VI
Déjà Henri II avait constaté la pénurie des réserves royales & l'embarras où il se trouvait pour satisfaire aux besoins de son service. « J'ay parlé au Roy pour vous donner ung cheval 5 il m'a dift qu'il vous donnera bien un poulain, mais de cheval faiél il n'en a pasj mesmes des turcs que lui a amenés dernièrement Moranges, il ne s'en est pas trouvé ung seul de service ^^\ »
Le XVI® siècle ouvre une nouvelle période dans l'histoire de Téquitation : aux traditions individuelles succèdent les traités posant les bases de la vieille science française, toute faite d'élégance & de bon sens, qui atteint son point culminant aux xvif & xviii" siècles. Les bctes, encore lourdes & un peu trapues, de cette époque, ayant moins de sang, requéraient des stimulants plus vigoureux que celles de nos jours, & on recourait à des mors d'une grande puissance. Mais plus nous allons, plus nous voyons ces écuyers tendre à remplacer la force par l'adresse & la légèreté de main, à obtenir
^^^ Le connétable de Montmorcncj k M. d'Humières; lettre du 11 février 1557 (Bibl. nat., fonds Clérembault, vol. 61).
enfin par la douceur des moyens & Tcquilibre mécanique tous les mouvements qu'on peut demander à un cheval. Déjà quelques cavaliers, isolés il est vrai, tel M. de Nemours, émerveillaient leurs contemporains par des prouesses dont le témoignage est parvenu jusqu'à nous.
«Je le vis^^^ une fois à Amboise, à un courement de bague qu'y fit le roy François II, la desbattre contre M. de Nemours, qui estoit des meilleurs hommes de cheval de France, dix fois l'un (sic) après l'autre/ enfin M. le Grand Prieur l'emporta pour l'unziesme fois.
M. de Nemours fit son entrée de camp
sur un très beau roussin qu'on appcUoit le RJal, que le seigneur Julie , escuyer de M. le vidasme , & puis à M. de Nemours, avoir dressé à aller à deux pas & un saut mieux que ne fit jamais cheval, & qui alloit le plus haut, car c'cstoit un des plus fortz roussins & des plus beaux bay obscur } de sorte qu'en ccste allée du mitan^^^ du jardin d* Amboise, il ne fit que cinq sautz, tant il se lançoit bien, jusqu'à la fin de la car-
^^) François de Lorraine, frère du duc de Guise, grand prieur de France & capitaine général des galères. t»> Milieu.
ricre, M. de Nemours s'y tenant si bien & de si bonne grâce qu'il en donna grand admiration à tout le monde A propos de ce cheval Real, il faut que je face ce conte que, deux ans avant, le roy Henry fit une partye, le jour du mardy gras, avec les jeunes seigneurs, princes & gentilzhommes de sa court, d'aller en masque par la ville de Paris, & à qui fairoit plus de foUies. Ilz vindrent tous au Pallais. M. de Nemours, estant sur le Real, monta de course (car ainsy le falloir) par le grand degré du Pallais (cas estrange, estant ainsy précipitant), entra dans la gallerie & la Grand' Salle dudi£l Pallais, faiél ses tours, pourmenades, courses & foUies, & puis vint descendre par le degré de la Sainfte Chapelle, sans que le cheval jamais bronchast, & rendist son maistre sain & sauve dans la basse court. Force autres de ses compaignons de la masquarade entrarent bien dans la salle, & en sortirent j mais ce fut par le petit degré ^^\ »
Plus d'une femme même, dès ce temps, se distinguait par son goût pour les chevaux & sa
ti) Brantôme > édit. Lalaanc, t. IV, p. 159-161.
bonne mine en selle. Déjà comme simple dauphine, Catherine de Mcdicis « estoit fort bien à cheval & hardie, & s'y tenoit de fort bonne grâce, ayant este la première d'avoir mis la jambe sur Tarçon, d'autant que la grâce y estoit bien plus belle & apparoissante que sur la planchette j & a tousjours fort aymc d'aller à cheval
jusques en l'aage de soixante ans ou plus
car c'estoit l'un de ses grands plaisirs & à faire de grandes & vistes traiftes, encor qu'elle en fust tumbée souvent au grant dommage de son corps 5 car elle en fust blessée plusieurs fois, jusques à rompure de jambe & blesseure à la teste , dont il l'en fallut trépaner ^^K » Ailleurs , Brantôme insiste sur ce sujet. «Elle alloit tousjours à l'estricu sur l'arçon, dont elle avoit appris la façon de la reyne Marie, sa tante, & ay ouy dire que la reyne mère l'avoir apris d'elle 5 car auparavant elle alloit à la planchette, qui certes ne monstroit la grâce ni le beau geste comme l'estrieu. Elle vouloir en cela fort imiter la reyne sa tante, & ne montoit jamais que sur des chevaux d'Espaigne, turczs,
^^) Brantôme, édit. Lalanne, t. VII, p. 345.
barbes & fort beaux gcnetz, qui allassent bien Tamble, ainsi que je luy en ay veu par un coup une douzaine de très beaux^*^.»
Avec l'âge, la reine Catherine devint plus pesante, & si elle continua à monter, ce ne fut pas. sans risque j mais ces accidents, qu'elle annonce avec bonne humeur à Montmorency, ne la décourageaient pas. «Mon compère, depuis vostre partement nous est aveneu tout playn d'inconvénient, comme vous dira ce porteur 5 mais volant savoyr de ma cheute, je vous diray qu'elle a este grande & lourde, mais Dieu mercy, je n'ay este guières blessée & ne suys que marquée sur la nuque comme les moutons de Berry, & m'a-t-on fait saigner & prendre des pilleures (pilules), si byen que m'en aura servy à guérir mes gales ^^l»
Sa fille, Elisabeth de Valois, qui avait épousé Philippe II, accompagnait souvent le roi à la chasscj « y avoir une feuillée où la royne, le prince & la princesse furent menez 5 toutes deux
'^^ Brantôme, édit. Lalanne, t. IX, p. 622. •
t*^ Lettre du 3 août 1563. (Bibl. nat., anc. fonds franc.
y vinrent à cheval, à la firançoyse^'^», ce qui étonna beaucoup les dames de la suite, les femmes du pays ne montant que des mules.
Remarquons encore qu'au moyen âge les femmes ne disposaient que de selles très primitives : celles que les anciennes tapisseries représentent chevauchant sont assises en trousse derrière un valet, ou bien font tenir leur cheval en main par un page : elles ne pouvaient donc, pour se faire suivre d'un piéton, ni galoper, ni trotter bien vite. Catherine de Médicis, la première, ajouta une petite fourche à la selle à planchette qui n'était rien de plus avant elle qu'un simple bât avec dossier à droite. On a prétendu même que ce fut pour montrer ses jambes, fort élégamment tournées, qu'elle prit plaisir à porter des bas de soie bien tirés dont la fabrication venait de s'introduire en France, & imagina de passer une jambe sur le pommeau de la selle en montant des haquenées.
La selle de femme, avec fourche & dossier à peu près confortable, la selle à rampe, date
^*^ Voir H. DE La PERRiàiiE, Deux années de mifiion en Kupej append. p. 234 & suiv.
du XVIII* siècle 5 puis le dossier & la galerie ont encore fait place aux deux fourches du pommeau.
