‹ Études sur le Paris d'autrefois (volume 3)Chapitre 9 sur 11 · IV. to · texte numérisé non relu

IV. to

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pierres précieuses tant vanté par CouJanges.

" Hélas I disait-il un jnur, songeant à son gnùt dispendieux pour ces raretés.

Ht Us! ctJftot ijki m'as gMt, BriSarit hàtti dt Guàeï-n

Cette maison de Guise s'était éteinte à ]a fin du xvii' siècle : en 1704 son vaste hôtel fut vendu au prince de Rohan-Soubise qui s'empressa de le faire renouveler au goût de l'époque. L'arcliite<^c Delamaire commença par élever la façade principale & les portiques qui entourent la grande cour d'honneur. Bof- &aad continua son œuvre ; c'est i lui quç nous devons la magnifique décoration des appartements intérieurs, l'un des plus beaux fragments en ce genre que nous ait légués l'ancien régime.

\Jhkel lie Sùtihkc esc devenu le palais des Archives nationales. Un jardin, fréquemment ouvert au public, le séparait de Vh'ftel deKoharij élevé de 1706 à 1712 sur la rue Vieilic-du- Temple par le prince de Rohan, un fils du précédent. Quatre cardinaux de cette iâmillc, tous evequcs de Strasbourg, s'y succédèrent au

cours du xyin' siècle; «Thôtel de Strasbourg» ctait la résidçncc, durant leurs longs séjours à Paris, de ces prélats de cour dont ]c dernier Tut le héros de la fameuse aventure du Collier. Mais [es siècles se succèdent, faisant table rase de l'éclat du passé, A l'heure présente le fastueux hôtel de Strasbourg est atfecté à l'imprimerie nationale.

De son brillant passé, la vidllc demeure a. conservé, à travers toutes ^es^ transformations, de précieux testes : quelcjucji pièces, l'ancienne saffe à marier, la salU ât mnpa^k avec des pcinturejji de Boucher iSt de Pierre qui décoraient les dessus de porte, Sl le rahinct avec treize panneaux de Huec représentant des arabesques, des chinoiseries, des singes aLix postures grotesques dans le goût du tempSi la façade principale sur l'ancien jardin; enfin le groupe des C&efaux d'Apollon, haut-relief de Le Lorrain qui ornait le fronton des écuries.

Rue Saint-Antoine, à l'angle de la rue du Pcttt-Musc, voici encore Vh^tel de Mayenne, qui a pris !a place de cet hkcl neuf ou d'Étampes, jadis partie intégrante de l'hStel de Charles V. Louis XI y descendit en ,irrivant à Paris après

son avènementî il est vrai qu'il ne s'y arrèu Du Cerceau, ce: hôtel était

guère,

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par

habité en 1580 par le duc de Mayenne. «Maison précieuse aux Lorrains, dit Saint-Simon, pour avoir appartenu au fameux chef de la Ligue, dont ils lui ont chèrement conserve le nom, les armes & l'inscription au-dessus de la porte, fk ou est une chambre dans laquelle furent enfantées les dernières horreurs^ l'assassinat de Henri 111 & le projet de mariage de FinfaoTc d'Espagne avec Mayenne, en excluant h jamiiis du trône Henri IV & toute la maison de Bourbon, Cette chambxc s'appelle encore aujourd'hui cha/uhre de la LJ^Mj dont rien n'a été changé'".)!

Au carrefour des rues de k MorteUerie, des I3arres*^\ du Figuier ^ du Fauconnier s'élevait en 1365 ]'j6jAV d'EMoffh'ml que Charles V donna à l'archevêque de Sens en échange de celui qu'il venait d'englober dans son nouvel hàtcl Saint-Paul. Un siècle après il tombait déjà en ruine. L'archevêque Tristan de SaJazar

*'^ Vuir les M/moieis, iJ. Boislisle, t. XV, p. i-i. '^'- Aujourd'hui^ de VAre-Maria.

entreprit à ce moment de le rebâtir^ de cette époque date la belle fa.i,"ade encore si bien conservée : haute porte ogivale protégée par une meurtrière, poterne de service, grosses tourelles d'angle en encorbellement, cheminccs de brique, pignon élevé & fenêtres du comblci au fond de la. cour, un donjon carré avec mâchicoulis. Une chapelle, adossée au corps principal de bâtiments, juste en face de la porte d'entrée, a disparu : une cheminée d'usine en a pris la place! Tel quel, c'est encore un vrai manoir féodal, dont l'aspeâ:, dans son ensemble, décèle le moyen âge bien plus que l'hôtel de Ouny avec ses fines tourelle^, ses fcnctrcs & ses balustrades du comble à dentelles de pierre.

C'était une curieuse figure que celle de S.ilazar, ce prélat guerrier. Fils d'un chef de routiers espagnol-'^ au service de France^ il tenait de son père, endossant plus voloniiens la cotte de mailles que l'étolc- Après lui, bien des hôtes fameux se succcdcrcni dans ces murs ecclésiastiques : d'abord le cardinal Louis de Guise qui y mourut en mars 157H, «On appelait ce bon prélat, rapporte L'Estoilc, \c ùmlhril tirs IvuitnUes ,

pour ce q^u'il les aimoit fort, & ne se mcsloit gucres d'autres affaires que de celles de la cuisine, où il se connoissoir fort bien, & Içs çntendoit mieux que celles de la religion & de l'Estat. A son passage à Genève on luy fist goustcr lc5 truites du lac, «lAli! dist-j], il fait «bon manger icy ; les habitanssoatiiereticques, icmiis les poissons n'en peuvent mais !''')>

Quinze ans après, un autre cardinal, Pellevc, l'un des plus enrages chefe de la Ligue, y mourut de saisissement en apprenant l'entrée de Henri IV dans Paris.

En aoitt 1605, c'est la reine Marguerite de Valois qui y descendit; elle reparaissait à Paris après vingt-deux ans d'absence, une véritable revenante. «Au lieu que les moindres femmes brûlent tellement d'envie &. de haine contre celles qui tiennent leur place qu'elles ne les peuvent voir, écrivait Richelieu dans ses Mémoires, & moins encore le fruiél dont Dieu bénit leur mariage, clic au contraire fit donation de tout son bien au Dauphin A l'institua son hétiricr, vint à la cour, se logea vis-à-vis

t" Joama! de VEHaHe, édition Brunet & ChampûlJîon,

t, I, pv 23S.

— ♦*»( IJl )*tt —

du Louvre, & alla voir souvent la reine Marie de Médtcis'".»

A V/j-ftfl de Se/u où elle attendait Tachèvement du palais qu'on lui bâtissait sur k rive gauche de h Seine, la reine Marguerite scandalisa Paris par un. éclat lugubre. Toujours adonnée, malgré ses cinquantc-uois ans, à la galanterie qui avait fait le fond de sa vîe frivoîe. elle s'était entourée d'un escadron de fringants cphèbcs tjui entretenaient en elle Tillusion de sa jeunesse disparue Le 5 avril 1606, revenant de la messe des Cclcstins, elle descendait de carrosse, lorsque Vermond, un de ses gcntilshomn:ics, pris d'un accès de jalousie, assassina un page de k reine, m La vsftimc se nommoit Saint-Julien, lequel k diàle reine aimoit passionnément, & pour ce jura de ne boire ne manger qu'elle n'en eust veu faire la justice; comme .^ussy des le lendemain il eust la teste tranchée devant rhostcK où d'une fcncstrc elle assista au supplice. Dès la nuiâ mcsmcj toute cffraiée, elle en deslogea & le quitta avec protestation de ne jamais y rentrcr*^^ »

"'' Voir l'iîdLiîon Pctitoi, t. I, p. 243.

l" Jaumal de L'Efloilr, ididnn cit., t. VÎH, p, ïi^.

