‹ Etudes sur le Paris d'autrefois (volume 2)Chapitre 3 sur 11 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

VINGENNÉS.

Vincennes^^^ fut, après Saint-Ouen, la plus ancienne de ces demeures que nos rois aimaient à habiter aux portes mêmes de la ville : ce nom, il est vrai , n'a été connu d'abord que par le bois qui, avec celui de Boulogne, constituait les deux points extrêmes, à l'est & à l'ouest, de la vaste forêt qui couvrait jadis toute la région : excellent terrain de chasse où les princes mérovingiens pouvaient se livrer sans entraves à leur divertissement national. Au vin'' siècle, les moines s'établissent à Vincennes, & de nombreux titres ecclésiastiques précisent dès lors les droits d'usage auxquels la forêt était soumise : en 847, un titre de l'abbaye de Saint- Maur cite le bois de Vikenna parmi les biens de cette maison 5 en 980, une bulle de Benoît VII en fait mention comme appartenant à l'église de Paris. Puis, en 1037, Henri P'

^^^ Nom d'origine apparemment germanique ou celtique.

autorise les moines de Saint-Maur&, en 1075, Philippe I", ceux de Saint-Magloire, à prendre pour leur chauffage du bois dans la foret du domaine royal} en 1147, le pape Eugène III confirme l'abbaye de Montmartre &, en 1190 Philippe Auguste, celle de Saint-Martin, dans la jouissance d'un droit analogue'".

Louis VII, de retour de la seconde croisade, clevaà VincenncSjCn 1154, les premières construAions : comme mainte autre résidence royale, elles se réduisirent au début à un simple rendez- vous de chasse. Philippe Auguste réalisa un nouveau progrès : en ii8j «il fit enclore d'un mur très fort, muro optimo, le bois de Vincennes qui, au temps de ses ancêtres, était resté ouvert à tout venant. Le roi Henri d'Angleterre, en l'apprenant, fit prendre des cerfe, des daims, des chevreuils en Normandie & en Guyenne, ils furent avec grand soin installes & mis à l'abri dans un grand bateau pourvu de provisions sufËsantes, & amenés au roi Philippe par un long détour en remonunt la Seine. Le roi très chrétien fit le meilleur

'■1 Voit Lebeuf , Hïffoirs ât la -viRe ^ du dieche de Paris, i88}j t. II, p. 404.

accueil à ce présent, & ordonna d'enfermer les bêtes sauvages dans le bois de Vincennes, en les remettant à la vigilance de gardiens ^^^ » . Ce fut le point de départ de la ménagerie de Vincennes, qui répondait au goût, accru par les croisades, pour les animaux exotiques : elle s*étendit du côté de Saint-Mandé, où une petite construftion marqua, sous le nom de la Tourelle, Textrême limite du domaine royal.

Louis IX habita avec prédileftion la demeure, élevée par Louis le Jeune, qu'un texte de 1270^2^ qualifie de regale manerium ; le souvenir de ses visites s'est perpétué dans la tradition populaire, en un tableau d'une notoriété devenue proverbiale, grâce à Joinville qui nous montre son maître se constituant à l'improviste juge de paix pour rendre, sous un chêne, la justice à ses sujets. « Maintes foiz avint que en estei il se alloit seoir ou bois de Vinciennes après sa messe, & se acostoioit à un chesne & nous fesoit seoir entour li$ & tuit cil qui

(^) RiGORD, Vie de Philippe Auguffej éd. Dclabordc,

(«) Voir GÉRARD Du Bois, Hiffoire de VEglise de Paris,

t. II, p. 490.

avoicnt afaire venoicnt parler à li, sanz destourbier de huissier ne d'autre. Et lors il lour demandoit de sa bouche : « A il ci nullui qui « ait partie ? » — Et cil se levoient qui partie avoient, & lors il disoit : « Taisiez- vous tuit , « & on vous deliverra l'un après l'autre. » — Et lors il appeloit monsignour Perron de Fonteinnes & monsignour GefFroy de Villete, & disoit à l'un d'aus : « Delivrez-moi ceste partie. » Et quant il veoit aucune chose à amender en la parole de ceus qui parloient pour li, ou en la paroUe de ceus qui parloient pour autrui, ilmeismes l'amelndoit de sa bouche ^^^ » Il bâtit également, sous le vocable de Saint-Martin, la première chapelle du château, où il déposa, avant de la transporter en grande pompe à Notre-Dame de Paris, la sainte Couronne d'épines que lui avait envoyée l'empereur Baudouin de Constantinople. En mars 1270, c'est à Vincennes que le roi prit congé de la reine Marguerite au moment de s'embarquer pour sa dernière croisade. La reine & sa belle-fille, la comtesse de Nevers, habitèrent le ^château en

(^^ Joinvillej édition de la Société de l'histoire de France, p. 21-22.

Tabsence du roi 5 après sa mort, révcquc de Paris, Etienne Tempier, vint apporter aux deux princesses la funèbre nouvelle avec ses condoléances, ôi il consentit, non sans difficulté, à accepter sur place Thommage de la comtesse pour le fief de Montjay, devoir qu'il prétendait exiger dans son palais épiscopal. Il fallut toute l'insistante de la reine pour amener ce prêtre à une marque d'aussi élémentaire prévenance.

Mainte scène tragique se déroula ici : en 1278, le chambellan Gui de La Brosse, un parvenu accablé sous la jalousie de la noblesse <Sc le ressentiment de la reine qu'il avait gravement calomniée, fut enfermé par Philippe le Hardi dans une tour du château <Sc pendu. En 1314, ce fut Louis X qui abandonna un ancien serviteur de son père, Enguerrand de Marigny, aux rancunes d'une réaftion aristocratique : le malheureux ministre, condamné par un tribunal réuni au bois de Vincennes, fut pendu à Montfaucon. Le roi lui-même ne survécut pas longtemps à la viélîme de sa lâcheté. « Il était sorti de Paris un jour pour se promener jusqu'au bois de Vincennes j après avoir joué à

la paume, excité par une chaleur accablante Se dévoré par la soif, il descendit dans une cave glaciale & y but du vin très frais : il y contraâa la maladie (une pleurésie) dont il mourut. Son corps fut transporté à Saint-Denis ^^^. » Les rois qui se succédèrent depuis Louis VII ôi Philippe Auguste se bornèrent à remanier Vincennes jusqu'au xiv® siècle :*en 1337, Tannée même de la naissance de Charles V, Philippe de Valois y entreprit des travaux importants. La royauté, qui entrait dans une phase nouvelle de son développement, demandait mieux qu'un rendez-vous de chasse, une retraite assez forte pour la protéger soit contre les incursions des Anglais, soit contre les mouvements des Parisiens devenus plus impatients avec l'accroissement de leurs maux & la conscience de leurs droits. Les temps, hélas, étaient peu favorables, & l'état des finances ne permit pas d'élever le nouvel édifice du donjon au-dessus des fondements. Comme le roi Jean, déjà absorbé, du reste, par la Noble Maison de Saint-Ouen, passa la plus grande partie de son

^*î Chroftograpbie des rois de France j éd. Moranvillé, t. I, p. 228.

