‹ Etudes sur le Paris d'autrefois (volume 5)Chapitre 15 sur 17 · II · texte numérisé non relu

II

Le torrent des invasions avait tout emporté, arts, sciences, lettres, philosophie, poésie : au milieu de l'anarchie générale, Paris resta à peu près indépendant sous la direftion de ses évêques élus. Tandis que les agents du pouvoir impérial fuyaient, TÉglise fut amenée par la force des choses à prendre leur place : elle traitait avec les envahisseurs, au besoin se mettait à la tête du peuple pour les repousser. Un tel ascendant était encore favorisé par l'ignorance, la superstition grossière de populations incultes, toujours prêtes à attribuer un pouvoir miraculeux à leurs évêquesj gardant seuls quelque culture intelleftuelle, ils étaient naturellement désignés pour prendre la direâion d'une société qui ne pouvait plus compter sur un pouvoir régulier, ni pour la défendre au dehors, ni pour l'administrer au dedans. Au moment de l'entrée de Clovis, c'était l'évêque qui gouvernait Paris comme défenseur de la Cité.

Triste époque que celle des deux premières races ! Les Francs, s'ils avaient accepté du monde gallo-romain la religion chrétienne, lui avaient emprunté avant tout ses vices & des

passions sans frein. C'est ainsi que la plus puérile superstition s'allia avec des aftes de violence sauvage & les crimes les plus odieux. Les évêques eux-mêmes subissaient la contagion d'un entourage encore à demi barbare. Grégoire de Tours revient à mainte reprise, dans son Histoire des Francs, sur les vices de ses collègues. «Tout périt, tout s'en va! conclut-il Quel temps que le nôtre ! »

Sortie trop justifiée. Il est difficile, en effet, de rencontrer une plus antipathique galerie de bandits ecclésiastiques que la liste des évêques parisiens à cette époque reculée. Suffaracus, évêque en 550, fut déposé par un concile tenu à Paris pour des crimes capitaux : fut-ce simonie ou adultère, on ne sait. Raguemode, l'odieux instrument de Frédégonde dans ses persécutions contre le malheureux évêque Prétextât, trompa ce dernier & contribua à sa perte.

Eusèbe, marchand syrien devenu prélat simoniaque, parvint à son siège épiscopal en l'achetant à plus haut prix que son concurrent. Sigobaudus était, dit la Vie de sainte Bathilde, «un misérable évêque, qui mérita sa mort». Venu en 664 à Chelles pour voir la reine Bathilde, il

sc prit de querelle avec les Francs de l'entourage royal, & fut tué dans la mêlée. Importunus était un fourbe & un diffamateur : chargé, durant une famine, par son collègue de Tours, Frodobertus, d'un achat de blé, il le trompa odieusement par l'envoi de denrées avariées, & ne répondit aux réclamations de son correspondant que par de grossières injures. Agilbertus enfin était un parjure qui, par son faux serment, précipita un homme dans la mort.

Sur un fond si sombre ressortent heureusement quelques figures par leurs vertus & l'élévation de leur esprit. C'est saint Germain, évcque de Paris à la fin du vi® siècle, qui le premier chercha courageusement à arrêter le débordement de violences surtout dans la famille royale 5 c'est son successeur au milieu du vn® siècle, saint Landri, qui durant une famine se signala par sa charité, vendant jusqu'à ses meubles, les vases sacrés de son église, les lames d'argent même qui ornaient le tombeau de ^int Denis, pour nourrir les pauvres.

Remarquons au reste que, si l'histoire rappelle les vertus de saint Germain, la légende

lui attribue des miracles. Le public de ce temps, comme de tous les temps d'ailleurs, faisait peu de cas des vertus, n'admirant que les miracles. Ces vertus, cette réputation de miracles faisaient du clergé, au milieu de commotions générales, le seul corps quelque peu respefté, un refuge pour les petits, un espoir de salut pour les grands qui cherchaient à expier leur conduite, à étouffer leurs remords en multipliant les établissements religieux, en dotant richement les églises & les abbayes. Ainsi faisait Dagobert qui attira, par ses libéralités, beaucoup d'évêques & de moines à sa cour, «car il se montrait dévot enrichisseur & fondateur d'abbayes». Des le VI* siècle, Paris possédait une cathédrale de Sainte-Marie dont le poète Fortunat vante, en une pompeuse description, les trente colonnes de marbre, les nombreuses fenêtres garnies d'une cloison de verre que traversaient les premiers rayons du jour, le pavé de mosaïque, les parois ornées de peintures & de dorures. Déjà Clotilde avait fondé l'abbaye de Sainte-Geneviève. Childebert, à son tour, bâtit en plein champ, au sud de Paris, une église en forme de croix, celle de

