‹ Etudes sur le Paris d'autrefois (volume 5)Chapitre 14 sur 17 · LES ORDRES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LES ORDRES RELIGIEUX

La société chrétienne venait de succéder au paganisme, transformant idées & sentiments, institutions, mœurs & langage : crise longue & douloureuse au sortir de laquelle le nouveau clergé fut, de toutes les institutions sociales, la première à ^'organiser fortement. De bonne heure Paris devint le siège d'un évêché dont le chef résidait dans la Cité^*^^ mais, il faut bien le dire, la plupart des détails biographiques & des faits relatifs à cette première période ont un caraélère légendaire & fourmillent de contradiélions qui leur enlèvent toute autorité. Telle est la légende de sainte Geneviève, remontant

^^^ A cette époque, c'est encore l'assemblée générale du peuple parisien qui nomme par acclamation î'évêque; ce n'est qu'au xii' siècle que la nomination fut réservée au chapitre.

au vi* siècle, & à laquelle les critiques modernes n'accordent aucune créance 5 telle est la légende de saint Denis, suivant la tradition premier évcque de Paris. Cette légende, Hilduin, un abbé de Saint-Denis au ix" siècle, l'avait trouvée si suspeâe, qu'il entreprit d'écrire à nouveau la biographie du saint. C'est à lui que nous devons le récit des aventures au cours desquelles le martyr, s'étant rendu d'Athènes à Rome, de Rome dans les Gaules, fut décapité à Paris 5 après son supplice, il se releva, prit sa tête entre ses mains, & la porta, guidé par les anges, du lieu de son supplice à celui de sa sépulture. Fable grossièrement ridicule, dir^t-on, &qui, dénuée même du charme de la poésie, ne peut alléguer en sa faveur cette suprême circonstance atténuante 5 document singulièrement suggestif aussi, ajouterons-nous, pour tout esprit avisé. Accepté sans discussion durant tout le moyen âge, il jette un jour curieux sur le niveau intelleâuel de la société franque dont la dévotion encore chancelante réclamait un pareil recours aux récits merveilleux, dont les violences toujours à redouter ne s'arrêtaient que devant la crainte de l'intervention subite & vengeresse de

quelque saint, puis sur la moralité aussi d'un clergé qui se laissait aller à fonder la propagation de sa doftrine sur de pareilles fourberies ^^\ Au reste, l'Église elle-même, il faut bien le dire, ajoutait foi à ces billevesées : écoutez ce que racontait à la fin du vf siècle Grégoire de Tours, un des meilleurs prélats du temps, à propos d'un incendie qui détruisit presque toute la Cité. «On disait que cette ville avait été anciennement consacrée, de telle sorte que les incendies ne pouvaient y sévir, ni les loirs & les serpents l'infester. Dernièrement, en réparant les fondements du pont, on découvrit un loir & un serpent de bronze j dès que ces figures furent enlevées, les loirs & les serpents se montrèrent en grand nombre dans la ville, & l'on commença à voir reparaître les incendies. »

^'^ Il ne s'agit certes pas, ici, de révoquer en doute la personnalité même de sainte Geneviève ou de saint Denis : leur existence n'est pas contestée, mais c'est tout ce qu'on en peut dire. Tous les détails biographiques accolés k leur nom ne sont que mise en scène postérieure, une de ces fraudes, pieuses si fréquentes alors. Voyez plutôt saint Marcel, évêque de Paris au v® siècle; d'après sa légende, il métamorphosait en vin excellent &: en baume l'eau de la Seine. C'est lui aussi qui combattit Si tua un dragon qui désolait la ville.

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