C'est à l'Italie, cependant, que nous devons les premiers principes d'cquitation, modifiés ensuite & corrigés suivant la diversité des races & la nature des services qu'on demandait au cheval. Un écuyer de la Grande Écurie sous Charles IX, Sourdis, fut envoyé au delà des monts pour y acheter des chevaux de prixj il emmena dans sa suite le jeune Pluvinel, âgé seulement de 17 ans. Au moment où, suivant l'expression de Menon de Charnizay, plus tard son élève & son ami, «ce bel exercice de monter à cheval n'était point encore dans sa perfeélion dans les pays de deçà les monts, & la France n'en avait point une méthode certaine & un art réduit en préceptes, chacun travaillant selon son inclination & avec les moyens qu'il se figurait de lui-même » , il eut l'occasion de prendre les leçons de Pignatelli, le fameux maître de l'école napolitaine, qui, avec Grisone & Fiaschi, faisait loi par ses préceptes.
Dès la fin du même siècle, un nouvel en-
seignemcût vint s'ajouter à celui des pages des écuries du roi : des académies d'équitation s'ouvrirent en province, simples écoles ou manèges ayant à leur tcte un écuyer qui, le plus souvent sortait de la Grande Écurie, sous l'autorité du Grand Écuyer, dont l'approbarion était indispensable. Elles donnaient aux jeunes gentilshommes qui, dans la règle, y étaient seuls admis, tout l'enseignement requis par leur condition.
fourfmre l'exercice h la jeune nohlefie.
On a- l'académie où l'on monte ^ cheval;
nous apprend Mich. de Marolles ^^\
EUey trouve toujours l' bonne fie discipline, Les sages êcuyers qui la font observer.
Joignant h la morale une saine doBrine»
L'usage voulait, en efFet, que quand un jeune gentilhomme avait étudie, jusqu'à l'âge de 15 ou 16 ans, le rudiment, l'histoire ou la philosophie dans quelque collège, « on le doit
(*î Paris ou ha description succinHe, &c., Paris, 1677, in-4", p. 38.
mettre à racadcmie pour apprendre à se bien servir d'un cheval, à tirer des armes & à danser. Ces exercices le fortifieront, le feront marcher de bonne grâce, la tête haute, la vue ferme, le visage toujours gai & civil. Là il apprendra assez de mathématiques pour savoir bien fortifier les places, les attaquer & les défendre. » Par malheur, l'appauvrissement de la noblesse au xvn' siècle Tempccha souvent de mettre à profit son privilège : les élèves descendaient parfois au nombre de deux ou trois, ne restaient pas longtemps. On comprend que les écuyersdireâeurs ne pouvaient exister qu'en faisant le commerce de chevaux ou le dressage pour les particuliers.
Les acadmiHes devaient suivre un cours normal de deux ans : en fait, ils atteignaient rarement ce terme. Les leçons d'équitation ne se bornaient pas à mettre les élèves en selle, à les faire trotter ou galoper sur une piste, mais à leur apprendre aussi les exercices de haute école qui devaient en faire des cavaliers accomplis. Les académies exigeant un assez vaste emplacement, étaient, en général, situées hors ville. Outre une habitation pour l'écuyer-direfteur.
sa famille & ses pensionnaires internes ^^\ elles comportaient un manège couvert, un autre découvert & une carrière.
Louis XIV autorisa l'ouverture d'académies à Paris : déjà Ton avait vu celle de Jean Chéradame, professeur de grec au Collège royal, qui habitait, en 1J36, rue du Vieux-Colombier, à l'angle de la rue du Cherche -Midi, une petite maison «pour servir à se aler recréer aux escoliers, dite le CoBè^e de l'Académie Chéradame, avec galeries, estudes, cour & jardin, sur un petit mont environné de arbres j)} rappelons aussi celle de Benjamin, à l'entrée de la rue des Bons-Enfants, démolie dans la première moitié du siècle suivant pour la construâion du Palais-Cardinal. MaroUes, dans son Paris, nomme plus d'une dizaine de ces établissements dont ceux de Villiers, rue de Tournon, puis rue des Canettes $ de Forestier, faubourg
(^) Internes comme externes, au nombre desquels se trouvaient toujours bon nombre d'étrangers, puis des officiers détachés temporairement de leur régiment pour suivre un cours d'équitation, prenaient place k la table du direâeur. Les internes avaient la faculté de loger auprès d'eux, soit un gouverneur, \ la fois précepteur & secrétaire, soit des valets pour leur*service personnel.
Sainr- Antoine 5 de Mesmont, faubourg Saint- Germain, & du plus célèbre d'entre eux, de Pluvinel, devenu à l'école italienne un écuyer accompli. Sous Henri IV, après avoir fondé une académie équestre, il devint direfteur de la Grande Écurie, sous-gouverneur du dauphin, enfin écuyer principal de Louis XIII.
C'est pour son maître qu'il a écrit UiitHruSHon du Ko)f en l'exercice de monter à cheval, qui l'a placé au premier rang des spécialistes en France : c'est plus qu'un manuel, presque un bréviaire du parfait cavalier j pour lui, l'équitation était plus qu'un art, faUt-il dire une religion, professée, ajoute-t-il, «à vostre gloire & à celle de la nation française». Estimant «qu'un bel homme & un beau cheval est la plus belle & la plus parfaite figure de l'humanité que Dieu ait mis sur la terre», il est fier d'avoir contribué à ce que les étrangers viennent apprendre l'équitation en France, non plus en Italie. En ce qui concerne les diverses races & leur valeur respeélive, il émet cette appréciation curieuse : «Plusieurs provinces nous donnent des chevaux : ceux que nous avons le plus communément viennent
d'Italie, où la plupart des races sont perdues ou abastardies} tellement qu'il ne nous en arrive plus de si bons. D'Espagne nous en avons rarement, encore ceux qui nous passent ne sont pas les meilleurs. De Turquie il nous en vient si peu que nous n'en devons pas faire cas, quoiqu'ils soient très excellens, & plus que ceux que j'ay nommez. Les Barbes nous sont plus communs, ordinairement bons, & tous propres à faire quelque chose. L'Allemagne, la Flandre & l'Angleterre nous en donnent aussy^ mais je trouve. Sire, que ceux qui naissent en Vostre Royaume sont aussi bons ou meilleurs qu'aucuns de ceux qui nous viennent de toutes ces nations estrangères. Car j'en ai veu de Gascongne , d'Auvergne , de Limozin , de Poiftou , de Bretagne, de Normandie & de Bourgogne de très excellens. Et si les princes & la noblesse de Vostre Royaume estoient curieux de faire race de chevaux, il n'y a lieu au monde où il y en eust de si bonsj car j'ay remarque que ceux qui y naissent ont toutes les excellentes qualitez requises au beau & bon cheval. Pour moy je ne m'enquiers point de quel pays ils soient, quand je les voy avoir bonne taille.
beaux pieds & belles jambes, avec de la force & de la légèreté, & dune bonne & douce nature ^^^.)) Il traite son art comme Boileau, comme Le Nôtre traitent le leur : l'élégance de la ligne, la noblesse simple & en même temps recherchée de l'attitude lui importent avant tout le reste. Son étude scrupuleuse des passades, groupades, voltcs, courbettes, des « caprioles » du cheval aboutit à donner à l'équitation le caraâèrc un peu faftice qu'elle garda plus d'un siècle j mais elle arrivait à son heure, en ce moment de transition où les académies devaient porter très loin l'éducation du cavalier & de son cheval, les dressant tous deux à exécuter dans les baUets équestres les figures les plus variées & les plus complexes, pour permettre à tout gentilhomme de tenir sa place dans les carrousels & d'y exécuter les mouvements de rigueur.
