II
pagnon & confrère dévoient repairicr à toutes les festes solenneles de Tan, ou à tout le mains cescuns une fois Tan. Et devoit estre appellce li noble maison de l'Estoille. Et y devoit li rois, au moins une fois Tan, tenir court pleniere de tous les compagnons. Et à celle court devoit cescuns des compagnons raconter tdutes les aventures, sus son sierement, qui avenues li estoient en Tan, ossi bien les honteuses comme les honnourables.
(( Et ne pooit nulz entrer en celle compagnie , se il n'avoit le consent dou roy & de le grignour partie de compagnons, & se il n'estoit sans diffame de reproce. Et leur convenoit jurer que jamais il ne fuiroient en bataille plus lonch que de quatre arpens à leur avisj ançois morroient ou se renderoient pris, & que cescuns aideroit & secourroit l'autre à toutes ses besongnes comme loyaus amis. . . Et se il avenoit que aucuns des compagnons de l'Estoille en viellèce euissent mestier^*^ de estre aidiet, & que il fuissent affoibli de corps & amen ri de chevance ^^\ on li devoit faire ses frès en le
^*J Besoin. •
(*J Diminué, atteint dans sa fortune personnelle.
maison bien & honnourablcmcnt, pour lu & pour deux varies'", »
A lire ces explications, nous ne devons pa tant y voir les statuts du premier en date d< nos ordres de chevalerie, que les règlement d'une association à la fois religieuse & militaire entre chevaliers, d'assistance mutuelle sur It champ de bataille, & aussi d'un asile de retrait* pour ceux qui étaient tombés dans le besoin pour le roi personnellement, c'était le moyer de retenir par des récompenses honorifique!
les grands chefs autour de lui dans sa lutte contre les Anglais.
Les chevaliers de l'Étoile portaient une cotte blanche, un chaperon rouge, des chausse; noires & des souliers dorés, avec un manteau rouge fourré de martre & doublé de satin blanc} au doigt, un anneau d'or à leur nom.
orné d'une étoile blanche sur fond d'émail rouge qui se répétait sur l'agrafe fermant i gauche leur manteau.
La fondation de l'ordre remonuit aux premiers jours de novembre 13ÎI i le 6 janvier sui-
f' Voir Froissard, ^J. Luce, t. IV, p. 126-28.
vant, le roi voulut en célébrer la fête inaugurale. La première promotion, peu nombreuse, ne comprenait guère que le roi & ses fils, les princes du sang & les grands officiers : c'était comme une fête de famille ne dépassant pas le chiffre de cent membres. Beaucoup manquèrent à Tappel, les uns par empêchement, les autres faute des ressources nécessaires.
Impatient de réunir ses nouveaux confrères dans le costume qu'il avait imaginé pour eux, Jean prit à sa charge tous les frais. Dès le milieu de décembre, il vint à Saint-Ouen pour surveiller les apprêts dont le luxe devait répondre à réclat de la cérémonie. Dans la Noble Maison (c'est le nom qu'il lui avait donné), la grande salle, où devaient se tenir la séance & le banquet, fut livrée aux coufkpointiers (tapissiers) qui n'eurent pas le temps de réaliser intégralement le projet de décoration. La place réservée au roi fut surmontée d'un ciel de drap d'or & d'argentj les parois furent revêtues de velours & de draps rouges sur lesquels des peintres décorateurs exécutèrent les timbres & armoiries des chevaliers attendus.
Les chambres à coucher du roi & de ses fils
furent tendues de velours & d'ctofFes brodées. Les décorateurs installèrent des meubles peints & sculptés, revêtirent de drap d'or Toratoire royal 5 le clergé qui devait officier reçut de nouveaux vêtements sacerdotaux, & l'autel fut recouvert de nappes.
C'est encore par les soins du roi que furent préparés, pour les seigneurs, les costumes, les agrafes, les anneaux réglementaires : draps & velours d'écarlate, peaux d'agneau, d'hermine, de martre, chaussures de gala, & jusqu'aux housses des chevaux j les Comptes de l'argenterie s'étendent longuement sur tout ce luxc^^l
Les orfèvres, à leur tour, eurent leurs commandes : fermails ou agrafes de manteaux, anneaux d'or suivant le modèle prescrit. «Pour faire & forgier une estoille d'or sans pierrerie & un anel d'or à l'estoille que le Roy lui donna» , la mention revient avec la monotonie d'un refrain, & afin qu'il y en eût pour tout le monde, les ouvriers durent travailler jour & nuit. C'était Jean le Bon qui régalait !
