‹ Etudes sur le Paris d'autrefois (volume 2)Chapitre 5 sur 11 · OO · texte numérisé non relu

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roidcs ou rebras devant, les damoiselles laissèrent leurs cornes & leurs queues & grant foison de leurs pompes ^^^)).

Louis XI, qui donna à la forêt de Rouvray le nom de « bois du village de Boulogne » , commença à y tracer quelques routes pour en faciliter le passage : c'est à dater de ce jour que le bois devint définitivement un centre d'cbattement & de plaisir pour les citadins. Ceux-ci , nous pouvons l'ajouter tout de suite, avaient un autre but d'excursion en s'y rendant : l'abbaye de Longchamps, fondée en 1260 par Isabelle, sœur de saint Louis. Aux siècles suivants, l'intérêt royal continua à se porter sur cette maison qui resta longtemps en vogue extraordinaire : nous nous expliquons ainsi le choix de François P** qui, de retour de sa captivité à Madrid, jeta les yeux sur la forêt de Rouvray pour y créer un rendez-vous de chasse plus voisin de Paris & du Louvre que Saint-Germain 5 ce fut de plus une sorte de garçonnière royale abritant derrière ses murs discrets, de règne en règne, 1er» amours de nos souverains.

^'^ Journal d'un bourgeois de Paris sous le r}^ de Charles Vllj année 1429.

Cette destinée fut à peu près celle de toutes les demeures royales. Dès lors l'histoire du Bois de Boulogne ne cessa plus de se confondre avec celle de ses châteaux.

François P** avait tous les goûts d'un esprit singulièrement cultivé : il se livra ainsi au royal plaisir des construâions magnifiques 5 mais, ne trouvant pas dans la fermeté de sa raison d'obstacles à l'entraînement des entreprises, il se lança tête baissée dans les dépenses comme dans les troupes ennemies, sans calculer assez les moyens de retraite. En même temps qu'il renversait le vieux Louvre pour la création grandiose de Pierre Lescot, il élevait Chambord & Fontainebleau, & le château du Bois de Boulogne, bijou aux mille couleurs dans un nid de verdure.

Jérôme Délia Robia, l'architeâe chargé de sa construftion, appartenait à cette illustre lignée d'artistes qui, depuis un siècle, remplissaient l'Italie des productions de leur ciseau. Luca, le premier en date de la famille, avait commencé dès la première moitié du xv* siècle par exécuter de petits sujets en marbre dans la cathédrale de Florence. Un siècle avant Palissy

il cultiva avec distinftion la céramique, & exécuta, soit seul, soit avec son neveu André, pour l'église de San Miniato & pour le portique de l'hôpital des Innocents, des figures à* Enfants en terre cuite émaillée, l'une de ses œuvres les plus considérables.

Jérôme, fils d'André & celui qui nous occupe ici, continua, en les développant, les traditions de la famille. Arrivé en France vers la fin de 1527, il servit durant quarante ans quatre rois de la maison de Valois, & ne cessa de travailler qu'en 1565.

En élevant au-dessus de la rive droite de la Seine, à la lisière d'un grand bois, une maison de plaisance, le roi avait une excellente occasion de rompre avec la vieille tradition qui faisait de tous ses châteaux comme de sombres forteresses. Délia Robbia projeta de faire en France quelque chose de nouveau par l'originalité & l'élégance coquette, mais en même temps de si hardi, de si risqué, qu'il fallait un Délia Robbia pour l'imaginer & un François I** pour le tenter. C'est Jérôme qui appliqua l'extension de la sculpture émaillée en couleur à l'architeélure, non plus seulement par médail-

Ions ou cadres isolés sur des surfaces planes, mais par un ensemble de décoration né de la conception même de Tédifice, formant en un mot une architefture polychrome proprement dite, dont la richesse se prodiguait du soubassement au sommet des cheminées : le château du Bois de Boulogne devenait ainsi une pierrcrie ctincelante au milieu du sombre feuillage de la foret.

Des le i**' août 1528, le roi ordonna, en même temps que les travaux de Fontainebleau , « l'autre en son bois de BouUongne près Paris, esquels lieux icelluy seigneur estant délibéré quelquefois se retirer pour le plaisir de la chasse & lesquels ediffices il veut estre faits selon & ainsi qu'il a devisé & donné à entendre . . . » , en recommandant de les pousser aélivement. Un an après, on était déjà sorti des fondements, on songeait à l'ornementation, & le roi, en septembre, se fit mener « par eaue à Seuresne veoir illec des médailles que lediâ seigneur faiél faire pour son bastiment dudit Boullongne^^^).

Les payements à compte se succédèrent en

^*^ Arch. nat.. Comptes des menus plaisirs j vol. loo.

153^ & i555j ^^ ^ décembre 1537, une somme de 54,288 1. 17 s. 7 d. fut remise « à Gratian François & Jherosme de la Robie, maistrcs maçons dudit bastiment de BouUongne, pour avoir parfait tous les ouvrages de maçonnerie audit lieu de Boullongne»^ plus loin & spécialement, 3,572 livres « à Jherosme de la Robie, sculpteur & emailleur de terre cuite pour tous les ouvrages par luy faiéls d'esmail & autres certaines pièces de terre cuitte audit bastiment de BouUongne» (8 avril 1538).