règne au loin, il fallut attendre jusqu'à Charles V, qui fut, au dire de Christine de Pisan, « un grand bâtisseur » , pour voir rachcvement du donjon carre qui constituait avec les remparts attenants une place forte de premier ordre pour l'époque. Le nouveau château, mené à bonne fin des 1365, comportait un reélangle de 382 mètres sur 2225 les remparts étaient flanqués de neuf tours carrées de plus de 30 mètres de hauteur ^^^, contigucs au mur d'enceinte que protégeait un vaste fossé. Sur l'un des côtés du reftangle, s'élevait, haut de 52 mètres, le donjon avec son enceinte & ses fossés particuliers que franchissait un pont-levis. Le roi y occupait le premier étage, la reine & ses enfants le second, les proches parents du roi le troisième j le reste servait à loger les officiers & gens de service. Quant à la chapelle Saint-Martin , c'est la seule partie de l'ancien château que n'avaient pas touchée les transformations de Philippe VL En 1379, l'année même qui précéda sa mort, le roi, qui la jugeait trop étroite, commença k rebâtir en sa place la

(*) Elles furent rasées par Napoléon.

Saintc-ChapcUe de Vincennes. Copiée exaftement sur celle de Paris, l'œuvre primitive d'Eudes de Montreuil, sorte de reliquaire à proportions réduites, devait être un pur bijou d'architefture gothique : recula- 1- on ensuite devant un agrandissement exagéré qui ne répondait plus au plan initial de l'artiste? c'est possible. Il suffit, pour en concevoir une idée, de voir l'énormité des baies latérales qui projettent sur l'intérieur une lumière éclatante. Interrompus durant plus d'un siècle par la mort du fondateur, les travaux furent repris par François V^ & terminés par Henri II. C'est à ce moment que le grand artiste de la Renaissance, Jean Cousin, décora les vitraux d'après les dessins de Raphaël, prétend certaine tradition : son œuvre, aujourd'hui détruite, représentait les sept trompettes de l'Apocalypse & les quatre saisons j ailleurs, c'étaient les insignes de l'ordre de Saint -Michel, dont Henri II transféra, en 1557, le siège du Mont Saint-Michel dans cette chapelle. Les vitraux supérieurs & les voûtes portaient partout des H & des D entrelacés. H, & le croissant emblématique de Diane de Poitiers avec des cors de chasse, des

chiens & des cornes d'abondance. Diane ellemême, nue & d'une parfaite ressemblance, figurait sur les vitraux du milieu de la nef, un ruban bleu passé dans la chevelure.

Restait la question de l'eau qui faisait défaut pour l'entretien du château. Dès le mois de mars 1361, le roi Jean y pourvut par une ordonnance sur l'adduâion des sources de Montreuil que confirma son successeur en novembre 1364^*^, décrétant que les habitants de ce village seraient exempts de tout droit de prtsfj de fourniture de provisions ou de logement aux gens de guerre, «par ainsi toutes voies que les diz habitans mettront ou feront mettre & soustenir doresenavant à toujours à leurs couz & despens les fontaines de ladite ville de Monstreuil par lesquelles Tiaue va en nostre ostel du bois de Vincennes^ & aussi mettront ou feront mettre au délivre toutes les yaues & agouz de ladite ville jusquez au pavé qui va au vivier de la consiergerie dudit boys pour le gouvernement des bestes du parc » .

Le roi pourvut également, par l'établisse-

t*) Voir le Kecueil des Ordonnances, t. IV, p. 204 & 511.

ment régulier d'une police locale, à la sécurité de son château. Chaque nuit, six habitants de Montreuil & de Fontenay furent appelés à faire le guet dans le parc : le portier du château avait en garde des manteaux de gros drap rouge à capuchon, qu'il leur remettait le soir à leur prise de garde. Les campagnards, il est vrai, regimbèrent énergiquement contre cette servitude : le capitaine de Vincennes eut grand'peine à faire exécuter le règlement, & dut plus d'une fois faire intervenir l'autorité duChâtelet.

Au commencement de janvier 1378, après avoir reçu magnifiquement à Paris & traité pendant plusieurs jours l'empereur Charles IV & son fils Wenceslas, roi des Romains, Charles V accompagna ses hôtes à Vincennes. Le 9 janvier, arrivant de l'hôtel Saint-Paul, «le roy mena l'empereur au bois. Et pour ce que ja tart estoit, grant foison torches au devant lui vindrent. Lendemain se fist porter l'empereur tout autour de la grant chambre, pour veoir par les fenestres le circuit du chastel que il moult prisa.

«Apres dormir, à remontée, grant pièce ensemble furent, lui & le roy en bons esbate-

mens & parollcs de vrayc amour, & pria Tcmpereur au roy que lui donnast une de ses Heures, & il prieroit Dieu pour luij de quoy le roy luy envoya deux, une petite, les autres grans. En dementiers que ainssi parloyent, vint le roy des Romains, que le roy avoit envoyé au parc esbatre Se chacier, avec lui ses frères 5 adont l'empereur rappella& par la main le prist, & lui fist promeftre par sa foy, en la main du roy, que tant qu'il vivroit, serviroit & aimeroit lui & ses enfens, dont le roy les remercia. »

Le mardi 12 , l'empereur fit son pèlerinage à Saint-Maur^ puis « fu mis en sa liétiere & porte à Bcauté-sur-M^rne, que il moult prisa & y amenda de sa goutte, comme il disoit, si que lui-mesmes viseta tout Tostel, qui moult estoit bien parc, & disoit que oncqucs en sa vie n'avoit veue plus belle, ne plus deliélable place 5 & aussy disoient ses gens, lesquelz on avoit aussi menés en la tour du bois, & monstre les grans garnisons d'icelle & l'artillerie, dont le roi des Romains ot des arbalestes à son choix, que onques mais n'avoyent veu ^i merveilleuse chose. A Beauté fu l'empereur plu-

sieurs jours, & le roy chascun jour l'aloit visetcr, & a secret parloyent longuement, puis au giste s'en retournoit au bois.

« L'empereur désira veoir la belle couronne que le roy avoir fait faire 5 si luy envoya le roy par Giles Mallet son vallet de chambre & Hennequin son orphèvrej la tint & regarda moult longuement partout &, y prist grant plaisir, puis la bailla, & dist que, somme toute, onques en sa vie n*avoit veue tant de si riche & noble pierrerie ensemble.

« Le jeudi devant la départie de l'empereur, avoir fait le roy tous assembler les gens dudit empereur. . . là vint le duc de Berry, & dit que le roy le saluoit & lui envoyoit ses joyaulx tels comme à Paris on les faisoitj lors lui présenta une moult noble couppe d'or garnie de pierrerie, en laquelle avoir figure d'esmail moult richement ouvré, l'espère (la sphère) du ciel où estoit le zodiaque, les signes, les planètes & estoilles fixes, & leur ymagesj & aussi lui présenta deux grands flacons d'or, où estoit figuré en ymages eslevées (en relief) comment saint Jaques monstroit à saint Charlesmaine le chemin enEspaigne par revelacion^ encore lui

présenta un grant hanap d'autre façon, un gobellet &une esguicrc, tout d'or, garnis de pierrcric & esmailliés de diverses façons, deuxgrans pos d'or à testes de lions.