Saint-Gcrmain-des-Prés, à laquelle il donna le domaine d'Issy, les deux rives de la Seine, des prés, des bois, des vignes, des moulins, des serfs. «Les arceaux de chaque fenêtre, nous raconte un chroniqueur monastique, étaient supportes par des colonnes de marbre très précieux. Des peintures rehaussées d'or brillaient au plafond & sur les parois. Les toits, revêtus de lames de bronze doré, produisaient, lorsque les rayons du soleil venaient à les frapper, des éclats de lumière éblouissants. Ce n'était pas sans raison, d'après tant de magnificences, qu'on nommait autrefois cet édifice le palais doré de Germain.» Le mouvement qui tendait à porter le clergé au premier rang n'était encore qu'à son début, mais le clairvoyant Chilpéric ne s'y trompa pas. «Notre fisc est devenu pauvre, gémit-il, voilà que nos richesses ont passé aux églises. Personne ne règne plus, notre dignité s'est évanouie & a passé aux évcques des cités.» Mais il était plus aisé de constater le mal que d'y porter remède.

Que d'autres églises bien connues datent de cette première période ! Saint- Julien-le-Pauvre,

à rentrée de la Cite, dont les dépendances servaient à loger les étrangers & les pèlerins pauvres : Grégoire de Tours y demeurait durant ses séjours à Paris. On sait que, durant les siècles du moyen âge, les voyageurs récitaient pendant la journée l'oraison de saint Julien pour trouver le soir un bon gîte : tradition que rappellent au xiif siècle Tauteur des Mouftiers

de Paris :

Saint Julien

qui éherge les chreBiens.

& après lui Boccace & La Fontaine dans leurs contes j — Saint-Séverin, où il était d'usage, à la Pentecôte, de lâcher dans le sanftuaire des coulons (pigeons) blancs, introduits par une ouverture percée dans la voûte, en commémoration de la descente du Saint-E,sprit sur les apôtres : mise en scène symbolique qu'on retrouve partout au moyen âge, & qui, en parlant aux yeux en même temps qu'à l'esprit de populations encore enfantines, contribuait plus efficacement que de longues déduélions à les retenir dans les églises 5 — Saint-Benoît, élevé sur l'emplacement d'un ancien sanctuaire de

Bacchus^^, qu'on honora dans les premiers siècles sous le nom de «saint Bacchuswj — Saint-Marcel, où fut enterré au v* siècle Tcvcque de ce nom. L'église, vénérée & illustrée par des miracles, devint le centre d'un bourg rattaché plus tard à la ville. Et il n'y avait pas jusqu'à la pierre tombale du saint qui ne fît merveille : c'était, assure Grégoire de Tours, un usage très ancien de racler cette pierre, dont la poussière, prise avec de l'eau, guérissait d'une foule de maladies.

Et bien d'autres églises. La plupart, au surplus, du moins les plus anciennes, n'étaient pas à beaucoup près aussi vastes que celles de nos jours. Beaucoup suffisaient tout juste pour contenir l'autel & un prêtre 5 & à part les plus

^*J Cette origine explique pourquoi, contrairement aux usages du rite catholique, la façade regardait Torient, non Toccident. Cette dernière trace du paganisme disparut vers le xiv* siècle, & l'église s'appela dès lors Saint-Benoît le betoum/ {h'itn tourné). — Le cloître Saint-Benoît devint un centre populaire où on exposait les images séditieuses, les tableaux retraçant a la foule les événements sensationnels du jour. A la mort de Marie Stuart, un tableau représentant son supplice y attira une telle affluence de curieux que le roi donna Tordre de l'enlever.

riches, qui étaient de pierre, elles étaient bâties en boisj ainsi s'explique la fréquence des incendies.

A côté du clergé séculier s'était développée de bonne heure la société monastique sous la règle de saint Benoît ^^^, qui prescrivait à ses rehgieux la leélure, la conservation & la reproduction des manuscrits. C'est à eux, il faut leur rendre ce témoignage, c'est aux Bénédictins que nous devons presque tout ce qui a subsisté de la littérature antique, profane ou sacrée. Des écoles furent créées, auxquelles présidait l'abbé ou quelque religieux qualifié pour instruire la jeunesse. Les évcques se prirent d'une belle émulation & voulurent à leur tour avoir des écoles épiscopales. Toutes, les unes comme les autres, devinrent l'asile des intelligences élevées ou des âmes rebutées par les troubles civils <&: la grossièreté grandissante.