Du i" janvier 1538 au 30 septembre 1550, «Gratian François & Jherosme de la Robie, maistres maçons » , touchèrent encore près de 12,000 livres, & « Jherosme de la Robie, esmailleur de terre cuitte & sculpteur pour le roy au chasteau de BouUongne, pour les ouvrages de terre cuitte, recuitte & esmaillée faiéls au bastiment de BouUongne lez Paris » , 12,786 livres.

Dès 1540, le roi put habiter une partie de son château de plaisance qu'entourait, à portée d'une chasse excellente, un fort beau parc disposé en quinconce régulier & descendant en pente douce vers la rivière 5 un labyrinthe à la

modc italienne le terminait du côté du sud.

Un grand mur d*enceinte, enfin, garantissait le maître bien moins contre les ennemis que contre les importuns : pour lui, Madrid avait avant tout la destination d'un rendez -vous galant, où il recevait la duchesse d'Étampes & la Belle Ferronnière^^l Entourée d'un fossé de 16 mètres de largeur sur 4 mètres de profondeur, la nouvelle demeure figurait un rectangle , flanqué de pavillons, de 78 mètres de longueur sur 37 mètres de largeur, dont la façade principale était tournée au sud, vers Saint- Gloud. Comportant quatre étages, dont deux avec galeries à l'italienne, elle était revêtue sur trois côtés d'ornements en relief de faïence polychrome qui couvraient les murs '& jusqu'aux cheminées. Le peuple parisien, ébloui par cette décoration dont il voyait pour la première fois un spécimen, ne parla plus que du «château de faïence» 5 le roi, jusqu'en 1560, n'employa d'autre terme que celui de « château du Bois de Boulogne » 5 à ce moment, l'appel-

f^^ « Une cour sans femmes, disait-il, est une année sans printemps & un printemps sans roses.»

lation de «Boulogne, dit Madric ou Madrih), commença à paraître dans les comptes, les plans d'Androuet Du Cerceau, les correspondances privées. D'où venait-elle ?

Au XVIII® siècle, un voyageur étranger, relatant ce qu'il a vu à Paris, s'exprime ainsi ; « Le château de Madrit. . . est remarquable entre autres pour le tour que François I*"" joua à l'empereur Charles V : celui-ci l'ayant remis en liberté sur sa parole d'honneur qu'en cas qu'il ne pût satisfaire aux conditions de son relâchement dans le terme fixé, il retourneroit à Madrit dans son ancienne prison, le roi ne fut pas plus tôt de retour en France, qu'il bâtit, en 1530, cette maison sur le modèle de celle de Madrit, en Espagne, & lui donna ce nom.

L'ouvrage étant fait, il s'y rendit au terme arrêté, pensant avoir ainsi exécuté sa promesse, mais il n'eut garde de retourner à l'autre Madrit, en E.spagne. A l'occasion de ce fait, je laisse raisonner les moralistes & les politiques sur la validité de ces réservations mentales (^^))

(0 Voir "NEiAEnz y S^oftr de Paris ou InSfruHions fidèles pour les 'Voyageurs de condition, Leyde, 1727.

Méfions-nous de l'explication que ne confirme aucun témoignage contemporain : le trait, au reste assez médiocre, ne trahit que l'aigreur d'une vieille prévention nationale.

Au siècle précédent, Bassompierre dit :

«Cette maison s'appelle aussi Boulogne, mais les courtisans du temps du roi François, qui s'y rctiroit souvent en particulier, pour témoigner que l'on ne voyoit pas le roy, disoient qu'il estoit à Madrid ^^\ »

Au xvi" siècle, enfin, le Journal Sun bourgeois de Paris sous le rèffte de François J^^^^, ainsi un contemporain, s'exprime en ces termes : «En l'an 1528, le roy commença à faire bastir ât ediffier un chasteau & lieu de plaisance auprès du bois de Boullongne & du couvent des religieuses de Longchamp qui est quasi sur la rivière de Seine, entre ladiéie religion de Longchamp & le pont de NuUy, & le nomma le roy Madril, parce qu'il estoit semblable à celuy d'Espaigne, auquel le roy avoir esté par longtemps prisonnier. » Cette explication est celle qui

^*J Voir SCS Remarques, etc. Paris, 1665, p. 146. t*ï Éd. Lalanne, p. 329-330.

paraît se rapprocher le plus de la vérité, à condition qu'on lui attribue une portée extensive que son auteur lui-même ne semble pas avoir soupçonnée. Il affirme la ressemblance des deux châteaux, non pas de visu: ils n'étaient pas encore sortis de terre, mais d'après les bavardages anticipés de la cour. On y assurait que le château de Boulogne ressemblerait à celui de Madrid par son ornementation de faïence émaillée en couleur 5 là-dessus, le Bourgeois s'en va répétant qu'il est « semblable à celuy d'Espaigne».

En fait, au moment où François I** accepta le projet d'un château décoré de sculptures en faïence émaillée de couleur, l'architeélure polychrome, d'origine romane & arabe, était plus répandue en Espagne qu'en tout autre pays, & il n'est pas croyable que le roi ait vu un projet conçu dans ce goût sans se rappeler ce qu'il avait vu à Madrid & dans tout le pays.