«Item, à son filz furent présentés quatre granspoz, un grant gobellet, une esguiere tout d'or, garni de pierreriej & oultre cela, une ceinture d'or longue, garnie de riche pierrerie, du prix de huit mille frans. Apres ensuivant, à tous ses princes fu présentée vesselle d'or & d'argent, si largement & à si grant quantité que tous s'en.esmerveilloyent^'^ »

Les premiers troubles populaires du règne de Charles VI retinrent d'abord la coiir à Vincennes5 puis le pauvre roi, fou durant de longues années, resta enfermé, presque privé de tout soin, à l'hôtel Saint-Paul, instrument passif aux mains des partis qui, sous le couvert de son nom, se disputaient le pouvoir.

En 1413, l'insurreftion cabochienne venait d'échouer, & le duc de Bourgogne, après s'être laissé traîner à la remorque du mouvement, se trouvait dans le plus grand embarras en pré-

^*) Christine de Pisan, Le livre des fais, etc., éd. Buchon, ch. 43-45.

scncc de la réaâiôn qui poursuivait ses partisans. Acculé à une situation désespérée, il tenta d'enlever le roi qui se trouvait dans un de ses moments de lucidité passagère.

«Le duc de Bourgogne n'estoit pas bien content ny aucun de ses gens 5 & le dimanche (23 août) il disna de bonne heure, ôc s'en vint devers le roy à son disner, qui estoit comme en transes de sa maladie : ce jour il faisoit moult beau temps, & dit au roy «que s'il luy plaisoit « aller esbatre jusques vers le bois de Vincennes , «qu'il y faisoit beau» 5 & en fiitle roy content 5 mais l'esbatement qu'il entendoit,c'estoit qu'il le vouloit emmener 5 or en vindrent les nouvelles audit seigneur deTrainel^*^, lequel envoia tantost par la ville faire monter gens à cheval. . . & ledit de Trainel alla tout droit vers le bois, là où il trouva le roy & le duc de Bourgogne. Et dit ledit Trainel au roy : « Sire, venez-vous- «en en vostre bonne ville de Paris, le temps est «bien chaud pour vous tenir sur les champs.»

Dont le roy fut très content, & se mit à retourner. Lors ledit duc de Bourgogne dit audit

(') Le prévôt des marchands, Juvénal des Ursins.

seigneur de Trainel « que 'ce n'estoit pas la «manière de faire telles choses & qu'il menoit «le roy voler ^^O). Auquel il respondit «qu'il le «menoit trop loin voler, & qu'il voyait bien que «tous ses gens estoient housez (bottes) 5 & si «avoient ses trompettes leurs instrumens es « fourreaux» 5 & s'en retourna le roy à Paris ^^l » Pendant ce temps la reine Isabeau, le mauvais génie du royaume, retirée dans notre château, s'y entourait d'une société assez compromettante pour la dignité du nom royale tout ce monde menait une vie dont la légèreté provoquait le mécontentement public. «Renommée estoit que en l'hostel de la Reyne se faisoient plusieurs choses deshonnestes. Et quelque guerre qu'il y eût, tempestes & tribulations, les dames & damoiselles menoient grands & excessifs estats. La chose desplaisoit fort à gens de bien ^^\ » E^ la Chronique du KeJigieux de Saint-Denis^^^ confirme de son côté que

^'J Chasser k l'oiseau.

^*^ JuvÉnal des Ursins, Histoire de Charles VI j là. Michaud & Poujoulat, p. 489.

^^^ Ibid.j p. 533.

(*) Edit. Bellaguet, t. VI, p. 71-73.

« ces chevaliers tenaient une conduite indigne de leur naissance. . . Ils n'avaient pas craint de fouler aux pieds l'honneur de la chevalerie, Se à l'aide de complaisances coupables & d'intrigues scandaleuses, ils étaient parvenus à séduire & à déshonorer quelques dames de haute condition. L'infamie de ce commerce indignait depuis longtemps les grands qui conseillèrent au roi de les chasser». Dans un de ses moments de lucidité, un jour de l'année 1417, le roi prit le parti d'aller se rendre compte en personne de l'état des choses. «En ce mesme temps, laroyne de France estant au bois de Vincennes fut visitée par le roy. Et ainsi qu'il retournoit à Paris, vers le vespre, il encontra messire Loys Bourdon (de Boisbourdon), chevalier, alant de Paris audit bois de Vinciennes, lequel en trespassant assez près du roy s'inclina en chevauchant ôl passa oultre assez légèrement. Mais tantost le roy envoia après lui le prevost de Paris & lui commanda qu'il le prinst & le meist prisonnier. Lequel prevost, en accomplissant le commandement du roy, fist son devoir & print ledit chevalier. Si le fist mener à Paris & puis le mist en Chastellet, où il fut par le comman-

dément du roy fort questionné & depuis fut noyé en Seine ^^^ »

A la suite du traité de Troyes (1420) qui assurait au roi anglais la couronne de France après la mort de Charles VI, Henri V & sa femme, Catherine de France, troisième fille de ce malheureux prince, arrivèrent «au bois de Vincennes devers le roy son père & la royne sa mère qui y estoient. Et chevauchoit ladifte royne Katherine ^^^ en estât royal, à très grande puissance de gens d'armes. Auquel lieu ala de Meaulx à l'encontre d'elle ledit roy Henry, avecques ses princes, duquel elle fut reçeue joieusement comme l'ange de Dieu. Et aussi du roy & de la royne de France fut faiéle toute léesse audit lieu de Vincennes pour la venue de leur beau filz & de leur fille la royne. Et le penultime jour de may, prévigile de la Penthecouste, lesdiz roys & les roynes leurs femmes se partirent dudit bois de Vincennes & entrèrent en Paris en moult noble estât ^^l » Deux mois &

^^î Chronique de MonSirelet, éd. Douet d* Arcq , t. III , p. 17 5 . ^^ï Elle arrivait d'Angleterre, après avoir donné naissance k un fils qui fut Henri VI.

^^^ Chronique de MonSfrelet, t. IV, p. 99.

plus se passèrent à guerroyer contre les villes encore insoumises j mais le roi Henri était terrassé par la maladie ^^^. «Pourtant qu'il se sentit trop feble & qu'il empiroit de jour en jour, retourna & se nst mener au bois de Vincennes, & là se alita du tout. »... Le duc de Bedford apprit (( que son frère le roy Henry estoit moult fort oppresse de la maladie dessus difte & en grant péril de sa vie. Et pour ce incontinent, avecques lui de ses plus féables , à peu de compaignie chevaucha en haste jusques au bois de Vinciennes où ledit roy Henry estoit. . . » Après avoir réuni son frère & ses familiers pour leur exprimer ses dernières volontés, « tost après le roy Henry fist venir devers lui ses médecins, & leur requist bien instamment qu'ilz lui voulsissent dire selon ce qu'ilz veoient de lui, quel terme de vie il pourroit encore bien avoir. A laquelle response ilz targèrent de respondre, sinon de lui bailler espérance. Mais il ne fut point de ce content, si leur requist de rechef qu'ilz lui en deissent la pure vérité. Et adonques parlèrent Icsdiz médecins ensemble, &