Puis vient la seconde race que le clergé accueille avec autant de faveur qu'il avait jadis acclamé Clovis. Du reste, les nouveaux princes

^^^ Il n*y eut guère d'autre ordre a cette époque & jusqu'au XI* siècle.

ne font, pour la plupart, que de courtes apparitions à Paris qu'ils délaissent pour Aix-la- Chapelle, leur nouvelle capitale. «Paris, répondait révêque Gozlin, aux sommations des pirates normands en 885, nous a été confié par l'empereur Charles.» Il semble bien, en efi^et, que ces princes aient cherché à capter l'appui du clergé parisien en lui déléguant en leur absence une portion de leur autorité ^^^. Quoi de surprenant, dès lors, si nous le voyons prendre une part grandissante à la politique en même temps qu'il ne cesse de s'enrichir. Les dons aux églises de la ville, les legs, les biens de mainmorte se multiplient. Viennent les invasions normandes : de toutes parts, le clergé des contrées de l'ouest se réfugie à Paris en apportant avec lui les reliques de ses saints locaux, & une nouvelle série d'églises surgit du sol pour recevoir les précieux dépôts : Saint-Barthélémy, Saint-Pierre-des-Arcis, dans la Cité 5 Saint- Pierre - aux - Bœufs 5 Saint - Germain - le -Vieux ,

(^^ Si Paris fut la résidence de Clovis, du vu" au xi° siècle , il ne fut plus que d'une façon passagère la capitale des rois Francs & le siège officiel de leur gouvernement.

près du Marchc-Neufi Saint-Lcufroy, près du Châtelctj Saint-Magloire, près la rue Saint- Denis 5 Sainte-Opportune, Saint-Merry. Seulement le danger passé, beaucoup de ces églises refusèrent de restituer leur dépôt provisoire, di le public du temps assista plus d'une fois à de ridicules marchandages : ainsi l'abbaye de Saint-Gcrmain-des-Prés, située hors Paris, redemanda à la cathédrale de Sainte-Marie le corps de son saint patron, & ne put l'obtenir qu'en cédant un bras. Des moines d'Évreux durent céder dans les mêmes conditions un bras de saint Thuriaf.

Le malheur des temps n'était pas de nature à favoriser le progrès de l'instruftion qui devait tant à Charlemagne. Peu d'années après sa mort, les plaintes étaient déjà générales, & à la fin de la deuxième race la plupart des clercs étaient retombés dans l'ignorance d'où le grand empereur avait cherché à les tirer j ils savaient à peine lire ou ne comprenaient pas ce qu'ils lisaient, si bien qu'Abbon, le moine de Saint- Germain-des-Prés, entreprit de rédiger des formules de petits sermons tels que les prêtres pussent les réciter au peuple.

En même temps que Tignorancc du clergé, croissaient aussi, on ne saurait se le dissimuler, sa licence & ses vices. Voici, par exemple, les religieux de Saint-Martin-des-Champs dont le libertinage amena leur remplacement par des moines de Cluny. «Ils vivoient en luxure, racontent Les Grandes Chroniques de France, & fourtray oient (enlevaient) les femmes de leurs voisins.» Ces torts n'empêchaient pas le clergé d'être très exigeant à l'égard des peuples dans le maintien de la discipline ecclésiastique.

L'observation du repos dominical, du carême, était rigoureusement imposée, & défense faite aux meuniers, aux bouchers qui approvisionnaient Paris, d'y contrevenir 5 les délinquants étaient punis des verges.

L'avènement de la dynastie capétienne, au sortir des ravages infligés par les Normands & des terreurs de l'an mille, ouvrit une nouvelle ère d'épanouissement pour le clergé, &, suivant l'expression d'un contemporain, «la terre se couvrit d'une blanche parure d'églises».

Aux xi* & xii* siècles furent relevés de leurs ruines ou nouvellement fondés nombre d'églises & de monastères : Sainte-Marine, Sainte-

Geneviève - des - Ardents , Saint - Nicolas - des - Champs, Saint-Jacques-la-Boucherie^^^, dont . on prit l'habitude, au xv* siècle, de décorer l'église, dans les grandes fêtes, d'une tapisserie qui représentait les scènes du Koman de la Kose. Le jour de Noël, on y donnait une représentation de la «Gésine Nostre Dame», c'est-àdire les couches de la Vierge : l'enfant Jésus y paraissait coiffé de deux bonnets fourrés d'étoffe d'or Si vêtu d'une robe pareille.

Saint-Martin-des-Champs, dont l'abbaye, entourée d'une ceinture de murailles garnies de tourelles, présentait tout l'aspeft d'une forteresse.

