IV
nord & du sud» &. le jardin avec son labytwthf, son cadran Sùlaire & lunairr, ik sa ^ortï ornée de poteries cmaîllées par Bernard Palîsiy. Lenôtrc, du reste, en modifia plus tard le trace : c'est i lui que nous devons les deux terrasses des Feuiliants ik du ^ord de ffau.
Commeïît approyisionncr d'eau les deux palais voisins? La question qui s'était posée plus de deux ccnt^aiï? auparavant se reprcscnrait plus pressante encore au début duxvit'siède : les besoins de confort de l» nouvelle génération comportaient des exigences Inconnues au moyen âge. Un Flamand, Lîntlacr, arrivé à Pari'i à l'heure favorable, obtint de Henri IV l'autorisation d'installer sur la Seine, innmcdiatcmcnt au-dessous du Pont-Neuf, une pompe élcvatoire qui amenait Tcau dans un réservoir construit à la hauteur voulue, ik d'où elle était dirigée vers sa destination. C'était la Seuaaritaîtie , montée sur pilotis de 1603 à 1608, ôi décorée d'un groupe en bronze dore qui représentait la scène évangélique de Jésus avec la Samariuinc, Entre les deux figures, un bassin doré recevait l'eau tombant d'une coquille. Un carillon, jouant d'heure en heure
dcs airs varies & un jacquemart, qui accompagnait l'horloge en sonnant les heures, complétaient la décoration, à la grande joie du public parisien, qu'crpîimèrent maintes épigrammcs, telle la suivante :
Anite^vous ici , pa/iant, Ktgardêv attentivement ; Vous venw la Samaritaine AJiise au hord itme fontaine :
Vous n'en savevpas la raison ?
C'eB pour laver son eotiUon.
Regard^ de l'autre côté.
Comme le Seigneur eff planté, J^ui^r entretient sur la grâce; Il lui parle sur l'effcact; Mais il lui parle doucement De crainte ^emprisonnement.
Le poste de gouverneur royal de la Samaritaine était une sinécure fort recherchée. Cette machine demanda des réparations successives, & en 1813, rendue inutile parles progrès de la canalisation souterraine, elle fut supprimée : jacquemart & carillon se taisaient depuis longtemps.
Cathcrinc de Médicis, en mourant, laissait inachevées les Tuileries dont les travaux étaient suspendus depuis de longues années. Elle ne s'y était jamais installée, «y venoit scullemcQt pour se pourmcner, & lorsqu'elle y vouloir manger ou séjourner, qui estoit fort peu souvent, faisoit apporter les meubles qui lui cstoient nécessaires, lesquels ses officiers remportoicnt après son départ».
Les chantiers restaient déserts, les matériaux encombraient les abords du palais presque oublié.
Louis XIII ou plutôt Richelieu reprit le plan, conçu par Henri IV, de relier par des ailes les deux palaisj dès le règne suivant, l'avancement des travaux permit à l'Italien Vigarani d'aménager entre le pavillon de Marsan & le dôme central, «pour les délassements du jeune roi & le divertissement de ses peuples», une salle de théâtre pourvue d'un machinisme fort compliqué : un rtW pour [csgloireSj les vols, les dieux planant sur des nuées j des 4ep>us profonds pour les enfers, & un système très compliqué de fermes. La loge royale était entourée de gradins pour les officiers & la cour, & de
loges décorées de marbres Se de dorures. C'est dans cette salle qu'en janvier 1671, «en présence de Leurs Majestés, du Dauphin, de Monsieur, de Mademoiselle, du nonce & dç l'ambissaJcur de Vbntseit, fur représentée Psyché, tragcdic-ballct de Corneille, LuUi, Quiniult & Molière, jouée par ce dernier avec le concours de sa troupe.
