoin : ce serait un fait sans cause. giquement donc, tout fait est conséquent au besoin et lui est | térieur historiquement. Malheur aux documents sacrés s'ils intervertissent cet ordre ! Le critique moderniste les déclare faux. Pour rétablir l’enchaînement, il imite ces travailleurs qui remuent les débris de Palmyre et de Ninive ; il fouille les documents, que nous possédons, scripturaires ou autres ; il en extrait la liste des besoins successifs par où a passé la communauté religieuse ; «il échelonne sur la route des âges la liste correspondante des faits. La date des besoins, auxquels la communauté religieuse a été soumise, détermine la date des faits, et, par voie de corollaire, l’ordre de la narration ». (Encyclique).
Ainsi, comme les fondements ninivites réapparaissent au jour sous le pic des archéologues, la substance, l’ordre, la date de la narration primitive, toujours très brève 1, sont remis en lumière
ar le travail de déblaiement qu’accomplit le critique. En suivant la même méthode on rétablit avec non moins de bonheur l’ordre ! des adjonctions, pers ou sacrées, qui ont été faites au texte ori- !
inal par suite de l’évolution de la foi et d’une évolution paralfêle e la vie. De ces adjonctions les érudits modernistes écrivent l’histoire
et si imperturbablement, note ironiquement l'Enc clique, que vous diriez qu'ils ont vu de leurs yeux les écrivains à l’œuvre, alors que le long des âges
1— Toujours très brève. Je le crois bien, après l'épuration que lui fait subir l'historien novateur,
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ils travaillaient à amplifier les Livres Saints. La critique textuelle vient à la rescousse : pour confirmer cette histoire du texte sacré, ils s'évertuent à montrer que tel fait, que telle parole n’y est point à sa place, ajoutant d’autres critiques du même acabit. Vous croiriez, en vérité, qu’ils se sont construit certains types de narration et de discours, sur lesquels ils jugent ce qui est ou ce qui n’est pas déplacé...
Le Pape ajoute : « Du commencement à la fin, n’est-ce pas V’a-priori ? » Il répond : « Sans contredit». Mais un jugement tombé de si haut ne désarme pas nos antagonistes. A leurs yeux la Bible n’en reste pas moins un ouvrage humai.,, écrit pour les hommes et par des hommes, qui ont pu être inspirés en ce sens qu’ils ont éprouvé un besoin particulièrement intense de communiquer leur foi, mais re v’ont jamais pu faire part que de leurs expériences personnelles, non d’une vérité venue d’en haut.
À certaines époques d’ailleurs l'esprit prophétique semble avoir soufflé avec une spéciale violence. Telle la période d’enfance du Christianisme. Mais il ne faut voir dans ce phénomène anormal qu’une suite de la commotion religieuse déterminée par le passage de Jésus et une nécessité de propagande de la part des prédicateurs de l'Evangile. Ainsi parle le moderniste radical, qui n’admet pas de Révélation proprement dite, et qui étend linspiration divine aussi bien aux architectes de Notre-Dame de Paris
w’aux auteurs de la Bible !. Ce n’est pas l’avis, nous l’avons vu, . G. Tyrrell, lequel veut une révélation par voie d’immanence sans doate, mais une révélation, qui serait la création inspirée et spontanée de l'Esprit Saint, non l’œuvre de la réflexion et des ir ” ‘entendement. Il l’appelle une vision prophétique et la défi. .
la constructio. « .vnde surnaturel et de ce monde-ci sous son aspect surnaturel, qui est postulée et impliquée par la vie chrétienne et l'esprit chré-
1— « La Tradition n’a naturellement pas plus de valeur que la Bible. Le moderniste la définit: la commrication faite à d’autres de quelque expérience originale, par l'organe de la prédication et moyennant la formule intellectuelle, laquelle possède une vertu suggestive, réveillant le sentiment religieux assoupi chez le croyant ou lui facilitant la réitération des espérances déjà faites ; engendrant chez les non croyants le sentiment religieux et les amenant aux expériences qu'on désire. Ainsi, par écrit ou transmission orale l'expérience “euse se propage à travers les différents perples et les multiples géné. vas humaines. Tantôt elle prend racine et s'implante ; tantôt languit ou s'éteint. A cette preuve on reconnaît la vérité d’une religion—si une religion vit, c'est qu’elle est vraie » (Encyclique).