Saint-Germain-des-Prés, la plus célèbre de toutes, qui avait eu tant à souffrir des Nor-

^^^ Une nouvelle église & plus vaste fut bâtie sur remplacement de celle-ci du xv* au xvi* siècle & disparut k la Révolution. La tour, commencée en ijo8, subsista seule. C'est a Saint-Jacques-la-Boucherie que Bourdaloue prêcha le carême de 1679. M*"" de Sévigné en parle dans une lettre du 27 février, qui ajoute un trait à la physionomie de l'ancienne paroisse. «Le père Bourdaloue tonne a Saint- Jacques-la-Boucherie. Il falloit qu'il prêchât dans un lieu plus accessible : la presse & les carrosses y font une telle confusion que le commerce de tout ce quartier-lk en est interrompu.»

mands, & rebâtie du xi* au xif siècle. Ces abbayes étaient entourées de vastes terrains sur lesquels se groupaient des serfs attirés par les avantages du lieu, par la proteélion du monastère, plus sûre que celle du seigneur laïque, & par un régime moins dur. Ainsi se formaient à leur pied ces bourgs peuplés de cultivateurs & d'artisans, d'où sont sorties tant de villes modernes. La puissance des moines en vient à balancer celle des évêques : ils sont plus populaires, vivant plus avec leurs tenanciers auxquels ils répartissent le travail. Aussi puissant que le seigneur laïque, Tabbé doit avoir un bras non moins vigoureux j en ces siècles de force brutale, il est tenu, comme défenseur de son abbaye, de coiffer le casque aussi bien que la mitre, de revêtir la cotte de mailles, de chausser des éperons, pour marcher à la tête de ses vassaux. De leur côté, les rois capétiens ont secoué la faiblesse de leurs prédécesseurs, ils sont de taille désormais à tenir tête à tous ces clercs en cuirasse. Louis le Jeune, menacé par le pape, laisse piller la demeure de Tévêque de Paris 5 Philippe Auguste, allant plus loin, le chasse & l'oblige à s'enfuir à pied 5 la reine

Blanche elle-même, émue de sa dureté envers ses serfs, fait enfoncer les portes de la geôle épiscopale & en délivre les prisonniers.

A côté des taches que présentait le clergé de cette époque, il y eut dans son sein une minorité d'élite & qui ne se borna pas à relever les églises de leurs ruines : elle s'appliqua à restaurer l'instruâion publique en décadence 5 la cathédrale de Notre-Dame, centre de l'Église de Paris, devint ainsi le foyer de son enseignement. Dès la fin du ix® siècle, un moine, Rémi d'Auxerre, tenait à Paris une école publique & laissa le souvenir d'un maître éminentj c'est à cette simple école religieuse que les historiens les plus autorisés font remonter l'origine de l'Université de Paris. Cette grande institution est donc une œuvre de l'Eglise, qui garda longtemps la haute main sur l'enseignement, en même temps que l'Université, dont les premiers maîtres i& les premiers écoliers avaient été des prêtres & des religieux, s'efforça jusqu'au bout de garder le caraftère & de jouir des privilèges de ckr^e. Cet enseignement, au début du XII* siècle, se donnait au logis de l'évêque ou dans le cloître, il était sous le contrôle de

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rarchidiacrc de Notre-Dame &, jusqu'à la fin du xviii* siècle, c'était ce dernier qui donnait non seulement aux théologiens, mais aux étudiants en médecine eux-mêmes, en la grande salle de l'archevêché, sa bénédiélion & la licence d'enseigner.

Ce privilège, l'Église de Paris se le vit disputer dès le xiii* siècle par les nouveaux ordres religieux qui depuis un siècle ne cessaient de se multiplier dans la ville. Ce furent d'abord les Dominicains, arrivés à Paris presque teints encore du sang des Albigeois, qui s'établirent dans le faubourg Saint- Jacques, d'où leur surnom de Jacobins ) & presque aussitôt les Franciscains, Bien accueillis d'abord par les dofteurs parisiens, adroits & insinuants du reste, ils réussirent, à la faveur d'un de ces incidents comme il s'en présentait parfois, une interruption momentanée des cours, à se glisser dans l'enseignement, & une fois dans la place ne voulurent plus en sortir j ce fut le point de départ d'une querelle de trente années qui finit par le triomphe des deux ordres mendiants. Il profita à d'autres : Carmes, Augustins, Bernardins, Prémontrés, Trinitaires, Cisterciens, qui les sui-

virent sur la voie ainsi ouverte. Et Téclat de leur enseignement universitaire fut la meilleure justification de leur entreprise.

Les Béncdiftins semblent s'être tenus à récart de ces intrigues. Leur grande abbaye de Saint-Germain-des-Prcs nous ofFre le type le plus complet de ce que fiit un monastère riche & puissant, dans son travail, dans ses luttes aussi, à navers le moyen âge. Rebâtie au XI* siècle, elle était entourée du bourg de Saint- Germain ^^^qu'habitaient ses vassaux & ses serfs 5 elle y exerçait le droit de haute & basse justice, y possédait une échelle patibulaire & un pilori, marques visibles de sa juridiftion. Au. xiv* siècle , avec les larges fossés qui l'entouraient , ses murailles de dix -huit pieds d'épaisseur, ses ponts-levis ôc ses tours, elle avait moins l'air d'un édifice religieux que d'une forteresse. A l'intérieur, l'aspeft change, & le séjour en est fort agréable : vaste église flanquée au nord de son cloître qui rappelle l'habitation romaine j le jardin, entouré sur quatre côtés de portiques couverts^ puis le parloir, le dortoir, le

^'^ Aujourd'hui le faubourg Saint-Germain, tl. 12

rcfcûoirc^^^, la salle de récréation, la bibliothèque, les communs, la boucherie, le four 5 puis le logis abbatial, enfin d'autres cours, d'autres jardins, les granges, sans oublier la prison.