('^ Une fistule compliquée de dysenterie : on l'appelait le mal Saint-Fiacre,

après par la bouche de l'un d'culx qui se mist à gcnoulx devant lui, lui fut dit : « Sire, pensez «à vostre âme, car il nous semble que c'est la « grâce de Dieu que vous ne vivrez pas plus deuz « heures. » Et lors ledit roy manda son confesseur & aucuns autres gens d'église de sa famille, ôc ordonna à dire les sept pseaulmes penitenciales. Et quant ilz vinrent à Bénigne foc. Domine, où il y a mûri Ihermalem, il les fist arrestcr & dist tout hault que, sur la mort qu'il aélendait, il avoit entencion que après qu'il auroit mis le royaume de France en paix, d'alcr conquerre Jherusalem, se ce eust este le plaisir de Dieu son créateur de le laisser vivre son aage. Et après qu'il eust ce dit, leur fist parfaire. Et tantost après, selon le terme que lui avoient dit & décrète lesdiz maistres en médecine, rcndi son esperi à Dieu le derrenicr jour d'aoust»

Le traité d'Arras (1436) qui permettait d'entrevoir, avec la paix, la libération du territoire national, rendit courage aux Français en campagne qui reprirent plusieurs villes aux Anglais.

t*J Chronique de MonSfrektj p. 107, 109, 111-112.

« Pareillement se réduisit Pontoise & le dongeon du bois de Vincennes, lequel fut pris par escalade d'un Escossois qui estoit dedans avec les Anglois & de leur compagnie, lesquels Anglois pensoient qu'il fust Anglois comme eux 3 & une nuift qu'il faisoit le guet en la grosse tour, il mit les François dedans par le moyen d'une eschelle. Il se descouvrit à l'abbesse de Sainft Antoine des Champs lez Paris, laquelle le rescrivit & fit sçavoir à messire Denis de Chaillyj & de plus il se descouvrit à un prisonnier François qui estoit là dedans 5 & de ce firent l'entreprise les gens de monseigneur de Bourbon, & un des gens dudit messire Denis de Chailly, nommé Guillaume de La Barre, lequel par la tour dudit dongeon l'escalada, accompagné de dix gens de guerre seulement, & le prit à l'ayde dudit Escossois, la veille de caresme prenant ^^l »

Jusqu'à Louis XI, Vincennes ne fut guère qu'une maison de plaisance où les rois venaient «se soulacier & prendre esbatemens» :

Charles VII s'y installa après la réduftion de

('^ Hiftoire de Charles VU, par Jean Chartier & Berry, publ. par D. Godefroy. Paris, 1611, in-fol. ; p. 392-393.

Paris en 1436, tandis qu'Agnès Sorcl habitait le château de Beauté 5 entre les deux demeures, les visites, comme bien on pense, étaient incessantes & la maîtresse royale, surprise par la fin d'une grossesse, accoucha d'une fille au donjon. En même temps le pouvoir royal en exploitait les revenus avec l'esprit méthodique & très positif d'un simple particulier dans la tenue de son domaine rural. Les Comptes de l'hôtel (plus tard Maison du roi) a$ix xiv^-xv' siècles enregistrent, non seulement les contributions en argent prélevées par le roi sur le domaine royal, mais les produits en nature que produisaient les terres des châteaux royaux. Nous citons quelques données sur les envois faits de la terre de Vincennes en 1381. « Des garnisons du bois de Vincennes, 32 muis 2 sextiers 6 boisseaux de blé, livrez par Jehan Renier, gouverneur d'icelles, despensés en l'ostel le Roy. {Comptes de F hôtel des rois aux xiv'-xv' siècles, publiés par Douet d'Arcq, p. 9.)

« 178 connins( lapins) du boys de Vincennes, despensez ou dit hostel.» {îhid,, p. 11.)

Dans le siècle suivant encore, au temps de Louis XI : « À maistre Olivier Le Daim, var-

Ict de chambre dudit s', pour trois voyages qu'il a fait faire par rordonnance dudit s"^ durant le mois de décembre & janvier, de la ville de Thouars & autres lieux... jusques aux boys de Vincennes, quérir par trois fois certaine quantité de congnins pour ledit s*"». (Douet d'Arcq, ouvr. cit., p. 355.)

Le roi, en effet, avait en 1472 nommé son barbier «concierge» ou gouverneur civil du château 5 comme tel, maître Olivier avait la haute main sur la ménagerie. L'entretien, à vrai dire, n'en avait jamais été négligé, & déjà, en 1404, les habitants de Nogent & Noisy avaient été exemptés du droit Je prise, à charge de faucher & voiturer à Vincennes le foin de treize arpents de pré appartenant au roi sur leur territoire, «pour ravitaillement des daims, dines & autres bestes fauves». Le nouveau concierge n'eut qu'à continuer la tradition : nous voyons sous son administration payer un compte «pour la réparation du toit des porcs, pour la construftion d'une étable pour les porcs noirs du roy en la conciergerie du bois de Vincennes ^^ h).

ti^ Voir Sauval, Antiquit/s de Paris j t. III, p. 427.

Plus tard cet établissement fut rattaché aux Comptes de la chambre^ ceux de 1677 mentionnent «Jacques Petitmaire, gouverneur des animaux du sérail du château de Vincennes, qui reçoit 5,400 1. par an pour ses gages, la nourriture de ses bêtes & l'entretien de deux garçons ^^^)). En 1706 la ménagerie, située près de la porte de Bel- Air à l'entrée du parc, fut transférée à Versailles où elle resta jusqu'à la Révolution, puis au Muséum.

Mais Louis XI prit une autre mesure, & plus significative : c'est avec la nomination de son nouveau gouverneur que coïncida l'aifeilation définitive ^^^ du donjon comme prison politique 5 des comptes de 1472, pour réparations effeéluées dans le donjon ^^\ spécifient pour la première fois la présence de prisonniers de ce genre 5 & jusqu*à la fin du règne, surtout après la défaite de la Ligue du Bien public,

^') Voir Dépenses des menus plaùirs <Ù^ affaires de la chambre du roy pour ï année i6jj, publ. par Montaiglon. Paris, 1857; 14 pages.

î*) Enguerrand de Marigny y avait dëjk été enfermé sous Louis X, & Gui de La Brosse sous Philippe le Hardi : mais c'étaient des cas isolés.