Au Louvre, les travaux n'avanoxrent que lentement durant les xvii" & xviii'" siècles ; la cour, installée A Versailles depuis la Fronde, en avait garde rancune à la remuante capitale & n'y venait prcsqxic plus. Délaisse par Louis XIV, îc Louvre donna du moins l'hospiulité aux diverses académies. L'Académie française y tint séance pour la première fois le 12 janvier 1675 ^'i, & il y accourut, remarque
"> Li Compigaie marqua de ïon mkux sa giatitudi: au roi ; le jour de k Saint-Louis, cllc fcUaît ciflétrer uac mciiç cd mu*ii^uç 6f praniinccf le pan^gyric]iie Ju çaînt. La Bretonnitrc, l'autcue tlu Ceibûii mtttv. nous montre d'autre piri rAeaditïiicïousuo jourBitigiilièremcnt moins ^tavc. «Quoique Le Roy, dit-il, kur ait fait ThonncUr dt: Icï loger au LoLivrc, ces beaux Messieurs <(/ battent eii drilles, comme dans un c^bat<!C. Charpentier en vint si avant, l'autre jour, avec l'abW TiUcmant, que de lui Tcproclicr c|u'ii t'iait fils J'iin binqucrouticr de La Ro-
Ch. Perrault, «une foule de monde & de très beau monde». AiBucnce qui s'explique : il s'agissait d'une triple réception en une séance, dont celles de Fléchier & de Racine. L^acadcmie de peinture, elle aussi-, y trouva sa place : après des chances diverses, elle reçut, à la fin du siècle, plusieurs salles du même étage, avec la faculté d'ouvrir l'Exposition de peinture dans le Grand SMon du Louvre, devenu ainsi aie salon» par excellence : et nom passa à l'Eiposition elle-même, d'abord irrcgulièrc, puis biennale durant toute la seconde moitié du xviii' siècle.
Aux alentours du palais, quel désordre, & que les abords en étaient désoles, bien que le gouverneur, M. d'Angevilliers, eût fait semer de gazon les terrains vagues environnants! Un peu dégagé, sur sa fiiçadc orientale, par la dis-
chcllc; 2 iLjUoy TillemïDt rcpliqui qac Chirpcnticc éuit tîU d'un cab^rctici de p3n&. De ces injure; de halles lK en «'jurent a.u\ niains. Charpentier jets ît U tète Je Tille[na,n[ un Dictiannaire de NîcoC, & Tallcmant de son c-ôtc jeta 'i ]i tctc Je Chacpcntkr un Dicci(^nn:iicc lic Monet.if Miflii:re, peijinant leitvpcî de Triswdn et Vadius, n'ivait pas à chercher bien loin piiur cupïcr ^ur nature les maurs iiUmnrs du Grand Siccie.
parîtion de l'iiôtci de Bourbon!^', le Louvre sç vit assicgc dçs le temps de Louis XIV, comme jadis i']i6tel Saint-P^nd, par une nouvelle émigration de filles publiques^ suivies de leur escorte obligée, la tourbe des métieri!; interlopes ; profitant de labscncc de la cour'"''', une étrange population de vaurieus en quête d'un repaire, de débiteurs frappés de contrainte par corpSj qui n'avaient pas d'autre asile, se gliitsaicnt dans le dédale de masures & de décombres qui obstruaient la cour principale, & pénétraient jusque dans les galeries. Sous Louis XV, les échoppes des petits marchands, les inatçriauï entassés dans les cours en vue d'un achèvement toujours plus problématique du palais portèrent la confusion à son comble: Jcs portiques, les entrc-colonncments, les nicliçii mcmcs des statues, tout était envahi par quelque étalage. Bref, le découragement de la cour, qui ne savait plus que taire du châteati, fut tel à un moment donné que, vers 1725, sous
*^' Démoli vers 1660 pour ta\rt place ^ b nouvelle Colon tw4c.
<'*' D< 1670 i tiii, le Kii ne visiw h Louvtç (ju'uae i^uinEiine de fiijs.
le ministère Ficury, le conseil agita sérieusement la questioo de démolir le Louvre. «L'extravagante proposition , ajoute Latour de Saint- Ycnnc''!, fut écoutée, mise en délibération, & allait passer tout d'une voix, lorsqu'un des membres du conseil demanda quel Français serait assez audacieux pour se charger d'une telle entreprise?»
Dès lors, & la question de démolition étant écartée, on s'appliqua à remédier aux dangers qui menaçaient le palais, ainsi qu'à faciliter les moyens de communication, par le Louvre, entre le faubourg Saint-Honoré & le faubourg Saint-Germain. La circulation, très aétive sur ce point, ne disposait guère, sur toute la longueur des deux palais voisins, que de trois passages fort étroits : en face de la rue Saint- Thomas-du-Louvre, de la rue Froidmantcau, & de la rue Saint-Nicaise qui débouchait sur le quai à la hauteur du Pont-Royals au total, bien peu de chose en regard des besoins quotidiens. Le Mercure de 1757, organe des reclamants, toucha du doigt le vif de la question
[" Voir le dialogue intituli^ : h'Omhre du Grand Colhert,
sous la forme d'une discuissinn de café où un petit robin, gendre d'un officier des cciiries, criait comme un beau diable «que l'ouverture proposée couperait un beau filet d'écurie, &. prendrai: la place de six chevaux du roi».
