‹ Études sur le Paris d'autrefois (volume 3)Chapitre 8 sur 11 · PARISIENNES · texte numérisé non relu

PARISIENNES

La monarchie nationale, dont nous avons, dans un précédent chapitre, visité les bcUes demeures, eut des débuts difficiles} fort précaire , on est trop porté à l'oublier, était son autorité sur les grands vassaux souvent aussi puissants, parfois davantage. A la longue, par héritages, par mariages. Te roi se plaça hors de pair & réussit à grouper autour de lui ces seigneurs si fiers ; bien mieux, il finit par les domestiquer : un Montmorency devient connétablej un Garlandc, bouteiller} un comte d'Anjou, sénéchal.

Paris devint la capitale prospère d'un royaume puissant; ses cours de justice, son enseignement, ses arts, sa littérature proclamaient sa réputation. Les grands barons, rai-

- -t-fi 1 20 W+"

liés à la. royauté, se firent un honneur de posséder une demeure digne d'eux à proximité de la cour, d'autres y étaient graduellement amenés par leurs affaires ou leurs plaisirs.

Les princes du sang & les grands barons furent les premiers à traduire dans la constru^ion de demeures vastes & élégantes l'jidoudsscment progressif des mœurs; à leur exemple, les prélats, les hauts magistrats, de riches bourgeois même se piquèrent de transformer leurs modestes maisons de bois en édifices de pierre.

Par la q^ualitc des personnages qui les ont habitées, souvent aussi par l'éclat des événements dont elles ont été le théâtre, ces demeures appartiennent en quelque sorte à rhistoire nationale; c'est une" double raison qui nous invite k évoquer leur souvenir de l'abîme du passé : en fixant de notre mieux, au milieu des bouleversements modernes, leur antique emplacementien relevant, si possible, les restes mutilés qu'elles nous ont légués.

Ne remontons qu'au xiii" siècle. Voici d'abord le frère de saint Loujs, Charles d'Anjou, devenu plus tard roi de Sicîlc; il possç-

daii k l'enrrce de la rue qui porte encore aujouTd'hui son nom im vaste hôtel couvrant presque tout remplacement compris entre les mes Pavée & de Sévignéi puis le cardinal de Biragne le restaura de fond en comble au xvi" siècle. De main en main la riche demeure passa en 1713 dans celles des Caumont La Force qui y donnèrent des fêtes briUântesi vers la fin du même siècle, elle était devenue, amèie déchéance, une prison, la première où Necker introduisit k réforme dn régime pénitentiaire rcclamce par les philosophes & l'opinion publique. La prison de La Force comporta, dès 176a, six divisions dont rune,tniit caraéléristiquc, était affcdée aux débiteurs qui négligeaient de payer les mois de nourrice de leurs enfants. Vînt !a Révolution, & la rude geôle dut atix massacres de septembre 1792, au meurtre de la princesse de Lamballe, sa sinistre renommée*". Elle disparut enfin nu

[■' Li violence subite avec Uquclle ichti \t dame iangCact c'eut d'égal i^uc rapaiscmcni prESLjuc ausM prompt t\m succéda ii U mort de l'illustre vii^imc, ik b fiunsuétLide inattendue avec iiiiuelle certains prîsonaJcrs furent claigis pic le tribunal populaire : s^mptôine saisivsint Je la mobdité d'humeur S; de l'inconscience ira-

milieu du siècle dernier pour faire place à la rue Malher.

Ce fut encore un pcdt-fils du saint roi, Louis l'aide Bourbon i qui devint, au commencement du xjv^ siècle, possesseur de ce fameux hôtel de Bourbon, le Petit Boar/fou, qui s'élevait vis-à-vis de la façade orientale du Louvre, sur l'emplacement afluel du jardin de l'Infante. Démoli en 1660 pour faire place à la Colonnade, il avait appartenu au connétable de Bourbon qui l'habita jusqu'au moment de

gitjue de la foule au milieu des scènes qui eussent iaspii^ Shakespeare. Un (chic du minii^trc Bcitraad de MoUcvdlc raconte dans ses sciuvcoïn qu'il offrit une réiiampcnscaus massicr«urs en échange de i^a liberté; ces hommes encore couverts de sang rcpoas&ïrent ses asssigoats, iusistant pour le reconduire auprès de sa belle-sœur dont d se réclamait , wcar, disaient-ils, ça nous ferait bien plaisir de vous voir contents l'un S: l'autre". (Bertrand de Molleville, MemairfS partir/rijirsj t. II , p. 117. ) Le m-Ême jour, on en libéra beaucoup d'autres, notamment un frtrc de lait de Marie- Antoinette & ennemi décida de la Révolution, l'Auirichien Weber. Quand Webec sortit, protégé par deux gardes qui lui donnaient le bras, des femmes du peuple» remarquant qu'il portait des bas blancs (c'est Wcbcr luimême qui Tittesta plus tard), interpellèrent aigrement SCS guides; «Mais prenez donc garde, vous faltics marcher MonEÎeur dans le ruisseau, u [M^maifvs de Weber. publ. par Bcrvîlleet Rarrlèrc, t. II, p. ^^^.)