^^î Voir Skun KL y Antiquités de Paris j t. III, p. 414.

les deux compères s'entendirent pour en remplir les cachots aussi bien que ceux de la Bastille. Entre temps, le concierge ne répugnait pas à faire aux étrangers de marque les honneurs d'une courtoise hospitalité. En septembre 1480, le légat de La Rovère arriva à Paris pour traiter de la paix, au nom du pape, entre la France & Maximilien. «Le mardi sixiesme jour dudit moys maistre Olivier le Diable dit le Daim, barbier du roy, festoya les diz Içgat, cardinal de Bourbon & moult d'autres gens d'église & nobles hommes tant plantureusement que possible estoit. Et après disner les mena au bois de Vincennes esbatrc & chasser aux dains dedens le parc dudit bois, & après s'en revint chascun en son hostel ^^\ » Pendant la première moitié du xvi" siècle, Vincennes fut presque abandonné par la cour qui, sous l'influence de l'art italien, préférait aux sombres & froides murailles du moyen âge Fontainebleau & les châteaux de la Loire. Catherine de Médicis déclara expressénient au

(*î Voir la Chronique de Jean de Roye, éd. Mandrot, t. II, p. lOI.

pape Pie IV ^^^ que les rois n'allaient plus à Vincennes aussi souvent qu'autrefois à cause de son manque de confort. François I* se borna à reprendre, nous l'avons dit, les travaux de la Sainte -Chapelle que Henri II acheva & inaugura le 15 août 15525 la reine Catherine elle-même jeta les fondements des deux gros pavillons royaux sur la façade du sud. Henri III fit au château de longs séjours durant lesquels il n'était accessible qu'à ses mignons^ son temps se passait en crapuleuses orgies qui alternaient avec les plus folles superstitions 5 le public répétait tout bas qu'il offrait des sacrifices au diable. En 1588, au temps de là Ligue, les partisans des Guises tentèrent, à l'instigation des Seize, d'enlever le roi à la faveur d'une de ses fréquentes excursions à Vincennes. Ils s'embusquèrent à la Roquette pour le surprendre à son retour 5 mais le lieutenant du prévôt, mis au courant, prévint le roi : une escorte de 500 chevaux alla au-devant de lui sur la route du château, & le complot échoua. Quelques mois après, le 23 décembre, le Balafré &

^'^ Dans une lettre de 1564; voir Sauval, t. I, p. 677.

son frère le cardinal furent assassinés à Blois : les Parisiens soulevés allèrent à Vincennes dévaster l'appartement du rôi, & emportèrent entre autres objets deux cassolettes à parfums reposant sur des satyres en argent doré qu'ils prirent pour des engins magiques.

Marie de Médicis poursuivit les travaux de restauration que Catherine n'avait fait qu ebaucherj en août 1610 le petit roi Louis XIII posa la première pierre du nouveau château, & l'entreprise continua durant toute la régence de la reine : quatre ans après, la galerie du côté qui regarde Paris & le bois était achevée. Devenu majeur, le roi y ajouta, sur l'emplacement des anciens bâtiments devenus caducs deux corps de logis pour le roi & la reine dans la cour méridionale. A l'exemple de ses prédécesseurs, Louis XIII chassa beaucoup dans e bois, & fut le premier à y tirer au fiisil. Son adresse à l'arquebuse inspira à un plaisant, jouant sur le surnom de Jufk qu'avait reçu le jeune prince, ce mot «qu'il était juste à tirer de l'arquebuse».

Le tout -puissant Richelieu fit largement usage de la prison politique de Vincennes pour

réduire à l'impuissance ses adversaires, & les noms les plus illustres s'y succédèrent. En mai 1626 les princes'de Vendôme & le maréchal d'Ornano, ligués sous l'inspiration de la reine mère & du duc d'Orléans, furent enfermés au donjon : Ornano y mourut subitement au bout de six mois, & le grand prieur de Vendôme en 1629 j le duc son frère ne sortit qu'au bout de quatre ans de captivité, privé de tous ses gouvernements & bénéfices. En juin 1638, c'est sur un étranger, le fameux Jean de Werth , que les portes de Vincennes se fermèrent, pour peu de ten:ips il est vrai : ce général au service de l'Empereur, dix-huit mois plus tôt, avait si bien jeté l'effroi dans Paris que son nom est longtemps resté dans l'imagination populaire un synonyme d'épouvantail. «Le nonce vint trouver mons' le cardinal le mesme jour qu'il fcstinoit Jean de Vert ôl Equenfort que le roy, après les avoir tirés des mains du duc de Weimarch & mis prisonniers au bois de Vincennes, finalement ce jour-là les avoir mis sur leur foyj & mons' le cardinal leur voulut faire festin f*^.»

î'î Mémoires de Bafiompierrej édition Chantérac^ t. II, p. 266.

En 1643, ce fut un fils de Vendôme, le duc de Beaufort, le roi des Halles, qui paya de sa liberté son hostilité à la politique de Mazarin. 11 ne sortit de prison qu'au bout de cinq ans, par une audacieuse évasion en plein midi, le jour de la Pentecôte de Tan 1648. «Ce prince entretenpit depuis longtemps une intelligence secrète avec un de ceux qui le gardoient, appelé Vaugrimaut, lequel ayant provision de cordes & d'autres choses nécessaires pour son dessein, le jour de la Pentecôte (i**juin), une heure après midi il entra dans la galerie du donjon avec M. de Beaufort qui s'y promenoir tous les jours avec le sieur de La Ramée 5 & ayant fermé par dedans la porte de la galerie au verrou, il se jeta sur cet officier avec M. de Beaufort 3 & après l'avoir bien lié & lui avoir mis une poire d'angoisse dans la bouche pour l'empêcher de crier, Vaugrimaut prit les devants sans façon & se coula par une corde dans le fossé, disant à ce prince qu'il étoit juste qu'il se mît le premier hors de danger, puisqu'il y alloit de sa vie. . . M. de Beaufort descendit après lui dans le fossé, d'où ils furent tirés tous deux aussitôt avec d'autres cor-

des par des hommes qui les attendoicnt^ & étant monté à cheval, il se rendit lui quatrième dans le pays du Maine.

«La cour fut surprise de cet événement dont on avoit cependant averti le cardinal Mazarin quelques jours auparavant, & qui avoit été prédit par Tabbé de Marivaux & Goiset, avocat qui se mêloit d'astrologie. La chose fut traittée de bagatelle. Cependant l'abbé de Marivaux étoit si persuadé de la certitude de sa prédiâion qu'il l'avoit publiée avec toutes ses circonstances 5 & quelques-uns de ses amis l'ayant rencontré au Cours le jour qu'elle eut son effet, & lui ayant dit tout haut que M. de Beaufort étoit encore à Vincennes, il leur répondit froidement qu'il n'étoit pas encore 4 heures, & qu'il falloit qu'elles fussent passées avant qu'ils eussent le droit de faire des railleries ^*l »

D'autres princes du sang ne tardèrent* pas à prendre la place ainsi devenue vacante : en janvier i6jo, durant les troubles de la Fronde Sl la Cabale des petits -maîtres, le duc de

^'^ Ai/moires de Guy Joly, éd. Michaud & Poujoulat, p. 8.

Longucville, & Conti, & Condé lui-même.

Tandis que le premier se montrait triste & découragé, que Conti ne cessait de pleurer, ne quittant pas le lit & réclamant une Imitation deJ.'Qj Condé, lui, demandait au gouverneur «une imitation de M. de Beaufort» : demeurant maître de lui, il chantait, jurait & priait Dieu. Durant sa captivité on fit faire dans les jardins qui entouraient le donjon un parterre à allées bien sablées. Le prince, qui y cultivait & arrosait des fleurs, disait à Dalence son médecin : «Aurais-je jamais cru que je serois occupé à arroser des fleurs tandis que ma femme feroit la guerre ?» La princesse, en efFet, une nièce de Richelieu, détrompa entièrement l'opinion qu'avait d'elle toute sa famille, & témoigna pour la cause de son mari, qui l'avait épousée à contre-cœur & ne lui montrait que de l'aversion, un dévouement & une intelligence que celui-ci n'avait rien fait pour provoquer^^l D'un caraftère jusqu'alors assez effacé, elle alla soulever la Guyenne contre la cour &

^') Voir k ce sujet les détails captivants d'un ouvrage récent : La femme du grand Condé, par Homberg & Jous- SELIN. Paris, Pion, 1905.