Deux ans après, la réforme attendue vit le (oufi sans tenir compte ni des écuries royales d'un cotc^nt de l'imprimerie du roi, de l'autre, le marquis de Marigny fit ouvrir trois larges guichets entre Iç quai & le Carrouseî. Tous les écrivains du temps s'cpuiscrent en remerciements au surintendant des bâtiments. D'Alembcrt eut une vraie joie d'enfant la première fois qu'il le traversa en voiture, u M""" de Créquy lui proposa de le mener prendre l'air dans sa voiture, & il parut, de la meilleure foi du monde, prendre un plaisir si vif au rcsonncmcnt sourd & prolongé que produisaient le piétinement des chevaux & le roulement de la voiture en traversant les guichets du Louvre, que cette dame eut la complaisance d'ordonner à son cocher de repasser cinq ou six fois de suite sous CCS voûtes sonores^''.»
"ï Ch. PûUGENS, Lettre miatrième.
Ce serait une piquante histoire, trop longue pour trouver sa place ici, que celle de ces guichets, dût-elle ne commencer qu'à l'heure oix d'Alembert les passait dans la voiture de M""' de Crcquy, & s'arrêter aux instants de mortelle angoisse qu'y passa Maric-AntaJnctte, tapie dans rombre & sur le point d'être reconnue par La Fayette, le soir même du départ pour Varenncs.
Le Louvî
dépit de
ses
icureusfs trans* tormations, n'avait jamais beaucoup plu à Marie de Médicis qui le trouvait sombre & s'y sentait mal à l'aisci peu après la mort de Henri IV, elle le quitta. Au xvi" siècle, le duc de Pincy-Luxembourg avait fait bâtir» du cûté des Chartreux de Vauvert, un hôtel portant son nom qui survécut à toutes les vicissitudes du domaïnCi c'est ccne demeure que la reine acheta pour en taire sa retraite loin de la cour, & elle chargea son architeâ;e,Dcbrosse, de Itii en faire un palais. Les trois corps de logis, entre cour & Jardin, furent rasés, Se Dcbrossc édifia en leur place la majestueuse demeure où l'on a voulu voir une imitation du
palais Pitti, à Florence. Quoi qu'il en soit, ses belles proportions sont encore reconnaîssablcs derrière les lourdes adjotiftions r avant-corps die logis sur la façade du jardin, & deux pavÙlon? qui le flanquent, à droite & à gauche, datant du temps de Louis- Philippe. Malingre'^' nous a laisse une description admirarivc des tjuatrc grands pavillons conicnaat la galerie de la reine, avec une cheminée à chaque bout, la chapelle, la chambre à coucher, dont le lit était entouré d'une balustrade à piliers d'argent. «De cette chambre on entre au tabinet, le plus riche qui se puisse voir. Les viues sont de fin cristal &, au lieu de plomb pour les lier, la liaison est toute d'argent, ji Encouragée par l'approbation des premiers artistes du temps, la reine oc ménagea pas ses soins au palais & fit exécuter, dans la grande galerie, de 1621 à 1623, par RubenSj la fameuse collection de tableaux, en majeure partie aujourd'hui au Lopvrc, qui représentait la vie de Marie de Médicis.
Les jardins, d'une étendue plus restreinte qui- ceux d'aujourd'hui, furent dessinés par le
yiitr/^Mi&^Ji- f.i fiSc lit Pmti, Iiv. It, p. ^ai-î.
mcinc Dcbroîsc, autjucl on doit encore la fontaine de Médicis, (|u'il alimenta par un aqueduc amenant les eaux de la source de Rungis.
La politique vint troubler la reine dans la jouissance de sa retraite. Après la Journée des Dupes en novembre 1650, Marie dut plier devant Richelieu & quitter Paris. Elle céda, en partant, le palais à son second fils Gaston d'Orléans. Durant tout le cours de la Fronde, le paliiis d'OrUans fut le quartier général des chefs du mouvement. Au moment le plus aigu de cette période troublée (en déc. 1651), le duc y fut serré d'assez près par la foule venue pour lui représenter les maux dont elle souÂ-ait.