La règle, toujours aussi striâ:e qu'à la belle époque des écoles monastiques, prescrivait la culture des arts, surtout de Parchitefture, à laquelle on attribuait un caraftère presque sacré. Dans le scriptorium, pourvu d'une horloge à eau ou à poids, les uns écrivaient la chronique des événements contemporains, d'autres copiaient les manuscrits, peignaient ces merveilleuses miniatures des bibles, des heures, des évangéliaires, dont un trop petit nombre sont parvenus jusqu'à nous.

L'abbaye enfin, comme tant de ses pareilles > possédait des privilèges qui la plaçaient audessus de la juridiélion commune : source incessante de luttes acharnées contre Tévcquc qui s'en trouvait lésé. En 1108, l'évcque Galo

^^^ Ce réfc£loirc, chef-d'œuvre de Pierre de Moutreuil, le grand artiste du xm* siècle, ressemblait par ses vastes dimensions plus k une église qu'k tine salle a manger.

parvint à gagner à ses vues Tabbc Guillaume, qui consentit à recevoir la consécration épiscopale. Mais les moines indignés d'une telle faiblesse décidèrent de ne plus le reconnaître, &, lorsqu'il voulut rentrer dans son monastère, il en trouva les portes closes.

En 1163 encore, l'évcque de Paris se présenta à l'abbaye pour assister à une cérémonie présidée par le pape Alexandre III : les.religieux refusèrent de l'accueillir, & l'évcque dut céder. «Là -dessus, ajoute le chroniqueur, le pape monta en chaire & fit un beau sermon, non sur les vérités chrétiennes, mais sur les droits de l'abbaye. »

Au commencement du xvi* siècle, ces moines si ferrés sur leurs droits en avaient à oeu près oublié leurs devoirs & vivaient dans e plus grand relâchement 5 c'est à ce moment que l'abbé Briçonnet intervint en réformateur & appela dans la maison un personnel nouveau.

Que dirons-nous des autres ordres.^ Nous avons déjà vu les fils de saint Dominique & ceux de saint François se glisser à force d'intrigues dans les cadres de l'Université,

& s'imposer à elle de haute lutte. Saint Louis, dont le règne fut l'âge d'or des congrégations ^^\ soutint ces deux ordres de tout son pouvoir : c'est dans le premier qu'il choisit son confesseur, Geoffroi de Beaulieu, qui, suivant la coutume du temps, lui cinglait les épaules à coups de discipline.

Honorés de la faveur du roi & du privilège de le fustiger, ces moines n'en allaient pas moins chaque jour mendier leur pain dans les rues, ainsi que le rappelle un poème du temps, les Crieries de Paris :

Aux fiires SainB Jacques, pain, Vain, por Dieu, aux frères menors.

Et le poète Rutebeuf, dans sa pièce des Ordres de Paris, nous montre dans les Jacobins un ordre puissant & riche : « Ils disposent à la fois de Paris & de Rome, sont roi & papej ils ont acquis beaucoup de biens, car ils damnent

('^ Une pauvre femme, nommée Sarrète, traduisant un sentiment tr^s répandu, eut la hardiesse d'apostropher le roi dans son palais en ces termes : «Tu es tant seulement le roi des frères mineurs, frères prescheurs, des prestres & d^s clercs; grant dommage est que tu es roi de France.»

les âmes de ceux qui meurent sans leur faire de legs. . . Personne n'ose dire la vérité sur leur compte dans la crainte d'être assommé, tant ils se montrent haineux & vindicatifs. »

Les Franciscains, dès leur établissement à Paris, furent en lutte ouverte avec tout le monde : d'abord, nous le savons, avec l'Université, puis entre eux, enfin avec les officiers du roi, avec lesquels ils eurent des rixes sanglantes. Ajoutons que leurs mœurs des plus débraillées exigeaient des réformes successives auxquelles ils opposaient une furieuse résistance & qui n'aboutissaient pas à. grand'chose. En IJ77, rapporte le Journal dé L'Estoile, on découvrit dans la maison des Cordeliers^^^ une belle femme déguisée en homme & qui se faisait appeler «frère Antoine». Elle fut arrêtée, mise à la question & •fouettée dans le préau de la Conciergerie.

Réformation, déformation : entre ces deux termes se déroule toute l'histoire des ordres religieux} qu'il s'agisse de Bénédiftins ou de

^^^ Surnom populaire des Franciscains, par allusion a la corde qu'ils portaient autour des reins.