Mazarin, tandis que la duchesse de Longueville en faisait autant en Normandie, & que le vicomte de Turenne tentait un coup de main sur le château même de Vincennes. A peine le prince fut-il libre que les Parisiens vinrent avec grand respeft visiter sa prison & voir les fleurs qu'il y avait cultivées.

En décembre 1652, c'est Retz, le génial intrigant, qui goûta à son tour les amertumes du donjon : il s'est longuement étendu , dans ses Mémoires, sur son arrestation & sa captivité 5 après l'échec d'une première tentative d'évasion, le cardinal fut transféré à Nantes d'où il s'échappa en se cassant une jambe, pour aller mourir misérablement à Rome.

Après le rétablissement de l'ordre, la cour s'établit à Vincennes dont elle aimait le séjour. Mazarin voulait profiter des loisirs de la paix pour y exécuter de grands travaux, élever dans la cour du nord deux nouveaux pavillons faisant pendants à ceux qui déjà regardaient le sud. Le donjon serait ainsi devenu le dépôt des Archives du royaume. Le bois , transformé tout entier en parc, aurait été relié à Paris par le Cours, devenu une large voie

bordée d'habitations seigneuriales : projet séduisant & qui eût reporté vers Test les beaux quartiers de Paris déjà amorcés par les hôtels de la Place Royale & du Marais j il échoua devant l'entreprise réalisée à Versailles.

Néanmoins les travaux poursuivis au château depuis longtemps étaient terminés, & les décorations de peintres italiens. Roman elli & autres, dans les appartements avaient pris fin. Le parc aussi avait été transformé par le cardinal, à en croire Guill. Bautru, l'un des premiers membres de l'Académie française & bel esprit patenté de cour, qui écrivait au jeune roi : «J'ai laissé le bois de Vincennes plein de perdreaux & de faisandeaux, & le parc si beau pour les grandes pluies qu'il a fait que , si vous aimiez autant les autres bois que les lauriers, vous y seriez dans quinze jours pour prendre tous les divertissements imaginables.»

Quoi qu'en dît Bautru, Louis XIV aimait le séjour de Vincennes j il disait souvent que c'était à la salubrité des bois & des jardins de cette demeure qu'il devait la santé & la vie. Aussi est-ce là que le jeune roi, en arrivant du Midi après son mariage avec l'infante Ma-

rie-Thérèse, descendit avec la nouvelle reine avant son entrée à Paris par la porte du Trône, ainsi nommée du trône qui y fut dressé.

« Au commencement de septembre se fit à Paris l'entrée du roi & de la reine qui , en attendant cette célèbre journée, étaient toujours demeurés à Vincennes. Ce fut une belle chose & agréable à voir. La reine était dans un char triomphant j cette princesse était habillée d'une robe noire en broderie d'or & d'argent avec quantité de pierreries. Le roi était suivi d'un grand nombre de princes & des plus grands seigneurs de son royaume. La reine mère vit passer le roi & la reine par un balcon de la rue Saint Antoine ^^\ La reine d'Angleterre & la princesse sa fille étaient avec elle ^^K »

A la fin de cette année 1660, Mazarin, dont la santé déjà déclinait, se fit transporter à Vincennes où le roi & la reine mère vinrent le visiter. Pour être, soi-disant, plus près de Vincennes & conférer à l'aise avec Mazarin dans les temps où la cour résidait au château,

(*î Le balcon de Thôtcl de Beauvais.

(«) Memoim de M^ de MoUeviUe, éd. Michaud & Poujoulat, p. 499-500.

Fouquct s'était installé dans sa propriété de Saint-Mandéj la réalité était un peu différente. (( Il se chargeoit de tout, écrit l'abbé de Ghoisy, & prétendoit être premier ministre sans perdre un moment de ses plaisirs. Il faisoit semblant de travailler seul dans son cabinet à Saint- Mandé, &, pendant que toute la cour, prévenue de sa future grandeur, étoit dans son antichambre, louant à haute voix le travail infatigable de ce grand hontmie, il descendoit par un escalier dérobé dans un petit jardin, où des nymphes, que je nommerois bien si je voulois, & des mieux chaussées, lui venoient tenir compagnie au poids de l'or^^^» Ce cabinet dont parle Choisy occupait l'emplacement aâuel du pavillon des gardes j le petit jardin, lui, a disparu.

Aux derniers jours de l'hiver de 1661, Mazarin touchait à sa finj c'est à ce moment que l'un de ses protégés, Cosnac, évêquc de Valence, lui rendit une suprême visite. «Un matin, étant venu de Paris à Vincennes pour y

(') Voir les M/moires de Cboisy, publ. par Champollion, P- 573-574-

faire ma cour, on me dit que j'allasse promptement dans la chambre de Son Éminence, & qu'on lui donnoit l'extrême onftion. Je trouvai la chambre toute remplie de monde à genoux.

M. le cardinal ctoit assis dans un fauteuil à côte de son lit. Il m'aperçut, & des que les prières furent achevées, il cria qu'on me fît approcher. Dès que j'eus fendu la presse, il me dit deux fois de suite, d'un ton fort touchant : «Monsieur de Valence, je vous demande pardon», ayant toujours les yeux fixés sur moi, tandis que je m'approchois pour lui baiser la main. . . Il fut encore deux jours à combattre le mal 5 mais personne ne le voyoit que son [ confesseur & ses plus confidents domestiques.

I II mourut véritablement en grand homme,

disposant tranquillement de ses affaires, écri- , vant divers billets en France, en Italie, distri-

buant à quelques gens de la cour des bijoux I de prix, en envoyant même à quelques parti-

I culiers dans Rome, ne témoignant aucune

I crainte basse, n'affeftant aucune grandeur de

courage 5 & comme s'il n'eût pas daigné se préparer pour cette dernière aélion, il la fit de même qu'une autre aftion de sa vie, c'est-

à-dire comme un vrai sage, qui se regarde mourir comme speftateur^^l»

Le jour même de la mort de Mazarin (9 mars 1661), Fouquet se rendait de Saint- Mandé à Vincennes quand il rencontra en chemin Loménie de Brienne qui lui apprit la nouvelle. A son arrivée, il trouva le roi déjà en conférence avec les secrétaires d'État Lionne & Letellier, & la froideur de l'accueil ne lui présagea rien de bon.