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tien... C'est à la lumière et sous la direction de cette vision prophétique que la vie chrétienne est vécue... Le vérité religieuse d’une telle révélation ou manifestation prophétique consiste dans son adéquation comme représenta. tion inspirée, quoique incontestablement symbolique, avec l'ordre de la réa. lité surnaturelle, et aussi, en second lieu, dans son efficacité subséquente à
façonner et à diriger notre vie spirituelle en l'harmonisant avec cet ordre surzaturel !,
Le langage st plac mystique Re celui de Loisy : la pensée ne vaut guère mieux. Remarquons d’abord qu’une révélation ainsi définie s'adresse bien plus À la volonté qu’à l'intelligence, qu’elle a un but pratique et nullement spéculatif, qu’elle est stimulant plutôt que lumière, qu’elle doit être gén ratrice de charité et d’espérance plus que de foi, qu’elle tend à accroître en nous les forces affectives, plus qu’à courber notre esprit sous l'autorité divine. En ceci elle est bien moderniste
La Révélation chré:ienne, poursuit Tyrrell, est aussi stable, aussi immuable que les forces spirituelles d'amour, humaines nt divines, qui étaient hier, qui sont aujourd'hui et qui seront den.ain toujours les r1êmes,
Stabilité illusoire ! La force d’amour est touiours la même, sans doute, en ce sens qu’elle n’est pas force d'intelligence, par exemle ; mais elle ne se manifeste de la même façon chez personne, on, non, ce n’est pes sur les sables mouvants de la sensibilité que l’Eglise a bâti l’immutabilité de son dogme révélé : c’est sur le roc inébranlable de la vérité incréée.
D'ailleurs Tyrrell détruit d’une main ce qu’il construit de
-autre. Nous avons déjà noté l'étrange dissociaiion qu’établis-
sent nos modernistes entre l'émotion religisuse, objet direct de la Révélation, et sa représentation intellectuelle au mo en de
formules verbales, Eh bien! quelle valeur d'inspiration yrrell attribue-t-il À ces sortes de formules ? Oh! une valeur plus que médiocre. .Ne sont-elles pas dérivées, la plupart, d’une accumulation séculaire de préjugés et de superstitions ? Loin de représenter adéquatement l’œuvre de l’Es
prit, elles sont plutôt une erreur dans l’esprit de l'écrivain sacré, comme est une erreur la personnification de la tempête et de la foudre faite par l’imagi-
nation naïve d’un sauvage ou d’un poète épique. Ïl est vrai,
1— Voir Revue pratique d'apologétique 15 juillet 1907,
dans la description du poète, derrière toute cette armée de naïades et de tritons dont il nous retrace les nuisibles colères, nous découvrons une réalité, un effroyable déchaïînement des vents et des flots. De même, quand ouvrant le quatrième Evangile nous sommes tout à coup transportés dans les hauteurs inaccessibles de la Divinité et que nous entendons les noms de Verbe, de Dieu, d’Eternel appliqués à Jésus, nous reconnaissons, sous ce luxe d'images, une commotion extraordinaire par à a dû passer l'écrivain en présence du Fils de Marie. Evidemment, de son commerce avec Jésus Jean avait gardé une impression sans pareille : il lui avait semblé pen de Dieu lui-même; et il n’avait cru pouvoir mieux enregistrer son émotion qu’en la représentant par la plus haute notion dont son esprit fût meub'4, Pour conserver une impression semblable, Mathieu et Luc a7aient adopté les formules de Messie et de Fils de Dieu; Paul plus tard adoptera le terme de second Adam ; Jean adopte, lui, le terme de Logos ou Verbe; autant d’énoncés qui doivent leur origine à la catégorie particulière de notions philosophiques dont l'intellect de chaque évangéliste se trouvait imprégné. Ces énoncés Tyrrell les appelle prophétiques, insinuant par là, semblet-il, qu’ils ont surgi dans la mémoire sous la spontanéité d’une exaltation due elle-même à la force de l'Esprit opérant au fond de la conscience du prophète. N’empêche que de pareils énoncés ne participent à la valeur de la Révélation qe dans la mesure où ils fixent l’impulsion religieuse imprimée à la sensibilité c: l’auteur sacré. Considérés dans leur forme intellectuelle st verbale, non seulement ils ne portent pas le sceau de l’Esprit, mais ils sont faux ; car ils se composent de termes, de jugements, de catégories empruntés soit à des superstitions populaires, soit à des philosophies païennes ; tels les énoncés du début de l'Evangile de saint Jean, qui sont manifestement tirés de la philosophie judéo-alexandrine, où dominait la conception du Logos, comme créateur et ordonnateur des mondes.