A l'angle de la rue du Petit-Musc, sur le quai, s'élevait au xvir siècle i'b'/te/ df Baitha- ^tr PèclipeattXj qu'acheta vers 1676 Gaipar de Fiesihet; c'est aujourd'hui l'École Massillon. L'cdiiîcc adluel est malheureusement écrasé de sculptures modernes qui déparent la façade primitive.

C'est encore rue Saint-Antoine, n" 6z, que nous trouvons VMtd de SitUy; il avait été b&ti vers 1625 pour l'ancien ministre de Henri IV par Jean Du Cerceau, le pctjt-fi]& de Jacques l'architedc de Thûtel dç Mayenne. Une petite porte ouvrait par derrière sur la place Royale, au numéro yj c'est par là que passait le vieil homme d'Etat pour faire sa promenade sous les arcades. «Ce bonhomme, plus de vingt-cinq ans après que tout le monde avait cessé de porter des chaînes & des enseignes de diamants, en mettoit tous les jours pour se parer, & les passants s'amusoient à le regarder." L'hôtel portait, à cette époque, entre ses deux pavillons latéraux, une terrasse que l'addition d'un étage a fait disparaître plus tard. C'est apparemment de cette terrasse ayant vue sur la rue Saint- Antoine ou de l'un des pavillons que M"* de

mener 1 empoisonneuse Voisin, « Nous la vîmes passer venant de Vincennes, dans un tombereaUj lice, une torche à la main, habiUée de blanc, fort rouge, repoussant leconfesseur&lc crucifix avec violence" . ■' Trop souvent ces hôtels des grands devenaient Tcffroi de tout un quartier, le refuge des vauriens, bretteurs & faux monnayeurs^ leur porte armoriée était une limite qu'huissiers 6c officiers de police ne se risquaient guère k franchir. Tel était, à l'angle des ruc^ Pavée & dç& Francs-Bourgeois, Yh'itel d\Atsff)ulrffif , qu'habitait le duc d'AngoiiIcme, Charles de Valois, bâtard de Charles IX & dc Marie Touchct. Le lieutenant criminel Lugoly, en 159^^, se déclarait impuissant à réprimer idcs excès & ravages >y que le noble sacripant & les bandits à sa solde commettaient dans le quartier Saint-PauL « S'il eut pu se défaire de l'humeur d'escroc que Dieu lui avoic donnée, remarque Tallcmant dans ses HiHQrifttes, c'eût été un des plus grands hommes de son siècle'"-''. »

L'hôrel passa, par la suite, au président de La-

t" Lettre du jj février.

'■" Vdïr IVJition MimmcrijiK? ^ PiirîSi i, I, p. 241

moigfion qui lui a laissé son nom. Racine.

Boilcau, BourdaJouc en connaissaient bien le chemin & y frctjucntaicnt volontiers. Aujourd'hui le corps dç bitinicni principal subsiste avec une notable partie de son ancienne décoration- Le jardin, qui s'étendait jusqu'à la rue Culture-Sainte-Catherine (de Sévignc) n'a disparu qu'en 1850. A Tani^le de la rue dci Francs-Bourgeois une aile de bâtiment moderne où Ton 2 cherché à imiter le style de Tancien édifice, porte une tourelle cirrée en encorbellement, mais l'aspeât général en nuit à l'effet produit par l'hôtel d'Angoulcme, tel qu'on le voyait encore au xvn' siècle.

A quelques pas de là, place Royale (des Vosges), n"i,dansun pavillon ouvrant par deux portes cochères sur la place Royale & sur la rue de Biraguc, demeurait en 1624 le baron de Chantai*", l'un des plus enragés duellistes du temps de Louis XIII, tk fils d'un père qui l'avait déjà été avant lui. 11 était au logtt., le jour de Pâques, quand le comte de Montmorency-Bouteville, un autre membre de

'" Le pcrc Je k marqui&c.dc Sévigné.

cène coterie de rajfn/s d'honneur, y entra, le priant d'être son second. L;i place Royale était à sa portCj Chant.ii accepta & alla se battre tel qu'il se trouvait, en mules de velours noir.

Les ordonnances étaient positives, & la peine de cette infradion ne se fit pas attendre r le coupable fut condamne à mort & exécuté en effigie!^'.

Cette place Royale» cjiii passait, dans la première mokic du xvii" siècle, peur le rendezvous général de tous les duellistes parisiens, était pourtant un des points les mieux habités: SCS pavillons abritaient toute une colonie de femilles portant les plus grands noms dans l'histoire du temps, que la vogue de Versailles n'avait pas encore attirées vers le faubourg Saint-Germain, « n'y ayant » dit une notice du

^'' Il dcmcuriit danii la Ismillc de sa femme, chez les Coiikngcs. Forci «ic fu.k, il put dans la ïuiic revenir ï Paiif ^ habitait toujours l'hôtel de ju bcaux-pircnU, Ionique , le iz mai tSij, 1c même BouCevillc se battit avec le marn^uis d« Benorou à la place Royjlc, souk 1c3 fefièircs toëmes de l'hôtel de Cnulangcs. Auswirit le duel terniiniv «Boutevillc alla au lugis du baron de Chanuil, proche la place Rovallc, oh. il monta i cheval... pour s'en aller en Lorrainciî, (JMetvuir franfuix. t. XIII, p. 407.)

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temps^ que des nnaocier,s ou des grands seigneurs qui l'habitent, dont les belles tapisseries, les ameublements de velours &.a,utres précieuses éiojFcs de soyc, d'or & de broderie, les grands miroirs, peintures & dorures des chambres, alcôves & cabinets surpassent la magnificence des maisons royales». Au numéro 9, à côte de l'hôtçl de Sully était celui de Ch^irihes^ qui avait une chambre de parade, tout éclatante de miroirs qui renvJronnent} k une antichambre embellie de colonnes cannelées & ctincclante de cristauX} un ameublemcnc à fond de soye, d'or & d^argcnt, dont le travail est plus admirable que l'étoffc; des aigrettes de lit d'une beauté & d'un prix extraordinaire* n. Au numéro 13, c'était la famille de Rohan-Chabot; au numéro 18 celle de Richelieu; puis -au numéro 6, les Rohan-Guéméné qui y restèrent durant un siècle & demi, jusqu'à la veille de la Révolution. Enfin cmquante ans plus tard, c'est Viélor Hugo qui vint y habiter*" <Si y écrivit la plupart de ses drames.

^'^ Une iradidon, reconnue fxussc Jcpuïs, prétendait c Marîon Ddornic, propri^iairc tic cette maison, y lit morte en i6}g; en i8j^ elle C'tjii eiicnre nccqit^ de

de TH32 à 1S48, annces les plus agitées de la pcriotlc romantique. Mais si les fiiçades, après trois siècles, ont survécu à toui les .accidents 4, si, dans plus d'une maison, on retrouve encore des escaliers très dignes d'admiration, que sont devenus les fardins qui n'en étaient pas la moindre parure?

L'époque de Henri IV ik de Louis XIII marque ]e triomphe de ces conscruttions en pierre blanche sur fond de brique rouge, surmontées d'une toiture d'ardoise gris hleu^itre, dont la jujttaposition formait une si agréable gamme de couleurs. Des la fin du règne de Louis XIII, le goût change brusquement j plus de brique, rien que la pierre, A les hûtels prennent un caraitcrc de simplicité grave, un peu triste, presque sans sculptures; tout au plus quelques consoles, quelques clefs de voùtc.