Le grand jour arrivé — c'était la veille de
(») Arch. nat., Rég. KK, n" 8.
l'Epiphanie — tout & tous étaient prêts. Des rhcurc de prime (six heures du matin), les « compaignons» se réunirent pour la messe dans la chapefle de Saint-George : le roi nomma chevaUers tous les seigneurs présents, leur distribuii leurs insignes & en reçut le serment statutaire. On alla cavalcader devant les dames, puis commença le banquet dans la grande salle. Le roi prit place sous son dais, & au milieu des riches costumes, des émaux étincelants, de la vaisselle d'or & d'argent, des riches tentures & des bannières armoriées, dans l'enivrement de la musique, la cervelle éventée du bon roi put lui donner l'illusion d'être une réincarnation d'Arthur teintée de chevalier errant, soutenant la cause des veuves, des orphelins, surtolit des damomUes, d'une bataille à un tournoi , d'une ripaille à un jeûne en l'honneur de la Vierge ^^^
Le lendemain vendredi, on recommença ^'^^ :
il y eut messe, puis vêpres, ensuite banquet.
^*^ C'est sous la protedèion de la Vierge, Ktoile du royaume, que le fondateur avait placé son nouvel ordre.
t'^ Voir la Chronique des quatre premiers Valois , éd. Luce , p. 23-24.
Fête ctincelante, qui eut un lendemain sinistre. Tandis qu'on se donnait du bon temps à Saint- Ouen , les Anglais s'en donnaient dans les provinces de France : la nouvelle arriva inopinément que l'ennemi, trouvant le pays ouvert devant lui & les villes sans défense, venait de prendre par surprise la forte place de Guines. «Durant ceste feste de l'Estoille fu prise par traïson des Anglois la ville & le chastel de Guynesj car bonnes trieves estoient jurées entre les rois de France & d'Angleterre. Et pour ce, en ceste scurté estoit venu veoir ladite feste le sire de Bavelinguchem, capitaine & garde dudit lieu^^l»
Ce n'était pas tout j dans la chaleur communicative du banquet, où plus d'un chevalier sans doute ne savait plus ce qu'il faisait ni où il était, il y avait eu beaucoup de pots cassés : c'est encore le roi qui prit à sa charge les frais du dégât.
Dans les semaines suivantes les fournisseurs vinrent en longue file présenter leurs réclama-
('^ Chronique de Saint-Denis j éd. P. Paris, t. VI, p. 51. Voir aussi la Chronique des quatre premiers Valois j éd. Luce, p. 24.
tions. La vaisselle d'or ëc d'argent, noumment la vaisselle empruntée, avait beaucoup souffert 5 nous voyons ainsi le chevalier Simon de Bucy, conseiller du Roy, indemnise d'une écuelle d'argent «qui fut perdue en la Noble Maison, en la feste de l'Estoille, laquelle il avoit prestée lors» 5 & d'autre vaisselle d'argent «froissiée de piez à ladiéle feste». De grands draps lamés d'or ou d'argent, des coupes «à boire vins nouveaux» furent égarés ou volés, «emblez & perdus à ladiéle feste de Saint Ouyn»^^l
Cette première fête, qui devait se célébrer annuellement le 15 août, fut aussi la seule j il n'y eut pas non plus de nouvelle promotion de membres. Les chroniqueurs sont concluants à cet égard 5 au combat de Mauron , en Bretagne, livré quelques mois après, le 14 août, par les Français au parti de Montfort qu'appuyaient les Anglais, la fleur de notre chevalerie tomba dans une embuscade. «Les François, qui s'embatirent trop avant folement, furent tout mort & desconfij & y demora mors sus le place
^^) Arch. nat., Rég. KK, fol. 3 v° et 10 v°.