son exil & de sa trahison. L'hûtcl porta longtemps le stigmate mérite par le maître : jusqu'au xvii* siècle la porte en resta peinte en jaune en signe d'infamic.

La grande salicdu PctitBourbon scrvaitpour les fctcs royales, & nous savons, par un curieux pissagc du F/w/ïr/fl«^" de Sorel, quelle afflucncc TcnCombrait quand on y donnait les ballets du roi. Après le fameux ballet de la Reine, donné en ij8i pour le mariage du duc de Joyeuse, l'un des «mignons», Te plus brillant fut celui de la Nn//^ que Louis XIV dansa pendant le carnaval de 1655- «La longue galerie de Bourbon qui jette sur la rivière)), ditSorcl, servit en août de la même année aux représentations des comédiens italiens, &, de 1658 ri i66û, Molière y vint faire alterner le spcftacle de SCS comédies avec ceux de ces farceurs.

Nous ne sommes pas loin ici de la rue des Bourdonnais, qui est fort ancienne^ Philippe

'" H(lros d'un roman d<i tnicars précieux pour l'Iiistoirc de Ij vie privée a\ix xvi° & svii' sitclcs; il nous rapporte avec admiration \a spleaJcur des fêtes royales oh 11 fcst glissiS en licpic des avanies i]lh: lui inflige l'imperdnence des courtisans,

le Long, avant son avènement, alors qu'il n'était encore c]ue comte de Poitiers, y possédait cette magnifique maison des Carmaax ou CmïMflx''' qui appartint, vers la En du xiv' siècle, à la famille de La Trcmouille, tft au xvif siècle, à celle de Bellicvre. Si Ton eût écoute M"" de Scvigné, cet hôtel, abattu vers 1840, au grand scandale & aux vtfe regrets des amis de IVrchîteilure du moyen âge- dont c'ét^t Tun des derniers & des plus charmants jojaus, aurait disparu dès la fin du xvii* siècle. Les Bcllièvre, en effet, fidèles a.u culte de la maison patrimoniale, persistaient À conserver intaft le vieil hôtel, & à ne pas commettre, quelque prix qu'on leur en offrît, l'aéle de vandalisme accompli au xix' siècle. «C'est dommage, écrivit à cette occasion la spirituelle étourdie, que Molière soit mort, il ferait une très bonne force de ce qui se passe à l'hàtel de Bellièvrc. Ils ont refusé 400,000 francs de cette charmante maison que vingt marchands voulaient acheter parce qu'elle donne dans quatre rues & qu'on y avait foit vingt maisonSî

t*^ Ainsi nommée dt l'enceinte créneUe quVIle posi^; liait tout comme l'hôccl Je Cluny.

maîs iîs n'ont jamais voulu la vendre, parce que c'est la maison paternelle, &. que les souliers du vieux chancelier en ont touché le pave, & qu'ails sont accoustumcs i la paroisse Saint-Gcrmain-rAuxcrroisj & sur cette vieille radotcrie, ils sont loges pout vingt mille livres de rente. Que dites-vous de cette manière de penser?'"»)

De !a nie Éiienne-Marccl, entre les rues Saint-Denis & Moncorgueil, k c^uelques pas du spe£tateLir, s*élève une tour rectangulaire de vingc mètres de hauteur^ un coup d'œil suffit pour en fixer l'origine aux premières années du xv" siècle. C'est la imn/e Jea» sans Pff/rj reste précieux de l'archircélure civile à caraàière défensif de cette épocjuci nous y admirons le puissant appareil en pierres de caille, les baies ogivales qui s'ctagent sur les quatre côtés, & les mâchicoulis qui bordent comme d'une frange la haute terrasse en encorbellement.

Plus que tour le reste, c'est Tintcricur qui s'impose A l'attention du visiteur. L'escalier,

'*' Lettre (lu i6 juillet ifi/j.