A son exemple, les maîtres du temps consentaient bien à tenir compte de la nature, mais autant que le permettaient «les principes», souvent arbitraires, parfois dangereux j c'est
^*^ Pluvinel, IttHmfHm du roy, &c., Paris, 1625, in-fol., p. 20-21.
par leur école que passa toute la jeunesse destinée à se produire à la cour & à l'armée au xviii* siècle.
Salomon de la Broue, son contemporain, procéda des mêmes principes : écuyer des écuries du roi, il fit époque dans la littérature technique par son Cavakrice froncis, le premier ouvrage en notre langue sur la matière & l'un des plus remarquables par sa justesse & sa science. Prenant le jeune page à 12 ans pour le conduire jusqu'à l'âge d'homme, il lui enseigne ses devoirs civils, religieux & militaires, tout ce qu'un chevalier a besoin de savoir, & les divers détails qui concernent sa profession. En suivant les diverses phases du service, à l'écurie, à la carrière, au tournoi, au carrousel, à la guerre, nous acquérons une idée de l'importance des travaux de la jeunesse en ce temps. Il recommande la chasse comme très utile au cheval de guerre, puis la course de bagues, &c.
Sous l'aélion d'un pareil courant, après les tournois les joutes étaient fatalement condamnées à disparaître 5 il n'en restait plus que l'image galante & empruntée, où les chevaux paraissaient enguirlandés, parés de rubans & de
panaches : les courses de bagues & carrousels 5 &, symptôme caraôcristique, c'est un prêtre, le P. Ménétrier, qui se mêle d'en exposer la théorie. Il accumule les citations latines pour s'expliquer sur les tournois, ces exercices « magnifiques», dignes de cavaliers «spirituels», qui sont « des courses de cheval en tournoyant avec des cannes au lieu de lances ». Carrousels & courses de bagues deviennent la distraction favorite de la haute société : on donne des courses de bagues & de têtes pour faire montre d'élégance & d'adresse, mais sans poursuivre un but d'utilité pratique. Plus récentes que la quintaine, elles avaient été, tout comme celleci, inventées pour habituer les jeunes gentilshommes au maniement de la lance ^^^ : remontant à la Renaissance, elles atteignirent toute leur vogue sous Louis XIV. On courait en pourpoint, en plumes & rubans, en costume de héros classique ou de roman.
Les carrousels étaient déjà de mode courante chez les Maures, en Espagne, en Italie,
(^) La Ifaffte était un anneau assujetti a un poteau k hauteur de l'œil du cavalier; on se préparait aux joutes en s'exerçant k viser juste k la hauteur voulue.
— d'où (le nom, carosetto, T indique) ils nous viennent, — lorsqu'ils furent introduits en France. Tout comme les anciens tournois, ils se donnaient en l'honneur des dames ou pour fêter quelque événement : naissance, mariage ou viftoire. Pas de thème qui ne s'y prêtât : le jugement de Flore, le triomphe du Soleil âc autres scènes analogues suivant le goût du temps pour les allégories mythologiques ou historiques. L'intérêt général se reportait de droit sur les ^uadrittes, escadrons de quatre, huit ou douze chevaliers suivis de leurs pages, estafiers ou musiciens. Chaque quadrille aaop< tait le costume & la couleur en rapport avec le thème de la fête, se costumait en faunes, mercures, nymphes, figurait les quatre éléments ou des peuples anciens j ou bien elle portait une couleur désignée par son chef, souvent celle de sa maîtresse. Dans la lice, au son des fanfares, les quadrilles défilaient avec leurs bannières, paradaient, se croisaient suivant un ordre convenu & faisaient le tour du champ de fête. Si le carrousel devait figurer un combat, les tenants de chaque quadrille se plaçaient au centre, suivis de leurs pages 5 une proclamation
des hérauts d'armes, conçue dans le style quintcsscncié du temps, énonçait les noms des tenants & des adversaires qu'ils envoyaient défier par un cartel, avec les propositions qu'ils entendaient défendre à jour fixe & contre tout venant 5 puis la joute commençait. Chaque entr'aéle était rempli par un défilé de chars à l'appareil le plus somptueux & le plus compliqué, chargés de figures allégoriques, nymphes, amours, &c., tandis que les chefs de quadrilles, dans des récits poétiques, expliquaient la pompe de la fête ou célébraient l'héroïne de la journée.
Déjà en oélobre 1581 , au cours des fêtes qui accompagnèrent le mariage du duc de Joyeuse , l'un des mignons de Henri III, avec Marguerite de Vaudemont, sœur de la reine, la cour donna des joutes & un ballet équestre. « Le lundi 16, en la belle & grande lisse à grans fi-ais & peines & en pompeuse magnificence dressée & bastie au jardin du Louvre, exécuta le roi son combat de quatorze blancs contre quatorze jaunes, à huiâ heures du soir, aux torches & flambeaux. Et le mardi 17, un autre combat à la picque, à l'estocq, au tronson de la lance.
■in( 67 )««—
à pied & à cheval) & le jeudi 19, pour la fin des carrousels & ballets, fut fait le ballet des chevaux, auquel les chevaux d'Espagne, coursiers & autres du combat, en combattant s'avançoient, se retiroient Se se contournoient au son & à la cadence des trompettes ôl clairons sonnans, j aians este aduits & instruits cinq ou six mois auparavant ^^\ »
Faut-il rappeler encore la fcte donnée en 160 j à rhôtel de Bourgogne? Le mariage du duc de Savoie avec la princesse d'Orléans -Valois donna lieu à un carrousel figurant la dispute des lis, des montagnes, des jardins, des étangs ai des vallées pour couronner la fiancée.
Dans les premiers jours d'avril 1612, le premier grand carrousel fut donné à Paris pour le mariage du jeune roi Louis XIII avec l'infante Anne d'Autriche & de sa sœur Elisabeth de France avec le prince d'Espagne, depuis Philippe IV. « La reine voulut fiiire faire quelque
feste excellente Elle commanda à M. de
Guysc, M. de Nevcrs & à moy d'estre tenans, & nous donna le camp, croyant bien que,
^') Journal de L'Ëstoilb, éd. Mîchaud & Poujoulat, p. 140»
-^M.( 68 )hh—
puisqu'elle commettoit cette affaire en nos mains, nous n'espargnerions rien pour la rendre parÉdtte, comme elle le fut aussy. Elle entreprit de faire unir & parfaire la Place Royale dans le temps qu'il y avoit jusques au jour de
la feste de ordonna à M. le Connestable
& à quattre mareschaux de France de donner l'ordre nécessaire de nous ouvrir le camp & d'estre les juges du tournoy : elle commanda à M. d'Espernon de border les barrières avesques mille mousquetaires du régiment des gardes & cinq cents Suisses : elle fit partager les places des eschaffauds & les fenestres des maisons de ladite Place Royale par le grand mareschal des logis, & fit donner quartier, tant aux tenans qu'aux assaillans, aux rues prochaines, tant pour leurs personnes & esquipages que pour leurs machines. La feste se publia en grande magnificence, trois semaines devant, par toutes les principales places de Paris, ou un nombre
infini de personnes se trouva pour la voir
Depuis neuf heures du matin jusques à midy & depuis trois heures jusques à six heures après disner il y avoit toujours vingt ou trente gensdarmes qui rompoient en lice ou couroient la
bague ou la quintaine, & un chascun estoit tellement occupé à £ûre faire des diverses machines, & le peuple à les venir voir, que c'estoit un continuel divertissement.