Vénérons ce langage; car il est le premier effort pour enreistrer les opérations de l’Esprit au fond des consciences ; il est e balbutiement de la foi.
Mais le prendre comme une base divinement garantie, y voir quelque chose comme des théorèmes, d’où l’on tirerai* des corollaires dans l’explication des vérités révélées ; de ces énoncés Re r ou extraire das symboles de foi, échafauder sur eux
es systèmes théologiques, c’est sa méprendre, c’est
étend asser ol pans à à
vouloir une soi-disant science, commandée par un critère non scientifique. C'est faire cette énormité hybride, qui se nomme la théologie dogmatique,
A Le en a donc notre farouche polémiste? Où a-til rencontré les théologiens qui ont prétendu transformer en matière de foi leurs propres spéculations scientifiques ? Où a-t-il vu les Docteurs qui, tout en affirmant la valeur doctrinale des définitions conciliaires, ont voulu lier notre esprit aux systèmes philosophiques en fonction desquels ces définitions ont pu dtre énoncées ? Coupons court immédiatement à une peu loyale diversion. Ce que l’hérésiarque a rencontré, c’est simplement le refus catégor.. que des savants catholiques de sesouseltre avec lui « la diversité générique des énoncés prophétiques et des énoncés théolo iques, diversité qui empêcherait de souder l’une À l’autre la révélation et la théologie en un seul système ». Ce n’est pas que la proposition ne puisse s'entendre en un sens orthodoxe ; mais les théologiens soumis au Pape connaissent trop bien la phraséologie fuyante de leurs adversaires pour ne pas y flairer un piège. Sans confondre révélation et théologie en un seul système les Docteurs catholiques reconnaissent, même sous le style imagé et parabolique de certains Lo bibliques, un fait ou une vérité garantie par l'autorité divine ! Ils soutiennent qu’en coulant ce fait ou cette vérité dans des formules plus précises et plus scientifiques papes, conciles et théologiens eux-mêmes sont dans leur droit, qu'ils mettent simplement en relief ce qui était substantiellement conteuu dans !e texte inspiré; qu’ils ‘peuvent, en toute sécurité, imposer des vérités ainsi expliquées à la croyance explicite des fidèles, Ils les imposent d’ailleurs, non en vertu de justesse du système philosophique, dont on pourrait découvrir les traces et les termes dans leurs énoncés, mais en vertu du témoignage divin dont ils se portent garants à leur tour. Que Tyrrell se tranquillise ! Il peut réciter dévotement l’article du symbole des Apôtres qui affirme la descente de l’âme de Jésus-Christ aux enfers, sans admettre l’hypothèse cosmologique, qui place les limbes au centre de la terre ; mais il ne peut Ste l'article qui afirme la résurrection de Jésus au bout de trois jours tout en
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admettant que le Fils de Marie n’a été ressuscité que par la foi des apôtres ; car, dans le premier cas, c’est simplement un supposé scientifiqne auquel il refuse d’adhérer; dans le second cas c’est le fait révélé qu’il nie !,