■-•-••( lz6 H"—

fogé dans une tourelle à pans coupés» s'arrête aux"deux tiers du donjon. Il est resté intaâj cent trente-huit marches de pierre rayonnent autour d'une colonne centrale. Les portes carrées à moulures, les fenêtres semblables à des meurtrières, & jusqu'à l'étrange emblème qui couronne le plafond de l'escalier, tout y porte encore la rude empreinte du premier maître.

Cet cmUéme, disons-le de suite, a son histoire. Du chapiteau de l'arbre de pierre autour duquel tournent les degrés s'élancent les rameaux d'un chêne vigoureux, dont le feuillage tapisse toute la voûte i leurs robustes nervures n'y forment pas moins de quatre travées d'ogives. Rien de plus bizarrement élégant, en vérité, que cette vigoureuse végétation de pierre, qui évoque au premier abord le souvenir de Louis d'Orléans : c'était bien son emblème, ces bâtons noueux comme les branches du chêne de pierre, avec la devise : Je fer/nuie. Tout à côté se lit la réponse de l'adversaire qu*il ermttyait, le duc Jean sans Peur. Sur la gauche de la tour, le tympan ogival d'une des baies extérieures porte au milieu de fleurons gothiques des sculptures d'une signi-

— +*^ 117 implication sinistre ■. un fil à plomb Se deux rabots. Ces rabots procUinentsans ambages l'intention de raboter les bâtons d'Orléans, & la catastrophe du 23 novembre 1407 acheva d'en souligner la, portée. Mais h viâimc, peu intéressante sans doute ^ pouvait avoir laissé des amis zélés à poursuivre sa vengeance; le duc de Bourgogne avait à se garder d'eux aussi bien que du populaire peut-être accessible à leurs exdtarionsi & lorsque, trois ans après, il revirit à Paris, son premier soin fut de s'assurer, par la construdtion d'une tour haute & solide, un refuge inexpugnable. «Il un taire, raconte h Chronique de MonBreUt, & édiffier à puissance d'ouvriers une tone chambre de pierre bien taillée en manière d "une tour, dedans la- ■quelle il se couchoit parnuiâ, E' cstoitladifte chambre fort avantageuse pour le garder"'.»

Cette nouvelle tour renforçait sensiblement la défense déjà très puissante du vaste hôtel adjaccni que le duc Jean avait hérité quelques années plus tôt de sa mcrc la comtesse d'Artois. Demeure vraiment royale que cet èôtej

"1 Voir r^dition de M. Douct d'Arcq, i. li p. 177.

ii8 yt-i

d'Arfo^-Bour^^ie ,- pas de plus grand, dans tout Paris, ni de mieux défeoclu à cette époque où les seigneurs se battaient sans cesse d'une demeure à l'autre. L'énorme muraille de Philippe Auguste, englobée dans la nouvelle enceinte de Charles V» s'éternisait sans objet au cœur de k cité, protégeant le donjon & Thôtel, Sur ses pans épais on faisait des jardins, on disposait des promenades ou des jeua. de boules. Une chronique postérieure d'un dcmi-EiecIc nous montre le duc Philippe le Bon, & le duc d'Orléans, père de Louis XII , se promenant de l'hôtel d'Artois- Bourgogne à celui d'Orleans-Soissons^'' sans ijuittcr la crête de la muraille, h Alors, dit nocre chronitjueur, monseigneur le duc de Bourgogne & le duc d'Orlcan» &l ma^damc sa femme alloient après souper csbattre & passer temps au long & dessus les anciennes murailles de Paris depuis Icdifh hostel d'Artoy^ jusque dedans ledlft hostcl d'Orléans, vers les Halles, sans que ceuls de la ville les vci&sent.»

Sous Louis XIV, rhùtel d'Artois- Bour-

I') Sur i'emplaccmcDt actuel de la Ha]!c au blé.

gognc, vendu & mofcelé dès le temps de François 1", n'existait plus depuis longtemps^ sur une partie de son emplacement s'élevait un théâtre exploité d'abord par la Coa^ens de /a Papou; au sjèclc suivant, c'était /** théâtre lU llwtei de Bâur^og/ie, quand Molière vint y jouer avec sa troupe.