(Le 5 avril) « à trois heures après midy, les reines, princesses & dames, ayant pris place aux eschafauds, outre lesquels il j en avoit tout à l'entour de la Place Royale, depuis le premier estage jusques au pave, & deux cens mille speâateurs} après que les canons & boittes quy estoient sur le bastion eurent fait un salve, lequel fini, les mille mousquetaires quy fermoient la place avesques les barrières, en firent un autre très beau, M. de Pralain, mareschal de camp des tenans, sortit du palais de la Félicité, dans lequel on oyoit toutes sortes de musiques : il estoit très bien monté & paré, suyvi de douse estafiers habillés de velours noir, tout bandés de passement d'orj lequel vint de nostre part demandet à monsieur le connestable le camp qu'il nous
avoit promis. Messieurs les connestable & mareschaux descendirent & vindrent devant Teschafaud du roy & de la reine , & monsieur le connestable dit à la reine : «Madame, les te-
<( nans me demandent le camp que je leur ay « cy-devant promis par l'ordre de Vostre Ma- (( jcsté. » La reine luy dit : « Monsieur, donnes « leur. » Alors monsieur le connestable dit à M' de Pralain : « Prencs lej le roy & la reine «vous l'accordent. » Alors il revint à nous, & le palais fut ouvert de la grande porte, quy estoit vis à vis de celle des Minimes, & nous entrâmes, précédés de tout nostre esquipage, chariots d'armes, machines, geans^^^ & autres choses sy belles qu'il n'est pas possible de les pouvoir assés bien représenter par escrit : seulement diray-je qu'il y avoir, en nostre seule entrée des tenans, près de cinq cens personnes & deux cens chevaux, tous habillés & caparaçonnés de velours incarnat & de toile d'argent blanche, & nos habillemens en broderie, sy riches qu'il ne se pouvoir davantage. Apres nous entrèrent les troupes de M. le prince de Contyj celle de M. de Vendosme qui dansèrent un ballet à cheval, fort beauj M. de Montmorency, qui entra seul, & M. le comte d'Agen & le baron d'Huxelles sous les noms
^*' Cinq géants « de la race de ceux qu'Hercule tua en Thessalie ».
d'Amadis & de Galaor. Nous courusmcs contre tous ces assaillans^ puis, la nuit s*approchant, la feste fut séparée par un nouveau salve de canonnades & boites « suyvi aussy de ccluy des mille mousquetaires.
«Le lendemain, à deux heures, nous rentrâmes en la même sorte que le premier jour dans le camp, & les trouppes de M. de Longueville, des Nymphes, des chevaliers de la Fidélité, celle d'Effiat & Arnaut, & la dernière des douze Césars, lesquelles coururent toutes; & puis mesmes salves & mesmes feux d'artifice que le jour précèdent ayans esté faits $ parce que le peuple innumbrable de Paris n'avoit peu voir cette feste, nous partimes tous, chasque trouppe comme elle estoit entrée, avesques son esquipage & machines, & celle des tenans la dernière.
« Le lendemain , nous revînmes tous armés, en fort bel esquipage, courre la bague que donna Madame, laquelle bague Rouillac gaigna^^l»
En 1662, Louis XIV, alors au début de sa
f^) M/moifts de Bafiompierrej édition de la Société de l'histoire de France, t. I, avril 161 2.
grande passion pour La Vallièrc, donna en l'honneur de sa maîtresse, sur la place ^^^ qui en a gardé le nom de Carrousel, en face des Tuileries, ces fameuses fêtes qui surpassèrent de beaucoup toutes les autres en magnificence, mais provoquèrent la verve d'un rimeur mécontent du luxe déployé à cette occasion :
Cirque de bois à cinq croisées, BarhomUé ia^r <è^ £or peint , Amphithéâtre de sapin.
Fantôme entre les coUisées, Hippodrome de Pantagruel, Belle place du Carrousel, Faite en firme d'huître à l'écaillé, J^uoi qu'on en dise, on vous voit l^; Un habit de pierres de taille Vous siérait mieux que celui-lh»
«Les préparatifs du carrousel dont il (le roi) voulut régaler les deux reines, à l'exemple de celui qui s'étoit fait au mariage du feu
(^) Autrefois un terrain vague oui s'étendait des murs de la ville au palais; elle fut transformée en un jardin par Mademoiselle de Montpensier qui habitait les Tuileries : et jardin de MademoiteUe disparut vers 1655, devant l'extension des Tuileries.
^oi, occupèrent Jongtemp, U „ • seigneurs qui for^nr ^ , I*^*» * le»
La reine mli, ,1'°' "°^^ Pour en êt.^.
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grande passion pour La Vallière, donna en rhonneur de sa m^dtresse, sur la place ^^^ qui en a gardé le nom de Carrousel, en face des Tuileries, ces fameuses fêtes qui surpassèrent de beaucoup toutes les autres en magnificence, mais provoquèrent la verve d*un rimeur mécontent du luxe déployé à cette occasion :
Orque de bois à cinq croisées, BarhoMiSé ia<^r <è^ ior peint , Amptithéâtre de sapin, FantAme entre les coBisées, Hippodrome de Pantagruel, Belle place du Carrousel, Flûte en forme d'imttre à l'écaiSe, J^UM qu'on en dise, on vous voit Ih; Un haUt de pierres de taiSe Vous siérait mieux que celui-là.
«Les préparatifs du carrousel dont il (le roi) voulut régaler les deux reines, à l'exemple de celui qui s'étoit fait au mariage du feu
(^) Autrefois un terrain vague oui s'étendait des murs de la ville au palais ; elle fut transformée en un jardin par Mademoiselle de Montpensier qui habitait les Tuileries : et jardin de MademoiteBe disparut vers 1655, devant l'extension des Tuileries.
roi, occupèrent longtemps les princes & les seigneurs qui furent nommes pour en être.
La reine mère, qui n'avoit point vu celui qui avoit été fait pour elle (en 1612) nous en faisoit de belles descriptions sur ce qu'elle en avoit ouï dire aux vieux courtisans. Je n*en vis point alors qui me pussent dire si celui-là qui se fit à la Place Royale étoit plus beau que celui qui se fit à la place des Tuileries ^'^ »
Ce fut une simple course de bagues, sans sujets, ni cartels, ni chars ou machines. Le roi commença par nommer le maréchal de Gramont, maréchal de camp général, avec mission de veiller à tous les apprêts. Cinq nations : Romains, Perses, Turcs, Indiens & Sauvages d'Amérique devaient être représentées par autant de quadrilles de dix chevaliers chacune : la première devait être conduite par le roi lui-même, la seconde par Monsieur, la troisième par le Grand Condé, la quatrième par son fils, le duc d'Enghien, la cinquième parle duc de Guise, petit-fils du Balafré! Le roi nomma les aventuriers de chaque quadrille,
(») Mémoires de AT* de MotteviUe, iàït. Pctitot, t. I, p. 166-167.
grande passion pour La Vallicrc, donna en l'honneur de sa maîtresse, sur la place ^^^ qui en a gardé le nom de Carrousel, en face des Tuileries, ces fameuses fêtes qui surpassèrent de beaucoup toutes les autres en magnificence, mais provoquèrent la verve d'un rimeur mécontent du luxe déployé à cette occasion :
Cirque de hois à cinq croisées.