«M, d'Orléans prêt à sortir en carrosse pour aller promener en plaine de Grenelle, une populace du faubourg, en nombre de deux cents ûu près, entrèrent en sa cour. L'un de leurs chefs s'approcha & lui parla, puis le reste cria : uLa pais, monseigneur, nous mourons «de faim.» Il leur dit qu'il y avoit fait tout son possible & n'y pouvoit faire davantage '''.w
t'J Jimrs'ii Jt DtiJ>mfiaif-Aiitf»,iif, publ, par Saigc, PsrU, iS8j, t. II, p, rj7.
.. «Dimanche (5 mai 1652). Avis que te maréchaî de Turenne a défait deux mille hommes de Tarmée des princes. On envoie du pal^s d'Orléans chercher M. de Chavigny & M"" d'Aiguillon en toutes parts sur ce sujet, la dite dame étant entremetteuse du traité d'enue la cour Si. les Princes'".))
A Gaston d'Orléans succédèrent, dans le palais, SCS deux iîllcs, la Grande Mademoiselle & Elisabeth de Guîse^ celle-ci en fit don au rni. Le Régent y logea la duchesse de Berry, & Duclos nous raconte qu'il laissait rarement passer un jour sans aller y voir sa fille qui se livrait i d'étranges passe-temps. «Les soupers, les bacchanales, les mœurs du Luxcmbourt; etoient les mcmes qu'au Palais-Royal, puisque c'étoient à peu près les mêmes sociétés. La duchesse de Berry, avec <]U\ les seuls princes du sang pouvoient manger, soupoit ouvertement avec des gens obscurs que Riom *^' lui
'" JtKmaiilt DutHifis-Atthertiiy, puhl. p^ir &iige. Piris, i88t, l. n, p. ÎI7,
•^ Le comte de Riom, petit-acveu du fiarneui Lauzun, & Jin^ant de la princcsw. Il aviit ^'ahord i^t^ ceint de la marquise de Mtsiichvj sa dame d'aiours, &. TiKh^ de VJtuxccIlcs, dans îres annulations des Miirfoiret, cbacrvç
produi&oit. Il s'y trouvoit même un' certain Père Rciglci, jésuite complaisant^ commensal & soi-disant confesseur. Si clic avoit fait usage de son ministère, cllcauroîtpu se dtspcnscrdc lui dire bien des choses dont il cloit témoin tfi participe '''■>* De son coté, Saint-Simon ajoute : «M™ la duchesse de Bcrry, qui vivoit de la façon qui a été expliquée j voulut apparemment pouvoir passer des nuits d'été dans leLuxembourgvCn liberté. Elle en fit murer les pnrtcs, & ne conserva que celle de la grille du bas de l'cscaJtcr du milieu du palais. Ce jardin, de tout temps public, étoit la promenade de tout le faubourg Saint-Germain, qui s'en trouva privé. M. le Duc (de Bourbon) fit
<]uc b <Jti(;hei.ïc <ic Bcrty, a.l?!ig^ Xune Uille épiisïc, ivili sollicita M*" lie Muuchv, fort iveltc au contraire, de lui céder Riom. Bien k]u'on ne pût guère les confondre tûuics deux, il fut convenu que la. duchesse » substituerait 3 sa Jimc d'atoun. CcUe-ci donna i Riom un rendez-vous don[ pro^ta la pniiccjse. Rjom, étonna de cet embonpaimi, dit Et lendemain a son entourage : ii Voyez cette inaJarnc de Mouchy t|ui a l'air grnwc comme une mauviettCi cela cent onc place énorme dans un lit.» Ce fin l'origine d'une liaison qui fit scandale parmi les tontempo rains.
^'* M/msirei de DucLOS, ^d. Pctitot, t. I, p. ii+.
ouvrir aussitôt celui de l'hôtel de Condc^'' & le rendit public en coutrasic. Le bruit fut grand & les propos peu mesurés sur la raison de cette clôture**'.» Jusqu'à la Révolution, la duchesse de Brunswick, !a reine douairière d'Espagne s'y succcdèrenlj puis le comte de Provence (1779). Ce fut une donation de Louis XVI qui réunit entre les mains de ce dernier le palais de Marie de Médicis & le petit Luxcmbntirg, jadis Iiabitc, durant la fondation du Palais-Gardina!, par Richelieu qui le laissa à sa nièce, la duchesse d'Aiguillon, d'où il passa aux Condcs. La Révolution conduisit le comte de Provence en exil, & changea le Luxembourg en une prison ; comme tcîlc, il continua à abriter des. hôtes illustres, le général de BrogliCjlc marquis de Nicolaï, Beauharnais, puis Danton & Camille Desmoulina.