Quant i {'hôtel de SoîJ^onSj il avait été cent ans plus tôt ce magnifique Mtel de Behaignc, appartenant au roi de Bohême, \z vieil ami de la France, qui l'échangea en 156S contre une autre demeure. La reine Catherine, qui en fit plus tard sa retraite de prédilcélion, rebâtît presque totalement Xhôtel de la Kcinc dt, trait qui peint bien la superstitieuse Italienne, elle eut grand soin à'y ajouter un observatoire astrologiquCi haute colonne qui subsiste encore aujourd'hui enchâssée dans le mur de la Bourse du commerce, rue de Vannes, emplacement de rancicnnc demeure royalc^'^

Rue Saint-Antoine, nous chercherions en vain une demeure dont les vastes caves ogi-

*" Voir, pour l'histyritjitc i;ompEct Je VhSkl lU St>ijSoiii, \t trb intifcssaot volume Je M. Eugcm: DefrawCe ; VmSfs façada paritttnnei.

valcs subsistent seules sous les assises de Phâtcl de Beaavais ; {'hUil di Chaalù biti, au xiii" siècle, par l'abbé d'un monastère du diocèse de Scnlis. C'est à l'hôccl de Cbaalls que le cardinal d'Estc, proccfteur du Tasse, logea avec lui le poète qu'il avait amené d'Italiej c'est sous ce toit hospitalier que fut écrite en grande partie la Mnaakm iiUvm, donc le poète se plaisait à lire des fragments à Charles IX, Quant à Yhksî âe Beam'ais^^\ puisque nous l'avons nomme, c'était, au xvif siècle, l'une des- plus belles habitations parisiennes, dont V. Cousin a écrit la captivante monographie ; Lcpautre, qui en fut l'architefte, a tiré le plus heureux parti de la forme irrégulièrc du terrain en dormant à l'hôtel la forme d'un polygone à vestibule circulaire. C'est la fameuse femme de chambre d'Anne d'Autriche qui le bâtit de 1654 à 1660, la baronne de Beauvaïs, pour les familiers de la cour «Catau la Borgnesse», qui passe pour avoir, déji chargée de quarante automnes, initié à Tamonr !c jeune Louis XIV qui ne comptait encore que quinze printemps.

'" Rue Frinjoîs-Miron(anc. rue Saint-Antoine), c* 68*

Cette habitation a gardé jusc|irà aujourd'hui le bakon du premier étugc, au-dessus de la porte cochcre, sur lequel se plaça la reine-mère, en août 1660, pour assister à lenirécdii roi & de la reine après leur marÉage. «Il avoît esté couveri d'un dais à longue queue de velours rouge cramoisy sous lequel la reine-mcrc fist mettre à sa droiifle la rcyned'Angfecerre\ entre elles la princesse sa fille.» Mai.^ la façade un peu sévère, la curieuse disposition de la cour ovale & le magnifique escalier ont gardé la physionomie de la grande épocjucs, rhôtcl de Bcauvats reste ainsi hors de pair parmi tous les autres dc la mçmc rue, sans en excepter celui dc Sully, rue Saint-Anroinc.

C'est dans cet hfitcl de Bcauvais que descendit en novembre 1764 le maître de chapelle Léop. Mozart avec sa famille chez le comte van Eyck, gendre du comte Arcolc, chambellan de l'cvcque dc Salzbourg. Grâce à une lettre dc recommandation pour Mùnsirur Mtichiùr Grimm, hof/me de lettres ^ secrétaire de Motiuiffieur le dite d'OrUans, les nouveaux venus reçurent dans plusieurs salons & à la cour dc Versailles l'accueil le plus flatteur. Dans la nuit

de la Saint-SylvestrCj ils furent admis au grand couvert^ Lcop. Mozait & le petit Wolfgang se tenaient aux côtés de la reine, qui s'entretint familièrement en allemand avec son petit voisin & le régala des friandises de la table royale. De leur côté, les bourgeois s'enrichissaient dans le commerce, «Se plus d'un était arrivé à acquérir de riches domaines. Voici, par exemple, V hôte! de Miles BaîUet «en la Voirrio) (Verrerie) qui nous révèle ce qu'étaient, dans leur tenue intérieure, ces grands hôtels de la bourgeoisie : itouqucl hostcl e&toit une chapelle où l'on cclebroit chascun jour l'office divin. Il y avait salles, chambres & cstudes en bas pour demorcr en esté par terre, & en hault touc pareillement où l'on habitait en yver^ si y avoit des Toirricrs aultant qu'il y a de jours en l'an^» ou bien \i\'oIfei de luailh-e Jacques Dac/tiCj en la rue de Prouvellcs (des Prouvaircs); en la cour cscoicnt paons & divers oyseauîx à plaisance, La première salle cstoit embellie de divers tableaulx & escripturcs d'enseîgncmens arachiés & pendus aux parois. Une autre salle remplie de harpes, orgues, vielles, guitcrnes, psakérions, desquels ledidlt maistre Jacques