messircs Guis de Neclle. . . & avoccques lui demorerent plus de quatre vingt & dix chevaliers de TEstoille, pour tant qu'il avoicnt juret que jamais ne fuiroientj car se li sieremens n'euist esté, il se fuissent retret & sauvet. Ensi se desrompi ceste noble compagnie de TEstoille avoecques les grans meschiés qui avinrent depuis en France ^^l» Le chroniqueur Jean Le Bel, un contemporain, confirme les faits & ajoute : « Oncques puis ne fut parlé de cette noble compagnie, & m'est avis qu'elle soit allée à néant, & la maison vague demourée ^"-^K » Si, en théorie, l'ordre ne fut pas supprimé, si le roi Jean afFefta de lui attribuer quelque importance, ceux des membres ^^^ qui avaient survécu à la malheureuse affaire de Mauron se firent tuer à Poitiers ou suivirent le roi en Angleterre. Un seul membre restait en France :
le dauphin Charles 5 froid & réfléchi, il ne se souciait guère de la brillante confrérie imaginée par son père. Devenu régent, il avait mieux à
^^^ Froissart, éd. Luce, t. IV, p. 128.
(*) Édit. Polain, t. II, p. 174.
(^^ Dès la fondation, ils avaient été bien moins nombreux que ne le prévoyait le règlement.
faire que de réunir des chapitres d'ordre, & se borna à aller de temps à autre en séjour passager à Saint-Ouen, pour se délasser. En 1358, au fort de sa lutte contre les Parisiens, il faillit, se rendant à la Noble Maison, tomber entre les mains d'un partisan d'Etienne Marcel. «Le samedi au soir dix septiesme jour du mois de mars fut pris à Saint Cloud un escuier appelé Phelipot de Repenti, & fu amené à Paris. Et le lundi matin ensuivant, ledit Phelipot eut la teste couppée es halles de Paris, & puis fu pendu au gibet, pour ce qu'il confessa qu'il estoit de la compaignie de plusieurs qui avoient emprins de prendre ledit duc de Normandie, régent du royaume, à Sainél Oyen, en l'ostel de la Noble Maison, là où il estoit aie trois jours ou quatre devant^^^.»
Le mouvement communal éclata, & le prince menaça les alentours de Paris du côté de l'est. Pendant ce temps ses adversaires se concertaient dans son propre manoir 5 Charles le Mauvais, appelé par les bourgeois de la capitale, arriva jusqu'à Saint-Ouen où Marcel vint
^*î Chronique de Saint-Denit, éd. P. Paris, t. VI, p. 98.
le retrouver. « Et pour ce que ceux de Paris lui mandèrent qu'il alast vers eux à Paris, il se traist à Sainft Ouyn en Tostel du Roy appelé la Noble Maison. Et là ala le prévost des marchans parlementer avec ledit roy^^l»
De retour en 1360, Jean ne songeia plus guère à relever son ordre de l'Étoile, bien qu'il vînt encore 'plus d'une fois se distraire — c'était pour lui la grande affaire — à Saint-Ouen. Apres sa mort en 1364, sa chère maison, qui avait vu des jours brillants, fut singulièrement négligée. Charles V, qui préférait Vincennes & Beauté, y revint bien de loin en loin, y fit même des réparations, mais plus peut-être à l'intention du dauphin, auquel il «avoit délessé ledit hostel pour son esbattement » ^^\ En l'absence du maître, il y avait toujours un gouverneur, un concierge, toute une valetaille, qui usaient de l'abominable droit de prise ou de réquisition des objets nécessaires à l'entretien domestique.
('^ Le roi de Navarre. — Chronique de Saint-DeniSj éd. P. Paris, t. VI, p. iij.
(*) Voir l'ordonnance d'oélobre 1374 (Kec. des Ordonn., t. VI, p. 67).
Ce fut donc un bonheur pour le voisinage que la Noble Maison de Saint-Ouen fût oubliée lors des visites que firent à Charles le Sage l'empereur d'Allemagne & d'autres souverains étrangers. Charles VI, prince prodigue, fit un accueil magnifique, en 1385 , au roi Léon d'Arménie, de la famille de Lusignan, & décida de pourvoir à toutes les dépenses de son séjour prolongé. « Fut assigné ledit roi d'Arménie de six mille francs par an, & en ot cinq mille présentement pour lui pourvoir de chambre & de vaisselle, & lui fut délivré l'ostel de Saint Ouin delez Saint Denis, pour la demeurer luy & ses gens & pour y tenir son estât ^^\ »
L'année suivante , « dimenche f jour d'aoust 5 en l'hostel de la Noble Maison, mpns' Jehan, fils monseigneur le duc de Berry, espousa madame Katerine , fille du roy Charles ( Charles V ) derrain trespassé » ^^^. Les conjoints n'avaient chacun que neuf ans 5 le manoir entendit de nouveau le briiit des fêtes royales, qu'interrompit le départ du roi pour l'expédition navale tentée sans succès contre l'Angleterre.