Oublierons-nous de consacrer, en terminant, quelques lignes de souvenir à ce PaUis qui ne devint Royal qu'indiredcmcni <& aprc>>
<" Sur l'emplacifmcfLt aAuel Ju ih^Strc de l'Od^on. o> M/mm, a. Chtfrud. t, xni, p. 411.
coup, par une disposition du possesseur qui l'avait bâti & l'habita durant des années comme une demeure toute privée?
A peine nommé ministre, en 1624, Richelieu, qui habitait encore son hôtel de la place Royale, chercha à se rapprocher du Louvre.
Dès la même année, il s'empressa d'acheter, à l'extrémité de la rue Saint-Honoré , le vieil hôtel de Rambouillet, vaste assemblage de bâtiments du xv" siècle, sans régularité à l'extérieur, sans confortable â rintcrieur. Après les aménagements indispensables, il y était installé en 1629; ses projets, alors, étaient modestes. Puis sa situation grandit & toutes les ambitions lui furent permises : il conçut alors le projet d'un palais. De 1629 à 1642, l'année même de sa mort, il acheta de plus toute une série d'habitations privées : les bâtiments de l'académie d'équitation Benjamin, sur la rue des Bons-Enfants , puis l'hôtel d'Estrées à l'angle de la même rue, enfin l'hôtel de Sillery, de l'autre côté de la rue Saint-Honorc, qui permît de dégager la vue de la façade en ouvrant une place. Les travaux, commencés sous la direction de l'architeéle Lemcrcier, aboutirent à une
demeure relativement modeste encore, Yhâtel BJcéefieu, adosse au vieux mur de Charles V qui venait aboutir, vers l'entrée de la rue aftucllc de S'Échelle, à ]a porte Saint-Honaré. D'une année à l'autre^ il s'agrandissait, & pour faciliter la tâche» il rasa le rempart & combla le t'ossc qui letreignait. En 163;, les deux galeries de l'aile gauche étaient achevées, ainsi qu'une partie de l'aile droite. Édifice d'un aspefl: imposant, mais sans régularité, enchevêtré au milieu d'un fouillis de maisons non encore achetées, de jardins, de murs lézardes. Cette aile droite contenait une salle de spcctaclcj l'aile gauche, une galerie dont la voûte avait été décorée par Philippe de Champaîgne. Cette même aile, dans la seconde cour, contenait une galerie de portraits d'hommes illustres peints par le mcrae Champaigne, Vouei» ctc, Cette seconde cour, au reste, n'étatî entourée de bâtimeots que de trois côtés : le i^uatricmc donnait sur le jardin par une suite d'arcades ponant une galerie découverte qui faisait cornmuniqucr entre elles les deux ailes.
Telle quelle, & avec les magnifiques collections d'art que le cardinal avait Commencé à
y accumuler: pas moins de 250 tableaux,
19T sculpturc<î (tant bustes (]ue statues de grandeur naturelle), des tapisseries magnifiques, des pièces d'orfèvrerie, des cristaux, des porcelaines, c'était dès lors une résidence splendide. La bibliocliètjue, la plus belle de Paris avant celle de Mazarin, contenait 900 manuscrits que Richelieu avait achetés, un peu de tous côtés & fait relier en maroquin rouge à ses armes. Enfin le Palais-Cardinal eut son t^icâtrc: d'abnrd ;m petit qui ne contenait que quelques centaines de places àt qui suffit cependant i représenter le GW; en 1641, une salle plus vaste lut inaugurée avec Mirame. Bn 1639»
l'œuvre était terminée j maïs déjà trois ans avant, en juin 1636, le cardinal, voulant prévenir le risque toujours possible d'une jalousie royale^ avait fait donation de son palais à Louis XIII, & \\ la confirma par son testament de 1642. Le roi n'eut guère le temps de profiter du présent : il mourut cinq mois après, En octobre de la même année, la reine régente s'installa avec ses enfants au Palais-Royal (c'est ainsi qu'il fut désigné dès lors) &, par un caprice de femme, bouleversa tout, changea la distribu-
lioti des piccesi elle établit le petit roi dans l'ancienne chamEirc de RiclicUcu & fit aménager pour elîe-mC'me de spacieux appancmcnts à l'aile droite. En même tcmpSt & sous le prétexte du bien de l'État» elle désira rapprocher d'elle Mazarin auquel elle était mariée secrètement (''î le tout*puissant ministre arriva avec tout son monde d'officiers, de serviteurs, qu'il logea sous les combles ; en moins de dix ans, la demeure de Richelieu devint presque méconnaissable.