savoir jouer de tous. Une autre salle estoit garnie de jeus d'eschez, de jeux de rablcs idames) &. d'autres diverses manières de jeus. Item une belle chapelle où il avoit des pulpirres a mettre livres dessus de merveilleux art. Item une chambre ou estoient foureures de plusicuïs manières. Item plusieurs aultrcs chambres richement adoubez de UtSj de tables engigneuscmcnt cntaillics &parccs de riches draps &. tapis à Offrais (franges d'or). Item par dessus tout l'ostcl csroit une chambre carrée, ou estoient fenestrcs de tous costez pour regarder pardcsfiusla ville. Et quant ony mangoîr^ on montoit ÔL avaloit (deiscendait) vin:i & viandes à une polie'''» pour ce que trop hault cust este à porter. Et par dessus les pignacles estoient belles ymages dorées. »

C'est enfin Hugues Aubryot, ce prévôt de Paris qui fonda la Bastille & redressa d'une main parfois un peu rude maint abus, que nous trouvons en 13H0 propriétaire d'une maison dans !a rue Charlemagne ; le bel /j'ik/ d»s Marmousets ou des PtévUs qu'il devait à la

''3 Ln moiite-ck;irgcs sont donc une invention dé'}^ mtienne.

munificence de Charles V. Délivre Je Ja prison lie rcTCcbc, où l'avait jeté la tancunc de l'Église incinte dans ses prÏTilègcs» & ramené chez lui pju- les Maillocins qui entcndaieDt le aictnr à leur tête, il s'en échappa la nuit suivante, passa b Scînc en bateau & se retira en Bourgogne» son pays natal. Sortir par b porte (jui a subsiste jus<|u'i nos jours vis-à-vis de la njc du Fauconnier & suivre cette dernière qui descend en pente douce jusqu'à la berge, c'était pour le liJ^tif laflaire d'un Jnsunt. Après ce premier prévôt, deux de ses successeurs»

Robert Si. Jacques d'EAtouttcviUc occupèrent i^jal^mcnt la maison : d'où vient son surnom. Confisqué au commencement du siècle suivant sur le malheureux surintendant des finances, Jean de Montaigu, vî^ftime des rancunes de Jean sans Peur, l'hôtel fm restitué en 1509 à son desccndanf Louis Malet^ l'amiral de Graville, en grande faveur auprès de Louis XII Kcomme ancien sage & clairvoyant, qui moult savoit, autorisé grandement en l'affîirc du conseil 6c aultrcs bcsongncs du royaulmc».

Le cardinal de Bourbon, possesseur de la maison au xvi' siècle, la donna aux Jésuites qui

en firent une dépendance de leur collège, aujourd'hui lycée Charlemagne. La belle propriété subit le sort commun à toutes ses pareilles : elle fut morcelée au cours du xvi'sièdc , & c'est Tun des propriétaires du temps qui éleva pour son propre usage la jolie construélion à deux corps de logis & tour hexagonale avec un escalier à vis qui fait communiquer entre elles les rues Charlemagne & Saint-Antoine- Les corps de logis sur la rue Charlemagne avec la porte faisant face à la rue du Faticonnicr, belle œuvre d'art de la Renaisssance dans sa dernière période, ont ctc démolis en 18914 il n'en reste que quelques bâtiments presque méconnaissables, & la cage d'escalier : un débris informe. Aux alentours du Louvre, rue de Rivoli, n" 144, nous retrouvons encore le souvenir — rien que le souvenir — d'un des grands noms de notre histoire nationale : c'est l'emplacement de i'èôtei iîe PonthieHj dans la rue des Fossés- Saint-Germain-l'Auxerrois, où fut massacré l'amiral deColignjdanslanuitdu 24 août 1372.

On connaît cène scène si souvent retracée.

Après avoir passé du chancelier Antoine Dubourg aux maîus des Rohan-Montbazon, la

sombre demeure éiait descendue, au mîlîeu du xvm' siècle, au rang d'une auberge, assez considérable il Cst Tfai, V hôtel dt Usiatx, Tragique ironie de la dcstiûce : dans cette même chambre qui avait vu lombcr percée de coups rillustre viâimc, naquit en 1740 la fille de l'hôtelier Amould, uac jolie en&nt qui devait dcrenir l'une des plus aimables, des plus ga- Unics, des plus spLricucUcs femmes de son sicdc. C'est de cette maison où s'était joué le drame sanglant que Sophie Arnould, fuyant le foyer paternel, s'élança sur la scène écincclantc du chant & de la danse sous la prote<ftîon de M. de Lauraguais. I>cpuis le rcgrccta-t-cllc ? Du moins elle s'en souvint. Une lettre de 1776 témoigne d'une «ortc de superstition qu'elle attachait k sa n^ssaccc dans la chambre même de l'amiral : cUc avoue y avoir vu toujours «l'augure d'une ccrtaioe renommée».