Il est vrai, Tyrrell se montre moins rationaliste et moins évolutionniste que , free et les novateurs J’au-delà les Alpos. Tour ceux-ci, nous nous le rappelons, le Christianisme n’est qu’ure forme religieuse, vague et imprécise : il n’est que le Message évangélique, qui, ne pouvant vivre et se répandre dans sa simplicité spirituelle (attente d’un meilleur règne de justice terrestre), a évolué lentement vers des formes concrètes de la pensée, vers des formules théologiques, d’où l’on peut tirer une direction pour le sentiment initial. Le fondateur de la dogmatique, selon Loisy serait saint Paul :
L'apôtre saint Paul, qui a rendu à la religion chrétienne ce service éminent de la détacher du judaïsme, qui a présenté le royaume de Dieu comme un fait accompli dans la Rédemption opérée par Christ, qui a conçu l’Evan- Fu comme l'esprit de la loi, a jeté ainsi les bases du dogme chrétien; ce
ogme rudimentaire est devenu la science touffue que nous connaissons par le besoin «de mettre constamment en harmonie l'expérience de la foi avec
1— C'est un plan stratégiqus bien arrêté, semble-t-il, chez nos adversaires de confondre les définitions de foi avec les dissertations des théologiens. Ils se récrient à la simple pensée d'être obligés d’adhérer à toutes les hypothèses de la philosophie néoplatonicienne, s'ils prennent les articles du symbole Quicumque au sens où l'Eglise les entend ; de même ils font semblant de croire qu'en les invitant à considérer les décisions du Concile de Trente comme décisions de foi on leur impose toutes les théories de la scolastique. C’est de la pure tartuferie! Il n’est pas un moderniste qui ne sache à quoi s’en tenir sur cette question. Non, jamais aucun pape n’a songé à donner aux dissertations qui remplissent les in-folios des théologiens la valeur d’une science révélée. En aftirmant que Dieu est un en trois personnes, que le Verbe est une seule personne en deux natures, que l'âme .:*t la forme du corps, etc., les conciles nous laissent parfaitement libres de penser ce que nous voulons de l'essence et de l'existence, de la puissance et de l'acte, de la matière et de la forme. Pour n’être pas canonisées cependant, les spéculations des théologiens ne méritent pas le mé ris dont Tyr-
rell s'efforce de les flétrir. Elles sont un louable eftort de l'esprit humain
Le se justifier sa foi et s'en expliquer l’objet dans la mesure du possible. ur base d’argumentation est solide, puisque c’est l’Ecriture Sainte éclairée
par les décisions de l'Eglise. Parfois même leurs conclusions sont adoptées
par le magistère ecclésiastique et ares es comme définitions de foi. Ne
fut-ce pas le cas dans la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception ? 2— Voir le Programme des Modernistes, pp. 93-95.
la mentalité du temps, l'esprit religieux immuable, avec les expressions de la a variable : (Programme des Modernistes, p. 106). est ainsi que la scolastique est précisément l'expression intellectuelle Pr chrétienne vécue de nouveau selon les exigences spirituel. les du moyen âge. Et c'est laraison pour laquelle la papauté s’ it attachée à elle avec une Opiniâtreté digne d’une meilleure Cause, j: qu'à la canonisation qui en a 6té faite à Trente !: elle a senti instinctivement, dans la scolastique, l’apologétique la plus active, quoique mieux déguisée, de cette période de temps, durant laquelle elle a resplendi dans la plénitude de son autorité, irrémédiablement perdue depuis... ( Programme, ibid.)