C'est là que le jeune Louis XIV passa son enfance, fort négligée de la reine-mère ellemême, sous le contrôle du premier ministre qui le détournait systématiquement de toute étude sérieuse, ne lui laissant d'autre ressource que celle des exercices physiq^jcs, de la danse, de réquiution, de la chasse à laquelle il se livra jusque dans les jardins du Palais-Royal ^'^\ c'est là que la cour soutint l'assaut de la Frordci dans les rues, la populace chantait
I'' Voir W/iLCEENAEiL, Si'viffii', pact. Il» p. 47IJ Cousin, JîituUfortj p. 9î & 471-S2, elc.
'•' Voir tjfic pi^cc rndtiiliîc : t^i futrlif/ilan'Us Je ht (haj?f rçj.tk faite pur Sa Mitjff!*' U jour de Siltnf-Halvrt fié^yj.
«sur l'amour que la reine porte à Mazarin», des chansons telles que celle-ci :
Vour moy je suis sans chagrin
Contre Jules Ma^rin :
Ce fi un étranger
Oui veut se venger.
Je pardonne à sa haine;
Mais je voudrois bien étrangler
Noflre p Je reyne, o guay!
Nofire p...., etc.
Dans la nuit du j au 6 janvier 1649 , la reine, avec ses deux enfants & sa suite, s'évada par une porte de derrière qui ouvrait à l'extrémité du jardin, sur la rue des Petits-Champs, & se réfugia à Saint-Germain} c'est là qu'après l'exil de Mazarin, le peuple soulevé pénétra dans le palais & alla voir dormir le jeune roi dans sa chambre '". Après la Fronde, la reine, lasse d'une demeure agréable, sans doute, mais trop facilement accessible aux mouvements de la rue, la quitta sans esprit de retour. En 1660,
'" VoirM"°DE MoTTEViLLE, Mémoires, iÀ, Charpentier, t. II, p. iSj-îSô; t. III, p. 309-3TO.
le roi en céda la jouissance à son frère qui dut y exécuter d'imporratites réparations & changer la distrthution des appartements^ en 169;, le Palais-Royal fut donné au duc d'Orléans qui Iç fit magnifiquement décorerparMansart, Une galerie d'une tj^uairantaine de mètres sur la rue dç Richelieu en augmenta Icceoduc, & le nouveau possesseur y installa des collcétîons précieuses de lapisscric&t de tableaux, de porcelaines.
Puis ce fut la vie du Régent entre ses âlJcs, ses maîtresses & ses favoris, vie singulièrement dcbratllce A qui l'emporta avant 1 âge. Le régime de galanccfie licencieuse qui avait pris possession du Palais-Royal s'accentua encore, &i possible, avec son petit-fils Louis-Philippe d'Orléans, qui rivalisa de désordres avec sa femme qui était une Bourbon-Conti. En 1763, Tinccndie de la salle de i'Opcra, qui était lancicn théâtre élevé par Richelieu, en atteignant sensiblement les bâtiments mêmes du Paiais-Royal, entraîna des travaux de reconstruûion, & donna à sa physionomie extérieure à peu près sa condition afluelle, plus gracieuse. Ce fut ensuite un projet de bâti-
ment que conçut le duc pour relier, à leur extrémité sur le fa.rdin, les deux ailes du Palais^Royal, & remplacer la terrasse à arcades grillées, daunt de Richelieu, qui disparut en 1775} il présente par avance les traits généraux qui devaient se retrouver bientôt dans les galeries élevées quelques années plus tard : même pilastres cannelés, même balustrade au-dessus de l'entablement. Pour le moment, cependant, on se borna à installer ces sordides échoppes, /ri bouti^Hci dr hm^ qui firent de l'endroit, sous le sobriquet de «Camp des TartareSB, le plus étrange des bazars, « rendes- vous de tous les crocs, escrocs, filouï, mauvais sujets dont abonde la capitale)'*». Son fils, le duc Philippe, plus tard Égalité, maître du Palais-Royal que son père lui avait cédé en 1780, pour se retirer avec la marquise de Montcsson dans un hôtel de la rue de Provence ''^^, conçut un plan plus fruftueuï&: digne du prince que des voix autorisées accusèrent de déposer les diamants de SCS habits chez le bijoutier Boehmer, lors de quelque fête, pour les o0rir en loca-
'') M/moIm sfCTtfs de Bach\uwont, t. XXXI f p. 100. "' iiuf l'cTnpIat-çtncnt aituel -ic la cité d'Antin.