Le lieu où le nouveau château s'élevait n'avait pas de nom, ou simplement celui du bois environnant, qui pouvait aisément être remplacé par un autre. Le sobriquet de Madrid j né peutêtre d'une sailhe jetée à l'étourdi, fit à la

dérobée son chemin, sans qu'aucune ressemblance réelle de plan ait jamais eiysté entre Tancieft château de la capitale espagnole, élevé au xiv*" siècle dans le style gothico-mauresque du temps, & le nouveau de la banlieue parisienne, bâti en 1528 par un Italien dans le style élégant de la Renaissance 5 aucune, si ce n'est l'application des a^lejos que rappelaient à François P" les faïences émaillécs de Jérôme Délia Robbia.

C'est Henri II, apparemment, qui mit la dernière main au château de Madrid : en plusieurs parties des décorations on retrouvait les chiffres du roi & de Diane de Poitiers entrelacés H, & celui de la reine Catherine. Mais Jérôme Délia Robbia, tout en continuant à travailler, voyait son œuvre entravée désormais par Philibert Delorme, le futur architeéle des Tuileries, qui, sans égard pour la faveur du feu roi, désapprouvait ces ouvrages en terre émaillée. Chargé, grâce à la proteélion de la toute -puissante favorite, de surveiller « plusieurs ouvriers & artisans... tant à Fontainebleau, Saint Germain en Laye, la Muette dudit lieu de BouUongne les Paris, Villiers-

Cottcrcts » , il avait sous ses ordres Délia Robbia & Graticn François.

L'entente ne pouvait subsister longtemps entre les deux artistes 5 Témailleur italien n'était plus qu'un comparse : décourage, il se retira & retourna dans son pays. Delorme avait donc les coudées franches : sans supprimer absolument l'application des terres émaillées, & sans doute pour sauvegarder l'unité décorative du château, il se borna à en restreindre l'emploi. Il fit appel aux meilleurs spécialistes de Limoges, dont les émaux incrustés avaient depuis le moyen âge une si légitime réputation. Trois d'entre eux, les Courteys, sur lesquels nous n'avons, du reste, que peu de renseignements, produisirent des œuvres remarquables.

C'est l'aîné, Pierre, l'un des meilleurs élèves de Léonard Limosin, qui exécuta pour la façade septentrionale ^^^ plusieurs grandes plaques émaillées sur cuivre, dont neuf se trouvent aujourd'hui au musée de Cluny. Repoussées au marteau en relief coloré sur fond bleu, elles

<') Philibert Delorme venait d'en ternniiner les deux étages supérieurs.

montrent dans le dessin & le coloris des exagérations qui choquent vues de près, mais devaient disparaître dans l'effet d'ensemble & s'harmoniser avec le reste de la décoration polychrome. Exécutées à Limoges sous la signature Pierre Courteys IJJ9, ces pièces portent des sujets emblématiques.

JuStitia. La Justice, tenant sa balande d'une nnain, son glaive de l'autre.

Prudentia. La Prudence, un serpent enroulé autour du bras droit, tient son miroir de la main gauche.

Caritas. La Charité, portant un enfant sur le bras gauche, en tient un autre de la main droite.

Satumm. Saturne dévorant un de ses enfants.

Jupiter, Jupiter sur des nuages, prêt à lancer sa foudre, un aigle à ses pieds.

Sol, Apollon conduisant un char.

Mars, Un guerrier.

Hercules, Hercule fièrement appuyé sur sa massue.

Mercurius, Mercure jouant de deux chalumeaux.

La suite complète, il est probable, était plus

nombreuse, & quelques dieux ou déesses ont sans doute été égarés.

Quant au bois lui-même. Délia Robbia avait arrêté, pour régulariser son enceinte, un plan que réalisa Henri II : entouré de murs, il sembla avoir perdu quelque chose de son étendue & de sa magnificence, mais l'ancienne sauvagerie fit place à un entretien plus soigne de ses cultures. La clôture, partant de Boulogne, longeait Auteuil & rejoignait Neuilly, puis la Seine, laissant en dehors le château de Madrid.

A Tavènement de François II, Delorme, à son tour, fut remplacé par Le Primatice & Jean BuUant, qui déterminèrent le rappel de Jérôme. C'est à lui que revient tout le mérite de la conception du plan & de son exécution : il put encore jouir du succès de son œuvre, qui était achevée en 1567, à sa mort. Philibert Delorme, qui n'y eut pas grande part, avait, soit par jalousie ou par manque de clairvoyance, . arrêté l'essor de l'artiste : il en fut assez puni en voyant, dans ses derniers jours (1568), le château terminé & étincelant au soleil par les soins de Délia Robbia, suivant le plan initial.