Tout l'intérêt des bâtiments réside dans leurs vastes proportions. L'ordonnance est toujours celle que nous connaissons déjà : portail à vantaux de chêne, cour d'honneur, logis principal entre cour & jardinj le toit esc moins élevé que

tous, & Hugo ne vint s'y insialler ■que pour v retrouver le isouvcjiir de son hdroïncv

durant l'âge précédent, les fenêtres se sont un peu élargies, les pièces sont désormais de plaJnpied, en eniîladc à la mode italienne» ik les escaliers vastes, droits, avec un large palier à chatfue étage» ont une belle rampe de fer ouvrage ou de bois sculpte.

La vogue du Marais Jccroissait} les alentours du PaUis-Cardinal recueillirent nombre de transfuges qui trouvaient trop éloigné le grand faubourg de la rive gauthç; erj venant habiter ces parages, ils faisaient encore leur cour au puissant ministre.

'C'est dans ce goût nouveau qu'avait été bâti le fameux /j9te/ He Jm^ucs Tuheuf, le président de la Cbambre des Comptes, englobé aujourd'hui dans la Bibliotlîct|uc nationale à l'angle des rues Vivicnnc & des Petits-Champs. Maxarin, qui l'avait acheté en 1640, sy installa, mais à titre provisoire, en oftobre 1643 , presque en même temps que la rcïnc dans les splendides appartements du Palais-Cardinal ^ ce fut aussi le moment de son plus grand empire sur l'esprit faibîe de cette princesse,, alors que les colporteurs de /m'^iri/uJes criaient dans tes rues «le mariage sccre: du cardinal avec la

reine )K De son hôtel Tubcufj ît n*avati qu'à traverser le jardin pour rejoindre en chaise la princesse. «Le 19 odobrc 1643» raconte le président d'Ormcsson da.ns ses Mmoircs, je pass^ii derrière le Palais-Royal, où je vis que l'on faisoit une porcc pour passer en chaise le cardinal Mazarin, qui cstoit loge dans l:i maison de M, Tuhcuf; iSc sous prétexte de garder cescc porte, le corps de garde cstoit devant la sienne pour sa scurcté; ilpouvoittquc"'. rt

De mcrac que le puissant cardinal, son pré-.

dcces&cur, Mazarin, au dcbiit de sa carrière, n'avait songe qu'à se contenter d'une modeste demcurcn une fois entré franchement dans la voie du succès, il acheta cet hôtel Tubcuf, & celui d'un autre président. Durer deChivry. à l'angle de la même rue & de celle de Richelieu; c'était un homme assez médiocrement estimé, paraît-il, que ce Durer, iV qui disait ; <( qu'il fallait tenir le bassin de la chaise percée à un favori, pour l'en coiffer après, s'il venait à être disgracié))'^-'. Ces deux hôtels turent le ccQtre d'un plus vaste palais ^ dont Mansart

''' Dan* la CoS. ila ikc. iu/iSils, t. I, \\, iifi.

f* Voir Tallf-MAnï des RÉAuXf Les HrfiBrietttJ.

traça les plans, tjti'il commença à bâtir avec vue de la fa^adcsur Içs jardim du Palais-Cardinal, & deux ailes çn retour du côte du Nord; les artistes italiens Grimaldi & RomanelU Ici' décorèrent de peintures. Dans ces galeries^ Mazarin rajsscmbla près de quatre cents tableaux, surtout de maîtres italiens, & dont plusieurs sont entrés au Louvre; des sLitues, àcè tapisseries, qui constituèrent la colleiftion du premier amateur de ce temps.

Le Palais-Mazarïn devint le centre d'une iétivité artistique qui ne cessa de croître avec les années,* la place vint à naanquer; il fallut y pourvoir en construisant une nouvelle galerie dans les jardins le long de la rue de Richelieu. Ce bâtiment contenait au rez-de-chaussée les écuries pour cent chevaux, à l'étage audessus une biblioitièque de 40,000 volumes, qui fut ouverte au pubhc, disposition fort nouvelle en ce temps. Ce rapprochement de récuric & de la bibliothèque fit beaucoup parler les malveillants, & les pamphlétaires se mirent en mouvement; ce sont sans doute les injures des mazarJnades qui préparèrent des violences plus effcAives : la vente, le pillage

qui dispersèrent les trésors de cette bibliomèque durant les troubles de la Fronde"'. Sans doute tout reprii sa place après son retour : tableaux, meubles, livres» statues & tapisseries furent pour la plupart rapportés par les acquéreurs.

Après Mazarîn, U duchesse de Mazarin, Hortense Mancini» cjiù avait hérité de son oncle une partie du palais» celle qui conservait son nom & contenait la plus belle partie de ses colleftlons, y reçut les visites de Louis XIVi la présence, sous le même toit, deMârieMancini,queIcfCuncroi avait aimée, piqua la curiosité publique & le chan^p resta ouvert aux conjcélurcs.

Au commencement de son ministère, Colbert quitta son hûtel patrimonial dans la rue des Rats, qui en garda le nom de l'hôtel Colhert, pour venir habiter une vaste demeure que lui a,vait léguée Mazarin à l'angle des rues Vivienne & des Petits-Champs, C'était une habitatioQ de fort grand air, à large entrée, sur-

'." Voir tes lettrci ât Naud^ k Mazatîn, dont U itaît le bibliothécaire; D^pcit (Îcï affaires ^rrangèrcs; France, vol. R6+. fol. jOJ-jOî-

montée des armcsdu ministre sculptées dans la pierre i au fond d'une cour d'honneur, un large escalier conduisait au principal corps de logis, flaaquc de deux allés à droite ■^ à gauche.

Derrière le bâtiment du fond, dont on admirait les colleétions d'art & la bibliothèque, le jardin, puis les communs & les dépendances s'ctcndaicnt jusqu'à la rue Colhcrt. En 1666, le ministre acheta pour son li!s, le futur archevcquc de Reims» la maison du conseiller Delafeuillc, en bordure de la rue VivienoCj & presque aussïrôtil iit transporter la bibliothèque royale, encore bien peu importante, de la rue de La Harpe où les Cordeliers lui donnaient asile en une de leurs maisons, dans une autre maison, voisine des précédentes, qui lui appartenait encore.

Quant à l'hôtel Mazarin, il était encore réserve à d'étranges destinées. Vint Tépoquc mouvementée de h Régence, & Law acheta toute cette belle demeure pour s'y installer avec sa famille & 3cs bureaux d'une administration compliquée; il y ajoura, même une série de plusieurs maisonsclevécs sur la rue Vlviennc. Après la déconfiture *du système, l'abbé Bi-

gnon, garde des livres du roi, obtint du Régent Tautorisation de consacrer les bâtiments devenus vacants i labiblîothètjue tropàTctroit dans le petit hôtel que lui avait jadis assigné Colbertj dans ce transfert. !c duc d'Orléans voyait avant tout une occasion d'effacer les dernières traces de l'écj^uipcc financière, si légèrement conduite & t^ui avait semé tant de ruines sur son passage, On poursuivit la construétion de rancîcnnc Gilcrîc-MazarinCj on en bâtit deux nouvelles où on installa les livres, les manuscrits, les cswmpes, le mèdaillier transporté de Versailles; des lors le pas le plus difficile était franchi, la bibliothècjue, qui avait trouvé un asile définitif, n'avait plus qu'à se développer normalement en agrandissant SCS locaux suivant ses besoins.