-~*M. 71 )**• — tïon aux dames de la cour, en se contentant lui-même de brillants faux ^'' & qui, deux ans ^ peine après la morr de son pèrc^ en 1787, brodifitit misérablement les merveilleuses col- Icâions arôstiques du Palais-Royal. Dès qu'il eut ses coudées franches, il s'empressa de réaliser la colossale opération ânaocicre que lui suggérait depuis dix ans son familier^ l 'économiste Bcaudeau , en rétrécissant sur trois côtés le jardin du palais, & mit en vente le terrain devenu disponible. Le bruit, bieuiût répandu, souleva contre le prince spéculateur un orage de sarcasmes, d'outrages &l de fureur, qui se traduisit dans tout Paris, & surtout chez les propriétaires Icscs dans leur droit d'entrée direélc <St dans la vue du jardin , par des libelles & des placards de la dernière violence. L'un de ce& derniers, apposé jusque d;tn£ le grand escalier du Palais-Royal, invitait le duc à ouvrir une souscription pour trouver les fonds nécessaires à son entreprise, ajoutant que, si chacun de ceux i^ui le méprisaient donnait seulement un écu, il aurait de quoi faire bâtir
'^' SsMveairs ik l,t manjuisf Jt Cr/qny, t. V, p, 42 & 66.
une ville entière '". Tous les moyens furcni mis en œuvre : procédures judiciaires, les plus hautes, influences, rien n'y fit. Dès le mois de décembre 1781, il commença les travaux, traça trois nouvelles voies parallèles aux rues de Richelieu, des Petits-Champs & des Bons-Enfants, & bâtit les trois rangées de maisons qui, avec leurs galeries bordées d'arcades, font un si piquant cadre au jardin remanié du mcme coup. L'objet allégué par le duc de Chartres, «faire du Palais-Royal un lieu de promenade commode, un rendez-vous général des nationaux & des étrangers» ■-', fut pteincmcnt ancJnt ainsi que Iç constarc le Calendrier des lemrs on Les Amnsernens kommiques de Paris e^ des environs^ sorte de petit guide qui paraît être resté manuscrit '^'i il fut sans doute dépassé quelques années après, en i7!^9, lorsque les premiers
^" BACtiAUMOMT, ouvr. Cit., t. XVII, ; fuill. & î oS.
'*! Voir Ghampi&r, U P-iLut-KayAlf p. 422.
'*^ iiDcpuis orne heures du maria jusEiu^à deux hcuros, lous les nouvellistes se réunissent fit forment différents groupe*, savoir au Palais-Royal à l'entrée de la grande alliée, du côt^ de la rue des Petits-Cliamps, & surtout auinur de la bouiiL|iic Ju Lhrairc ados^j'é au café. Ceui qui
clubistcs, qui avaient éwbli leur quartier général au café de Foy'*', installé depuis 1784 sous l'une des arcades de la galerie Montpensicr, hissèrent sur Tune des tables Camille Etesmoulins, dans la journée du 13 juillet, pour haranguer la foule & la lancer sur la Bastille.
sont curieux d'entendre des conversations de toute espace peuvent se rendre U : ils entendront parler de paix, de guerre, de politique, de gouverneraent, de ministres d^plicis ou remplaces, d'affaires étrangères, d'effets royaux, de Kcrets d'Etat, d'aventures k la ville, à la cour...» (BmS. He laSor.de FHiH. de Park, ann. 188 j, p. 134).
'" Ce cafiÈ, qui exîsuit d^jà sous Louis XIV, en 171J, rac de Richelieu, presque en face de la rue Villcdo, vînt se axer au Palais-Royal , sous l'enseigne de «La bonncfoy !» qui était un jeu de mots, quelques années avant la Révolution dont les incidents firent la réputation & la fortune de son propriétaire Jousscrand.