‹ Études sur le Paris d'autrefois (volume 3)Chapitre 5 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'HOTEL SAINT-PAUL ET SES DÉPE^fDANGES.

Les ynmenscs travaux du L<ouvrci les réparations au palais qu'il se préparait à quitter, ne suffisaient pas à l'aâivité du grand bâtisseur que fut Charles le Sage. En renonçant à la vieille demeure de saint Louis, il se réservait une compensation : c'est sur la route de Vinccnnes si souvent habité par les Capétiens qu'il la choisit.

A l'extrémité de la rue Saint- Antoine, dans le voisinage immédiat de la nouvelle enceinte, le jeune régent acheta, en 1361 & dans les années suivantes, successivement plusieurs hôtels : ceux des comtes ^Éiampes^ sur la rue Saint-An,toinej des abbés de Saint-Maur, contigu à la rue Pute-y-musse'''i des archevêques de Sens, en bordure de la Seine, & il y ajouta avec le temps ou fit construire à neuf Vhotel neuf ou de la

"' Pute s'y cache, y a sa retraite; aujourd'hui me du Petit-Musc.

Rdnej ceux de Bea»trciUts, de la Pipote, du Fmt- Pâtris,

Ces diverses demeures formaient un ensemble assez hétérogène , Vhâtel Sa/at-Pau/.

ainsi appelé du nom de l'église voisine. Pour SCS débuts, la nouvelle acquîsitioû royale ne porta pas bonheur aux Parisiens : ils venaient de verser une taxe destinée à en payer le prix quand le roi Jean revint de Londres; ce prince peu scrupulcuï trouva la somme, s'en empara pourpari^irc le premier acompte de sa rançon. Si les patients Parisiens durent payer une seconde fob. Aussi est-ce à tort que le royal acquéreur, en déclarant indissolublement & pour toujours uni au domaioe de la couronne a nostre ostcl de Saint-Pol, lequel est Thostel solcmpncl des grans esbatemens, &. auquel nous- avons eu plusieurs piaisirs*'^), déclara l'avoir achccc dç ses /w/Ttï dénierai les Parisiens le savaient mieux que personne.

Cette demeure forma, entre les rues Saint- Paul. Saiot-Anioine, Puïc-y-mussc & ic quaj, une énorme aedomcration de maisons d'en-

l'^ Rfc.Jn Ordona.. IV, 47^

vimn 52^ mctrc$sur 158 mctrcs; les habitations, il est vrai» conservaient un caraâière bourgeois qui ne les distinguait pas de leurs voisines. Quant à la Cerifaie^ dont Iç nom s'explique sufEsammcnt, c'était une allée de cerisiers donnant sur la rue Pute-y-mussc.

Charles V eut toujours une prédtlcftion marquée pour son hôtel Sainr-Paul où il menait l'existence calme & réglée du grand propriétaire. De cette demeure si célèbre au moyen âge, il ne nous reste malheureusement aucune Tuc authentique, & nous en sommes réduits sur ce point aux renseignements des contemporains, Cette agglomération irrégulicre de bâtiments était entourée de hautes & solides murailles, avec trois huis ou portes au moins r sur le quai, sur lîi rue Saint-Paul, près de réglihc, & sur la rue Saint-Antome. Le visiteur y trouvait des préaux, des galeries couvertes pour la promenade en cas de mauvais temps, des cours, des vignes, des jardins ou Charles V entretenait pour sa distraétion un pape^tut ou perraquct, des tourterelles, une ménagerie avec des sanghcra & des lions, qui frappa la curiosité populaire; on en parlait, semble-c-il, jusq^u'en

Allemagne'"; enfin des pièces d'eau âc un vivier pour rencrctien du poisson. Il y avait « un vallct qui garde nos rourtercHcs » , un autre « <^ui garde nos rossignols de nostre chastel du Louvre»- Les lions, cela va sans dire, avaient leur gardien spécial ; à la fin du xv"&ièclCi fait i relever, ce fut une femme, damoisclic Marie Padbon, tjuî reçue 2^0 livres pour la garde iN: nourriture des lions de riiôtel Saint-Paul. Les communs ou dépendances y élaicntles mcmes qu'au Fj^Uvrc,

Un peintre du nom d'Evrard reçut 6 francs d'or n pour rciuirc les lions & changer les armes qui sont sur !â porte de l'hostel saintl Fol, lesquelles cstoient escartclécs de rtcurs de lis & de dalphins'^*, par marchiéfaiiS: avec m'' R.wmond du TcmplCj maçon du roy nostre sire, le xv' jour de juin 1564 1>. Au centre de la grande cour ou ptrau de U f^ntatm m lion s'élevait une fontaine ornée d'un lion en pierre, & au fend

'" En 1378. lorsque l'empcreuF J'AIicinagnc vinï \ Pariï ivcc son EiU, 1c roi des Romains, ce dernier dcTnancii auuitôc \ aller voir les lions.