Ainsi ont été bitis la plupan des hôrcis qui s'élevèrent à cette époque dans la région comprise entre le Palais-Royal & le boulevard :

l'Jjôtf/ Talaru, longtemps habité par la marquise de Lambert; naguère on en voyait encore la porte rue Colben, près de larcadci ceux de Chûisml, magnifique demeure que remplacent repéra -Comique & les rues adjacentes; de

Gramoijt, dont Icnormc superficie, de la rue Sain ï- Augustin jusqu'au boulevard, justifiait les sorties de Boilcau contre le festc criant du financier Molérou, son premier propriétairCi de hor^j oeuvre de Mansarc, qu'a remplacé la rue de la Michodicrc^ de Ferriol, où furent élevés d'Argental, Ponc-dc-Vcsle & M"" Aïsséi il a fait place à la rue Mon&igny. Rue des Pctits- Cliamps s*clcvait VhHel de L^e/jae qui occupait Timmensc terrain allant de la rue Gaillon à la rue Sainte-Anne. C'était l'une des plus belles ÔL des plus vastes habitations de ce quartîet alors récent, & comme telle désignée, sous son nouveau nom d'hâte/ de PonU^artrainj-pouttCçùYOÏr les ambassadeurs extraordinaires de passage à Paris. Sa façade, donnant à peu près sur notre rue Mchul, portait un grand cadran d'horloge qui évoque un souvenir de Rousseau & de son Inepte Thérèse. Au début de sa liaison avec cette iillc, il était venu loger me des Petitji- Champs, à l'étage supérieur d'une maison faisant l'angle de la rue Ventadour, juste vis-à-vis de rhôtel Pontchartrain. Il se servit du cadran pour donner à Thérèse, sans grand succès du reste, des leçons sur Tart de lire les heures.

« Pendant plus d'un mois, rappclle-t-il dans ses Confessions, )c m'efforçai de lui Jùirc connaître les heures. A peine les sait-elle à présent. i> Et que sont devenus les vastes h^teis de Tresmei, rue de Cholseul^ Colhei'tj devenu avec celui de Mazarin le noyau de la Bibliothcq^ue nationalcj de Tûrcy, rue Vivicnne, dont les jardins touchaient par derrière à ceux des Pctits-Pcrcs ? De ce côté tout a disparu. L'hôtel du financier Ld BaTJ/iûre^ tjui fut enfernnc à h. Bastille, n'a pas laisse plus de trace rue Croix- des -Petits- Champs, au numéro ii j il existait des le temps de Louis XJII, avant la coostrudlion du Palais- Cardinal. La reine d'Angleterre y passa l'hiver de 1662, puis il descendît au rang d'hôtel garni, celui de Bretagne, Louis XV y abrita ses premières amours avec M'"" d'Étiolés, se croyant bien caché dans cette maison banale^ malheureusement pour )e roi , la porte de derrière par où il entrait du cAte de la rue des Bons-Enfants feisait face à celle de l'hôtel d' Argenson; il y fut plus d'une fois guetté, & le secret de ses rendez-vous fut dévoilé. M"" d'htioles ne demandait pas micuxi peur-étre fut-ce elle-même qui aposta les indiscrets.

Quelle est cette maison aux balustrades de fer forgé, aux sculptures en mufles de lion qui trahissent l'inspiration d'un amateur éclairé? A l'étroit dans sa demeure de la place Royale Ht mcrnc au Petit Luxembourg, Richelieu songea k se créer une demeure digne de lui* il jeta les yeuï à cet effet sur plusieurs hûteU contigus, ceux ^'^n^nfSj d'^m/agjuafj & l'ancienne académie équestre de Benjamin, dont îi fit ïhStel Je Mâ//tif ne: ï une des galeries y était décorée de peintures retraçant les aventures de la fée célèbre au moyen âge. C'est là que le ministre logea ses demeiiiqms^^\ notamment le spirituel Boisrofaert, mauvais prêtre, si l'or Veut, mais bon compagnon, qu*il aimait k avoir sous la maio; il se distrayait, au sortir des grandes affaires, à écouter ses bons contes ou les nouvelles de la cour & de la ville. Ce Boisrobert, pour une fois meilleur critique que courtisan, désapprouva la Méropej que venait

[0 Nous ivoos expliqua plus hiuifltla page 14T, note 1, la portée J« ce terme. Tout comme Boisrobert n était au ciuJinal de Richelieu i', Muliicrbc ik. Racjri Rapparieiixicnti^ au Juc Je Bellegarde, Cyrano de Bergeraf au marquis d'Arpajon, etc.

d'achever le maître, & lui dccLara franchement qu elle ne valait rien. De dépit, le noble a.uteur déchiia son manuscriCî mais, à peine le coup fait, il s'en repentit. Ne pouvant dormir de la nuit, il se leva & fit lever ses gens, demanda de la colle, rajustai à grand'peine les lambeaux cpars de son manuscrit» & le fit imprimer sous le nom de Dçsraarcts, l'un des premiers membres dç l'Académie française «S l'un de ses Homeiîique^. Quant à la maison où fut logé Bûisrobert, achetée en 1761 par le duc d'Orléans, elle fut rasée vers 1780, lors du percement de la rue de Valois entre te Palais-Royal & la cour des Fonuincs. Sur une partie de son emplacement s'éleva au n" 8 la maison aux consoles sculptées, qui porte l'enseigne du Bœuf à la mode.

Depuis le début du siècle^ les nouvelles demeures tendaient à l'envi à adopter la tenue paisible & hospitalière qui convenait à des cercles de savants, d*artistes & de penseurs que les grandes dames — -&. c'était encore un symptôme des mœurs nouvelles — commençaient à réunir dans leurs salons. Prenons, par exemple, Xhâfe! Ai- KatijftouHietj fue Saint -Thomas-du-

Louvre^'', rebâti, au dire de Tallemant des Réaux, sur les plans mêmes arrêtés par la maîtresse du licu^^^ elle recevait ses visiteurs, pompcuscmcot vciuc &. couchée sur un lit de parade dans une alcèvc séparée de la salle par une balustrade de bois doré. Son chevalier servant, l'alcôviste, introduisait les iamJlicrs dans la ruelle^ les autres prenaient place en dehors de la balustrade, sur les fauteuils ou les tabourets. Les jeunes gens étendaient leurs manteaux sur le plancher pour causer, assis aux pieds des dames.

Dans ce cénacle, à l'écart de la cour du Louvre dont elles répudiaient les mœurs & le langage grossiers, les premières Pneietises, les scuTesdignes d'estime , exercèrent une influcace mart^uéc dans l'histoire de la société & de la langues elles y introduisirent même un certain nombre de mots de d'expressions courantes au-

t'5 EUe occupait i peu pt^ la paccîc orientale de U place du Pllli^Royal, se dirigciût vcn le Louvre & ia pl3,cc du Ca.ciousd.

l'i C^cst Artbéakf cUc-mcmc qui inttoduisît la mode îtilknac des chambres de pla,in-pied & ûuvcaat leurs pûitcs en cnfikde.

jourd'hui, mots nouveaux pour des idées nouvelles ; Craindre de s'encanailler j — avoir l'humcurcon-Lmunicatlve; — compréhension dure;

— revêtir SCS pensées d'expressions vigoureuses; -^ n'avoir que fe masque de la générosité; — Eirc pénétré des sentiments d'une personne j

— avoir le ft-ont chargé de sombres nuagcs; ™ laisser mourir la conversation, etc.

Les plus grands seigneurs y frayaient sur un pied d'égalité avec les gens de lettres :

Vaugelas, Voiture, Racan, Malherbe, Saint- Èvrcmont, Rotrooi dans ces salons, l^chelieu soutint une thhe d'amour^ Corneille y lut ses premières tragédies. Descartes y disserta, Bossuet lui-même, petit écolier dç seize ans, y vint tfprêchotter» en 1645.

Cet hôtel de Rambouillet, aprcs des destinées très diverses, avait finij .sous la monarchie de Juillet, par abriter les écuries du roi. Triste conclusion d'un brillant passé; il ne lui restait plus qu'à disparaître, Vers tSjo, il tomba, avec les restes de la rue Saint-T]iomas-du-Louvre, sous la pioche du démolisseur devant l'ouverture de la rue de Rivoli & de la place du Palais-Royal,

L'Ile Saint-Louis csi pcut-ctrc le quartier le plus caJmc dans Paris, Oc. Tallcmant va jusqu'à dire qu'après la vue de la Pointe du Sérail à ConstantinoplCv il n'en était pas de supérieure à celle cjue découvrait le spectateur des fenêtres de ['&''tcl de BretanviUiers, Tun des plus vastes & des mieux biiis du temps de Louis XlVj ses jardins descendaient jusqu'à la rivicrc; jardins & hûtel ont disparu.

