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parois, en laissant aux dames la latitude d assister aux parties, comme naguère aux tournois , en accrut Tintcrct. Les deux camps étaient , à l'origine, sépares par une corde garnie d'une simple frange $ il était souvent malaisé de savoir si la balle avait passé dessous ou non^ l'adoption du fîlet, en parant à ces risques d'incertitude, mit fin à bien des discussions. Les xvi* & xvn* siècles virent construire un grand nombre de ces salles : les châteaux, les villes, les simples bourgades eurent les leurs. En 1596, Francesco Gregori d'Ierni, qui accompagnait le cardinal Alexandre de Médicis, envoyé, après l'abjuration de Henri IV, par le pape, comme légat à Paris, laisse de son voyage une relation italienne, où nous lisons : «Il y a 2JO jeux de paume, très beaux & bien installés, qui, dit-on, avant les dernières guerres, faisaient vivre jusqu'à 7,000 personnes ^^\ » L'ambassadeur vénitien Lippomano se montra ébahi du grand nombre de salles qu'il aperçut
^*î Maîtres de jeu, gardiens, naquets ou marqueurs, paumiers-raquetiers. (Voir le ms. italien n" 662 de la Bibl. nat. — BHlletitt de la Société de l'hUioire de Varit, vol. XII, p. 166.)
partout, en évaluant le chiffre à 1,800. «La seule dépense des paumes s'élève à i^ooo écus par jour. Les Français se plaisent beaucoup à ce jeu, & s y exercent avec une grâce & une légèreté* singulières ^*^ » L'Anglais Dallington, en 1J98, renchérit encore sur les deux précédents. « Dans les exercices, il me semble que le Français est très immodéré, spécialement dans ceux qui sont quelque peu violents....
Nous les avons vus jouer ensemble au tennis, au cœur de Tété ôl de la chaleur du jour, lorsque d'autres étaient à peine en état de sortir de chez eux. Ce jeu immodéré, hors de saison, réuni au boire & manger intempérés, est la seule cause qui fait que vous les voyez ici généralement galeux & lépreux. Parmi les exercices de France, il n'en est pas que je préfère au palle-maille : à la fois parce que c'est un exercice digne d'un gentilhomme, peu violent & qui offre de bonnes occasions de causer, pendant que l'on marche d'une marque à l'autre Pour le jeu de tennis, il est plus en
t*J Voir BoNNAFpé , l^jaffs C^ voya^un de ht Kenaifiance^ Paris, 1895; p. 92.
usage ici que dans toute la chrétienté réunie > preuve en soient les nombreuses places de tennis dans tout le pays. Il y en a je ne sais combien de centaines dans Paris 3 mais ce dont je suis sûr, c'est que, si la proportion était la même dans les autres villes, nous aurions deux places de tennis pour une église dans toute la France. On croirait qu'ils sont nés une raquette à la mainj les enfants eux-mêmes & quelques-unes
de leurs femmes jouent très bien Tous les
pauvres citoyens & artisans y jouent, qui dépensent là en un jour de fête, au tennis, ce qu'ils ont gagné pendant toute une semaine pour soutenir leur pauvre famille. Et chez cette sorte de pauvre peuple, je peux vous assurer qu'il y a plus de joueurs de tennis en France que d'ivrognes chez nous. Leurs balles sont en coton, mode qu'ils ont adoptée il y a sept ansj auparavant elles étaient en cuir, comme chez nous ^^\ »
Des magistrats, des penseurs, des savants montraient le même penchant que le reste de
^*î 17« aperçu de la France, traduit par Êmérique, Versailles , 1892; p. 179-182.
la nation. « C'est un jeu que j'ai bien aimé^ ôl plus commun aux Français qu'à tous leurs voisins» , dit l'historiographe Cl. Fouchet. H. Estienne constatait la quantité de m tripots » qui se trouvaient à Paris, & place au premier rang des jeux celui de la paume « pour être un exercice non moins beau & honnête que profitable )) .
Des concours publics avec prix étaient organisés : trois jours par semaine le jeu était ouvert à tout venant, & les «défendants», comme jadis ceux des tournois, devaient rester à leur poste de 8 heures du matin à 7 heures du soir, avec la seule latitude de «changer de chemise & boire & manger à l'heure du dîner pendant une heure seulement t^) » . Le maître du jeu of&ait aux concurrents trois prix : une couronne de fleurs, une paire de gants & un éteuf d'argent ou une raquette. Les joueurs de leur côté s'engageaient notamment à ne pas jurer dans la chaleur de l'aftion. « Toutes personnes qui désirent jouer au dit prix y seront honnestement reçues, à la charge de ne jurer
^') Voir La maison des jeux, &c., Paris, t668, in-12; p. 174.