(*) Froissart, édit. Kervyn de Lettenhove, t. XI, p. 248. (*) Chronique de Saint-Denis j éd. P. Paris, t. I, p. 448.
La folie de Charles VI éloigna de la Noble Maison pour des années la famille royale qui semblait prendre à tâche de confiner son malade à rhôtel Saint-Paul au lieu de le soigner à la campagne. Ce n'est pas que Saint-Oucn lui-même fût oublié^ tous les témoignages contemporains sont d'accord sur les fréquentes visites de la reine dans cet endroit qu'elle aimait, où elle acquit, nombre d'aftes en font foi, plusieurs immeubles qu'elle arrondit & ne cessa d'étendre, & qu'elle habita de préférence à la Noble Maison.
Celle-ci n'était pas si délabrée, en dépit des ravages de la guerre civile ajoutés à ceux de la guerre étrangère, qu'elle ne pût encore servir de cadre aux fêtes que continuait à rechercher une cour insouciante. A la faveur d'une trêve entre les deux partis Armagnac & Bourguignon qui se disputaient le pouvoir, la jeunesse de la cour obtint l'autorisation de donner à la Noble Maison deux joutes à la fin de 1414 & au commencement de 1415. «A l'occasion des fêtes données pour la réception des ambassadeurs du roi d'Angleterre vingt braves
champions venus de Portugal se présentèrent
devant le roi en brillant équipage, demandant qu'il leur fût permis de se mesurer avec autant de Français à toutes armes, soit un contre un, soit plusieurs contre un nombre égal d'adversaires 5 le vainqueur pouvait tuer le vaincu qui refusait de se racheter. Bien que tous les gens sages dissent que c'était un crime de chercher la mort de son semblable sans en avoir reçu aucune offense, le roi fut forcé de céder aux instances de ses chevaliers qui regardaient comme le comble de l'infamie de refuser un cartel. Les joutes eurent lieu au mois d'oftobre eh présence du roi & de la cour dans le palais de Saint- Ouen. Un illustre écuyer breton, Guillaume de La Haye, se mesura le premier contre le Portugais Jean de Metz. Le combat dura près d'une demi-heure 5 aux chevaliers & écuyers bretons de raconter avec quelle vigueur ils rompirent les lances, s'attaquèrent à T'épée & se frappèrent à la hache. Je dirai seulement que l'écuyer breton soutint la lutte sans lever la visière pour reprendre haleine, ce qui prouve une force peu commune, & qu'il aurait certainement tué son adversaire, sans l'intervention du roi. Le jour suivant le roi montra la même
bonté pour trois étrangers qui furent encore vaincus.
a Jaloux de réparer la honte de leur défaite, ils résolurent de tenter les chances d'un combat trois contre trois. . . Trois Poitevins se chargèrent de soutenir leur défi le '21 février, en présence du roi au palais de Saînt-Ouen. Les champions se rendirent sur place vers le soit; des chevaliers anglais introduisirent dans le champ clos les Portugais comme alliés de leur nation i des seigneurs de la cour, les Français. Lorsqu'ils eurent successivement présenté leurs salutations au roi, & que les hérauts eurent à haute voix & en son nom défendu, sous peine de mort à tous les assistants , de troubler le combat par un mot ou un geste, on donna le signal.
« Ils entrèrent en lice, s'attaquèrent vigoureusement i coups d'cpée & de hache, cherchant mutuellement à se donner la mort. L'é- ■ cuyer François de Rogues désarçonna bientôt son adversaire, au grand chagrin des autres Portugais qui, le croyant mort sous les coups, obtinrent du roi à force d'instances qu'on le tirât du champ de bataille. Le vainqueur put alors courir au secours de ses compagnons qui
étaient serres de près, & curent bientôt contraint leurs adversaires à se rendre à merci. Ainsi £nit le combat ^^^).