Son voisin Vhûtel LtWihert, avec sa terrasse aérienne, sa galerie & ses cabinets peints par Lebrun, LcsucLf & Romanellj, a été plus hejreuï- A peine a-t-il changé depuis le jour où le président de la Chambre des Comptes, Lambert de Thorigny, puis M"'" Du Cbâtclct & Voltaire''' liabitèrcnt la somptueuse demeure construite par Lcvauj seules les peintures du cabinet de bain où travaillait Voltaire sont au

"I II s'y trouva apparernincnt fort bien. Sur le point de rcvçnir à Parîsj en jiinvicr i^^i-j, il ^cdvait à cccti: excellente M""' Je Ctiampbonin. qui poiMlt pour las intimes tli; Cirey le aurcom familier (ic "gfos chsui, son intention tle revenir habiter lie palais de la poiate de l'Jle. Puis sa. résolution cliangea subitement; il descendit me Traveraibre, dans le i^uartier Saini-Kucli bi n'cr voulut plus sortir.

Louvre. Après ic président Lambert qui, au dire de Vohaire, y dépensa deux millions, l'hôtel paâsa aux mains de Dupin de Franc:ueil, le fermier général^ aujourd'hui il est la propricté du prince Czartoryzici . Son entrée ouvre sur la rue Saint-Louis» les jardins donnent sur le quai d'Anjou.

Tout à côte, au numéro 17 du même quai d'Anfou, nous trouvons l'un des plus charmants hôtels en même temps que des plus fameux de l'île Saint-Louis ; celui de PwWiw;.

Durant plus d'un siècle il porta à son fronton le nom de cette vieille maison lorraine dont plusieurs membres s'étaient signales dans le Parlement & dans les armées. C'est sous Louis XV que les Pimodan arrivèrent à l'île Saint-Louis où les avaient précédés des maîtres de tous rangs & de toutes fortunes : d'abord un certain Gruyn> que son père, le cabareticr de la fameuse Pomme de pm, au bout du pont Notre-Dame, avait jeté dan$ les grandes afl^res. Devenu fournisseur des armées, — c'était à la Çva du règne de Louis XIII, — il s'y engraissa démesurément à l'exemple de deux oncles qui l'avaient devancé dans la car-

ncre, « Les Gniyn. dit un pamphlet du. temps de la Fronde, à force de pillages qu'ils ont faits dans iiJHAWj^j/ffe lors de rcstablisscmcnt d'icellc , ont acquis de grands biens 6c possèdent des charges de finances trcs considérables. »

Le président Lambert de Thorigoy & M. de liretonvillicrs, à cette cpoque où c'était là modCj parmi les gens de robe & de finances, d'avoir une maison en TIlc, j étaient venus avant Gmyns retendue de leurs hàtels, le luxe de leurs appartements étaient un singulier stimulant pour ce parvenu d'hier. Sur un terrain vague il éleva une demeure presque égale à celles de ses opulents voisins > partout sur les plafonds, les panneaux, s'étalaient les chiffres G & M, du maître & de sa femme qui était née dç Mony. Vint le nnomcnt où il fallut quitter tout cela. Protégé de Fouquct, le financier fut entraîné dans la même catastrophe & jeté en prison^ il y mourut- L'^hôtcl fiit sauvé du naufrage & vendu plus tard,

Fouquct, à Pigncrolj avait comme compagnon de captivité l'homme qui devait succéder à son protégé comme propriétaire au quai d'Anjou, Lauv/iftj que son mariage avec !a

Grande Mademoiselle avait fait disgracier.

Libéré au prix des énormes sacrilîccs que sa fcram^c consentie a.u duc du Maine, fort riche fiatc d'avoir pu dépenser ses revenus, il acheta au fils de Gruyn l'hôtel du quai d'Anjou & rcmbcllit beaucoup, car îl aimait le luxc-

Puis le bel fiôtcl échut ans PimodaD qui le gardèrent durant un siècle, Ils le possédaient à la Révolution ; le gendre du marquis, M. de la Viollayc, proscrit par la Terreur, y chercha un refuge. Sous l'hôcel, sous le quai, sous la Seine même s'étendaient, jusqu'à la rive droite, de vastes souterrains : le proscrit s'y cacha jusqu'au jour où il pue aaeindrc un lieu sûr.

Le dernier occupant en fut, à une époque rccentCj le baron Pichon, président de la Société des bibliophiles français. Si les vîeiUes habiutions, comme les livres, ont des destinées changeantes, le sort, cette fois, a eu la main heureuse ; un savant au goiit si sûr était, scmble-t-il, désigné tout naturellement pour entrer dans l'exquise demeure. Il s'étudia, en réunissant un ameublement de choiï, à lui rendre sa physionomie de la grande époque; si bien que rérudit P. Paris a pu écrire : «C'est

h. Pi

■ »»«f 174 Wf-

lit

peut-être a raris la seule maison qui donne CDCorc une idée de l'habitation d'un homme de Qualitc au xvii* siècle, a Les admirateurs des brillantes reliques du passé, surtout quand elles sont si rares, ont pkisir à savoir que de-' puis l'année 1900 la belle denncure est devenue la propriété de la Ville de Paris, qui en assure désormais la conservation.

L.'h''td d'AJîry, sur le quai de Bcthune, à l'angle de la rue de Bretonvîlliers, conserve dans ses appartements des traces de l'ancienne splendeur. Un escalier à rampe de chêne se poursuit jusqu'au sous-sol r le n:iaître de la maison s'en servait pour descendre jusqu'à la berge ■& gagner son bateau de plaisance.

Au xvin^sièclc, l'hôtel fut habité par Richelieu.

Passons de l'Ile Saint- Louis sur la rive gauche : sur le quai de la Tournelîe, qui lui fait face, à l'angle de la rue des Bernardins, voici l'ancienne dcnneurc d'une famille parlementaire à laquelle Saint-Simon décoche au passage un trait léger : ce fut elle qui w la première de son estai )i prit l'initiative de faire inscrire sur sa porte n Hostel de Nesmond h.

«On en rjt, on s'en scandalisa, mais l'cscri-

teau demeura ik est devenu l'exemple & le père de ceux qui, de toute espèce, ont peu à peu inondé Paris'^'. » A rimitation de cette iamille, la noblesse de robe, les gens de finance, la haute bourgeoisie même qui occupai c de luxueux logements, commencèrent^ intituler hôtel loxxic demeure occupée dans son entier par une seule famille d'un rang élevé.

Sur le quai Malaquais, n" 15 & 17, s'élève l'hôtel de Caraman-Chimay, bâti à la fin du y^vw" siècle par le trésorier de l'cpiirgne La Ba* zinicrç, qui le décora avec somptuosité : Lebrun y exécuta sur un plafond le Mjthe 4^ Pandore, sur des panneaux les Quatre pûemes & les JM^tre parties du mmàe. Plus tard, la belle demeure passa entre \ts, mains des Bouillon, puis des Caraman-Chimay, qui, en 1884» la Vendirent à l'État pour l'agrandissement de l'École des Beaux-Arts. Nous avons déjà rencontré, dans la rue Groix-des-Petits-Champs , la trace de La Bazinière, qui se ruina par ses

"I Voir Icï. Mt'mainr!,. i^'.lii. Boisïlsdct t. III, p. 76. ■ — Cm hôte!, devenu de nos jours le iicge de la DiffUierU Joanufj garde la suscnpdon légîrrenient modifiée : HaflSr/ rf'dfvant du Pr/sidfHt rie NeTOiôÙH.