Androuct Ducerceau nous en a laissé, tel qu'il existait de son temps, une description capitale'" qui témoigne de son admiration pour l'art de l'émailleur italien. «La masse est fort csclattante à la veue, comme vous pouvez vcoir par les desseins & élévations que je vous en ay desscignez : d'autant qu'il n'est pas jusques aux cheminccs & lucarnes qui ne soient toutes remplies d'œuvte.» A une époque plus récente, l'arcliiteile Vaudoyer, qui, bien que contemporain de la Révolution, n'avait pas vu en personne le château, mais avait conservé dans toute leur précision les déclarations de ceux tjui l'avaient vu avant sa démolition en 1793, pouvait écrire en 1837 ; «Tous les artistes contemporains qui ont vu la décoration du château assurent qu'elle était très agréable, que les cmaux qui c[aient distribués avec autant de sagesse que d'harmonie y produisaient un effet merveilleux. Quand le soleil éclairait ces façades, les saillies de ces brillants ornements de couleurs variées se détachaient sur des fonds

''I Dts pla exciSens haliimim dt Franti, Paris, IJ76; t. I, p. 4.

rouges, verts, violets, azurés par des reflets & par des ombres très prononces. Ces façades produisaient à la vue un charme harmonieux, gracieux, inconnu jusqu'alors & qui convenait parfaitement à l'édifice noble & galant dont François P' avait ordonné l'exécution avec ce nouveau genre de décoration ^^l»

Charles IX suivit les traditions de la famille : il y fit l'amour. Comme Henri II y avait eu des tcte-à-tcte avec Diane de Poitiers, il y installa, lui, Marie Toucher, la maîtresse très aimée, gracieuse & spirituelle qui lui donna Charles de \^lois, le comte d'Angoulêmej & Louise de Rouet de La Béraudière, la belle Rouet, une fille d'honneur de la reine mère, qui accoucha également d'un fils, plus tard évêque de Périgueux. C'est au milieu de ces passe-temps frivoles qu'il trouva le loisir d'écrire son livre De la chap royale j « ce beau livre de la chasse & de la vénerie, dit Brantôme, dans lequel il y a des advis & secretz que jamais veneur n'a sceu ni peu attaindre'^*^^). Le jeune roi

^*^ Note manuscrite lue a F Académie des beaux -arts en 1837.

^*) Voir son discours Sur le roy Charles IX'.

aimait ce séjour & y venait fréquemment. «Il me souvient qu'après la seconde guerre civile & durant la petite paix, le roy Charles vint à cstre mallade à Madrid. Un jour, après qu'il cust disné, il commanda à tout le monde de se retirer, puis commanda à messieurs d*E,strozzc^^) & Brissac de demeurer} à M. d'Estrozze il luy fit donner un luth par Losman, jeune homme chantre de sa chambre & très bon joueur de luth, & dist audiét M. d'Estrozze qu'il en jouast, car c'estoit le seigneur & gentilhomme de France qui en jouoit des mieux j & puis commanda à M. de Brissac de danser soubz luy, qui n'y faillit point, car ce prince sur tout vouloit estre fort obéy^ si bien que l'un & l'autre ne faillîrent de jouer & de danser, & principallement la gaillarde & les canaries^^^ qui pour lors avoient grand vogue. Le roy y prit son plaisir, & à tel speftacle &

^*^ Phil. Strozzi, de la famille florentine de ce nom, un des plus vaillants capitaines de son temps, passé au service de France.

^*J «En ceste danse des Canaries, on s'approchô & on se recule les uns des autres en faisant plusieurs passages gaillards, étranges 6c bizarres, qui représentent des sauvages.» (DtWon. de Trévoux j t. II, v" «Canaries».)

à telle ouyc assez longtemps, & puis il dist à aucuns que nous estions là : «Voylà comme «après que j'ay tiré du service de mes deux «couronnelz à la guerre, j'en tire mon plaisir «à la paix^^l»

Henri III aima ce séjour non moins que son frère, mais en y apportant d'autres appétits. Il y vint avec ses mignons & y entretint des bêtes sauvages qu'il faisait combattre contre des taureaux. Une nuit, nous apprend le Journal de l'EJtoile, il rêva que ces animaux se jetaient sur lui pour le dévorer, & il fit abattre à coups d'arquebuse «les lions, ours & semblables bestes qu'il vouloit nourrir pour combattre avec les dogues» , remplaçant des lors ses fauves par de petits chiens. Il projeta encore de faire de Madrid le siège de l'ordre du Saint-Esprit, en perçant à cet effet, à travers le Bois de Boulogne replanté d'ifs & de cyprès, six larges voies bordées de mausolées à la mémoire des chevaliers qui viendraient à mourir. «Dans cent ans, disait-il, ce sera une prome-

('J Brantôme, Œuvres complètes j édit. Lalaane, t. VI, p. 141-142.

nade bien amusante, il y aura au moins cent tombeaux. »