Barbouillé ia^r <Ù^ d^or peint , Amphithéâtre de sapin. Fantôme entre les coUisées, Hippodrome de Pantagruel, Belle place du Carrousel, Faite en forme d'huître ^ l'écaillé, J^uoi quon en dise, on vous voit /à; Un habit de pierres de taille Vous siérait mieux que celui-là.
«Les préparatifs du carrousel dont il (le roi) voulut régaler les deux reines, à l'exemple de celui qui s'étoit fait au mariage du feu
^^) Autrefois un terrain vague aui s'étendait des murs de la ville au palais; elle fut transformée en un jardin par Mademoiselle de Montpensier qui habitait les Tuileries : et jardin de Mademoiselle disparut vers 1655, devant Tcxtension des Tuileries.
roi, occupèrent longtemps les princes & les seigneurs qui furent nommés pour en être.
La reine mère, qui n'avoit point vu celui qui avoit été fait pour elle (en 1612) nous en faisoit de belles descriptions sur ce qu'elle en avoit ouï dire aux vieux courtisans. Je n'en vis point alors qui me pussent dire si celui-là qui se fit à la Place Royale étoit plus beau que celui qui se fit à la place des Tuileries ^'^ »
Ce fut une simple course de bagues, sans sujets, ni cartels, ni chars ou machines. Le roi commença par nommer le maréchal de Gramont, maréchal de camp général, avec mission de veiller à tous les apprêts. Cinq nations : Romains, Perses, Turcs, Indiens & Sauvages d'Amérique devaient être représentées par autant de quadrilles de dix chevaliers chacune : la première devait être conduite par le roi lui-même, la seconde par Monsieur, la troisième par le Grand Condé, la quatrième par son fils, le duc d'Enghien, la cinquième par le duc de Guise, petit-fils du Balafré! Le roi nomma les aventuriers de chaque quadrille,
(>) Mémoires de M^ de MoUeviOe, édit. Pctitot, t. I, p. 166-167.
grande passion pour La Vallicrc, donna en l'honneur de sa maîtresse, sur la place ^^^ qui en a garde le nom de Carrousel, en face des Tuileries, ces fameuses fêtes qui surpassèrent de beaucoup toutes les autres en magnificence, mais provoquèrent la verve d'un rimeur mécontent du luxe déployé à cette occasion :
Cirqut de bois à cinq croisées, BarèouiSé (fa^r (Ù^ d'or peint, Amphifhedtre de sapin.
Fantôme entre les coUisêes, Hippodrome de Pantagruel, BeUe place du Carrousel, Faite en forme (fbuitre à l'ecaiBe, J^uoi quon en dise, on vous voit tô; \Jn habit de pierres de taille Vous siérait mieux que celui-là.
«Les préparatifs du carrousel dont il (le roi) voulut régaler les deux reines, à l'exemple de celui qui s'étoit fait au mariage du feu
(*î Autrefois un terrain vague aui s*ëtendait des murs de la ville au palais ; elle fut transformée en un jardin par Mademoiselle de Montpensier qui habiuit les Tuileries : ce jardin de MademoiseSe disparut vers 1655, devant Textension des Tuileries.
roi, occupèrent longtemps les princes & les seigneurs qui furent nommés pour en être.
La reine mère, qui n'avoit point vu celui qui avoit été fait pour elle (en 1612) nous en faisoit de belles descriptions sur ce qu'elle en avoit ouï dire aux vieux courtisans. Je n'en vis point alors qui me pussent dire si celui-là qui se fît à la Place Royale étoit plus beau que celui qui se fit à la place des Tuileries ^'l»
Ce fut une simple course de bagues, sans sujets, ni cartels, ni chars ou machines. Le roi commença par nommer le maréchal de Gramont, maréchal de camp général, avec mission de veiller à tous les apprêts. Cinq nations : Romains, Perses, Turcs, Indiens & Sauvages d'Amérique devaient être représentées par autant de quadrilles de dix chevaliers chacune : la première devait être conduite par le roi lui-même, la seconde par Monsieur, la troisième par le Grand Condé, la quatrième par son fils, le duc d'Enghien, la cinquième par le duc de Guise, petit-fils du Balafré! Le roi nomma les aventuriers de chaque quadrille,
(1) M/moires de AT* de MoUeviUe, édit. Petitot, t. I, p. 166-167.
grande passion pour La Vallicrc, donna en l'honneur de sa maîtresse, sur la place ^^^ qui en a garde le nom de Carrousel, en face des Tuileries, ces fameuses fêtes qui surpassèrent de beaucoup toutes les autres en magnificence, mais provoquèrent la verve d'un rimeur mécontent du luxe déployé à cette occasion :
Cirque de bois à cinq croisées, BarhouiUé ia^r <Ù^ Sor peint , AmpUthêàtre de sapin, FantAme entre les coUisêes, Hippodrome de Pantagruel, Belle place du Carrousel, Faite en firme ^huître à l'écaillé, J^uoi quon en dise, on vous voit /à; Un habit de pierres de taille Vous siérait mieux que celui-l^.
«Les préparatifs du carrousel dont il (le roi) voulut régaler les deux reines, à l'exemple de celui qui s'étoit fait au mariage du feu
(^) Autrefois un terrain vague au! s'ëtendait des murs de la ville au palais; elle fut transformée en un jardin par Mademoiselle de Montpensier qui habitait les Tuileries : CQ jardin de Mademoiselle disparut vers 1655, devant Textension des Tuileries.
roi, occupèrent longtemps les princes & les seigneurs qui furent nommés pour en être.
La reine mère, qui n'avoit point vu celui qui avoit été fait pour elle (en 1612) nous en faisoit de belles descriptions sur ce qu'elle en avoit ouï dire aux vieux courtisans. Je n'en vis point alors qui me pussent dire si celui-là qui se ût à la Place Royale étoit plus beau que celui qui se fit à la place des Tuileries ^'^ »
Ce fut une simple course de bagues, sans sujets, ni cartels, ni chars ou machines. Le roi commença par nommer le maréchal de Gramont, maréchal de camp général, avec mission de veiller à tous les apprêts. Cinq nations : Romains, Perses, Turcs, Indiens & Sauvages d'Amérique devaient être représentées par autant de quadrilles de dix chevaliers chacune : la première devait être conduite par le roi lui-même, la seconde par Monsieur, la troisième par le Grand Condé, la quatrième par son fils, le duc d'Enghien, la cinquième par le duc de Guise, petit-fils du Balafré 1 Le roi nomma les aventuriers de chaque quadrille,
(1) M/moires de AT* de MotteviUe, édit. Pctitot, t. I, p. 166-167.
les équipages, les habits & livrées furent fixés, & la place qui précédait le palais des Tuileries choisie comme le terrain le plus approprié au grand nombre d'hommes & de chevaux qui devaient évoluer.