Mais il est clair que, soit par son fond philosophique, soit par sa structure verbale, la scolastique reste Men rare en dehors de l’enseignement primitif de Jésus et de ses disciples immédiats ! Allez donc rattacher la Somme de saint Thomas ou les définitions du Concile de Trente à la Parousie (attente du royaume de Dieu) qui formait la substance du Message évangélique ! L’aberration ne serait pas moins grande de vouloir imposer à des cerveaux du vingtième siècle les jugements et les catégories qui meublèrent ceux du treizième ! Laissons donc « l'expérience religieuse s’acheminer lentement vers une nouvelle définition d’ellemême », (Loisy) 2,
A l’encontre de ce radicalisme évolutionniste Tyrrell maintient un dépôt de la foi, une révélation apostolique, que l'Eglise a pour
mission de protéger 5. Il admet un noyau révélé, dont les formules seraient l’enveloppe. Ce noyau, c’est la part qui revient à Dieu et porte le sceau de l’Esprit ; l'enveloppe, c’est la part qui revient aux hommes et n’a pas d'autre valeur qu’une valeur humaine.
ri cette confusion voulue entre la théologie et l’objet proposé à notre foi
2— Il ne faudrait pas conclure de ce langage que les modernistes rejettent le dogme. Non! Les modernistes ne rejettent rien, mais ils transposent tout. A leurs yeux le dogme est un rejeton de la foi, comme l'Eglise, le culte, les Livres Saints. « Il nait du besoin qu'éprouve Île croyant de travailler sur sa pensée religieuse, en vue d'éclairer de plus en plus et sa propre conscience et celle des autres... Ce travail n’est pas d'ordre rationnel et logique, il est entièrement commandé par les circonstances : il est vital. Il arrive ainsi qu'autour de la formule primitive naissent peu à peu des formules secondaires : organisées par la suite en corps de doctrines, ou pour parler avec eux, en constructions doctrinales, sanctionnées en outre par le magistère public, comme répondant à la conscience commune, elles recevront le nom de dogme, duquel il faut distinguer avec soin les pures spéculations théologiques ». (Encyclique). On verra plus loin, mais on peut le conclure tout de suite, qu’un dogme ainsi défini répugne à l’immutabilité.
3— Nous verrons plus loin de quelle singulière façon.
Ici, Tyrrell rentre dans le rang de ses chers modernistes. Ce qu’il y a de divin pour lui dans le noyau révélé, ce n’est pas une affirmation, d’où l’on puisse conclure rien de doctrinal, c’est le fait de conscience ou de subconscience, c’est l'expérience et le sentiment de Dieu. Tyrrell, avec ses allures de piétiste, n’est pas moins immanentiste et symboliste que n’importe lequel de ses confrères en modernisme,
Pour lui, comme pour eux la définition dogmatique n’est qu’un symbole et qu’un instrument, « Soir au regard de l’objet de foi, qu’il voile et dévoile, en même temps qu’il fait effort pour l’exprimer, 8 ns y parvenir jamais, instrument par rapport au sujet, dont il seconde la foi sans l’entraver. » (Encyclique).
Retenez le mot sans l’entraver. Or quelle qualité première doit avoir un instrument pour n’être pas une entrave ? La souplesse. Il doit s’adapter à la main de l’ouvrier et suivre docilement tous ses mouvements. Ainsi des formules dogmatiques, soit primitives, soit secondaires. Pour seconder la foi du croyant,
ur rester des formules religieuses, et non devenir des phrases inertes et froides, il faut d’une part qu’elles s’assouplissent aux habitudes mentales du croyant, et d'autre part, qu'elles conti-
nuent à être pénétrées de la vie du sentiment. Une foi qui ne
serait pas vécue ne serait qu’un simulacre de foi. Mais la vie est mouvement. Sous peine de devenir cadavre, elle doit s'adapter aux conditions ambi..ntes, aux circonstances de temps et de lieu. Dans la lutte des religions, il en est comme dans la lutte des : les mieux adaptées seules survivent et pro ent.