ni blasphémer le nom de Dieu, sous peine, par chascune fois, de cinq sols d'amende. »
C'est à bon droit que ce jeu était qualifié de royal : une dynastie en légua à l'autre le goût traditionnel. François I** fut un bon joueur, & Henri II plus encore. C'est lui, à en croire une acception très répandue, que Rabelais mit en scène sous le nom de Pantagruel s'exerçant à la paume $ c'est au Louvre qu'il se livrait à son divertissement, dans une nouvelle salle bâtie par son père en remplacement de celle de Charles V, du côté du Petit- Bourbon, vers Saint-Germain-l'Auxerrois. «Il jouait à la paume & très bien 5 mais jamais il ne vouloit tenir le jeu, mais secondoit ou tierçoit^*^, qui sont les deux places les plus difficultueuses & dangereuses $ aussi cstoit-il le meilleur second pu tiers de son royaume 5 & s'y afFeélionnoit fort, non pour l'avarice, car ce qu'il gaignoit il bailloit tout à ceux de sa partie 5 s'il perdoit, autant perdu pour lui, car il payoit pour tous
(*î (iTiercer, servir de tiers d'un côté au jeu de paume & tenir une place vers la corde.» (DiHionn. de Tr/voux.)
a II se plaisoit fort quand la reyne sa femme, madame sa sœur & les dames le venoient voir jouer, comme souvent elles y venoient, & qu elles en donnassent leur sentence, comme les autres, des fenestres en haut. S'il ne jouoit à la paume, il jouoit à la balle à emporter, ou au ballon, ou au palle-maillc, qu'il avoir fort bien en main^ car il estoit fort & adroiâ, & en faisoit de très belles & longues bottes ou coups.
« S'il faisoit un grand froid & qu'il eût fort gelé, il falloit aller glisser sur la glasscj s'il avoir fort neige, il falloit faire des bastions & combats à pellottes de neige. Bref, ce roy n'estoit jamais oyseux, & falloit que tous ces
exercices luy fussent communs Quand il
pleuvoit & qu'il ne pouvoit sortir dehors, il falloit au dedans choisir force autres passetemps ^^l » Très jaloux, en même temps, pour lui & sa noblesse, d'un privilège exclusif, il fit fermer partout, même dans les faubourgs, les tripots que le peuple, imitateur de la haute société, multipliait chaque jour pour son amusement.
(*î Brantôme, éd. Lalanne, t. III, p. 277-279.
Charles IX, qui avait également un petit jeu de paume au Louvre, «lorsqu'il faisoit beau estoit toujours hors de la chambre, en.
campaigne, en aâion, ou à jouer à la paume, & surtout à la longue paume qu'il affeétionnait fortj & s'y efrorçoit par trop à sauter, à jouer au palle-maille, bref en plusieurs autres plaisans & viollans exercices hors de la maison qu'il hayssoit estrangement, disant que
Le séjour des maisons , palais (Ù* balHmens Efhit le sépulcre des vivans ^^\
C'est encore à son jeu de paume qu'il se trouvait deux jours avant la Saint-Barthélémy, lorsqu'on vint l'informer que Coligny avait été blessé par l'assassin Maurevert.
Henri IV était constamment à la salle de paume. En 1594, après la reddition de la capitale, « le vendredy 16 (septembre) le roy joua à la paume tout du long de l'après-disnéc,
dans le jeu de paume de la Sphère ^^^ Ne
pouvant bien aller à Testeuf, pour ce qu'il es-
t*J Brantôme, ouvr, cit,j t. V, p. 281.
^'î Rue des Sept- Voies, que remplace aujourd'hui la rue Valette aboutissant \ la place du Panthéon.
toit las, dit qu'il ressembloit aux asnes qui faillcnt par le pied. Puis à l'instigation de l'avocat Duret, qui dit à Sa Majesté que si elle vouloit avoir du plaisir, qu'elle fist fouiller un nacquet qui faisoit le mitouard ^^^ sous la gal- Icrie, & qu'on lui ostast son manteau, qu'on lui trouveroit une grosse de balles qu'il avait dérobées, commanoa à M. d'O de ce faire.
Et lui aiant esté trouvé ce qu'il avoit dit, le Roy en rid bien fortj & aiant fait venir le nacquet, l'arraisonna assés longtemps & en tira du plaisir. »
Le 27 oAobre «le Roy aiant gangné, ce jour, quatre cens escus à la paume qui estoient sous la corde, les fist ramasser par des naquets & mettre dans un chapeau 3 puis dist tout haut : «Je tiens bien ceux-ci, on ne me les derob- «bera pas, car ils ne passeront point par les « mains de mes trésoriers ^^^ ».
Plus tard encore, à la fin de mai 1597, «il passoit son temps à jouer à la paume, & cstoit d'ordinaire à la Sphère, ou madame la mar-
^*^ Hypocrite.