Ici s'arrçtc l'histoire du vieil hôtel qui disparut avec toute la rue» au milieu du xix' siècle, devant le percement de la rue de Rivoli.

Dans cette région orientale de la ville, les anciens hôtels seigneuriaux étaient innombrables ; hh bien explicable si l'on considère

r empressement traditionnel de la noblesse à rapprocher ses demeures de celle du prince qui, du xiv° jusqu'au xvj' siècle, s'élevait de ce côcé. La plupart n'ont laissé cju'un souvenir, un trop périt nombre quelque débris à peine reconnaissable.

Maine bijou a pourtant échappé au torrent de destruiflion qui a passé sur toute la ville. Rue du Chaume (aujourd'hui rue des Ar»

chives) s'élevait en 1392 Yèkfl de Qi^oti, appartenant au connétable Olivîeri h malignité populaire lui avait donne le surnom ironique d'n hôtel de miséricorde», allusion vengeresse à son origine- Après l'insurrection des Maillotins, les sentences capitales portées contre les mutins les plus compromis avaient été commuées «par miséricorde M en amendes ruineuses dont le connétable avait touché sa forte pan, Si il en avait bâti son hôteh Froissart nous conte avec son animation pittoresque l'attentat qui fit la célébrité de cette demeure. Dans la soirée du 13 juin, Chsson rentrait de l'hôtel Saint- Paul chez lui par les rues Saint-Antoine, de la Cuhure-Sainte-Catherine (de Scvignc) & des Francs-Bourgeois, lorsqu'à l'entrée de la rue

Culturc-Sïinic-CarhCTinc î! tomba dans un gutt-apcns de son moncl ennemi, Pierre de Crïon. «Tout premier on prist les torches, & iiiirem csieîotcs & jetées cooirc terre, & dist mesére Pjerrc de Cnon en tirant son espéc hors du fcBrrc : «A mort, à mort, Clîsson, si « vous fault mourir! — Qui cs-ru, dit Clisson, «qui dis telles paroles? — Je suis Pierre de •Craon, vostre ennemi; vous m'avez tant «de fois couroucc que ci le vous fault amen- «der, » Et en disant ces paroles, il fiert & lance aprcs lui. Coups coramenccot à voler & à croiser sur le connestable; & il, qui esioit tout nud & despourvu, trcist un coustel & commence à estrcrnir. Le connestable contre les coups se couvroit de son braff& croisoit de son badelairc (long poignard^ en soy dçffendant va.illannmcnt, & tant qu'il fut féru sur le chef d'une espéc k plein coup moult vaillamment, duquel coup il versa jus (à bas) de son cheval, droi(3: à l'cncontrc de l'huis d'un fournîer (boulanger) qui. ja estoit deacouchié pour ordonner ses besongnes tk faire son pain & cuirc; i^it au devant il avoit oui les chevaux freTÎller (piaffer) sur la chaussée, & avoit le dîft four-

nier un petit (peu) entrouvert son liuis, dont trop bien en prise au seigneur de CIisson3 car au cheoir que il feist contre l'huiB, il s'ouvrit, ik le conncstable chcy (tomba) du chef par dedans la maison. De ce coup du chicf duquel il estoit chcu cuidcrcnt bien nicssJrç Pierre de Craon & cculx qui sur luy féru avoient que du moins ils luy eussent donne le coulp de li mort. Si dlst mcssire Pierre de Craon ; «Allons» wallonSj nous en avons assez faïft!» A cestc paroile ils se despartirent de la place, & chevauchieren: le bon pas. Ainsi fust messire Olivier de Clisson laissé comme mon chez le fournler, qui feust moult esbahi quand il vetst que c'cstoit le connestablc*''.» De cet hôtel de Clisson le porche ogival, décoré d'armoiries & flanqué de deux tours d'inégale dimension, subsiste seul : il a servi pendant de longues années d'entrée à l'École des Chartes,

A cent pas de là, rue Vieille-du-Templc, fort près de la rue Barbette, nous tombons sur le théâtre d'un autre assassinat. UMtel ou çouriiUf barhettr, qui occupait avec ses jardins tout