Jacobins, de Cordelicrs, de Célestins, de Carmes ou de Chartreux, nous assistons de siècle en siècle, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, à de louables efforts également infruftueux.

Voilà Tune des plus illustres maisons, celle de Sainte -Geneviève, jadis fondée par Clotilde. Au milieu du xii* siècle, les excès de ses chanoines avaient comblé la mesure. Le pape Eugène III, alors à Paris, convint avec le roi de remplacer ceux-ci par un nouveau personnel tiré de l'abbaye de Saint-Viâor.

Mais les chanoines dépossédés firent tout pour évincer leurs successeurs : ils allèrent la nuit enfoncer les portes de l'église, empêchant les religieux d'y célébrer matines en poussant des cris qui couvraient les chants 5 il fallut les repousser de vive force.

Voilà les Carmes, ramenés en 1254 de Palestine par saint Louis. Ils n'avaient pas une réputation bien établie de chasteté, & leur nom finit par symboliser tout l'opposé. Mais nous devons saluer en passant l'un des leurs, Jean de Venette, prieur de leur maison de la place Maubert, & l'un des chroniqueurs les plus

dignes d'intérêt du xiv* siècle. Le levain du démocrate patriote commence à percer dans sa sympathie pour Etienne Marcel, dans ses inveftives contre la lâcheté des nobles à Poitiers. Mais c'était avant tout un bon vivant, peu dévot, fréquentant plus volontiers la uverne que sa chapelle :

Moult aise suis quant audio Uprelhe dire in prinàpio ^*', Car la méfie si eBfinée; Li prelîres a fait sa jornée, ^^td veult boire, si puet aler.

Les ordres de femmes ne valent guère mieux. Les Béguines ou religieuses de l'Ave- Maria doivent encore leur fondation à saint Louis & au début il n'y a que du bien à en dire. Mais, dès la fin du siècle, leur ferveur

^*î Nous avons ici, semble- t-il, le premier exemple de latin macaroniqne , mélange de français & de latin, qui fut mis en vogue a la fin du xv* siècle par Odassi de Padoue dans un poème sur le macaroni. Ce procédé, qui consiste \ affubler les mots français de formes latines, se trouve chez beaucoup de prédicateurs de la fin du moyen âge, & chez Molière, dans la fameuse scène du Malade imaginaire.

parait bien refroidie, & Rutebeuf, le poète que nous connaissons déjà, leur consacre un lardon :

Begmnes a ou mont (au monde) J2jtf larges robes ont; Dejious îor robes font Ce que pas ne vous dis; Papelard (Ù^ Béguin Ont le siècle boni,

Villon, deux siècles après, ne les aime pas davantage :

Item, aux fiires mendians, Aus dévotes (^ aus béguines, Tant de Paris que d^ Orléans, Tant turlupins que turlupines, De grajks soupes jacobines Et flans leur fait oblation, Et puis après soub^les courtines Parler de contemplation.

Les «papelards», les «béguines», cela saute aux yeux, sont l'objet de Tanimadversion générale. C'est que la dévotion sincère, mais un peu rigoriste, de Louis IX, avait indireftement suscité un vice nouveau, l'hypocrisie contre laquelle s'élèvent tous les écrivains du

XIII* siècle. Gautier de Coinsy décrit, dans son poème de Sainte Uocade, les mœurs déréglées & la fausseté des moines :

Mais tex fait moult le habuin.

Le papelart <Ù^ l'ypocrite, j^fUdou bon vin de fterrefite Boit plus grans trais.

Et cette hypocrisie, sur laquelle reviennent Rutebeuf, Guyot de Provins dans sa Bible, Guillaume de Lorris dans le Koman de la Rose, Gautier de Metz dans sa Mappemonde, Thibaut de Champagne, que cache-t-elle? Le vice contre nature, répond Gautier de Coinsy, trop répandu dans les cloîtres :

La grammaire hic a hic accouple, Mais nature maldit la couple; La mort perpétuel engenre (engendre) Cil qui aime masculin genre Vlus que le femenin ne face; Et Diex de son livre l'efface.

Nature rit, si com moi samhle, Jouant hic (Ù^ haec joignent ensamhle; Mais hic (Ù^ hic, chose eB perdue.

Nature en eft toit eSperdue,

• !» •( i86 yc-î—

Parlerons -nous des religieuses de Saint- Martial, dans la Cite, qui «profanaient le temple du Seigneur par leurs dérèglements » 5 des Filles -Dieu, maison de repenties 5 de l'abbaye de Saint -Antoine-des-Champs, où l'on présentait le corps des rois & reines défunts, avant leur transport à Saint-Denis j des Grands- Augustins, des Chartreux;, dont le régime, tout comme celui des Béguines de l'Ave-Maria , était si rigoureux, les soumettant au silence «si estroiélement en tous lieux que, se rencontrans, ils s'entresaluent par inclination du chef, sans dire un seul mot. Ils ne vont au réfeftoirc que les dimanches & festes de l'année prescrites par leurs constitutions, les yeux sur la table, la main à l'escuelle, les aureilles au hvre qu'on lit^^^, le cœur à Dieu ».