Aux XVI* Si xvif siècles, sous l'inspiration d'un faux point d'honneur importé d'Italie & d'Espagne, le duel avait pris dans les mœurs une place excessive : on se battait, pour un oui, pour un non, un peu partout, à Vincennes, dans les rues, à la Place Royale, au Pré aux Clercs 5 il faillit même y avoir une rencontre au Bois entre Henri de Guise (le Balafré) & ce Bussy d'Amboise, dont l'héroïque bravoure, la galanterie & la fin uagique ont feit une sorte de type légendaire, si largement exploité par À. Dumas dans La Dame de Monsoreau. «M. de Guise, le dernier mort & tué à Bloys, l'année que le roy Henry III tourna de Pouloigne, lequel estant allé à la chasse un jour au bois de Madric avec toute sa cour (j'y estois), avoit quelque chose à demander à M. de Bussy qui venoit lors du siège de Lusignan, où il avoit esté fort blessé en très vaillamment combattant selon sa coustume. Ainsi que la chose se faisoit, M. de Guise prend M. de Bussy à part & estant bien cscarté dans le bois, il luy demanda la parole

qu'il luy vouloit demander, & pour laquelle il Tavoit apellci mais M. de Bussy l'en satisfit si honnestement que M. de Guise eut occasion de s*en contenter & luy dire : «M. de Bussy, «je me contente, vous jurant que si vous ne «l'eussiez faift, nous nous fussions bien battus «en cestc place où vous voyez comme je vous «y ai amené en gallant homme, m'estant dc- «pouillé de ma principauté & des grades que «j'ay sur vous.» A quoy M. de Bussy, qui n'avoit point faute jamais de responces, & surtout en ces choses de combats, luy respondiâ; : «Monsieur, je suis fort aise que vous soyez «content de moy, vous priant de croire que ce «que j'en ay di£l n'a esté nullement par crainte, «car Bussy n'en eust jamais 5 mais quand nous «fussions venus là, avant qu'aller à vous, je me «fusse jette en terre en signe d'humilité que je «vous dois, & le bras nud & la teste nue je fusse «allé à vous pour m'essayer à vous faire courir «aussi grande fortune comme vous me l'eussiez «faifte courir. ))^^^

Henry IV rendit au château sa destination

f^J Brantôme, ouvr. cit., p. 468-469^.

amoureuse à laquelle ses prédécesseurs Tavaicnt trouvé le plus favorable en y logeant sa Gabricllc & autres dames de même emploi, telles que Catherine de Verdun, une religieuse enlevée au couvent de Longchamps. Puis il obtint son divorce, & bien aise de se débarrasser de la reine Margot, il lui fit don du château de Madrid comme prix de son consentement.

Voluptueuse autant que dévote, la princesse fit de sa nouvelle demeure le théâtre de fredaines fort peu orthodoxes, dont elle allait très régulièrement faire pénitence à l'abbaye voisine. C'est pour faciliter les communications entre les deux maisons qu'elle ouvrit l'avenue qui a gardé son nom.

Dès cette époque, semble-t-il, le roi, bien qu'ayant aliéné la propriété de la maison, songea un instant à y établir l'exploitation industrielle du tissage de la soie qui devait, un peu plus tard, y être réalisée sur une plus large base. Le mécanicien anglais Lee, inventeur du métier à tisser les bas, avait trouvé d'abord peu d'encouragements dans son paysj il se tourna vers la France, & sur les promesses de Sully, alla en compagnie de quelques ouvriers expé-

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rimcntcs s'établir à Rouen. La croissante prospérité de la nouvelle industrie porta apparemment Henri IV à la rapprocher de sa personne. La princesse divorcée, tout en réservant ses droits de propriété, se prêtait de la meilleure grâce du monde à cette transaélion, tant par égard pour le roi que dans l'intérêt du petit dauphin, auquel elle se proposait de léguer ses biens, & elle s'empressa d'assurer son ancien époux, avec lequel elle était restée en excellents termes, de toute sa bonne volonté.

19 mai 1600.

«Monseigneur, j'ay su. . . qu'entre ses bons ménages elle a désiré faire un ménage de soies en ma maison de Boulongnej & parce que l'on m'a averti que le sieur Balbani, à qui Vostre Majesté en avoit donné la charge, l'avoit intremis (interrompu), ayant su que la maison estoit à moy, j'en ay esté très marrie, n'estimant & mes maisons & tout ce qui est mien pouvoir servir à plus digne office, ni qui me soit plus agréable que ce qui est du plaisir de Vostre Majesté. Honorez-moy donc tant, monseigneur, d'en disposer à vostre volonté & de

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croire que le changement de condition ne changera jamais en moy ce devoir & cette voulontc^^^»

12 mai 1605.

«Je supplie Vostre Majesté très humblement d'avoir agréable, à cette heure que ma maison de Boulongne n'est plus nécessaire aux fcseurs de soie, qu'elle me soit remise, l'air de cette demeure m'estant plus sain que celuy de Villers-Cottret, lequel, monseigneur, comme tout ce qui est à moy est à Vostre Majesté, & luy sera plus propre pour la chasse. S'il luy plaist donc me la faire remettre, je la feray meubler & accommoder, & m'y rendray.

Dieu aydant, avant que le mois de septembre passe ^^\ »

17 mai i6o6*

« Il y a deux jours je passai à Boulongne où j'ai trouvé un si grand desgast du bois qu'ont fait les enfans de la gruyère, comme vous dira Rodele, que si elle y estoit encore trois mois, je crois qu'il n'y auroit plus de bois. Je

(») Bibl. nat., CoM. Dutuy, t. 217, P 63.

W Ihid,, P 89.