Un camp de 45 toises (88 m.) de côté fat fermé de doubles barrières séparées par une distance de 15 toises (29 m.) pour le passage des quadrilles. Les tribunes entouraient tout le camp en forme d'amphithéâtre, pouvant donner place à 15,000 personnes. Des tribunes aux barrières, un intervalle de 12 pieds de large permettait de ranger en toute sûreté les chevaux de main. L'amphithéâtre, carré, se terminait vers l'entrée en un demi -cercle où le roi se plaça avec sa quadrille $ les autres occupèrent les quatre angles. Au centre de la façade des Tuileries s'élevait une tribune pour la reine & les princesses, & au-dessus d'une double colonnade un fronton portait une inscription à la gloire du roi.
Le 5 juin, jour fixé pour la fête, les reines vinrent prendre place sous un dais de velours violet fleurdelisé d'or 5 tandis que le roi s'habillait à l'hôtel de Vendôme, les autres chefs
de quadrilles arrivèrent dans l'ordre fixé : il se mit à leur tète pour entrer ^ans l'amphithéâtre en un somptueux costume i la romaine, de satin brodé d'or & d'argent & enrichi de pierreries. Montant un cheval non moins richement harnaché, son bâton de commandement à la main, il était suivi de quatre aides de camp.
Le maréchal de camp de chaque quadrille, précédé d'une pompeuse escorte de trompettes, pages, chevaux de main, défila successivement, & le maréchal de Gramont, s'étant assuré que tout était prêt, envoya prévenir Sa Majesté.
La quadrille du roi, en costume noir & couleur de feu agrémenté d'or, d'argent & de pierreries, précédée de trompettes, de pages, d'huissiers, avec 70 chevaux de main conduits par des estafiers, était fermée par le comte de Noailles, son maréchal de camp, que suivait immédiatement le roi avec les dix aventuriers de sa quadrille. Elle fit le tour de l'amphithéâtre, salua les reines & s'arrêta dans le grand carré, y formant un demi -cercle dont le roi occupa le centre.
La seconde quadrille , en costume blanc & incarnat, précédée de timbaliers, de trompettes, de pages & d'estafiers tenant 45 chevaux de main, portait des arcs, des flèches & des carquois 5 le marquis de Vardes, son maréchal de camp, précédait Monsieur, suivi de ses dix aventuriers.
Troisième quadrille, en costume bleu & noir : timbaliers, trompettes, estafiers conduisant 45 chevaux de main$ ils portaient des haches, des sabres ôc des croissants d'argent^ le duc de Luxembourg, maréchal de camp, précédait le prince de Condé & ses dix aventuriers à cheval.
Quatrième quadrille, en costume jaune & couleur de chair : même équipage, même nombre de gens & de chevaux j les costumes étaient ornés de perles & de corail. Le maréchal de camp précédait le duc d'Enghien, suivi de ses dix aventuriers en tenue d'Indiens.
Cinquième quadrille, aux couleurs de blanc & vert : même ordre, même nombre de gens vêtus en sauvages, en satyres, en tritons, les pages en bacchantes, les estafiers re-
présentant des ours ou des esclaves qui portaient des singes sur Tcpaule. Les chevaux portaient des peaux de lion, de tigre, de léopard. Le maréchal de camp, suivi de douze faunes, prcédait le duc de Guise vctu d'une peau de dragon (?), qu'accompagnaient ses dix aventuriers. Cette dernière quadrille ayant fait son tour d'amphithéâtre & salué les reines, chacun alla prendre le poste désigné.
Les quadrilles étant rangées dans l'amphithéâtre, celle du roi en face de la tribune de la reine, les autres aux quatre angles, le maréchal de camp général fit élever les têtes, fermer les barrières & distribuer des placards portant le règlement de la fcte.
Chaque course, étant de quatre chevaliers à la fois, requérait un redoublenpient d'adresse pour exécuter leurs voltes avec ensemble, arriver de front au milieu du camp & conserver leur rang en reprenant leur course j enfin, il fallait des chevaux bien dressés & de bonne haleine pour exécuter d'innombrables voltes & demi -voltes sans ressentir une excitation capable de porter le désordre dans les rangs. Chaque chevalier, lance en main, courait le
long de la barrière & atteignait une tête de turc reposant, à six pieds de hauteur, sur un socle de bois doré qui faisait corps avec la barrière même. Quittant ensuite sa lance avec une demi-volte à droite, il prenait sous sa cuisse un dard dont il revenait frapper une autre tête de More sur un socle de quatre pieds de haut , distant de cinq pieds de la barrière. Après avoir achevé le toyr, il revenait le long de la barrière lancer un trait contre une tête de méduse que tenait Perséej une dernière demi-volte le ramenait au galop :
cette fois il fallait, en se penchant sur la selle, emporter d'un coup d'épée une tête posée sur un socle de bois à un pied de terre. I
Tous les aventuriers se signalèrent égale- ^
ment comme excellents & élégants cavaliers :
le roi emporta les seize têtes, mais son dard étant tombé à plusieurs reprises, il reconnut l'avantage au marquis de Bellefond, de la quadrille de Monsieur, dont le jeu avait été irréprochable 5 proclamé vainqueur au milieu des fanfares, celui-ci reçut des mains de la reine une boîte enrichie de diamants avec le portrait du roi.
A cette course de têtes succéda le lendemain une course de bagues : elle s'ouvrit avec le même cérémonial en présence d'une foule qui débordait des tribunes jusque sur les toits du palais des Tuileries & des maisons voisines. Le roi & après lui tous les concurrents firent assaut d'adresse, en dépit des difficultés de la tâche & du soleil qui les éblouissait ^'\ «Je ne m'arrêterai point à décrire l'ordre de leur marche 5 la richesse de leurs habits, la grandeur de leur suite, la galanterie de leurs devises & la différence de leurs couleurs, conclut M^ de Motteville ^^l Je ne dirai rien de meilleur pour en marquer la beauté, sinon que je ne m'y ennuyais point, & que le comte de Sault, fils du duc de Lesdiguières, eut l'honneur d'emporter le prix de la course de bague, qui fut suivi de l'applaudissement des speftateurs & du plaisir qu'il eut de recevoir un dia-
î^) D'après l'ouvrage de Ch. Perrault, l'auteur des contes ; Courses de kfhs ^ de bagnes faiUes par le roy, ^c, en l'année 1662; avec relations en vers latins par ESp, FUcbier C^ plancb. gT'p» Isr* Silveffre, Chauveau & autres. Paris, 1670, in-fol.
(^) Suite du passage cité.