^*î Ke^fhe- Journal de L*Estoile, éd. Michaud & Poujoulat, t. II, p. 245, 246 & 249.
quisc (de Vcrncuil) & mesdames de Sourdize & de Sagone se trouvoient tous les jours pour le regarder jouer j se faisoit prester de l'argent par madame de Monsseaux, laquelle il caressoit fort & baisoit devant tout le monde. Et ne laissoit pour cela Sa Majesté de veiller & donner ordre à tout ce qui estoit nécessaire au siège d'Amiens pour le mois suivant, lequel estant venu, il donna congé au jeu & à l'amour ^*h). Les marqueurs, naquets, étaient trop souvent des vagabonds sans aveu & sans scrupules, si bien que la corporation des paumiers-raquetiers décida de ne plus employer que des apprentis ou compagnons. Plus d'une fois, en effet, ces marqueurs s'étaient faits les complices des filous se glissant dans les tripots pour dérober ou tricher au jeu. Une curieuse plaquette du XVII* siècle nous apprend comment ils combinaient leur partie au préjudice des parieurs.
. . . Comme le changement Apporte un contentement, Ainsi le languide eSpace De nos tours de pafie pafie
^^^ Brantôme, ouvr, cit., t. V, p. 287.
Nous porte de tous cotte^ Es jeux de paume bante^ Là toute notre cahaUe Voit une partie esgaUe, fuis desguisant tout re^eéf, Met la viâoire en suSpeêf, Et fait que le jeu varie, Jusque ce que F on parie.
Mais auJStSt que Fon voit, Ou bien seulement qu'on oit he clinquetis des pifhlles.
Nous commençons les bricoUes.
L'un tire dans le tambour.
L'autre iun expert deHour, Pendant qu'au tiers il babille Laifie mettre dans sa grille. L'autre en criant fait du feu.
Desrobe quinze Sun jeu.
Si bien que cette induBrie Nous fait gagner là partie, Et juger à plus de voix J^ue nous sommes vrays matois ^^K
(*) CabaSe des matois, Paris, 1691, in-12; p. 48.
Quelques-uns se montraient honnêtes, du moins par occasion 5 tel fut celui qui, dans la nuit du 24 août 1572, venu pour dépouiller les cadavres non loin de la Croix des Petits Champs, sauva la vie au jeune Caumont La Force qui contrefaisait le mort à côte des cadavres de son père & de ses frères. Cet homme était atuché au jeu de paume de la rue Verdelet, qui existait encore au xviii* siècle. Rousseau y occupait sous les toits un petit logement d'où il se rendait tous les jours chez son chef, Dupin de Francueil, par un passage reliant le tripot à la rue Plâtrière qu'habitait le financier.
Au XVI* siècle, peut-être iriême plus tôt, lors de la fondation de la salle, la rue Verdelet se trouvait dans un quartier assez excentrique, fort proche des remparts : c'était le cas le plus fréquent. Nous connaissons le Petit Temple de la rue Grenier-Saint-Lazare 5 tout près, rue Michel-Lecomte, se trouvait la salle de La Fontaine qui abrita Mondory, le chef génial de la troupe du Marais, lorsque l'incendie l'eut chassé du Petit Temple. De ce côté se trouvait encore le Petit Louvre, si renommé au temps de Louis XIII j en 1632, nous y trouvons le
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théâtre du Marais. C'était la mode du temps j les comédiens, toujours pauvres, en camp volant bien plus qu'établis à demeure, se réfugiaient dans les tripots. Un seul échappa à la règle : celui de la rue de la Perle, qui même lui dut son nom$ comme «le mieux entendu de Paris», on l'avait surnommé la perle des tripots. Mais il était carré, de forme peu appropriée à une salle de spcélacle : de là sans doute l'abstention des comédiens.
Il avait deux rivaux sérieux au faubourg Saint-Marcel : les tripots de Braques & des On^ mille diables. Le premier, place de l'Estrapade, fut cité par Rabelais dans l'histoire de Gargantuaj l'autre, situé rue Sainte-Geneviève, fut plus tard cekii de la Sphère,
Au milieu du xvii* siècle, la rue Mazarine dut une notoriété particulière à ses jeux de paume j à peine percée, elle s'en trouva, pour ainsi dire, bordée. Le plus fameux, vis-à-vis de la rue Guénégaud, fut celui où débuta Molière comme comédien de l'Illustre Théâtre 5 c'est aujourd'hui le passage du Pont-Neuf qui en occupe l'emplacement.