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dcsire conserver & embellir cette maison pour mons' le Dauphin 5 j'aurois extresme regret de la voir ainsy ruiner, qui me faiét très humblement supplier Vostre Majesté d'avoir agréable que je l'en oste. J'ai donne Testât de gruier^*^ à un honneste homme 5 il tiendra la casine meublée & propre, & la porte ouverte quand il plaira à Vostre Majesté d'y aller, ne voulant avoir chose qui ne soit pour servir à Vostre Majesté ^^l »

La mort de Henri IV interrompit brusquement l'entreprise 5 Lee, venu à Paris pour en défendre les intérêts, y mourut, & ses ouvriers découragés retournèrent en Angleterre avec leurs métiers.

A sa mort, la reine Marguerite légua le château de Madrid au jeune roi Louis XIII, qu'elle avait, de son vivant, invité plusieurs fois en cette demeure, sans le moindre embarras. Le Journal d'Heroard^^\ médecin de

^*î Officier qui exerçait une juridiâion sur les eaux & forêts.

(*) Bibl. nat., CoM, Dupuy, t. 217, P 99.

î'^ Publie par Soulier & Barthélémy; 2 vol., Paris, 1868.

Louis XIII, qui, de 1601 à i6î8, ne cessa jamais de noter les moindres faits &. gestes du prince, nous relate ses visites & ses chasses à Madridj de son temps les loups, les lièvres, les corneilles étaient encore assez nombreux pour l'y attirer souvent.

Le 3j (mars 1609), mercredi, Men^ au parc de Madrid, it a goûte à l'entrée chez le concierge, puis il est mené en l'abbaye de Longchamps.

Le j (avril), vendredi. Mené vers la Muette, à la rencontre du roi qui était à la chasse.

Le 30 (novembre), vendredi. Mené en carrosse jusques au Roule, il monte à cheval & va courir un loup en la garenne de Madrid.

LeT4 (janvier 1610), jeudi. Il entre en carrosse, est mené par le Roule au parc de Madrid, y est monté sur sa petite haquenée baie, court deux lièvres. La pluie & la grêle surviennent, il se prend à gilopcr pour gagner le château ; il change de chemise; l'orage passé, il remonte à cheval j goûté à cheval d'une petite tarte de massepain & de deux marrons qu'il tire de sa pochette.

Le 4 (mai) , mardi. Il va à cheval à la chasse au parc de Madrid.

Le ij (jïûllct), jeudi. Mené en carrosse à Madrid, à la chasse au lièvre & à l'oiseau.

Le 2} (décembre), jeudi. Mené en carrosse au bois de Madrid, il y est monte à cheval, chasse

deux loups, volc^*^ une corneille, est ramené en carrosse.

Le 19 (janvier 1618), vendredi. Il va à Madrid visiter tout le logement du château, le fait luimême marquer pour y aller loger, revient chez la reine.

Le 23, mardi. Entre en carrosse & va à Madrid pour y loger; ce fut la première fois.

Le 25, jeudi. Il prend un cmerillon sur le poing & va i pied dans le bois, vers la Muette, revient tout à l'entour de la muraille du parc, va chez la reine.

Le 29, lundi. (A Madrid) il tient un conseil où il donne congé aux notables qu'il avait mandes pour l'assemblée tenue à Rouen.

Le mercredi 31. Il va visiter la volerie ^*^ de Longchamps.

Les visites intermittentes du roi n'empêchèrent pas Madrid de tomber, après la mort de la reine Margot, dans un certain abandon que la présence d'un gouverneur-gardien ne suffisait pas à animer. «Le 7 avril 1644, la reine donna au roi le divertissement de voir

^'ï Chasse k l'oiseau.

^*^ Dépôt des oiseaux de proie entretenus pour la chasse, & que le duc de Luynes, favori du roi, excellait k dresser.

rçxercice que fit le régiment des gardes vers le Bois de Boulogne ^^\ »

((Le roi alla le 4 se divertir à la chasse au Bois de Boulogne, S. M. témoignant une grande inclination pour ce royal exercice ^^\ »

Sous la Fronde, la régente fit enfermer au château le conseiller Broussel & ses compagnons qu'il fallut bientôt relâcher sous la pression des menaces populaires.

Le Journal de voyage de deux jeunes Hollandais nous raconte le séjour dans notre ville des deux frères de Villers, de i6j6 à i6j8. Cet ouvrage, qui s'étend beaucoup sur Paris, sa topographie, ses mœurs, s'exprime ainsi sur le Bois de Boulogne : ((Nous passasmes outre par Chaillot & le Bois de Boulogne qui est assez grand & planté de chesnesj il a esté renommé parce que c'estoit le lieu ordinaire où la noblesse se battoit en dueU il y est fort propre, ayant quantité de recoins & d'endroifts escartés.

Nous mismes pied à terre au grand carrefour, au milieu duquel on voit une croix érigée de

î') Galette de France pour l'année 1644, p. 244. ^5) îhid., sept. T648.