Arrêté quelques mois après à l'instigation de Colbert alors tout-puissant, le surintendant arriva à Vincennes le 31 décembre. Il aperçut en passant sa maison de Saint-Mandé & ne put s'empêcher d'avouer qu'il aimerait mieux prendre à droite qu'à gauche, mais qu'il n'avait qu'à se résigner. Enfermé dans la première chambre du donjon, il fut autorisé à y garder auprès de lui son médecin Pecquet & son valet de chambre Lavallée. Les meubles garnissant sa chambre & les cabinets attenants furent apportés de Saint-Mandé 5 drame saisissant dont l'une des causes déterminantes avait été une

(*î Mémoires de Daniel de Cosnac, Paris, 1852 j t. I, p. 288-

idyllc qui s'était nouée sur les lieux mêmes où devait éclater la catastrophe : c'est dans le parc de Vincennes que le roi avait remarqué pour la première fois La Vallicre, & la rivalité amoureuse, auprès de sa maîtresse, du ministre déjà signalé pour ses prévarications, avait décidé sa perte.

Au commencement de 1663, le prince royal de Danemark fit un voyage en France. Le 22 janvier, le duc de Mazarin, gouverneur du château, vint le prendre à son hôtel à Paris & le conduisit à Vincennes. Après une chasse dans le parc, il lui ofFrit un dîner somptueux auquel assistèrent nombre de personnes de la cour, ÔL le speftacle d'un combat entre un lion & un taureau à la ménagerie de Bel-Air.

En juin 1680, les ambassadeurs siamois, venant de Melun, séjournèrent au château de Vincennes jusqu'à 'leur entrée dans Paris. Le troisième ambassadeur, conduit dans une chambre au-dessus de celle qu'occupait le chef de la mission, témoigna à Storf, le gentilhomme chargé par le roi d'accompagner les étrangers durant tout leur séjour, qu'il s'y trouvait fort bien à cause de la vue. Peu après,

il apprit que son chef devait loger dans la chambre au-dessous de la sienne 5 changeant de visage, troublé, il sortit avec précipitation, répondant à toutes les questions : que la lettre de son maître au roi de France, dont le premier ambassadeur était porteur, se trouvant par suite de cette disposition au-dessous de lui, il ne pouvait coucher au-dessus du lieu où elle était gardée. Le lendemain, les Siamois se rendirent à la ménagerie, se promenèrent dans le parc & visitèrent au retour le château : la disposition des appartements, qui étaient doubles, les intéressa vivement. Une foule de gens vinrent les voir de Paris 5 les avenues étaient encombrées de curieux. Ils reçurent la visite du Père La Chaise qui se proposait de préparer les voies à rétablissement d'une maison de son ordre dans le Siam.

L'achèvement du palais de Versailles porta le coup de mort à Vincennes en tant que résidence royale j Louis XV, qui y avait passé une partie de sa jeunesse & s'en souvenait, fit bien replanter le bois & ordonna, en 1731, un semis de glands d'où sont sortis les chênes aftuels : désormais le château était devenu

une sorte de décharge royale servant à toute fin. De 1740 à 1745, ^^^ fabrique de porcelaine fut installée au rez-de-chaussée du pavillon du roi par le contrôleur des finances Fulvy, alors gouverneur. Les frères Dubois, qui s'étaient approprié les procédés techniques du céramiste Cinquam-Siroux, dans la manufafture de porcelaine tendre que celui-ci avait créée à Chantilly pour le duc Louis de Bourbon, furent chargés de la diriger. Les débuts ne furent pas heureux : incapables & débauchés , les Dubois coûtaient plus qu'ils ne rapportaient 5 ils furent écartés. Dès 1745, F^vy, patronné par la Pompadour, puis par le roi, obtint des résultats tels qu'il se vit conférer le privilège, oour trente ans, de la fabrication d'une porccaine à pâte tendre pareille au Saxe. Les produits en furent fort appréciés. « Une innovation à la fois gracieuse & inattendue contribua surtout à les faire connaître. Nous voulons parler de ces fleurs délicates, montées sur des tiges de laiton, qui obtinrent alors un succès sans précédent. L'engouement fut tel , que la dauphine Marie-Josèphe de Saxe résolut d'expédier à son père, propriétaire cependant de la manufacture

de Mcisscn, des lustres & des girandoles garnis de cette délicate parure ^^l»

A la mort de Fulvy, en 175 1, le roi prit rétablissement sous sa proteftion immédiate sous le titre de manufoEhre royale. Les «porcelaines de France» furent marquées du chiffre royal §&, deux L entrelacées, accompagnées d'une lettre de l'alphabet changeant chaque année comme date. Dès 1754, la grande Catherine de Russie commanda un service à imitation de camées antiques, chef-d'œuvre unique auquel travaillèrent toutes les illustrations de la céramique française 5 il atteignait, il est vrai, le prix élevé de 360,000 francs qu'elle ne paya pas sans un peu d'humeur.

Le développement des affaires & la prospérité croissante de la maison en nécessitèrent, en 1756, le transfert à Sèvres, dans le nouveau bâtiment que les fermiers généraux venaient de lui élever sur l'emplacement d'une ancienne maison de campagne de Lulli.

Entre temps la manufaélure de porcelaines voisinait avec les cellules du donjon & les pri-

H. Havard, Ltf Céramique,

sonnicrs politiques. En 1746, Fréron le critique Y passa six semaines pour une imprudente plaisanterie sur la Pompadour qui avait accordé une pension peu méritée à l'abbé de Bernisj en 1749, Diderot, qui avait déjà fixé l'attention publique par les Pensées philosophiques & sa Lettre sur les aveugles, y fut à son tour enfermé pour trois mois. Déjà le scandale était grand : un mot, piquant pour le ministre d'Argenson, sur les beaux yeux de son amie, M"** Dupré de Saint -Maur, fit déborder la coupe. Mis d'abord au secret le plus rigoureux, le philosophe n'avait pour se distraire qu'un petit volume de Milton dont il couvrit les marges d'annotations tracées à l'aide d'un curedents trempé dans une mixture de vin & d'ardoise pilée. Puis les libraires & imprimeurs attachés à la publication de V Encyclopédie, dont le prisonnier était un collaborateur, poursuivirent sa libération & l'obtinrent vers les premiers jours de novembre. Pendant sa captivité il avait éprouvé la bienveillance du gouverneur, le marquis Du Châtelet, qui lui adoucit les rigueurs de la prison, le laissant libre de se promener dans le parc, de recevoir des visites,

notamment celle de Rousseau, l'invitant même à sa table.

En décembre 1748, le donjon vit arriver le prétendant anglais Charles-Edouard Stuart, petit-fils de Jacques II, que le traité d'Aix-la- Chapelle obligeait le gouvernement français à expulser du royaume, & qui s'obstinait à y rester. Il fut arrêté : l'événement fit grand bruit & produisit un scandale fâcheux pour la politique de Louis XV. «Enfin le prince Edouard a été arrêté hier, entrant à l'Opéra ^^l . . Il est descendu de son carrosse au cul-de-sac de l'Opéra 5 on a, à l'instant, fermé la barrière sur lui. Un sergent aux gardes déguisé l'a saisi par derrière & lui a pris les deux brasj il a voulu tirer son épée, mais on l'en a empêché. On l'a mené, par le fond du cul-de-sac, à une porte cochère d'où l'on va dans la cour des cuisines du Palais-Royalj là un carrosse à six chevaux l'attendait pour le mener à Vincennes. M. le duc de Biron s'est trouvé dès la seconde cour où il a passé pour l'accompagner partout, & jusqu'à

^'î C'était rancienne salle de théâtre privée du Palais- Royal , k l'entrée de la rue de Valois.