'^' Chniniqiin\ke FroiSsart, i^dît. Kcrvvn J« Lettcnhovc, i. XV, p. Bii.

le quadrilatère limité par les rues des Francs- Bonrgcois^ Vieille-du-Teniplc, de la Perle ik dts Trois- Pavillons (Erlzevlr)^ avait eié au commencement du xtv* siècle k propriété d'un ancien prévôt des marchands, Etienne Barbette. En 1407, le vieux manoir était habité temporairement par la reine Isabcau lorsque, le 25 novembre entre sept & huit heures du soir, son beau-frère le duc d'Orléans, qui entretenait avec elle une intimité fort mal vue du public, la quitta pour rentrer chez lui. Sorti de l'hôtel par une porte dérobée donnant sur VciJ//e aux A.rh(tlétriers, dont l'impasse qui porte le n" jîîi de la rue des Francs-Bourgeois n'est aujourd'hui qu'un reste, il allait tourner à droite dans la rue des Poulies (c'était alors son nom.), lorsqu'à quelques pas de la porte Barbette^", &. en dehors de la vieille enceinte de Philippe Auguste, il ftit assailli par une bande d'assassins à la solde de Jean sans Peur & massacré. (I Et quant il vint assez près de cette porte Barbctc, les dix-huit hommes dessus diz qui cstoicnt couYcrtcmcnt armez l'attcndoient. . .

^^' Situiîi! rue Vieîllc-Ju-Tenipli;, un peu au-dessouî de l'endroit ou ccUc-ci coupe ix luc J» Frano Bourgeois.

Et lors incontinent icculx mcuz de hardie & oultrageusc voulenté, saillirent tous ensemble à j'encontre du dit duc, & en y eue Ling qui s'escria : A mort, à mort!» &. le féry d'une hache, tellement qu'il lui coppa le poing, etc. , .^"» C est à la suite de cec attentat que Jean sans Peur éleva la tour que nous connaissons déjà. L'i'^tfl de BJetix, où fut transporté le cadavre de la viAîme, porte le n'' 47 de la rue Vicilic-dQ-Tcmplc : rebâti au milieu du xvu' siècle, ce fut alors \h''tel AmJ&t de BiBeiiil, puis Xh'itel de HoHzitide, parce qu'on y logea les ambassadeurs de ce pays. Le portail décore au dehors de deux statues couchées, au dedans d'un bas-rcUef de Rcgnaudin re-

■'' Chnrmasf Je Monsirblet, édition de li Socit-n- ilc rHisiuiredcrrancCjt. I, p. ijô, — Cette opinLon^ i|liî res- MJtc ilu rifeil de Monstrelct, J'accorJ avec la ChremijHf du R.riiffeiix. ilf Sainl-DraB, scmhte devoir l'emporter désormai"! sur celle i|m pli^-aît le drimc rue VicJlIc-du-Tcmple, en tacc de l'hotcl Je Ricux : reposant sur une mtcrprétaiion crnmée des termes de renquètc du prévôt de Paris (voir Bibliothèque de l'École dc.s Chartes, vi* série, t. [, p. ti^ J49) A de Jonrmil d'un greffier du Parlement, Nie. dk Bâte, publié par la Sociétié de l'Histoire de France, t. I, p. ÏD6-IQ7, cette derniire version fut accréditée san.s fûndcmcnt suffisant par un académicien du sviu'sifcclc.Bonamy, & suivie aprïs lui p^r la plupartde nos historiens nacionauit.

présentant RomuUis ik Rémus avec la louve, ]e5 fiiçades sur les cours, la disposition des appartements & leur décoration lui donnaient un fort grand air qui contraste singulièrement avec sa condition moderne. Quant k l'Iiùtcl Barbette, il :ipparrint plus tard k Diane de Poitiers, puis liît morcelé. Pour la jolie tourelle de style gothique flamboyant qui orne une maison à l'angle des ruçs Vicille-du- Templc & des Francs-Bourgeois, c'est à tort que la plupart des historiens de Paris se sont habitues à la considérer comme le dernier reste de rhôtcl Barbectei la vérité à ce sujet, ce sont des docLimencs prives, mis au jour il y a une quinzaine d'années, <jui nous la diront: en fait, ce fragment d'architc£turc^ contemporain de Charles Vlll ou de Louis XII, bien que la date précise & l'auteur en soient restés inconnus, n'a rien eu de commun avec notre manoir dont le séparaient même d'autres îmmeubles. Au xyi' siècle propriété de Jean de La fialue, de la famille du fameux cardinal, il a été naguère restauré avec beaucoup de goût. Toujours rue Vieille-du-Temple, nous notons d'un souvenir Vhôtel de La Kmhe-Guyonj sur