ïdieal

prodigaiitesi mais il s'était fait assez d'amis au temps de sa prospérité pour qu'une fois arrêté ik dépouillé de ses dignités ce comptable des deniers publics trouvât diins la complaisance des mœurs du temps une excuse indulgente pour ses dilapidations.

Après l'esclandrç qui l'avait chassée de l'holel de Sens, la reine Marguerite vint habiter son nouveau palais, à l'angle de la rue de Seine 6i du quai. Cette magnifique demeure ne subsista pas plus d'une vingtaine d'années. Un plan de Mérian nous la montre, à la date de 1615, avec son principal corps de logis, le double perron descendant a.u jardin, & le dôme de la chapelle^ au delà de la rue des Saints- Pcrcs se prolongeait jusqu'à la rue de Bellechasse un grand jardin dont les allées se coupaient à angle droit. C'est là que la pauvre princesse mourut, en 1615^ criblée de dettes. En vain Henri ÎV lui avait recommandé « de ne plus faire la nuift du jour, & du jour la nuiftj de restreindre ses despenses & devenir un peu mesnagercji. — « Au regard du second poJn6t, lui répondit-elle,il m'est du tout impossible, tenant cçstc libéralité de ma racer»

Pour communiquer plus aisément avec Ids religieux qui desservaient sa chipcUc, la reine n'avait pas hésité à s'annexer le bout de la rue des Augusdns (rue Bonaparte) contJgu au quai, & qui ne fut rendu au domaine public qu'après sa mort. Elle n'osa en faire de même rue des Saints-Pères, qu'elle avait à traverser pour gagner son parc.

Ses créanciers, après cinq ans de démarches, obtinrent la mise en vente de tout le domaine. Les nouveaux acquéreurs virent dans les longues allées du parc des rues toutes tracées : ainsi se formèrent les rues de Lille, de Verneui], de Poitiers^ de BcHechasse, une partie de celle de l'Université ik le commencement de celle du Bac. Toutes étaient ouvcncs vers T640. La petite chapelle hexagonale que la reine bâtit pour les Augustîns, encastrée maintenant dans les bâtiments de l'Ecole des Beaux-Arts, est le seul vestige qui subsiste de ce domaine.

Les Parisiens, qui avaient vu avec gîandc faveur le parc de la reine, en supportèrent avec peine la disparition? une pasquînadc, La Harm^e des tîîuJijm, des haurgeois, des nohies Je Paria, des pa/tipers , des boulangers, etc. j, aux Es-

tJîi ^rteratilx /îc la GrenouiUcte'^'' kam en juin t62^, s'exprime ainsi : « Messieurs, il nous suffira de vous, représenter qucl'honneste promenade des allées de k Roy ne Marguerite es[o"ît un lieu tellement nécessaire pour le divertissement d'ung chascun, qu'à présent les villages d'alentour la ville servent de rccepuclc aux débauches effrénées, comnnc adultères, assassinats & volcricsi & de faiél, vous sçavcz trop mieux que, les jours de fcstes di. les dimanches, la populace de Paris se rangcoit par bande en ce parc regrette, les uns discourant d'affaires sérieuses & les autres de leurs honnestes affections, puis l'on s'egayoit selon s.a J^ntaïsie & son humeur. Là les filous, traîsne-cspées, rougets, grisons & aultres gens de pareille cstofFc n'avoicnt que taire; mais pasticicrs, frutâiersj tavernicrs, vendeurs de bière & boulangers, pour lesquels j'ay a vous représenter le deuil & la perte que nous souffrons en la dégradation de ce parc. Premièrement nous (les boulangers) y envoyions nos apprentifs vendre les pains mulets que nous n'aurions osé vendre en

Aujourd'hui le tjuiii Voliaîre.

-+H "79 )'*^— nos bomicqucs, Secondement !e lieu estant proche de nos maisons, ce nous cstoit un second profit, en ce (]uc nos dids apprentifs n'usotentpas tant de souliers comme ils peuvent faire i courir aux Bons-Hommes de Chaillot, à Gentilly, à Vaugîrard, . . »

Dans ce grand rcdangle du faubourg Saint- Germain qui va de la rue des Saint-Pcrcs au boulevard des Invalides, de la rue de Varennc au qLiat, bien des hôtels aristocratiques sollicitent le regard du visiteur, déchus de leur affectation première, mais reconnaissables encore sous les dégradations du temps. Uhntel Perrault, bâti pour un président à la Chambre des Comptes, existe toujours quai Voltaire, n" g. Il possédait en son temps & possède encore cinq balcons ayant vue sur la Seine, & de belles colleélions d'art ou d'antiquités exposées dans une vaste galerie. Après la mort du roi Charles II, Louise de Kérouallc, la duchesse de Portsmouth, s'y retira & vécut jusqu'à im âge fort avancé, dissipant sans compter la fortune considérable qu'elle avait acquise au temps de sa faveur.

Quelques pas plus loin, au numéro 27, qui

forme l'angle de la rue de Beaune, s'élève une belle demeure à cin^ fenêtres de façade ; c'est la maison où se dénoua ce drame éclatant qu'avaiï été la vie du patriarche de l'Encyclopédie. Fixé depuis vingt ans à Fcrncy, en compagnie de M'"'' Dcais, qui commençait à s'y ennuyer, il se laissa persuader par la remuante personne de rentrer diins le tourbillon de la vie parisienne. Descendu le ro février T778 chez le marquis de VîUfîttj iJ eut à subir, dès le premier jour, des fatigues : réceptions incessantes, rcpécitions de si tragédie à'irhie, émotions de l'apothéose au Theicre- Français, peut-être aussi l'abus du café, qui eurent rapidement raison de ses forces. Il succomba dans la nuit du 30 mai 177S.

Rue de Tournon, nous trouvons l'ancienne maison de CoNcinif le maréchal d'Ancre, pillée par la populace après la En lamentable de Texïavori. Une première fois déjà, en septembre 1616, elle avait été dévastée par les partisans du prince de Gondc, » quelque diligence que peusâcnt faire M'' de Liancourt (gouverneur de Paris) & le chevalier du guet pour empêcher la canaille acharnée au butin ». Les mutins

avaient pris des pièces de bois au Luxembourg aîors en construftion, & s'en servirent pour rompre les pones du logis. Les serviteurs se sauvèrent par le& jardins qui s'étendaient jusqu'à la rue Garancièrc, & les écuries qui donnaient sur la rue de Vnugiratd, Concini confia à Bassompierre qu'il estimait à plus de 200,000 écus les pertes qu'il avait subies dans cette échauffource.

Coniisqué au profit du nouveau favori Luyncs, l'hôtel fut revendu par son propriétaire au rni en 1621. Il fut affeité alors, & jusqu'en 1748, à la réception des ambassadeurs. Cet Mtel des amkîj^acïmn est aujourd'hui la caserne de la garde républicaine.

,Nous ne ferons que passer rue de Vaugiquc de déceptions, ici, pour nos souvenirs, que de fameuses demeures vainement cherchées! Qu'est devenu l'hôtel voisin du rempart, où se cachait M"'" de Maintcnon pour dérober au monde l'existence des bâtards du roi ? Et celui de M"" de La Fayette, l'amie de M"" de Sévigné & de La Rochefoucauld? Il n'en est guère qu'un seul ici qui réponde à l'appel : celui >\t Ld Tmt/ouHie, au numéro ^o.