mant d'un prix considérable de la main de la reine mère, qui étoit sur un cchafaud qui avoir été élevé près de ce palais. »
A partir de 1680 surtout, les académies d'équitation prirent un nouveau développement, alors que la Grande Écurie leur donnait, avec ses écuycrs, le modèle d'un haut enseignement qu'elles s'appliquèrent, & non sans succès, à suivre pendant longtemps. On vit à leur tête des maîtres d'un incontestable mérite : La Vallée, Bernardi, Vendeuil, La Guérinière surtout qui a fait époque dans la science. L'établissement qu'il avait ouvert en 171 5 en face du Luxembourg, à l'angle des rues de Tournon & de Vaugirard, ne prospéra point : le Grand Écuyer, qui connaissait son mérite & sa réputation, lui confia l'ancien manège des Tuileries laissé vacant depuis de longues années par l'établissement définitif de la cour à Versailles. Vaste & superbe bâtiment construit par Philibert Delorme au xvf siècle, au point où se trouvent aujourd'hui la rue des Pyramides & la statue de Jeanne d'Arc, il pouvait donner place à 120 chevaux. En
1729, La Guérinicrc y transféra ses élèves ôc son matériel & en fit, avec l'agrément du roi , une véritable école de cavalerie. Depuis un an déjà il donnait des leçons sur l'anatomie du cheval, sur la chirurgie hippique & les opérations qui peuvent se présenter, «ce qui, observe-t-il, n'a jamais été pratiqué dans aucune académie)). Son Écok de cavalerie, parue en 1733, inaugura la plus brillante période de son enseignement & fit de lui en quelque sorte le fondateur de l'équitation moderne :
ouvrage supérieur, pour le temps où il fiit composé, à la plupart des écrits modernes, il expose dans une langue claire & avec une grande force de raisonnement des principes qui sont encore aujourd'hui aussi vrais que de son temps. Ne s'inspirànt que de la raison 6c de la nature, il s'appliqua à simplifier les procédés de dressage, à recommander au cavalier l'aisance en selle par l'équilibre & la reftitude de la position : ce fut une profonde évolution dans l'art équestre. L'affluence des élèves, des officiers même resta considérable jusqu'à sa mort en 1751. Après lui, la prospérité de la maison se maintint, à travers des fortunes di-
— ♦^( 82 ) hi -
verses & malgré la concurrence, durant de longues années. Puis VÉcole militairej qui" recevait aussi des pensionnaires, s'ouvrit : voisinage menaçant qui lui porta un coup sensible. N'ayant plus de raison d'être, privée des subventions de l'État aussi bien que des villes, elle prolongea son agonie jusqu'à l'Assemblée constituante qui supprima en bloc toutes les académies.
En 1756, en effet, Louis XV, cédant aux instigations de la Pompadour, avait ouvert à Paris l'École militaire créée depuis quelques années à Vincennes. Destinée à instruire gratuitement, durant dix à douze ans, 500 ou 600 jeunes gentilshommes, fils d'officiers sans fortune, elle n'en reçut, en fait, jamais plus de la moitié, qui devaient faire preuve de quatre générations de noblesse, vérifiées par d'Hozier, le généalogiste de la Grande Écurie.
L'enseignement embrassait les mathématiques, le latin, l'allemand, l'italien, l'histoire, la géographie, la fortification, l'art de la guerre, le dessin, l'écriture, l'équitation, la voltige & l'escrime. Les leçons d'équitation ,
données par le célèbre d'Auvergne, dont l'enseignement laissa une trace si féconde en France, se donnaient le matin de huit heures à midi, trois fois par semaine aux débutants, tous les jours aux anciens. A cet effet, l'École possédait de ]0 à 60 chevaux ^ de plus, elle en recevait en pension dans ses écuries un certain nombre appartenant à des particuliers : en un mot, elle contribua efficacement, dans cette première période, à relever le goût & la science de l'équitation dans le corps des officiers.
Les deux écuries qui, depuis 1680, avaient suivi le roi à Versailles, prirent possession du bâtiment élevé pour elles, de 1679 à 1685, par Mansard en tace du château : c'est là qu'au siècle suivant la Grande Écurie, considérée depuis longtemps comme une académie équestre pour la formation des futurs officiers ou des grands fonélionnaires, vit arrêter par le Conseil d'Etat les conditions d'admission dans les pages : les jeunes gens de la noblesse y étaient reçus, nous l'avons dit, pour faire, outre leur service auprès du roi, leurs académies» Tous les matins, la moitié des pages
montaient au manège, ce qui faisait pour chacun trois leçons par semaine j le reste du temps était consacré aux autres leçons : escrime, danse, qui tenaient une si grande place dans l'éducation aristocratique. Ajoutons que le régime de la discipline était fort strift. Après trois années de séjour, les pages en sortaient avec un brevet d'officier.
De la Grande Écurie, enfin, est sortie cette célèbre Ecole de Versailles qui, depuis la fin du XVII* siècle jusqu'à la Révolution, tint en France, on pourrait dire en Europe, le premier rang comme institut modèle d'équitation aussi bien que comme foyer d'élégance & de politesse : tous les rois & princes de France y reçurent leurs leçons. Sans avoir, à vrai dire, de méthode nouvelle, elle se contentait de suivre avec méthode d'excellentes traditions & arrivait, par des exercices bien gradués, à donner au cavalier une position correâe & aisée avant d'aborder les difficultés 5 dans le dressage des chevaux encore, elle suivait une gradation du travail, procédant du simple au complexe. Et si les écuyers de premier ordre ont été peu nombreux en tout
temps, cette école a été du moins une pépinière d'où sont sortis quelques hommes qui ont été l'honneur de l'ancienne équitation française. Ce furent, au xviii* siècle, Nestier, Salvert, Lubersac, Montfaucon, Rogles, Neuilly, Du Paty de Clam, d'Auvergne, Mottin de La Balme, Bohan, Boisdefire, Abzac & leurs derniers héritiers au xix* siècle , Aure & Banche. C'est Abzac qui, à la tête de l'École de Versailles, appliqua le mieux les principes de La Guérinière en les dégageant de tous les principes inutiles qui avaient survécu à Pluvinel. Il pressentait la transformation qu'allait subir son art : l'introduftion en France des chevaux anglais, montés par les grands seigneurs dans les chasses de la cour, aux courses j une compréhension nouvelle des besoins de l'équitation, tout concourait à démontrer que le mérite de l'écuyer consiste bien moins à fetiguer son cheval par un travail de parade qu'à ménager ses forces & à régulariser ses mouvements pour le préparer à des allures plus franches. La position du cavalier devenait aisée, élégante, exempte à la fois de raideur & de laisser-aller 5 le cheval.
dressé avec une grande finesse, était plus souple dans la main. De cette double aftion résultait une collaboration délicate, gracieuse & fort agréable à regarder.
Vint la Révolution, & cette belle équitation souffrit commç tous les autres arts.
L'École de Versailles, entretenue par la cassette royale, disparut avec le trône, & les écuyers s'exilèrent où se dispersèrent dans les camps.
Les jeux équestres, sous les formes les plus variées, sont de tous temps & de tous pays, & les courses non moins que les autres. A cet égard notre époque n'a rien inventé 5 & pour peu que nous interrogions l'histoire du passé, nous trouvons déjà des courses plates & des courses d'obstacles telles qu'elles existent aujourd'hui. La pensée de lutter de vitesse était par nature une des premières qui dussent venir à l'esprit d'hommes jeunes & aâife montant des bêtes vivaces. Laissons de côté les luttes analogues de l'ancienne Grèce : la première que mentionnent les souvenirs parisiens, tenue à une époque & en un lieu beaucoup plus
rapprochés , fut celle que donna Charlemagne sur le terrain de la Granff de la hat(ùlle ou bataiUière, déformée plus tard par Tusage populaire, oublieuse de son origine, en Grange hateliere^^\ Au ix* siècle, c'était un Champ de Mars qui occupait, d'après le moine Abbon^^^, tout l'espace compris entre Montmartre & la ville. C'est visiblement le même que nous retrouvons dans le Koman des .Quatre Fils
^•) C'était son nom au xin* siècle. Par un aftc du i" septembre 1160 y le sueur ou cordonnier Geoffroy & sa femme Marie ^ dont le double nom a passé k une rue de ce quartier^ cédèrent \ THôtel-Dieu^ pour un prix équivalent \ 4,000 francs de notre monnaie, un terrain situé en face de la ffanchia praeliata ou haUùUiae, que l'Assistance publique revendit en 1 840 plus de 3 millions k des entrepreneurs de construction. — La confusion de noms subséquente fut facilitée sans doute par le site même de cette grange isolée au milieu d'un champ que coupaient les ruisseaux venus de Ménilmontant : le plus important, presque un cours d'eau, perdu plus tard dans l'égout de la rue de Provence, contournait le champ, en faisait une île oh. les Parisiens en excursions passaient en bateau pour aller faire des parties fines chez le fermier, si bien qu'au xiv* siècle on 1 appelait la Grange au gaiielier ou marchand de gâteaux. Cette disposition des lieux se retrouve sur le Plan de la Tapisserie & celui de Quesnel (1608).