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pierre de taille, & nous nous pourmenasmes jusques à Madrit, qui est ce chastcau royal qui Y fust basti par le roy François I, sur le modèle de celui où il fut prisonnier à Madrit. .. Il est tout à fait abandonne, & c'est dommage, car c'estoit un fort bel ouvrage 5 il semble estre faift de marqueterie, y ayant en plusieurs endroits des quarreaux & du piastre vernisse & relevé en bosse 5 mais estant exposé à l'injure du temps, le vent & la pluye gastent tout & font tout tomber. . . ^^\ »

Le gouvernement naissant de Louis XIV, sous l'inspiration éclairée de Colbert, songea à relever l'industrie perdue du tissage de la soie 5 l'opération, cette fois, était moins aisée. L'Angleterre avait appris à apprécier les produits jadis dédaignés, & en prohibai; jalousement l'exportation. Chargé d'une mission par le grand ministre, le mécanicien Hindret réussit à surprendre sur place le secret de la fabrication, & revint fonder au château de Madrid une manufaélure qui passe pour être le berceau de la fabrication française des tissus à

(0 Paris, 1900, p. 109-110.

mailles'''. C'est dans les salles décorées jadis par Philibert DeJorme & le Primatice, où avaient devisé & fait l'amour François I", Henri II & Diane de Poitiers, Charles IX & Marie Touchet, que furent uavaillcs les premiers bas unis, chinés, tigrés, à fleurs. «Suivant le commandement de monseigneur, écrivit à Colbert, le 3 juin 1666, le gouverneur du château, Pecquot, j'ay formé une compagnie pour la manufailurc de Madrit , & l'ay jointe avec le sieur Indrct & ses enfants. Cette compaignie est compozée, si M*' l'aggrée, ainsy ; du sieur Indrct, premier entrepreneur, etc. lesquelz se propozent de faire un fondz de 300,000 1. & plus s'il est nécessaire, pour taire travailler & cstablir dans un an zoo mestiers aux lieux que M*' ordonnera, & de rompre le commerce d'Angleterre. Hz sont d'accord de tous leurs faitz, excepté de quelque dcsintcressemeot que demande le sieur Indret. . . Je rendray compte plus particulier de cette affaire à M*" de vive voix, & luy diray seulement par

'"' C'est ^ ce moment même, en i66^, que l'atchevèque de Paris, Retz, bâtit tout pris de Midrid une maison de campagne qui devait plui tard s'appeler Saint-James.

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avance que, de toutes les manufaftures du temps, celle-cy sera» soustenue avec le plus de solidité, d'esclat & de succez, si je ne me trompe & si M^ la protège ^^K»

Cette fabrique, avec tout son succès, ne fut pas exempte de quelque désordre 5 qu'on en juge par une lettre du roi au gouverneur du château, en date de Saint-Germain, le 31 août 1670 : «Les intéressez dans la manuffaélure des bas de soye establie dans mon chasteau de Madrid me sont venus faire leurs plaintes de ce que quelques ouvriers de ladite manuffafture, se prévalant du respeél qu'ils sont persuadei que les officiers de justice ont pour nos maisons, se portent à beaucoup d'insolences & désordres dans l'espérance d'impunité 5 & comme il est important pour le bien de cette manuffafture que j'affeélionne, d'establir la paix entre les ouvriers, & de corriger ceux qui s'esloigneront de leur devoir, je désire qu'aussitôt que vous aurez reçeu cette lettre, vous donniez tous les ordres nécessaires, & mettiez

^'^ Colleft. des docum. inéd. Correspondance adminilhr. souê le r^gne de Louis XÎV, t. III, p. 788-789.

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les choses en estât que les officiers de justice puissent, avec toute liberté & seurté, entrer dans mondit chasteau de Madrid, & faire les autres fondions de leurs charges toutes les fois que les intéresse;^ en ladite manufafturc les en requerront ^^l»

Le Bois de Boulogne a aussi des souvenirs qui dépassent le niveau des simples épisodes & se rattachent à la grande politique & aux conspirations internationales. Louis XIV, qui avait commencé par prendre chaleureusement fait & cause pour Jacques II détrôné, mettant à sa disposition, puis à celle de son fils, le prétendant Jacques-Edouard, diverses expéditions également infructueuses, avait fini par conclure le traité d'Utrecht qui lui liait les mains à cet égard. Le chevalier de Saint-George ne trouva plus alors à la cour de Versailles le même appui, & le Régent se montra tout aussi évasif. En 171 5, Bolingbroke, l'homme d'Etat versatile, le philosophe allié en Angleterre aux Encyclopédistes, était pour l'instant chargé à

ti) Collcâ. des docum. iaéd., Correfpondance adminiSir. souê le règne de Louis XI 1^ t. III, p. 788-789, note.

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Paris des intérêts du prétendant réfugié en Lorraine, intriguant & conspirant avec la foule des Jacobites qui s'agitaient autour de lui. «La grande roue de la machine, dit-il ^^\ était une certaine Olivre Trant qui habitait dans une petite maison du Bois de Boulogne, près de Madrid. Elle avait rendu des services au Régent, ramené d'Angleterre une jeune personne que Bolingbroke n'avait pas connue, sans doute fort jolie, & fait ainsi sa cour.» Le duc d'Ormond, chassé d'Angleterre & dépouillé de ses biens par la nouvelle dynastie dont il avait été un des meilleurs soutiens, s'euit rallié au chevalier de Saint-tjeorge & était un des habitués de la maison mystérieuse : en vue des affaires ou des plaisirs ? Pour les unes & les autres, pensait Bolingbroke. La Trant, assistée d'une demoiselle de Chanssery, ancienne fille d'honneur de Madame, & de plusieurs intrigants obscurs, formait avec eux «la Junte du Bois de Boulogne» , en négociations réglées avec le duc d'Orléans & les Highlanders écossais pour la préparation

t') Voir ses M/moires secrets sur les affaires d'An^terre, trad. par Favier.. Paris, 1754, 3 vol.; 2' part., p. 30.