Qu'on conserve ou qu’on modifie les vieilles formules, une chose reste indispensable, c’est que le sentiment se les assimile vitalement,
La formule primitive demande à être acceptée et sanctionnée par le cœur ; le travail subséquent, où s'engendrent les formules secondaires, à être fait sous la pression d:1 cœur. C’est en cette vue surtout, c’est.à-dire afin d’être et de rester vivantes qu'il est nécessaire qu’elles soient et restent assorties et au croyant et à safoi. Le jour où cette adaptation viendrait à cesser, ce jour-là elles se videraient du même coup de leur contenu primitif; il n’y aurait d'autre parti à prendre que de les changer. (Encyclique) !,
1— Ailleurs, l'Encyclique, après nous avoir expliqué que la foi prit naissance dans la nature et vie de l’homme, nous montre comment elle se développa (toujours au sens moderniste, bien entendu). La fai, obscure dans sa forme primitive, progressa, non par adjonctions de nouvelles formes venues du dehors et purement adventices, s par pénétration croissante du sentiment religieux dans la conscience. Ce progrès fut de deux sortes: négatif,
Ce que les modernistes demandent aux formules c’est d’être aliment de vie. Elles ne le seront qu’autaut que le croyant pourra en quelque sorte les digérer et se les incorporer, qu’autant qu’il pourra les penser et les vivre avec les habitudes mentales et la poussée de vie propre à son siècle !, Pas plus qu’on n< digère avec les cellules stomacales du voisin, on ne saurait vivre un formulaire de foi avec la mentalité d’un siècle passé. Impossibla d’ailleurs de plier sa conscience et son esprit aux formules, même rte et sanctionnées par un prétendu magistère infaillible.
e sont les formules qui doivent être pliées au + ppp du fidèle ou être ms ses comme aliment non assimilable.
Venons nous instruire aux sources du Christianisme, (Ce a fait que les premiers disciples ont été des hommes inspirés, des hommes éminemment religieux, des apôtres en un mot, puissante, comme leur Maître, en parole et en œuvre, c’est, non qu'ils ont été de profonds et subtils théologiens, mais qu’ils ont expérimenté au fond de leur être Dieu manifesté en Jésus ; c’est qu'ils ont senti le Christ comme répondant souverainement aux aspirations et aux besoins de leur Âme. C’est dans ce sentiment exceptionnellement véhément qu’a résidé leur force ; c’est à ce sentiment qu’ils ont dû d'imprimer au monde cette impulsion vigoureuse, cet élan vers l'idéal, qui a refoulé le paganisme e* vr66 le Christianisme. Il est vrai, la violence du sentiment rigiux en a pe uelques-uns à outrer la dign‘*é de Jésus, à l'exaiter jusqu’à la déification. Ne leur en veuillons pas. Oes conceptions mythologiques ont eu leur utilité ! En même temps
par élimination de tout élément étranger, tel que le sentiment familial ou national ; positif, par solidarité avec le perfectionnement intellectuel et moral de l'homme, ce perfectionnement ayant pour eftet d'élargir et d'éclairer de plus en plus la notion du divin, en même temps que d'élever et d'affiner le sentiment Re aires Qui dit progrès, dit mutabilité | Aussi, «évoluer et changer, non seulement le dogme le peut, mais il le doit ». Les contradictions peuvent même être un de ses éléments. Les contradictions ! « La logique vitale les accepte, et la vérité symbolique n'y répugne pas : estce qu'il ne s'agit pas de l'infini ? Est-ce que l’inüni n’a pas d’infinis aspects ?: Est-ce que le croyént d’autre part ne passe pas sous des conditions très diverses ? «Les modernistes tiennent tant et si bien à soutenir et à défendre les contradictions, qu’ils ne reculent pas devant cette déclaration que le plus bel en 5 à rendre à l'infini, c'est encore d’en faire l’objet de propositions contradictoires ». (Encyclique).
1 — L'Eglise et la société, disent nos adversaires, ne peuvent se rencontrer sur la base de :a mentalité qui était celle du Concile de Trente ; elles ne sauraient se comprendre avec la langue du moyen âge. Avec la langue, passe ! mais avec la doctrine, certainement sil...
Pme enper enter
u’elles ont traduit sa véhémence, elles ont soutenu le sentiment ; elles ont rontribué à le répandre ; elles ont eu leur rôle. Mais ce rôle est fai ! L'erreur serait capitale de vouloir nous obliger, nous, esprits du vingtième siècle, à expérimenter le divin comme on l’expérimenta au moyen Âge, à le fixer en notre mémoire avec les formes que l’expérience religieuse revêtit autrefois. Ce serait vouloir nous faire vivre avec l’Ââme de nos aïeux. Si nous conservons les mêmes formules, encore faut-il les entendre dans un sens confurme à notre mentalité. Le principal pour nous, chrétiens du vingtième siècle, ainsi que pour les apôtres fondateurs de notre religion, c’est, sous les légendes évangéliques, de sentir le Christ comme répondant souverainement à notre besoin du divin.
