‹ Etudes sur le Paris d'autrefois (volume 5)Chapitre 13 sur 17 · II · texte numérisé non relu

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a beaucoup diverti le peuple. Cette femme n'a point été condamnée pour tenir un lieu de débauche, c'est pour avoir enlevé & voulu débaucher une petite fille de dix ans^^^»

La décapitation était presque oubliée 5 le bourreau avait perdu l'art de trancher d'un seul coup de sabre ^^^ la tête du condamné, comme le prouva la scandaleuse exécution de Lally en 1766. La potence n'était plus permanente, & on la dressait chaque fois que besoin était 5 par économie, on pendait à la fois trois ou quatre hommes : on n'avait ainsi que 25 livres pour chacun à payer à l'exécuteur 5 25 livres également pour le supplice de la roue. L'écartclement revenait beaucoup plus cher, en raison des hommes & des chevaux nécessaires.

Le jour de l'exécution était annoncé d'avance par des crieurs qui vendaient l'arrcti dans une sorte de costume de pénitent, avec croix ôc scapulaire, ils marchaient lentement en psalmodiant d'une voix lamentable la complainte qui relatait les crimes du condamné. Dans la

^^^ Journal de Barbier, ann^e 1750.

^^) La hache avait passé de mode depuis la mort de Louis XIIL

foule qui assistait à rexécution, les femmes & les gens de cour n'étaient pas les moins impatients, suivant avec une attention passionnée es moindres détails de l'opération . Le bourreau , au milieu de ses aides, était comme un petit souverain au milieu de sa courj frisé & poudré, en bas de soie blancs & escarpins, il excitait autant de curiosité que le supplicié lui-même. Cependant l'histoire est muette sur les passions qu'il peut avoir éveillées dans des cœurs aristocratiques.

Les exécutions les plus fameuses sur la

Grève, au cours du xvin* siècle, ont été celles

de Cartouche en 172 1 que nous retraçons ici 5

Duis de Damiens, rapportée plus haut, & de

'empoisonneur Desrues en 1777.

«15 octobre 172 1. Grande nouvelle à Paris :

Cartouche, ce fameux voleur dont j'ai parlé, que l'on cherchait partout & que l'on ne trouvait nulle part, a été pris ce matin^ jamais voleur n'a eu tant d'honneur. On avait fait courir le bruit qu'il n'était plus dans Paris, qu'il était mort à Orléans, même qu'il n'existait pas. C'est un soldat aux gardes, de sa*clique, qui l'a livré. Cartouche était cette nuit-là dans un

cabaret de la Courtillej on a investi la maison, la baïonnette au bout du fusil, on a pris Cartouche dans son lit, heureusement sans coup férir, car il aurait tue quelqu'un. On a dit que Cartouche était insolent, qu'il grinçait des dents, & qu'il a annoncé qu'on aurait beau le garrotter, qu'on ne le tiendrait pas longtemps. Le peuple le croit un peu sorcier. On l'a conduit au Châtelet avec un concours de monde étonnant, & on l'a mis dans un cachot, attaché le long d'un pilier. A la porte du cachot, il y a quatre hommes de garde 5 jamais on n'a pris pareille précaution contre un homme.

«Ce Cartouche s'est distingué dans son genre, & il lui arriva ce qui n'est jamais arrivé. Lundi 20, on afficha à la Comédie italienne la comédie de Cartouche j où Arlequin fait cent tours de passe-passe. Mardi 21, on joua à la Comédie française Cartouche ^ petite pièce assez gentille 5 il y va un monde étonnant.

«La nuit du lundi au mardi. Cartouche pensa s'aller voir jouer lui-même. Il était dahs un cachot avec un autre homme qui n'éuit pas lié, & qui par hasard était maçon. Ils firent

un trou à un tuyau de fosse, descendirent dedans sans mal, ôtèrent une pierre de taille très grosse, entrèrent dans la cave d'un fruitier qui a sa boutique sous l'arcade, & montèrent dans cette boutique qui n'était fermée qu'à un petit verrou. La servante se leva & cria au voleur! par la fenêtre. Le maître, qui descendit avec une lumière, l'aurait laissé sortir, mais quatre archers du guet qui se retiraient entrèrent dans la boutique, reconnurent Cartouche qui avait des chaînes aux pieds & aux mains, & le réintégrèrent dans la prison. Il dit pourtant qu'on ne le tiendra pas longtemps 5 il nie toujours tout, est de grand sang-froid, & badine d'un air léger avec les magistrats qui l'interrogent. On peut dire que voilà un homme très extraordinaire 5 tout le monde qui a de l'accès va le voir.

((Jeudi 27 novembre, le fameux Cartouche a été mis à la question qu'on lui a donnée avec les brodequins 5 il n'a rien avoué. L'après-midi on devait le rouer avec quatre autres & deux pendus, tous à la fois. La Grève n'a jamais été si pleine de monde que ce jour-là : la plupart des chambres étaient louées. A deux heures

Cartouche s'est avise de déclarer quelqu'un qu'on a envoyé quérir 5 cela a fait passer du temps, & comme la nuit vient de bonne heure, on a ôté quatre roues 5 il n'est resté que la sienne. Il est arrivé à la Grève à près de cinq heures, & cela l'a piqué de ne voir qu'une roue. Il a demandé alors à parler à son rapporteur, & on Ta mené à l'Hôtel de ville. Il a déclaré là un nombre infini de personnes, & il y est resté jusqu'à vendredi deux heures après midi qu'il a été roué vif. Toute la nuit on n'a fait qu'amener du monde dans des fiacres, & la Grève était toujours pleine de gens qui attendaient.