Vincennes où je crois qu'il lui tiendra compagnie & répondra de sa personne. Ce prince restera-t-il à Vincennes jusqu'à ce qu'il ait reçu nouvelles de son père qui est à Rome ? On le traitera sans doute en prince à Vincennes 5 il sera dans le château où rien ne lui manquera j mais on craint qu'il n'attente à sa vie.

«Mais, oh! comble d'horreur, voici ce que je n'ai appris qu'en dînant. L'ordre a été de ^arroUer ce prince par les jambes & par les bras, & on Ta exécuté 5 Vaudreuil, major des gardes, prétend avoir fait ce qu'il pouvait pour interpréter l'ordre de ce garrottement, s'il ne trouvait pas que cela fût absolument nécessaire 5 mais l'ordre a été absolu & sans permettre de réplique. C'a été avec des cordons de soie qui étaient préparés dans la poche des sergents aux gardes.

«Il est arrivé ainsi à Vincennes 5 on lui avait préparé un bel appartement, non au donjon, mais dans le palais du roi. On lui a offert un grand souper & un bon litj il s'est couché sur le lit tout habillé, il a refusé tout service, il a dit qu'il avait appris assez longtemps à se servir lui-même de valet de chambre, qu'il

demanderait à souper quand il aurait faim, mais qu'il ne l'avait certainement pas pour le présent.

«... Le prince Edouard a dit en chemin aux officiers qui l'ont arrêté : «Vous pouvez faire «ce qu'il vous plaira j vous ne me déshonorerez «pasj mais vous vous déshonorez, vous & votre «nation.» Un sergent aux gardes montra hier dans une maison le cordon de soie avec lequel il avait lié les mains & les jambes du prince. . . L'on redoutait le peuple de Paris qui, véritablement, était pour le prince Edouard 5 on a craint, dit-on, un soulèvement 5 c'est pour cela que presque tout le régiment des gardes était commandé, & en habits bourgeois.

« ...Le prince est toujours enfermé dans la tour où il couche 5 il est vrai qu'il va passer la journée dans les appartements du roi 5 mais on le ramène pour coucher dans la chambre du donjon. Ce prince se montre, à Vincennes, homme de courage, il y devient gai comme on dit qu'était le grand Condé dans la même prison de Vincennes où il jouait au volant. Il plaisanta avec les officiers aux gardes qui le gardent jour & nuitj il a demandé qu'on ne

les relevât pas$ il leur demande des nouvelles de rOpcra, & comment a chante Jeliotte^'^»

En 175 1 , tandis que Gabriel bâtissait à Paris rÉcole militaire, les jeunes élèves, au nombre de cinq cents, fils de gentilshommes sans fortune, furent installes à Vincennes jusqu'en juillet 1756, date de leur retour à Paris. «On suit toujours l'exécution de l'hôtel de l'École militaire. Le terrain est désigné au niveau de l'Hôtel des Invalides, & comme il faut du temps pour une pareille entreprise, on disait qu'on commencerait par recevoir des jeunes gens, tous fils de ceux qui ont été tués dans la dernière guerre, & qu'on les logerait, en attendant, dans le château de Vincennes (''*^.))

En 1777, ce fut au tour de Mirabeau de tâter du donjon : à la suite de l'enlèvement de la marquise de Monnier qu'il avait emmenée de Pontarlier en Hollande, Mirabeau fut arrêté dans ce pays & livré au gouvernement français. Durant trois ans & demi qu'il passa à Vin-

(*) Journal Ù^ Mémoires d'Argenson, éd. Rathery, t. V, p. 308-309, 312-3T3, 315, 317-318.

t^^ Juin 1751. Journal de Barbier, éd. Villegille, t. III, p. 263.

ccnnes, il demanda à un travail assidu sa seule distraction, écrivant divers ouvrages qui décidèrent de sa vocation de publiciste. En décembre 1780, son père, le marquis, s'entremit en sa faveur sur la promesse de reprendre sa femme « & d'en tirer progéniture » , pour empêcher le nom & la race de s'éteindre.

Le marquis de Sade, l'auteur de JufHne, y fut enfermé en 1769, à vingt-deux ans. En septembre 1764, on y transférait Latude, repris après s'être évàdé de la Bastille à l'aide de sa fameuse échelle de corde j ce prisonnier célèbre était détenu depuis 1749 pour avoir dénoncé à la marquise de Pompadour un complot imaginaire contre sa vie. « Le 23 novembre 1765 , il se promenait sur les quatre heures du soir 5 tout à coup il s'élève un brouillard épais :

l'idée qu'il pouvait favoriser sa fuite se présente sur-le-champ à son esprit. Comment se délivrer de ses gardiens.'^ Il en avait deux à ses côtés avec un sergent qui ne le quittait pas. Il s'adresse au sergent & lui demande comment il trouve ce temps-là. « Il me paraît fort mau- ((vais. Monsieur», répond le sergent. Latude reprend à l'instant : « Et moi je le trouve excel-

«lent pour m'échappcr». En disant CCS mots, il écarte les deux sentinelles, pousse le sergent, & vole avec la rapidité de l'éclair. On entend crier de tous côtés : Arrête! arrête! il crie luimême plus fort que les autres : Arrête, au voleur! arrête!... Il ne reste qu'une sentinelle, le soldat lui barre le chemin. Latude ralentit sa course, s'élance sur son fusil, le lui arrache des mains avec tant ^de violence que le mouvement le fait tomber à terre, saute par-dessus le corps de cette sentinelle, <& Latude est libre ^^l» Repris & jeté dans un cachot plus rigoureux du même château, il n'en sortit qu'en 1775 ^ ^^^ transféré à Charenton «pour cause de dérangement de tête».

Avec l'année 1784, le donjon perdit définitivement le caraélère de prison d'État qu'il avait gardé depuis Louis XI, & le château, celui d'habitation royale : la garde, supprimée, fit place à un simple concierge chargé d'ouvrir & de fermer les portes : quant aux prisonniers, ils furent ramenés à la Bastille. Cette innovation, il est permis d'en rapporter le mérite, pour une

^*^ NouGARET, Hfffotre du donjon de Vincennes, t. III, p. 144-147.

bonne part, à Mirabeau, dont le mémoire sur les Lettres de cachet & les abus de la vieille geôle contribua à éclairer le ministre Breteuil.

La Révolution de 1789 la menaça un instant dans son existence. La populace du faubourg Saint- Antoine, mise en goût par la démolition de la Bastille, brûla du désir de montrer le même civisme à Vincennes, & dans la journée du 28 février 1791 s'y porta en foule sous la conduite de Santerre : vitraux de Jean Cousin , sculptures en bois de la chaire, du rétable, des stalles, tout fut mutilé, égaré ou détruit dans la Sainte-Chapelle. Prévenu par la municipalité locale de ce qui se passait, Lafayette accourut avec des troupes, & constata que déjà les mutins avaient commencé à détruire la partie supérieure du donjon : il en saisit une soixantaine tandis que les autres se dispersaient, &: les ramena sous bonne garde à Paris.

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