remplacement d'une partie de l*Imprinieric nationale ; if appartenait en 1504 au maréchal de Gié, Pierre de Rohan, alors gouverneur d'Angers. Louis XH était atteinidunc maladie qui faisait craindre sa mort, & la reine Anne, trop prompte à préparer son retour dans son duché natal, avait commencé déjà à faire descendre par la Loire une partie de son bagage. Le gouverneur d'Angers, trouvant avec raison le procédé inopportun, prit sur lui de les arrêter au passage. Le roi rétabli, la reine Anne osa poursuivre le bon serviteur pour crime de lèse-majesté, & le fit dépouiller de ses emplois, dignités & de prescfue tous ses biens. Ce Rohan était aussi un homme de guerre avise & un ami des arts : il profita d'une expédition en Italie pour obtenir de la seigneurie de Florence neuf bustes en marbre & eo bronze, dont un de Charlcmagnc : que sont-ils devenus? L'un de ses héritiers, Louis de Rohan, comte de Montbazon, \'cndit en 1560 l'hôtel de La Kochc-Guyon à François de Guise-

Précédemment déjà, les Guises, possesseurs d'un hôtel rue du Chaume, à l'angle de la rue des Quatre-Fils-Aymon, avaient acquis succès-

de Laval,

des Francs-Boi

sivcmcnt ceux ae iMvai, rue des rrancs-ltourgcois, & de Clisson; rétroite ruelle de La Roche les séparait. Partant de la rue Vieilledu-TcmpIc vis-à-vis de la rue Barbette"' ouverte en 1563^ elle longeait l'hôtel de La Rochc-Guyon pour déboucher rue du Chaurne vis-à-vis de la rue de Braque. Longtemps elle fut un obstacle à tous les projets de réunion des deux hôtels; à la fin du svui' siècle, ce n'était plus C]u'un passage fermé la nuit.

Toutes ces demeures plus ou moins délabrées, les nouveaux acquéreurs les restaurèrent par des constructions judicieusement conçues, ayant bien soin de respecter la pittoresque entrée ogivale du manoir de Clisson. Pour eux , le peintre modénais Niccolo dell' Abbate décora la chapelle, & Brunetii le vestibule du grand escalier. De rhôtel de Guise sur la rue des Archives il ne subsiste plus qu'un escalier dont la rampe porte la croix de Lorraine.

''> Au numéro 8 de cette rue s'élevait Vhilei d'Eiîrea, l'un des pliin beaux du Ma.rjis & lo^gtemp^ l'ua d» mieux cnnscrvi.^. Il appanint au xvii' siècle à un frère de la Selle Gaï^ricllc,Frani^Qi!i'Aniiibal l",qtity mourut presque cenunaitc «n 1670.

Dads leur demeure ai singulièrement agrandie les Guises exercèrent une large hospitalité. Corneille y fut «domcstiquc«''\ y eut sa chambre & une place à table de 1662 à 166^.

Déjà le poète Quînault y avait demeuré en 1656. Encore en 1697 un plan manuscrit indique les logements de plusieurs de ces familiers» dont rhistorîcn-collc£lionncur Gaignïèrcs, Tun des plus notables parmi ces «fameux curieux«'-^, prototypes de nos amateurs modernes. Sa demeure à Vh-iîcl dr Guîse était bien choisie : il y trouvait le meilleur voisinage pour sa précieuse bibliothèque qui s'adossâît à la superbe galerie de tableaux de la duchesse de Nemours, & à ce riche muscc de

'■'} On désignai! souk cffCte appiD^icWo dci izûvûa'i, ie& ^cns d'esprit l^ïic les grands seigneurs recevaient iiOUb leur loit en assurant icuc entretien : Ik jouis«a.icnt Fnmilîèrcmcni de leur soeiécé 6i en recevaient parfois !.i J^Jicacc de quelque fcrit; en résumé, e'écaii une sorte lie v^iuiclagc inoraf, malsauqucl l'opinion du ccmp» ne donnait aucune portée humiliante.

''^ «On appelait ainsi, remirtjue M'"* àe Gcnlis, de riches amateurs Je tablcauï, d'hiitoirc naturelle, de médailles, d'a.ntiquiii!s ât Je rarcti^i des pays étrangers. Il y avait à Paris, avant la RsfvoIntiLfn, une infinité de cabinets de ce ^enrc. p>

Page 1