«Pendant le temps qu'il est resté à l'Hôtel de ville, son sang-froid a surpris. Il soupalc jeudi soir, & il déjeuna le vendredi matin.

Son rapporteur lui demanda s'il voulait du café au lait 5 il répondit que ce n'était pas sa boisson, & qu'il aimerait mieux un verre de vin avec un petit pain. On les lui apporta, & il but à la santé de ses deux juges. Ainsi a fini Cartouche^^l»

<^) Journal de Barbier, année 1721.

Les services rendus par les parlements à la science juridique & à la législation ne peuvent être contestes j c'est à eux que nous devons toute la science moderne du droit : droit romain & canonique, coutumes & ordonnances, ils ont tout étudie & élaboré pour l'adapter à leurs besoins d'ordre & d'unité. Ces services donnèrent à notre cour souveraine, même sous Louis XIV, une autorité prépondérante dont elle eut. le tort d'abuser pour manifester des prétentions excessives & envahir le domaine de la politique 5 de là un état permanent d'antagonisme Si de rivalité entre gens de cour & gens de robe, entre nobles & parlementaires.

Ces derniers, il est bien vrai, avaient acquis dans l'exercice de leurs fondions une noblesse d'office qui entraînait certains privilèges honorifiques, mais sans jamais les placer de pair avec les premiers. Aussi la noblesse de robe ne se montrait jamais à la cour où elle n'aurait pas trouvé le rang auquel' elle prétendait ^ & elle se tenait à égale distance de la haute bourgeoisie, du commerce & de la finance j à vrai dire elle formait une société isolée & fermée, sans relations avec les autres, grave & sévère,

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très fièrc & hautaine. Dans ses hôtels d'aspeél un peu austère, aux larges .escaliers, aux salons d'un luxe un peu froid, jamais de fêtes, ni de bals, de concerts ou de comédies, mais des dîners, une conversation polie & discrète, un jeu silencieux. «Les femmes de robe, qui ne vivent qu'avec celles de leur état, remarque Duclos, n'ont aucun usage du monde, ou le peu qu'elles en ont est feux. Le cérémonial fait leur unique occupation.» On ne les voyait guère en public que dans les solennités des cours souveraines, où elles prenaient l'habitude d'un cérémonial qui variait de la simple inclinaison de tête à la révérence en dame,

\a2L jeunesse, elle, ne renonçait pas à être jeune même en safieyant sur les fleurs de lis. Le jeune conseiller, bien que tenu de se rendre de grand matin à l'audience comme dans le passé, ne se piquait pas d'être fort assidu au travail. Il dormait peut-être moins que ses collègues en siégeant j mais il aspirait bien davantage à briller dans les salons comme petit-maître & à y rendre des arrêts en matière de galanterie. «On trouve dans le caraftèrc

des jeunes conseillers au Parlement de Paris un fond infini de tendresse pour les femmes. Les toilettes des femmes aimables ont des attraits pour les petits-maîtres 5 ces lieux riants sont aussi du ressort des jeunes conseillers 5 mais leurs visites ne sont fréquentes qu'aux vacances, où ils donnent toutes leurs occupations aux plaisirs. Quelquefois un de ces messieurs indique à une cocfFeuse le goût dans lequel elle doit cocffer sa maîtresse 5 il arrive quelquefois qu'il tire, le peigne des doigts badins de la coëffeuse & qu'il forme lui-même une boucle, l'application des mouches & des pompons est aussi quelquefois son ouvrage. . . Les jeunes conseillers marchent au grand jour sous le drapeau enchanteur de l'amour^ les jardins de Cythère sont leur département ^^l»

Les vieux conseillers, les vrais parlementaires, à la différence de ces jeunes muguets., rencontraient auprès de la nation & de l'opinion publique un respeél presque religieux qui

^^î Lapetke , îjeUre sur la galanterie des jeunes conseillers au Parlement de Paris, Paris, 1750.

les appuya durant presque tout le xviif siècle dans leurs luttes contre la royauté. Mais, remarque avec raison Sismondi, s'ils montrèrent tant de courage, «c'était surtout parce qu'ils n'avaient pas le pouvoir & ne jouaient qu'un rôle d'opposition j au contraire, dans les fonctions qui leur étaient dévolues en partage, ils se montraient accessibles à tous les préjugés, haineux, ne sévissant pas avec moins de violence contre les incrédules que contre les huguenots». Lorsque le chancelier Maupeou entreprit une réforme de la magistrature, le Parlement de Paris se ligua avec tous les autres contre cette tentative si louable. Sous Louis XVI, il refusa aveuglément d'enregistrer les édits de Turgot sur l'abolition de la corvée, proclamant « que le peuple est taillable & corvéable à merci, & que c'était un article de la Constitution que le roi n'avait pas le pouvoir de changer» (août 1787). Cette fois, c'était bien la fin : encore quelques convulsions, remontrances, exils, rappels, & les États généraux se réunirent.

Le 3 novembre 1789, l'Assemblée nationale suspendit les Parlements &, le 7 novembre

1790, les abolit. «Des ojfficicrs municipaux se rendirent aux salles de séances : un greffier leur remit les clefs, puis le procès-verbal dresse & le scelle posé, tout se referma comme une tombe sur les anciens Parlements de France. »

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