Pour en arriver là, faut-il briser l’enveloppe de formules mythologiques, qui pe nous, du moins, altèrent le contenu primitif de la religion chrétienne, n’hésitons pas, brisons-la.
Est-ce que notre religion, qui est le pur esprit d'attente du règne divin de la justice finalement triomphante, n’est pas susceptible de revêtir toutes les formes qui naissent des postulats idéalistes ? , Êtes-vous bien sûr, s'écrie Loisy, que la foi ne saurait subsister sous l'enveloppe mythologique, dont les premières générations chrétiennes l'ont revêtue, et qui compromet maintenant la religion plus qu’elle ne la sert ? » !
1— Loisy. Quelques Lettres, p. 188. Dans une autre page du même pamphlet nous lisons ceci : . Les grands dogmes chrétiens sont des poèmes semimétaphysiques où un philosophe superficiel pourrait ne voir qu’une mythologie un peu abstraite. Ils ont servi à garder l'idéal chrétien : c'est ce qui fait leur mérite. En tant que définition scientifique de la religion, ce qu'ils ont voulu être, (ils ont voulu être une définition tout court de la vérité révelée), ils se trouvent nécessairement arriérés dans le temps présent, étant, par rapport à la science d'aujourd'hui, des œuvres d'ignorance (non,
uisqu'ils ne sont pas œuvre scientifique). Toute l’économie théologique de a Rédemption, dont il ne semble pas que Jésus lui-même ait eu la moindre idée, nous apparaît comme artificielle et fictive: symbole suranné, qui nous cacherait maintenant . qu'il nous révélerait les vérités qu’il a eu pour objet de signifier» (26° Lettre). Tyrrell de son côté décrit ainsi le Credo qu’il rêve : Dans l'état de choses idéal, dont nous pouvons approcher chaque jour davantage, il faudrait avoir un Credo vivant et croissant, un ensemble de dogmes et de mystères re refléterait et incarnerait la croissance, le développement spirituel de la communauté: il serait un, non par la cohérence
logique d'un système, non d’après la valeur littérale de ses propositions et de ses articles, mais par la cohésion des manifestations diverses d'un même esprit; ce serait un Credo vivant et flexible qui représenterait les besoins spirituels de la masse, les besoins passés des plus avancés, les besoins futurs
es ae ge was (Cité par J. Lebreton—Revue pratique d'apologétique, tome p. e
Oh! Fe Apee langage ! ce souci de servir la religion en l’épurant de ses éléments périssables et légendaires, nous savons ce qu’il dissimule ! La démangeaison de se débarrasser de tout texte inspiré, de toute tradition, de tout formulaire dogmatique, en ua mot de tout contrôle ; le désir d’ériger son propre sens sa arbitre souverain du bien et du mal, du vrai et du faux, du juste et de l’injuste. En dehors de ce que nos modernistes nomment AE 0 mythologique ou prophétique de la religion, que restetil? L/émotion, l'expérience intime de Dieu. Ce n’est hu pant!, Mais ce aui devrait être gênant pour les novateurs, c’est violente dislocation qu’ils font subir au vocabulaire, c’est cette fantastique dissociation qu’ils ont dû imaginer, pour arriver à leur but, entre l’objet révélé et sa représentation intellectuelle ou verbale. Je dis fantastique. Oar il ne s’agit pas, nous l’avons constaté maintes fois, de distinguer entre une i métaphorique et la chose représentée par elle. Non ! il s'agit de voir sous les mots autre chose que ce qu’ils signifient pour le commun des hommes. Sous la phrase suivante, par exemple : Et verbum caro factum est, il s’agit de découvrir quel est l’objet révélé ! N’allez dire que la chose est fort simple, et que l’objet révélé c’est le
t de l’Incarnation du Verbe. Nenni ! Ceci, c’est ce que signifient naturellement les mots ; mais, comme ils constituent une formule