Rue du Cherche-Midi , l'hôte! des Conseils de guerre a pris !a place de celui de la comtep^ tic Verme, cette originale épicuricnnesi connue, grâce à Saint-Simon, sous ie aom de dame de vùkpté. D'ibord maîtresse du duc de Savoie, clic se la^i d'un .^maoi qui la tenait trop enfermée &. se réfugia à Paris. Jnsialléc dans notre hôtel, elle sut amrer autour d'elle un cercle de gens d'esprit, d'amis des lettres & de philosophes, tout en formant une coUcilion d'antiquités, de tableaux, &. une précieuse bibliothèque. Elle avait composé d'iivancc sa propre cpiuphe :

Ci-^t, dans nne paix pnfhndt.

Cftft dame de volupté ^Hi , poiff pim vmndt s^retft Fît son paradis dans et monde.

Le Ministère de Li guerre n'a pas envahi moins de quatre anciens hôtelsj plus un couvent : rue Saint- Dominique t les hôtels de Brhmi, où mourut, aous la Révolution, l'ancien ministre de Louis XVi, & de Coati^ biti au xvn"sièc!e par la duchesse de La Meilleraîe- MazarJn, habité ensuite par la princesse de

Conti} rue de TUnivcrsité, cens d'Jii^iUot} ik de- MQuchy-NùdiSts. Le couvencdc Saint-Joseph, enfin, enclavé égalemcni dans l'absorbant ministère, n'abrita à l'origine que les joutes routes p:icifiqucs d'une conversation spirituelle au sein de la bonne compagnie. Un siècle environ après sa fondation par les filles de Saint- Joseph, dont M""' de Montcspan fut la protecirice, sinon îc modèle tardivement vertueux, la marquise Du Dciîant en fut l'hôte durant plus d'un dcmi-sicclc. Tous les causeurs d'esprit passèrent dans le joli appartement tendu de moire avec des nœuds couleur de feu f Saint-Joseph fut un des plus brillants chefslieux de l'intelligence. Qinconquc n'y était pas venu ne connaissait rien. «Je serais retourne en Angleterre sans avoir l'idée de ce genre d'esprit qui est particulier à votre nation , écrivait i la marquise le chevalier Mac Donald, si je n'avais été à Fcrney ik. à Saint-Joseph. » Dans ce cloître si peu cloîtré, M'""" de Vassc & de Taimont, M"' Fcrr.int aussi recevaient grand monde, & le prétendant Charlcs-hdouard , au temps où il se cachait, put vivre pendant trois ans, allant de l'une chez l'autre, sansiVnnuycr

un insranE. De rappanemcm de M"' de Vassé où il avait passé la journée, on l'incroduisait le soir, par un escalier dérobé, chez M"" Ferrant au fond de l'alcôve^ d'où il assistait à la conversation, puis il allait coucher chez la princesse de Talmont, sa maîtresse quadragéûairc. Tout à restrémitc du rcspciftatile faubourg, sur le boulevard des Invalides, le couventpensionnat du Sacré-Cœur occupe, entre les rues de Varcnnc & de B^bylone, tout l'cmplacemenr de l'ancien ir^tc/ de Biron avec les plus vastes jardins qu'aitpossédés Paris. C'est encore un financier (on retrouve ces gens partout), Peircnc de Moras, qui en fut le premier propriétaire. A cette époque de la Régence, tout le cjuartjer n'était qu'une garenne ou vareme, où les nouveaux venus pouvaient uiller en plein drap : ils en profitèreoL Peirenc mort, ce fut la duchesse du Maine (jui acheta l'hôtel en 17563 âc, enfin, Biron, qui le posséda jusqu'à la Révolution. Il avait fait de son parc l'un des plus beaux dç France par la variété des fleurs qu'il y cultivait, ^ voulant, par une fantaisie gcncrçusc de grand seigneur, que chacun pîlt l'admirer à l'aise, il en avait ouvert l'accès au

public du i" avril au i"odtobre*'^ La Rcvoîu- ,rion déclara la propriété domaine national, &, moins généreuse c^uc l'ancien régime, elle laissa bien les jardins ouverts, maïs moyennant un droit d'entrée. Quelqu'un quj s'était souvenu de la ronde populaire

J^iiai/ri Bfrou '<'o!iht Jaiiser. etc.

fit danser à l'hôtel Biron.

Moins heureux lut i.on voisin, Tj^W ^'Orsjyi, l'un des plus riches de Paris en peintures tSt sculptures. Les iippartemciits, aux plafonds décorés par TaravaU étaient encombrés de vases antiques & de statues rapportées surtout d'Italie. Cette collc£linn de dieux & de déesses avait

l'î Peu d'inmEcs ^vaatli Révolution, en jmn 178+ , itnc vojzgeiisc anglaise en mouirc moms J'admiraUaa ; uNput allâraes volt Les janliiiï du niiifdiil Je Biiûii. On les dit les plus beaux de Parh, & l'na obtient rarement là permission de Ici visiter. Ces ja.rdiiii, traces h. la Irançaisc, sont d'une r^guUrit^difsû'Iantc. Des arbrcï phnt^ en ligne droite, tout pris les uuï des auLres; §!ii & la, des parterres encadras sym^triqueinenï de pots de fleurs; quel-i^ucs hnsins à jets d'eau avec une statue au mdku; beaucoup d' orangers & de citroimiers en caimc. Somme toute, il rSigue dans ces jardins, quoique très vastes, une triste unitormic^.u {Jaiiriia! ./r A!"' CraJer^ -- Vov-i^c en France L17KJ-17B6I. Paris, i8g6, p. 49.)

— »••( i86 Vm—

coûté à M. d'Orsay quatre millions : tn septembre 1791, elle fut mise en ventCiSt recueillie dans les salles du Louvre ou le jardin des Tuileries. L'Lôtel d'Orsay vit bien danser aussi dans ses salons, dans ses jardins, sur sa magnifique terrasse de la rue de Babylonc, puis la déchéance vint, rapide : l'hôtel fut change en pensionnat, enfin en bazar. Vers 1840, il disparut en paitie devant le percement de nouvelles rues.

Sous la Restauration, le bizarre Armand Séguin, ancien fournisseur des armées sous la République & l'Empire, y avait donné libre jeu à ses excentricïtésj les plaisants sont allés jusqu'à en faire des contes bien peu croyables, maisqui sufEsentàcaraAériscr l'impression que laissait le personnage. Fort riche & non moins désccuvrc, il donnait, raconte-t-on, dans son parc, de grandes fêtes auxquelles assistaient indistinftement tous les curieux de la ville &. de la campagne. Un jour, il imagina de terminer le divertissement par un feu d'arrificc dont les fusées étaient disposées horizontalcmentj en prenant feu 3, elles vinrent frapper au visage les premiers spc«£latcurs &, mirent en

fuite les autres <\u\ tombèrent dans des chaussetrapes maiiquécs par des fleurs. II avait égaîcment la tnaaic d'acheter de très beaux chevaux Lju'll laissait ii'ébactrc librement dani^ le parc. Napoléon, qui en avait remarqué quatre, les lui Bt demander à plusieurs reprises, ik 6nit par envoyer un agent chargé d'en prendre livraison. Séguin, qui refusait de les vendre, desccndii à ses écuries &i tua les «quatre bètes de sa maiiîi désignant alors au messager impérial les cadavres, il lui déclara qu'il était libre de les emporter I

Ici, à l'extrcmité du Prc-aus-Clcrcs, il n'y avait qu'un désert encore k la fin du xvii" siècle j puis le reflux de la population, qui se portait \ ce moment vers l'ouest de Paris & la rouie de Versailles, commença à y jeter des couvents, des hôtels, des rues : sans méthode encore ik sans ahgoement, il est vrai, chacun bâtit à sa fantaisie. Dans les dernières années de Louis XIV, ratchiicilc Boffrand éleva en bordure de la Grenouillère, qui formait le prolongement du quai d'Orsay, tour à tour deux beaojc hôtels, l'un qui s'ouvrait sur la nouvelle rue de Bourbon (rue de Lille), pour

Torcy, le ncgociateur des traites d'Utrccht & de Rastadt, & dont Saiat-Simon parle sî favorablcmcnr' j puis, juste à côté, une autre deraccre pour Scignelay» cousin de Torcj.