— ^ m Hme descente en Angleterre. Elle reçut aussi •lingbroke & remit à ce grand seigneur, qui ait été ministre des anaîrcs étrangères & ;nataire du traité d'Utrccht, & était encore n des chefs du mouvement philosophique

son temp, un billet du Régent adressé au mte de Mar qui plus tard donna le signal

l'insurreftion écossaise; c'est ce billet qui cida de l'expédition du chevalier de Saint- :orgc. Avant son départ, le prétendant passa clquc temps à Chaillot caché dans une Lison qui appartenait à Lauzun, le fameux -uzun; il s'y enivrait en mauvaise compaic tandis que ses partisans sacrifiaient pour sa isc leurs biens, leur liberté & leur vie. Lord tirs, l'ambassadeur dont Saint-Simon '" nous peint la hardiesse & la décision, apprit le u de sa retraite & réclama son arresution.

lis le Régent était résolu à ne pas intervenir ns ccne aventure, & la police, bien munie nstniétions, ne réussit pas i découvrir le fuif. Après l'issue malheureuse de l'expédition , Régent, excédé- par les intrigues compro-

'1 Édit. CWfuel, t. Xm, p. î8i-39T.

mettantes de la Trant, la désavoua en reprochant à Bolingbrokc de s'être fie à elle. A son retour, la cour pressa le chevalier de regagner la Lorraine, ne voulant pas assumer la responsabilité de son séjour en France, & l'audience qu'il demanda au Régent lui fut refusée.

Il annonça alors à Bolingbroke son départ, mais au lieu de cela il alla encore se cacher quelque temps dans la petite maison du Bois de Boulogne, auprès de ses minières fimeUes, y voyant des ambassadeurs tels que ceux de Suède & d'Espagne, mais brouillé avec Bolingbroke.

Au temps de la Régence, où nous sommes arrivés, c'est Flcuriau d'Armenonvillc qui fut gouverneur du château de Madrids à ce titre il y habita un pavillon & a laissé son nom à une allée voisine. De temps à autre, le petit roi venait y chasser, comme un siècle plus tôt son aïeul Louis XIII. « M. le prince de Conti , qui a un équipage magnifique composé de 80 chevaux & r jo chiens, proposa au roi de lui donner une chasse au Bois de Boulogne) cela fut exécuté hier mardi 15 chaleur. Pour n'être poini

;uplc de Paris & par les carrosses, les pones du DIS ont été saisies à 4 heures du matia par les Lrdcs du corps, avec défense de laisser entrer li que ce soit.

«Au moyen de la petite maison que j'ai ins la cour du château de Madrid, moi & ux qui y ont des logements, nous n'avons s été compris dans les défenses. Nous v ons été coucher la veille, & l'on nous a cmc donné permission , pour les dames, d'al- ■ en carrosse au rendez-vous de chasse, qui lit à 2 heures après-midi, à la Croix de Mornart. Le roi était dans sa calèche avec M. le :c de Charost, son ci-devant gouverneur.

iatre calèches de M. le prince de Conti nplics de femmes. M"" de La Rochc-Guyon , :heval avec quelques autres. M"" de Charos, M. le duc de Chartres, M. le Duc & tous

jeunes seigneurs de la cour suivaient la asse.

«Au moyen de la fermeture des portes, il f avait dans le bois que les carrosses de la ur de Madrid, lesquels ne couraient point, pas vingt personnes d'inutiles en honnêtes ns. On a lancé le cerf du côté de Madrid; la

chaisse a été très mal pendant près de quatre heures, les chiens ont pris plusieurs défauts, Se le cerf les a menés dans tous les coins du Bois. Au milieu de la chasse, le roi a fait une collation dans sa calèche pendant une bonne heures le prince de Conti avait fait dresser des rafraîchissements considérables, en viande, pour tout le monde, à la Croix de Mortemart.

(( On a relancé plusieurs fois, & Ton désespérait de la réussite, lorsqu'en me promenant tout doucement avec deux personnes du côté de la mare aux biches, j'ai vu le cerf venir droit à nous. Il était assez fatigué ôc s'est jeté dans la mare, n'étant suivi ni des chiens, ni des piqueurs, ni de qui que ce fût delà chasse. A la fin, il est arrivé un piqueur qui, sur notre rapport, est allé chercher la chasse, & en moins d'un quart d'heure le roi ainsi que toute la chasse sont arrivés jusques à nous. On a remis de nouveaux chiens encore plus juste sur la voiej & après une demi-heure le cerf a été forcé contre les murs, entre la porte de Longchamps & la terrasse de Madrid 5 de sorte que, sans chevaux, nous avons vu tout le beau de la chasse.

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