‹ Etudes sur le Paris d'autrefois (volume 2)Chapitre 7 sur 11 · SUR LE THEATRE DE LONGCHAMPS · texte numérisé non relu

SUR LE THEATRE DE LONGCHAMPS

par la demoiselle Leduc.

«On en donnera la première représentation le mercredi saint 21 mars 1742; au vendredi suivant la clôture; depuis interrompue par l'indisposition d'une aélrice. »

« Elle avait de bonnes raisons pour n'y point retourner le vendredi : un froid & un vent épouvantable qu'il fit ce jour-la. . . & par-dessus cela un petit avis charitable qu'elle avait reçu de n'y pas retourner, sinon qu'on la ferait culbuter avec sa calèche. »

^^J La direélrice de l'Hôpital général oii l'on internait les filles de joie.

(^i Journal de Barbier, éd. Villegille, t. II, p. 316-317.

« On a remarque aux dernières promenades, écrit d'Argenson, sur le chemin de Longchamps pendant les trois jours de Ténèbres, que Ton n'avait point vu comme aujourd'hui le triomphe des courtisanes. Les filles & femmes entretenues ont arboré des carrosses & des livrées magnifiques, des parures & des diamants, & tout cet extérieur surpassait celui des femmes du plus haut rang. La mode a changé sur cela en France, & jamais l'on n'a poussé si loin la magnificence de la débauche. Autrefois l'on donnait un entretien modique à sa maîtresse 5 aujourd'hui elles demandent des rentes & des diamants. Observons qu'à mesure que la noblesse devient plus pauvre en revenus, elle augmente en magnificence de luxe, table, maisons, ameublement, boîtes & maîtresses 5 la dépense ancienne & ordinaire, quand on s'y tient, déshonore aujourd'hui ^^l» (Avril 1754.)

Les approches de la Révolution ne changèrent rien aux anciens usages. «Longchamps a été très brillant aujourd'hui, dit encore Bachaumont (^^5 mais on a surtout été frappé

(') Journal é^* Mémoires, t. VIII, p. 278.

(^) Mémoires secrets, 12 avril 1786.

dc la magnificence de Téquipagc, de la richesse des harnois, de la beauté des coursiers de la demoiselle Adeline, de la Comédie Italienne.

Ce luxe subit ôl excessif a excité la curiosité générale sur l'auteur de ce cadeau, & Ton a su bientôt que c'était le sieur de Weimeranges, l'intendant aftuel des postes & relais de France, qui avait donné mille louis à cette aélrice pour son Longchamps. »

10 avril 1787. «La promenade de Longchamps continue d'être un speélacle pour les jours saints 5 cette année, un spéculateur a proposé, au lieu de l'endroit où est le rendezvous des voitures, qui n'est plus qu'un long chemin inégal, raboteux & plein de sable, d'y substituer la plus belle allée du Bois de Boulogne, celle qui va du château de Madrid à celui de la Muette 5 on a volontiers adopté cette réforme. Depuis longtemps on ne se rappelle pas avoir vu tant de monde, tant d'aussi belles voitures & d'aussi bizarres : les v^isJ^ y brillaient surtout 5 beaucoup de petits-maîtres, beaucoup de filles avaient fait faire une voiture différente pour chaque jour. Un wiski plus bizarre & plus galant que les autres a fait pendant ce temps

la matière des conversations : ce wiski était surmonte d'une Folie avec sa marotte. Dedans étaient quatre marionnettes, deux de chaque sexe, saluant sans cesse à droite & à gauche. Tout cela était mené par un ânon joliment enharnaché, & un jockey dirigeait Tanimalj on lisait sur la voiture: D*oif viens-je? où vais-je? où suis-je ? On Ta appelé la parodie de Longchamps , dont en efFet on semblait vouloir faire la critique. Ce concours a dû satisfaire le marquis de Villette, qui passe aujourd'hui pour l'auteur de l'avertissement ^^l»

Les femmes du monde eurent parfois le mauvais goût de chercher à rivaliser avec les filles entretenues. Au Longchamps de 1780, la duchesse de Valentinois fit sensation par un carrosse de porcelaine attelé de chevaux gris pommelé aux harnais de soie cramoisie, brodés en argent. Elle ne réussit qu'à se voir éclipsée par une simple figurante de l'Opéra, la Beaupré : le carrosse de celle-ci, également en porcelaine, traîné par quatre chevaux isabelle aux harnais de velours bleu foncé brodé

^*J Mémoires secrets, 12 avril 1786, t. XXXIV.

d*or, était décoré de peintures représentant Diane & Endymion.

C'est dans ce milieu si agité de Tabbaye de Longchamps que fat jetée, sans défense morale contre les suggestions les plus périlleuses, une femme dont le souvenir trop fameux se rattache, dans la période où nous sommes arrivés, à l'histoire de cette maison : Jeanne de Saint -Rémi de Valois ^^), quelques années après l'héroïne, avec le comte de Lamotte, son mari, de l'Affaire du Collier. Recueillie toute jeune par la marquise de Boulainvilliers, épouse du seigneur de Passy, & placée à Tabbaye voisine, elle ne tarda pas, si aristocratique que fiit la vie qu'on y menait, à la trouver monotone, même ennuyeuse : elle était portée d'instinél vers la vie mondaine dont elle retrouvait toutes les jouissances dans la maison de sa proteélrice, les jours où elle y était invitée. Que de séductions dans la société parfumée des jeunes élégants qui déjà l'assiégeaient en la sollicitant, & quel désenchantement de

(*) Dernière descendante^ en ligne direfte, d'un bâtard des Valois.

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