") De& daupliîns, armes partiiiteï du jeune prince, encore dauphin lorsqu'il fonda l'hôtel.

de cette cour, la tmr carrée ou donjon, symbole de l'autorité seigneuriale dans tout manoir féodal^ la partie la plus forte de l'hûtclj le roi Charles V y gardait dans ses coffres une partie de son trésor. Ce donfon possédait enfin une horloge qui « sonnoit les heures » & une cloche {]uc Louis XI offrit plus tard à l'église Saint- Paul.

Les jardins» « les grans csbatemens m ctatent l'objet d'un constant entretien. En 1377» nous voyons le roi fiiirc l'achat « de lavandes & autres herbes à planter en noscîc jardin de nostrc hosicl de sainft Pol i). C'est lui aussi qui planta !â fameuse cerisaie. Vingt ans plus tard, Charles VI fit planter quantité de rosiers, de lis, de lauriers verte, de poiriers, pommiers, cerisiers, pruntcrs; à en juger par les comptes qui nous sont par%xnus, ces jardins devaient avoir une étendue qu'auestc encore le souvenir laissé dans la tradition populaire par les noms des rues voisines.

Eisaminons ces divers hôtels dans leur dispositioa intérieure. Les appartements y étaient nombreux & souvent très vastes. A l'hôtel de '^ïns, le roi Occupait une ou deux salles, une

.intichimbre, une gardc-robc, une chambre de p;ira«ic ou chambre de Chariemapitj une chambre i coucher, «la chambre où gît le roy», & la ihamhrt des nappes oa salle à ra^anger; ajoutons-y la chambre du Conseil, la ^ande eBudf ou chambre du retrait, h petUe elfttde du ro)i décorée d'un tableau en quatre parties, perdu malheureusement, qui représentait Charles V, son père le roi Jean , son oncle l'empereur d'AUemagoe Hi le roi Edouard III.

L'appartement de la reine était à l'avenant, longé par une galerie couverte dont rhisLorlen de Paris, Sauvai, nous fait une description enthousiaste : les parois en étaient peintes d'arbres fruitiers entremêlés de fleurs, d'cnfents jouant sur le gazon.

D'autres Jalles portaient le nom de chambre verte, chttmhre des ffans auhitolrts (afmoircs), cbamhn de Mathehrunc^ l'hcroïnc''' dont les aventures étaient peintes sur les parois^ la saUe de Thesem, dans laquelle étaient pourtrai^s les hauts faits de ce héros d'un roman du xiv' siècle : tcThcseus, fils de Floridas, roy de Cou-

*^' Célèbre au TROjca iigc & chantée par l? po^tc âa

Jongnc ft' suivants :

ainsi qu'en témoignent les vers

Et II pjy (if s Fra/içffis, ne le mescréev ja ,

L'j faiâ pmdrt à Pans , dam son boBt! qu'il a ,

C'en apptUe SainÛ Pol, ou môult dtmours a.

Chacun de ces apparcemcntâ avait sa chi pelle, souvent pourvue d'orgues, des cheminées qui semblaient mesurcesi à la taille de géants, àç^ çhauff-tlofoç ou poêles pour le chauffage en hiver '^', & des effures^ répondant au goût, générai i cette époque, pour les bain^ chauds. C'était mcmc une mode très répandue dans ta haute société d'offrir aux dames invitée^ Un bain chaud avant le repas. Non seulement à l'hôtel Saint-Paul, maïs aux TourncUcs, au Louvre, au palais même de la Cité, il y avait, nous apprend Sauvai, des salles de bain pourvues de cuves en bois d'Irlande, ornées de bosscttes dorées & liées de cerceaux assujettis par

'" Voir k ce sujet l'Hûi. !iU. lU ht Frajuv, t. XXI p, 27.

"J R y en avait même dans les. chapelles. Pour les chcmïjife, le roi fit fabriquer en 1567 plusieurs paires tic chcaets en fcroiivrJ, dont les plus légers pesaient +1 livres; d'autres atceïgnaienr jusi^u'à iç8 livres.

les clous de cuivre doré. Au temps de Louus XI , la reine fut invitée chez le premier président d,u Parlcmcni;. Elle & plusieurs de ses dames « ilcc fiircnr leçcucs & fcstiées moult notablement ■& a grant Jargcssc- Et y ot faiz quatre moult hcaulx baings & richement aorncz, cuidant que la roync se y dcust baigner, dont clic ne fîst ricn& pour ce qu'elle se scnty ung peu mal disposée & aussi que le temps estoit dangereux. Mais en l'ung des diz baings se y baignèrent ma diifte dame de Bourbon, mademoiselle Bonne de Savaye^ ûi en l'autre baing au joignant se baignèrent madame de Moncglac& Perrece de Chalon, bourgeoise de faris » ■".

Quel était ramcublement de ces demeures royales? Au Louvre, nous le savons déjà, le roi n'avait que les meubles strictement nécessaires : des lits, des armoires ou coffres variés, des bahuts & des dressoirs, quelques tables, des bancs, des chakrei ou chai&es fort lourdes, des carreaux pour s'asseoir, des ridcauï grossiers & des nattes, & c'était tout. Ajoutons-y,

^" Jsumal lie Jean de RayeSj t£J. Mandent, t. l, p. ij^,

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