A la fin du même siècle, le bon Thiers, qui
était théologien ôc casuiste, invoqua de nombreux décrets de conciles & synodes provinciaux pour interdire aux gens d'église « la hantise & fréquentation des jeux de longue & courte
paume principalement avec les laïques qui nous
drefient sans cep des embûches^^^ & de paroître
jamais en chemise & en calleçon pour cet ciFet^ quoique d'ailleurs il soit extrêmement honnête pour les laïques, parce qu'il soufre la conversation dans les intervales d'un coup à l'autre ^^^ ».
A cette époque, on ne cherchait pas seulement dans ce jeu un exercice physique 5 très souvent on y engageait des enjeux de 500 à 400 écus. Depuis le xvi* siècle, l'habitude n'en avait pas varié, & Gui Patin nous rapporte une aventure de ce genre arrivée ^ duc de Beaufort, le roi des Halles, en 1648 :
«On ne parle ici que de M. le duc de Beaufort, pour qui les Parisiens, & surtout les femmes de la Halle, ont une dévotion toute
^*^ Cette plainte naïve reparaît k diverses reprises; il paraît que les joueurs s*amusaient k faire des niches k leurs partenaires du clergé.
(*^ Traité des jeux Ù* des diveriifiemenSj Paris, 1687; ch. xxm.
particulière. Comme il jouoit à la paume dans un tripot du Marais du Temple, il y a quatre jours, la plupart des femmes de la Halle s'en alloient par pelotons le voir jouer, & lui faire des vœux de prospérité. Comme elles faisoient du tumulte pour entrer, & que ceux du logis s'en plaignoient, il fallut qu'il quittât le jeu & qu'il vînt lui-même à la porte mettre le holà j ce qu'il ne put. faire sans que ces femmes entrassent en petit nombre, les unes après les autres, pour le voir jouer j & s'apercevant qu'une de ces femmes le regardoit de bon œil, il lui dit : «Hé bien, ma commère, vous avez «voulu entrer} quel plaisir avez-vous à me voir «perdre mon argent.*^» Elle répondit aussitôt : «Monsieur de Beaufort, jouez hardiment ^ vous «ne manquerez pas d'argent. Ma commère que « voilà & moi, nous avons apporté 200 escus, & «s'il en faut davantage, je suis prête d'en re- « tourner quérir autant.» Toutes les femmes commencèrent à crier qu'elles en avoient à son service, ce dont il les remercia. Il fut visité ce jour-là par plus de 2,000 femmes ^*J. »
^*î Voir les Lettres de G. Patin, 3 vol., Paris, 1846.
Malgré la faveur de. Beaufort, la Fronde avait porte un préjudice sensible aux jeux de paume, & les maux qui suivirent le siège de Paris contribuèrent médiocrement à leur ramener la vogue. Une mazarinade , Le Miniftre â* Estât flambé, nous peint l'embarras des paumiers.
Uwrvutan eltprk pour sot.
Il n'a ni théâtre ni baume;
Et Cousin, Saumur <ZÎ^ Sorcot
Ne gagnent plus rien à la paume ^^K
Voilà donc trois noms de paumiers fameux à ajouter à ceux de Margot au xv* siècle, de Fesson & de Becquet à la fin du xvi°. Fesson avait dû à son talent la faveur d'entrer au service du cardinal de Guise 5 cette qualité lui permit de sauver la vie à de Thou, en pleine Ligue ; c'est assez le désigner comme un déterminé ligueur. Sorti de Paris durant le siège, il fut arrêté par les gens de Henri IV & pendu séance tenante. Becquet eut le même sort après la rentrée du «Navarrois».
^^J Voir MoREAU, Li Bibliographie lies ma^rinades, t. II, P- 273-
Après la Fronde , la paume retrouva quelque prospérité jusqu'aux premières années du règne de Louis XIV : en 1657, l'ambassadeur des Pays-Bas relevait 114 maîtres de jeu dans toute la ville. Les meilleurs jouèrent à Fontainebleau devant le roi qui les autorisa à donner des représentations publiques dans un des jeux de Paris. «Le roi vit jouer les bons joueurs de paume & leur accorda le privilège qu'ils demandoient. Ils joueront deux fois la semaine à Paris, & feront afficher comme les comédiens. Ils sont cinq : les deux Jourdain, Le Pape, Clergé & Servo ^^\ » La pailme devenait donc déjà un speâacle plus qu'un exercice : on n'y jouait plus, on allait la regarder, surtout chez Jourdain qui, au rapport de Dangeau, «tout seul gagna les deuï plus forts, après avoir joué longtemps, deux contre deux, des parties qu'il avoit gagnées aussi ^*^)). Il jouissait d'une pension de 800 livres pour jouer contre les princes & leur servir la balle. Les éloges & encouragements officiels semblaient se multiplier pour
^*J Journal de Dangeau, 26 odlobrc 1687.
<») Ihd.j 16 oaobrc 1686.