De tous ces ordres que l'ascétisme mystique du XIII® siècle avait accueillis à Paris avec tant d'empressement, l'un des plus respeftables — nous ne disons certes pas le seul — était celui des Mathurins ouTrinitaires, dont l'objet était

^•^ La Bible ou tel autre livre de pieté que, suivant l'usage des couvents, l'un des religieux, installé sur une petite estrade, lisait k ses confrères pendant leur repas.

le rachat des chrétiens captifs chez les Musulmans 5 la vie simple & modeste de ces religieux obtient de Rutebeuf un témoignage dont il est assez avare à l'égard des autres :

Cigili liai Matbur'm Sans reprouche bon serviteur; J^ui céans garda pain (à^ vin , Et fuH des portes gouverneur.

Paniers ou hoUes, par honneur, Au tnarchié volentier portoit s Fort diligent (à^ bon sonneur; Dieu pardon h l'âme lui soit.

Les Célestins ne s'établirent à Paris qu'un peu plus tard, au milieu du siècle suivant.

Jouissant, grâce à la munificence royale, d'une singulière aisance, ils en profitaient pour se livrer aux plaisirs de la table : ce sont eux qui ont mis en vogue les omelettes à la CHeHine, si favorablement cotées dans les annales de la gastronomie. Au xviif siècle, c'était, paraît-il, leur occupation favorite. « Je vis, écrit en 1733 un voyageur allemand, Jordan, la bibliothèque des Célestins. On m'a dit que l'abbé Dalou avait eu commission de la ranger & de mettre

CCS bons pères en goût de littérature. Cette bibliothèque est assez nombreuse, mais sans choix & sans goût. Le quart en est en carton avec de faux titres. Le bibliothécaire est fort peu chargé de sciences & n'a pas l'air fort spirituel. On m'a assuré que dans ce couvent on cultivait beaucoup la musique, & que ces messieurs avaient le plus bel assortiment de cuisine qu'il Y ait dans aucun couvent de Paris. »

Pendant ce temps que devenait le clergé séculier.'* Nous savons déjà que depuis le xi' siècle la dévotion des Parisiens & du pouvoir royal n'avait cessé d'augmenter le nombre des églises : sous Philippe le Bel, Paris comptait déjà 53 paroisses, dont les curés rendaient la justice sous le porche de leur église, entre deux lions de pierre 5 « datum inter leones » , disaient les aftes de ces jugements. Que de scènes peu orthodoxes dont, il faut l'avouer, ces sanftuaires étaient le théâtre ! A Notre-Dame, on offrait à la curiosité quelque peu grossière des Parisiens, le 16 décembre ^^\ la Fête des Sous-Diacres , que la malice populaire avait dénommée Fête des

^*J Fête de saint Etienne, patron primitif de l'église de Paris.

Diacres soûls. On élisait, parmi les diacres & sousdiacres, un évêque des fom, qui était béni avec force gestes & propos grotesques. Le clergé s'avançait en procession vers l'église, portant la crosse & la mitre devant le nouvel élu, qui, aussitôt arrivé, s'installait sur le siège épiscopal, donnant avec une gravité de commande sa bénédiftion à la foule en une formule boufiFonne. Ce n'était pourtant qu'un prélude à la ¥eie desFous, qui recommençait le i"* janvier & durait jusqu'au jour des Rois. Celle-ci avait un caraélcre plus scandaleux encore que la précédente.' Le clergé se rendait en procession chez Vévêque des fom, & le conduisait solennellement à l'église où il entrait au son de toutes les cloches. Arrivé dans le chœur, il se plaçait sur le siège épiscopal , & la grand'messe commençait, accompagnée des scènes les plus extravagantes. Les prêtres figuraient sous divers costumes, les uns portant une défroque de baladin, les autres des habits de femmes, le visage barbouillé de suie, ou couvert de masques hideux & barbus. Dans le chœur, le clergé se livrait à toute espèce de folies 3 les uns y dansaient, d'autres, pendant la messe même, venaient jusque sur l'autel jouer

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aux des, jeu alors scvèrcment prohibe, boire, manger de la soupe, des saucisses, les offraient au prêtre officiant, pour les lui retirer aussitôt. La messe achevée, les prêtres, excites par les fumées de l'ivresse, se livraient i une joie délirante qui rappelait les antiques saturnales. Des danses lascives, des gestes & des chants obscènes n euient pas les seuls assaisonnements de cette orgie ecclésiastique. Des diacres, des sous-diacres ivres se dévêtaient pour se livrer cotre eux aux pires débauches.

