IV. I J
•I-»-! 19+ Humiliions, comptant qu*il en surgirait des merveilles : il n'y poussa que des folies. Aujourd'hui un quartier s'élève à leur place, avec les rues Chateaubriand, Balzac, du Beî-Respiro- Cependant k trace qu'a laissée ici le financier en vaut mainte autre ; l'hôpicaî, bâti en 1780 par Girardin, subsiste toujours avec sa chapelle, spécimen moins religieux que profane de l'architefture du temps, à langle de la rue Balsac & du faubourg S.-iint-Honofé. Cette chapelle, au temps dcBeaujon, avait pour annexe, doit-on dire, pour sacrifièt «une salle de bains & un joli appartement de petite maîtresse^) faisant corps avec \z pavillon de la Chartreuse qu'habitait le maître lui-même.
Sur ce même terrain, à l'angle des Champs- Elysées & de la rue La Boeric, nous retrouvons encore les souvenirs & tout un logis de l'époque : c'est la pdite maison que le comte d'Artois fit bâtir pour M"" Contât} la charmante comédienne l'habita jusqu'au jour où, devenue M"" de Parny, elle émigra dans la rue de Provence. Le Ministre des affaires étrangères d'Italie, Marcscalchj, vint ensuite l'habiter, d'où son nom A'hétel 4'Ifaliâ qu'elle porte
sur des plans contemporains. Elle est encore incadlc avec sa terrasse sur les bas côtés de la promenade , son rez-de-chaussée A perron fermé de hautes portes i persicnncs. A voir cette demeure, nous comprenons ce qu'étaient les Champs-Elysées en 1780, & comment les architeélcâ y entendaient les habitations : on y bâtissait, non comme i la ville, mais comme à la campagne.
Plus loin, à l'angle de la place de la Concorde, cette maison a sa pareille, bien que dans des proportions plus vastes ; c'est Vhhei de ha Ktymsre afFcélé aujourd'hui au Cercle Je l'Unim atitstiqttf; même terrasse basse défendue par un simple mur à hauteur d'appui j même aspeft extérieur. C'est encore un fermier général, Grimod dcLa Rcyûière,qui l'a bâti^ & il ne l'avait pas terminé en 1770. L'information nous vient de M'"" de Gcnlis, qui déclare y être venue pour assister d*unc fenêtre au feu d'artiiîcc tire sut la place Louis XV ''', le 50 mai de cette annéelà, lors du mariage du Dauphin avec Tarchiduchessc Marie- Antoinette. On sait que la fête
*'i Ce fiViait encore qu'un urtiîa boueux coupé far àet seatien de pistons.
tourna en catastrophe : les curieux , entraînés parles remous de la foule, furent étouffés par centaines, écrasés sous les pieds des chevaux ou précipités dans les fossés où Ton commençait à élever les fondements du Garde-Meubles, devenu plus tard le Ministère de la marine. On faisait très grande chère dans cet hôtel de La Reynière qui était, disait-on, la meilleure auberge des gens de qualité. La baronne d'Oberkirch, qui le visita au temps de sa splendeur, en raconte des merveilles : «On ne peut, dît elle, se figurer saas les avoir vus ce que sont ces appartements. Quelle recherche! quelle coquetterie! les cabinets de toute sorte, les niches, les draperies, les porcelaines, enfin une véritable curiosité. Nous y restâmes deux heures, âc nous n'en avons pas vu la moitié.» Nous venons de nommer le Garde-Meubles ; il était bordé, au milieu du xviu° siècle, par un sentier de piétons devenu bientôt une rue à laquelle le ministre Phélipcaux, comte de Saint-Florentin, donna son nom; des l'année 1767, le grand seigneur en marqua l'entrée en faisant élever par l'architcéic Chalgrin le vaste & somptueux hôtel qui porte aujourd'hui le
n" I, & il y donna des fêtes dignes de sa frivolité. Comme ministre de Louis XV, toujours de l'avis du maître, il sut s'éterniser au pouvoir, oà il gouvcroa surtout à force de lettres de cachet : il scmbUit que sa spécialité fût devenue d'innoncer i ses collègues leur renvoi, A la mort de LouisXV, il finit paj apprendre lui-même le sien. Ce changement de fortune influa sur la destinée de l'hôtel : vers 1776, celui-ci était la propriété du duc de Fîtz- James, <jui le revendit, à la fin de 1787, au duc de l'Infanudo, Vint la Révolution, qui ne présageait rien de bon au grand seigneur étranger : il quitta la France, La Terreur installa à sa place la fabrique de salpêtre de la seélion des Tuileriesi enfin un nouveau propriétaire, survenu avec le rétablissement de l'ordre, le marquis d'Hervas, vendit en 1812 la maison à TalJcyrand.