Ils éujcot encore bien isolés : la princesse de Coad vint se joindre à eux, fuyant sa famille avec la<que1lc elle était toujours en dissension. « 11 V avoit souvent des scènes entre

M. leprmcc&M la princesse de Conti, la-

i^ucllc ne s*ca contraîgnoit guère & qui lui disoit devant le monde qu'il n'avoitquc faire de vouloir tam montrer son autorité sur cUc, parce tju'il étoit bon qu'il sût qu'il ne pouvoir pas faire un prince du sang sans elle, au lieu qu'elle en pouvoir faire un sans lui'''^» Elle voulut avoir son hûtcl bien k elle, loin des Conti, qui habitaient &ur la rive gauchCi en face du Louvrc; puis sa mobilité d'c&prit l'ajTCtaau cours de Tentreprise^ & ja nouvelle dcmeute fut vendue inachevée, en 1716, au duc du Maine.

Ces premiers ajrivants firent école, &, en 1720, la duchesse de Bourbon, qui posséd.iit

''^ Voir ks M/itifiim, pasisim,

1'* M/merrri, édition Chcrucl, t- XIH, ji. ^n.

de vastes terrains justju'aux marais des Invalides, voulut y élever un palais au bord du fleuve. Le site ctaii retiré, mais point trop éloigné de la ville, & magnifiquement exposé en vue du rideau de verdure des Tuileries & des Champs-Elysées ; un pont déjà projeté promettait une communication aisée avec la place Louis XV. Inspirée par ce Lasscy, son amant, dont parle Saint Simon ^'', elle lui céda, pour le garder dans son voisinage, EJûe portion de son terrain. Tandis que le Palais- Bourbon, bordé au nord par une terrasse qui dominait le fleuve, au sud par un élégant portique ouvrant sur une vaste cour d'honneur, s'achevait, luxueux, vaste* confof' table, sans dépasser, il est vrai, la hauteur du rcz-dc-chaussce» Lasscy, de son côté, commençait son propre hôtel dans le même alignement & sur des plans identiques. Les deux demeures une fois terminées, on établit entre

f' Voir 1» Alftnsim, iMi. Charnel, t. IX, p. 98 : n Avec un visage de singe, il était partaitemcct bien fait. Il plut i Madame la Duchesse... la lïaïioiii entre eux « fit la plus inmne fit Ea plus ■étrangement publii^uç. Il devint à yisage découvert le makrc de Madame U Duchcssc & le direflcur de tmitct ses affaires.»

elles, au moyen d'une porte secrète & d'une galerie souterraine, une communication permanente. Lasscy, qui n'avait pas d'enfant, dota sa niccc «belle comme le jour, à qui il donna prodigieusement pour épouser le fils du duc de Villars-Brancas, don: la noce se fit chez M'"" la Duchesse w'fl.

Le Palais-Bourbon passa par héritage au prince de Condé, qui le préféra à l'ancien hôtel familial, un peu resserré entre les rues des Fossés (auj. Monaieur-le-Prince), de Vaugiiard Hl de Condé. Trop exigu, il est vrai, pour loger le prince avec sa nombreuse cour : gentilshommes, aides de camp, écuyers., il fut agrandi de l'hôtel voisin de Brancas, & les travaux durèrenc de 1765 à 1777.

La Révolution, qui chassa tous les Condcs, afîeAa aux assemblées législatives le Palsîs- Bourbon,j devenu bien national; l'Empire en remplaça l'ancienne façade par le péristyle aâuel qui donne sur le pont de la Concordc.

La Restauration s'empressa naturellement de rendre au prince de Condé la propriété de

'" Ouvrage dB)à citi, p. 95.

son palais, mais en Uîssant !a jouissance de cet immeuble à la Chambre des Députés moyennant un loyer de 114,000 francs : situation précaire, mats qui dura cependant de longues années. En 1827, puis en 1843, deux lois successives ordonnèrent l'achat du Palais- Bourbon pour le compte de l'ÉiaC, qui s'cmprcss:i de reconstruire h salle des séances.

Quant à h présidence, elle se promena longtemps de côté & d'autre : d'abord à l'hAtcl de Trévise, rue de Lille, puis i b pl.^ce Vendôme jusi^u'en 1843, où Taéie d'achat, conclu U même année, lui assigna, l'ancien hôtel de Lassey.

Arrcions-nous un instant sur le quai voisin, avant de repasser la rivière : notre dernière station aura pour objet l'hÔTcl, à la fois élégant ^ prétentieux, qu'un petit prince allemand.

FreJo'k^e Sak/j fit bâtir peu d'années avant la Révolution; il devint, en 1802, le palais de la Légion d'honncvir.

Ce principicuic avait tous les goûts & se permettait toutes les folies. S'ennuyant dans SCS Érats, il était venu les manger à Paris, « Le Salm est ici, cherchant à tout vendre & à

piafer''*-, écrivait en août 1786 la marquise de Crcqui à Sénac de Mellhans le baron de Breteuil soutient qu'il n'en a pas pour deux ans i<c que l'hèpital sera sa fin. w En attendant, <( le Salm )i voulait se donner un hûtel, dernière fantaisie, & fit bâtir le nôtre : il ncut guère que le temps d'^y pendre la crcmaillèrc, dans unefctc qui fut une cohue. La moitié de Paris accourut y étouffer l'autre. Le comte Ai. de Tilly, dans sçs Mémoires, en parle ainsi : «Il y avait tant de gens que le prince lui-même ne connaissait pas, qu'il me dit plâisamra^cnt : Beaucoup de personnes qui sont ici peuvent me croire aussi invite au bal. » L'année d'après, l'architcftc gardait l'hôtel pour se payer, & le prince n'en était plus que le locataire. Survint la Révolution A^ comme plus d'un grand seigneur ruiné, il prit parti pour elle : beau dévouement qui ne l'cmpècha pas d'en devenir, trois ans après, une des sanglantes vidimcs.

De la hauteur au sommet de laquelle s'élève

'" Pi'JJff, (étalage hm^mt de fetc Jaiis le but ilc frapper les yeuK & J'en imposer à riraagination de la foule. Voir LittrÉ.

l'Arc de Triomphe, le regard Jii speflateur, lorsq^u'il se courue vers h ville, découvre une large avenue dont les lignes verdoyantes descendent en pente douce jusqu'à ïa. place de la Concorde & se confondent avec les arbres des Tuileries. Louis XIV, déjà, avait apprécié les avantages d'un pareil sitc ordonné d'eo (aire disparaître les marais ; des allées d'ormes en prirent la place , les massif? furent semés de gazons ^les chemins se dirigeant sur le Roule Je faubourg Saint-Honorc & Chaillot devinrent de belles avenues. Ce progrès fut le seul pour longtemps; la faveur de la cour, & de la bourgeoisie qui eu suivait la rnode, allait toujours au Cours'la-Rcinc, mis en vogue par Marie de Médicïs. C'est en 1776, enfin, que la vogue se reporta sur les Champs-Elysées ; ils «sont très beaux & commencent à attirer le public », dirent cette année pour la première fois les Mémoires secrets de Bachanmonti & les amateurs de sites champêtres y élevèrent leurs premiers hôtels.

Sur cette vaste réginn encore improductive ^'étendaient la Chartreme A le Jardin BeiUijcn. Le fameux fermier général avait rêvé d'y créer des lieux enchantés^ il sema siur ce terrain des

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