Singulière époque où presque aucune voix discordante ne s'élevait pour protester contre ces mœurs débraillées'''. L'évcque Eudes de

l'î C'était le temps des contrastes : un mysticisme e\zlxi succédait au réalisme le plus sensuel. Le niveau si bas de la culture générale, impuissante i former des caraflires bien éc]uilibtés, laissait ces esprits tout enfantins à la merci de la première suggestion. Le rire montait aux lèvres aussi facilement que les larmes aux yeux, & l'on était peu délicat sur les mo/ens de provoquer presque sans transition un changement aussi radical. Les farces réputées aujourd'hui sacrilïges, dont nous venons de parler, durèrent jusqu'au milieu du xv'siècle; la Pragmatique SanûiondcCharles VII, dans son article df Si.-lfMiilâ in etcUsia non facimik, déclare que c'est un abus honteux, iurpt ohmim, i'y bénir par moquerie, avec la crosse & la mitre, k la fajon des ptélats; d'y introduire des mascarades & des jeux de théâtre.

SuUy, vers la fin du xii* siècle, fut le premier à tenter une reforme 5 il n'y réussit guère, & au XV* siècle encore ces pratiques trouvaient des défenseurs au sein même du clergé.

Il y eut sans doute, vers cette époque, à Paris un concile dont les décisions peignaient bien les mœurs du clergé contemporain. Il défendait aux prêtres & aux moines d'exiger des legs, de porter des vêtements somptueux, d'entretenir des concubines 5 aux religieuses, d'avoir auprès d'elles des clercs ou des serviteurs suspeéb, ou de danser dans le cloître 5 aux prélats, de proférer des jurements terribles & honteux, d'entendre les matines dans leur lit, de s'adonner au jeu ou à la chasse, & d'avoir à leur suite des fius pour les faire rire. Enfin les abbés des couvents étaient requis d'en faire murer les petites portes.

Ce qu'un concile proclamait dans son langage officiel, tous les fabliaux contemporains

Urvales ac théâtrales jocos, des danses & des trémoussements d*hommes & de femmes, cbor,*as ac tripudia marum ac mulierum, & d'y provoquer des éclats de rire, cachinnationes. Ces désordres étaient donc encore en pleine vigueur sous Charles VII ; on en trouve des traces j usque sous Charles VIII, a la veille du xvi' siècle.

le répétaient à l'cnvi dans la liberté vengeresse de leurs satires : à les feuilleter au hasard, nous n'aurons que l'embarras du choix. Voici le fabliau du Cuvier^^^ :

J^un marcbeant qm par la terre Aloit marcheandise querre.

En sa meson lefioit sa famé S^f^de son ofhl tBoit dame; Ilgaaignoit a grant mesatse Et ele efhit (Ù^ bien é^ aise Jouant il ert ale^gaaignier Et ele se fesoit baingnier Avoec un clerc de grant franchise Où ele avait s' entente mise, 'Un jour se baingnoient andeux; , . .

Puis le maître de la maison revient à l'improviste, & la servante accourt l'annoncer à sa

maîtresse.

La dame l*ot, de paor tremble.

Ele çb* li clercs, sans atargier,

Sont andui sailli du cuvier,

Ele sailli hors toute nue.

Au plus toB quele pot s'eff veHue,

^^^ Voir MoNTAiGLON & Raynaud, RfCMfil prierai des fabliaux des XI U' (à^ XI V* siècles, I, n6.

Elle renverse le cuvier, cache le clerc dessous & l'y laisse jusqu'au départ de son mari.

Dans le fabliau du FreStre crucefié^^\ le sujet est le même 5 seulement le mari, qui soupçonnait sa femme, revient à la dérobée, aj^rçoit par une fente sa femme & le prêtre, son complice, faisant ripaille en son absence. Le pauvre mari frappe à la porte pour se faire ouvrir, & tandis que la femme accourt, le prêtre va s'étendre parmi les crucifix que le maître, sculpteur de son métier, a préparés pour la vente. Accompagné de sa femme, celui-ci s'approche &, sous prétexte de corriger un défaut de sculpture, il mutile le prêtre.

Celui de Gombert ç^ les deux Clers ^^^ conclut par la morale suivante qui résume les vues de tout le moyen âge sur la question :

Cis fahliaus monftre par exemple Que nui hom qui bêle famé ait Por nule proiere ne lait Clerc gésir deden<^ son oftel, J^ue^ il li feroit autretel; J^uiplus met en aus, plus i pert,

Î'J Voir MONTAIGLON & Ratnaud, Kecueil ^n/ral des fabliaux des XIIl* àf XIV* siècles, 1, 194. — W îbid,, I, 238.

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