Le prélat-diplomate, nommé ministre des relations extérieures, l'habitaic dès le t8 brumaire : il y avait épousé M"° Grand, avec laquelle il vivait publiquement depuis son retour en France. Napoléon fit sa fortune :
cela ne l'empêcha pas, dès 1815, d'abandon-
ncr l'empereur pour se mettre tn rchtions
avec les Bourbons. En 1814., il sut décider rempercur Alexandre à venir habiter son hôtel : c'est là que fut décidé le retour de Louis XVIII, & la Charte y fut élaborée, non sans que M™" de Staël y dît son mot.
Tallcyrand mort en mai 1S38, le salon politique qu'il y avait ouvert continua à briller sous Tegide de la princesse de Lievenj mais, cette fois, c'était M. Guîzot lui-même qui en faisait les honneurs.
Aujourd'hui, l'illustre demeure, bâtie jadis sur des terrains appartenant au fermier général Sam, Bernard, est la propriété du baron de Rothschild : singulier caprice de la destinée, qui laisse deus financiers présider à l'auiore comme à l'apogée de son histoire.
Au palais de l'Elysée nous retrouvons encore Beaujou & son lusc ; il en fut propriétaire durant treize ans, de 1773 à 1786, & contribua largement, par ses embeUissementSj à en faire ce qu'il est aujourd'hui.
Dès 1718, à une époque où l'on trouvait à peine une maison dans le faubourg, !e comte d'Evreux en avait élevé les premiers bâtiments.
Ces coûteuses construirions & les fctcs où « il traitait hautement», comme colonel, les officiers de son régiment, eurent bientôt raison de la magnifique dot <que lui avait apportée la fille du traitant Crozat. L'hôtel passa aux mains de la marquise de Pomp2dour,qui jamais n'abusa plus nugnifiqucmcnt de ses richesses & de son crédit. Pour agrandir ses jardins, elle usurpa sur les Champs-Elysées toute la partie q^ui termine en hémicycle le jardin du palais, interrompant brusquement Taligncment de l'avenue GabrieL Après la marquise, le domaine appartint à Beaujon, mais le terrain usutpé ne fut pas rendu ^ puis la propriété fut achetée par le roi pour la réception des ambassadeurs extraordinaires.
Tout le faubourg, qui est une création du xvui''siècle, abonde en souvenirs contemporains: ici les habitations historiques se suivent presque en enfilade. Au numéro 51, c'est le charmant hôtel biti en 1772 par BouUée pour la marquise de Brunoy. En dépit de lapparencc un peu mythologique que lus donnent les colonnes ioniques de sa façade sur le jardin, il n'a rien perdu de sa physionomie élégante. Uhotet de Çh4roB, au temps de Louis XV, est aujourd'hui
celui (de l'ambassade anglaise. Les deux hôtels voisins comptent parmi les plus anciens du faubûurgi tous deux, comme l'ElyscCj ont été bitis en i/iSJ'un pour le président Chevalier, l'autre pour &a sœur, M™* Le Vieux, maîtresse de Fonsange le Mousquetaire, qui la ruina, & femme de ce financier qui, lui, ruina les hôpitaux.
Vers 1 77 5 , la chaussée de M. le duc d' Antin '' ', à peine échappée aux marais du ehemin de ÎHoteî- Dieu^ était eDcore bien peu habitéc} l'époque était éminemment favorable à un achat de terrains dans des conditions avantageuses. C'était la mode d'aîois d'y venir loger, & comme les gens de finance, en même temps que ceux de plaisir, sont toujours des premiers à s'établir dans des quartiers neufs, les petites maisons galantes ne cessèrent, durant les dix ou quinze années qui précédèrent la Révolution, de s'échelonner sur cette voie qui allait de l'entrée du boulevard au chimîn des Pûrchfûns^'-\ Ce Paris
l'' C'est ce gnnd seigneur, bâtard ilu roi & de la marquise de MoDtcspan, qui l'ouvrit sur la vaste région que possédaic ai ce coté l'HùtçI-Dieu.
t*! La rue Sajnt-Laïare,