La même année, l'empereur Sigismond, arrivé à Paris, «visita par passe-temps les maisons royales des environs & passa dix jours à l'abbaye de Saint-Denis. De là, il se rendait à Saint-Ouen, lorsqu'il rencontra presque à michemin le roi de France, escorté d'une nombreuse suite de chevaliers, & dans un équipage magnifique j il l'embrassa en soupirant & les larmes aux yeux,.& accepta de dîner chez lui (à Saint-Ouen) le lendemain ^^^)). Grande marque de sensibilité qui n'empêcha pas ce triste personnage, déjà parjure naguère envers Jean Huss, de trahir encore la confiance du roi son hôte, en s'alliant contre lui avec Henri V dans l'espoir de recouvrer le royaume d'Arles.
Les acquisitions immobilières de la reine avaient apparemment fait envie au jeune duc de Guyenne, Louis, qui, cette année 1415, à la fin d'avril, acheta à son tour un grand
^'^ Chronique du Religieux de Saint-Denis, éd. Bellaguet, t. V, p. 411-415.
^^5 Ibid.j p. 745.
hôtel ^^^ avec «court, granche, estables, jardin & clos de vigne», sans compter diverses autres terres dans le ressort de la paroisse. Le jeune duc mourut peu après, & ses biens revinrent à la couronne. L'hôtel, comme tout le pays environnant, avait «gravement souffert des maux de la guerre 5 mais la reine avait trop à faire ailleurs pour songer à le réparer 5 il fut donné à un particulier, dont les soins ne purent que retarder sa ruine définitive : il ne survécut pas aux troubles de la Ligue. Sur son emplacement un nouveau château fut élevé au xvii* siècle : c'est celui qui vit, en 18 14, Louis XVIII signer la Déclaration de Saint-Ouen, renfermant les principes de la Charte.
La reine Isabeau fit son testament 5 en 143 1, quatre ans avant sa mort, elle légua à l'abbaye de Saint-Denis «une maison qu'elle avait à Sainél - Ouain - les - Sain£l - Denis , appeliez les Bergières (Bergeries), avec tous les cens, rentes & autres appartenances audit hostel^^^». Tout
^*^ Situé du côté de Clichy, a l'endroit qu'occupent approximativement aujourd'hui la gare & les docks.
^*) J. Chartier, Chronique de Charles VLl, éd. Vallet de Viriville, t. I, p. 2T0.
comme l'hôtel de Guyenne, cette demeure «ruinée pendant les derniers troubles & guerres civiles», au dire de Doublet ^^^, n'existait plus au XYif siècle 5 mais le souvenir ne s'en perdit pas dans la région, où son emplacement continua jusqu'à notre époque à s'appeler « l'hôtel de la Reine».
Que devint pendant ce temps la Noble Maison ? De l'ordre de l'Étoile il n'était plus question depuis longtemps. Quant à l'hôtel même, habité durant un siècle par nos rois, désormais solitaire, délabré, abandonné comme une simple cabane de village ayant subi les ravages de la guerre, il représentait encore par ses dépendances, à la fin du règne de Louis XI, une certaine valeur qui n'échappa pas à l'œil toujours exercé de l'abbé de Saint- Denis. En 1482 , celui-ci obtint du roi, en dédommagement des «grans ruynes, pertes & désolacions» subies, «l'ostel de Sainéî Ouyn, situé & assis à costé du grant chemin d'entre Sainft Denis & Paris, en la haulte justice de ladiéle église, avec ses appartenances & depen-
Antiquités de Saint-Denii, p. 1312.
•iH( 28 )h-»—
danccs, & les terres, cens, rentes & revenus qui y appartiennent » ^^K
La Noble Maison n'en continua pas moins à dépérir, subissant, tout comme au moyen âge, le contre-coup des épreuves de la capitale. « Détruit dans le temps de la Ligue », au témoignage de Dubreuil, l'édifice était en 1633, ajoute Corrozet, « un vieil chasteau tout ruiné».
Vingt ans après, nous trouvons le service fondé jadis par Philippe de Valois à la chapelle de Saint -George, transféré à Paris en même temps que le prêtre desservant, «parce que, déclare le roi dès le début de son règne, la chapelle de Saint -George, cy devant bastie dans l'enclos de nostre chasteau de Saint-Ouin près Saint -Denis, est à présent entièrement détruite, ensemble la maison dudit chapelain, en sorte qu'il n'en reste aucun vestige, & il n'y a pas apparence que nous les fassions reédifier si tost, attendu la destruélion entière dudit chasteau » ^^K
(^^ Voir le Kecueil des Ordonnances j t. XIX, p. 86. (^^ Arch. nat., cart. S, n" 948.