dogmatique, comme ils prétendent rapporter une vérité révélée, et que l’Ésprit Saint n’a pu inspirer un fait aussi brutal, il faut faire crédit de la formule à Se mp qui l'a constituée avec
les notions en vogue dans son milieu, et qui serait fausse, si on la prenait littéralement; puis il faut découvrir à côté du sens obvie l’œuvre de l'Esprit révélateur (laquelle est toujours une émotion, un sentiment, une impulsion). Or, n’en déplaise à Tyrrell et à ses confrères, la représentation de la réalité surnaturelle est nulle, elle est même une hideuse contrefaçon, si les matériaux qui la pe pue ont une signification différente de l’objet révélé. Car, enfin ces matériaux (mots, phrases, jugements)
1—Je comprends que Tyrrell, grâce à ses théories, pût rassurer quiconque lui exposait ses doutes. Un doute est un malaise de conscience ; il suppose que la formule dogmatique est mal adaptée au sentiment du croyant. Dès lors celui-ci n'a pas à s'inquiéter de la forme extérieure du dogme : qu'il se conterte du sens moral ou autre, qui s'adapte seul à son état d'âme, et qui seul est propre à activer sa vie religieuse dans la voie où il se trouve engagé.
sont les véhicules d'idées, de croyances, d'opinions scientifiques ou autres, Un écrivaiu qui sait que ces idées, ces croyances, ces opinions sont ne +2 5 qui se sert quand même des matériaux elles sont enfermées, est tout simplement un artisan d'erreur et de mensonge. Si saint Jean, pour construire sa vision prohétique, pour exalter Jésus, a eu recours à des matériaux dérivés hilosophie païenne, il a sciemment trompé la postérité, il a édifié une idole nouvelle, il a fait passer un homme pour un Dieu !, Toutes les subtilités modernistes sont impuissantes À le laver d’un pareil méfait. Mais qu'importe à nos audacieux hérésiarques ! La réputation de l’Evangéliste ne leur tient guère à cœur. "Ce qu’ils veulent c’est précisément aflirmer qu'il a élevé une construction sans fondement, à laquelle l’historien n’est pas obligé de donner son assentiment, qu’il peut même renverser de foud en comble, si telle est son envie, quitte à permettre à la foi d’aller chercher sous ces vénérables débris je ne sais quel vestige de révélation immanente et subjective...
Le critique moderniste est vraiment trop fin ! Il perdrait peutêtre en finesse, mais il gagnerait en loyauté, s’il avouait tout uniment qu’il ne reconuaît aucune autorité au-dessus de celle de sa propre raison !
1— Avec les modernistes, plus encore qu'avec les protestants, : non seulement il est devenu impossible de dire le sens qu'a un dogme particulier ; mais il est devenu très difficile de dire le sens qu’il n'a pas; car à peine pourrait-on imaginer une interprétation que l'ingéniosité ne puisse lui donner. Qu'arriverait-il, nous avons le droit de le demander, si en justice un témoin se permettait ce libre re des mots que l’on tolère dans quelqu'une des sphères religieuses les plus élevées ? » (Paroles tirées du Hibbert Journal, octobre 1 citées par M. J. Lebreton— Etudes, nov. 1907.)
Les mots sont lourds idées, les phrases sont lourdes de pensées, de souvenirs, de faits, que des générations entières y ont insérés. Si l'on ne veut ni de ces idées, ni de ces faits, qu’on n’emploie pas les mots. Etrange conduite des modernistes ! Ne voulant pas déclarer le dogme catholique un simple ramassis d'erreurs, ils se font de ses formules autant d'écrans qui leur interceptent la lumière surnaturelle. C'est au point qu'ils se voient ensuite forcés d'écarter les écrans pour arriver jusqu'à la réalité révélée.
Res destinée que la leur! Passer son temps à créer puis à défaire des obstacles !