^^^ Voir son poème sur le siège de Paris par les Normands, liv. II, V. 196.
^mon^^\ qui place le champ de la fctc entre les murs de Paris & Montmartre. Ces jeunes gens ayant été armés par le roi Charles, Renaud, Taîné, reçut un présent magnifique, le cheval Bayard qui, le poète nous l'apprend, était une fée. Plus tard, Charlemagne, en guerre avec les Saxons, songe avec regret au merveilleux coursier dont il a eu tort de se défaire. Sur le conseil du duc Naime, il recourt à un moyen assez déloyal & annonce, non pas des joutes ou une quintaine, mais une course de chevaux dans la grande plaine qui s'étend jusqu'au bord de la Seine entre Montmartre & Paris. Le prix sera de 400 marcs d'or, cent f ai/es ou manteaux rayés, plus la couronne d'or de l'empereur. Renaud ne manquera pas d'y accourir avec Bayard : ce sera le moment de remettre la main sur le bel animal. . De fait, le chevalier, après s'être, par un reste de méfiance, rendu méconnaissable, lui& son cheval, grâce au suc de plantes tinéloriales, arrive à Paris & voit les gens de l'empereur porter à l'extrémité de la plaine, au pied de
^*) Analysé en détail dans YHiffoire littéraire de la France, t. XXII, p. 67y6%6.
Montmartre, la couronne, les manteaux & les 400 marcs. Les concurrents font leurs apprêts.
Lors véipés le jor maint defhier amené,
Sor (Ù^ noir d^ haucent, ferrant <Ù* pomelé^^K
Bayard, dont son maître a entrave les pieds, s'avance d'abord en trébuchant, aux rires de l'assistance ^ à un signal donné, l'animal est délié, & Renaud lui parle :
irBaiart, ce âiSi Renans, trop nos ahns tarjant.
Se il en vont sans vous, blasme i aurons moult grant. »
Baiars ot Renaut, si henilî clerement,
Ensement VentenS corne iere son enfant.
Les oreilles a jointes, la te fie va croUant,
Il fronce des narines, des pies harpe devant,
for ahriver son cors s'en va tôt arcoiant.
^*^ SiMTj alezan. — haucent, blanc & noir, pic. — Ferrantj gris. — Tarjant, tardant. — CUrement, d'un ton soaorc. — Ensement comme iere, tout comme s'il était. — CroUant, agitant, secouant. — Fronce, souffle avec force, s'ébroue. — Harpe, agite, frappe. — Ahriver, lancer, précipiter. — Arcoiant, se courber en arc , plier. — La terre porpennant, fendant l'espace comme une flèche. — \Jne lance tenant, la longueur ou l'espace d'une lance. — Bondit, résonne.
Renais lâche les règnes, Baiars s en va hruiant Tôt à col eltendu la terre porpennant , A chacun saut en prent une lance tenant, ha terre fait hondir, <à^ U vens va hruiant ^^\
Renaud devance aisément les autres cavaliers j mais il est frustré de son prix par une vieille rancune de Charlemagne.
Vint la période du moyen âge : tandis qu'en France nous trouvons au xii* siècle les courses de Morlaas en Béarn, instituées par le comte Gaston IX, & au xvii" siècle celles de Semur^^^
'*) Chanson de geste de Renaus de Montauban ; ms. de la Bibl. nat., ancien fonds n** 7183, f" 88-89.
^'ï Depuis le milieu du xvi* siècle déjk cette ville avait donné des courses k pied qui durèrent jusqu'en 1700; les prix consistaient en une écharpe de soie, des chausses tricotées & une paire de gants de laine. C'est en 1639 que commencèrent les courses k cheval , dont les prix comportèrent une écharpe en taffetas blanc & des gants, plus tard «une bague d'or jusqu'k la valeur de 15 livres qui servira k l'advenir de prix aux cavaliers». Les magistrats «jugé-* rent k propos, pour le bien & l'utilité de la ville, de continuer aux années suivantes les mêmes faveurs au profit du premier & plus habile cavalier qui se rencontrera sur les heux». Cette course équestre, destinée aux seuls gens de condition subsista jusqu'k 1794, en pleine Terreur, & après une interruption de quelques années, reparut en
en Bourgogne, dès le xu* siècle, sous Henri II, des courses eurent lieu en Angleterre, sur les dunes d'Epsom, & à Londres, dans le faubourg de Smithfield, sur remplacement d'un marché aux chevaux ) les propriétaires qui mettaient des bêtes en vente les faisaient courir & lutter de vitesse entre elles pour mettre en relief leurs qualités : exercices encore isolés qui ne dépassaient pas la mesure de paris d'occasion entre particuliers. Deux siècles plus tard, au cours de cette guerre de cent ans qui fit une si grande consommation d'hommes & d'animaux, Edouard III entretint un haras considérable. Restait un point essentiel à résoudre : la pratique des croisements que l'Europe ignora longtemps j l'Angleterre fut la première , longtemps avant la France, à en deviner l'avantage pour l'amélioration des races locales. Elle recourut aux chevaux arabes, surtout aux iaries importés du Maroc & de la Régence d'Alger.
Les Arabes, en effet, avaient conçu de très
1801. Mais elle ae dépassa jamais le niveau d'un speâacle un peu puéril, d'une simple distraétion : l'objet utile n'en était encore ni indiqué, ni même pressenti.
ancienne date l'idée d'établir des distinélions précises entre les diverses races, dont la plus estimée, la seule authentique à leurs yeux, était celle qui remontait, à les en croire au roi Salomon : c'était celle des pur-sang en Europe. Fiers de cette supériorité, attentifs à en sauvegarder la pureté par l'exclusion de tout croisement avec des éléments étrangers, ils adoptèrent, pour l'admission à la monte, des épreuves sévères qui leur assurent, depuis des siècles, des généalogies rigoureusement authentiques. Les Anglais ne négligèrent pas l'indication j & une fois en possession du type voulu, c'est sur le modèle arabe que plus tard, au xviii* siècle, ils inaugurèrent le Stud-hool^oxx généalogie officielle des chevaux de pur sang. Dès le x" siècle, la France du Nord présentait à ses juments des étalons du Midi : Hugues Capet fit présent au roi Athelstan de chevaux d'une race d'élite ^^^ que le destinataire apprécia fort, & il interdit de les exporter ainsi que leurs produits. Au xii'' siècle, Henri I"" introduisit en Angleterre le premier cheval
^'^ Probablement de race arabe ou orientale : les renseignements k ce sujet manquent de précision.
arabe, puis le silence se fit sur l'élevage des chevaux pour longtemps. Henri VIII , soucieux d'améliorer la race chevaline, prit une mesure qui répondait bien à son humeur expéditivej il enjoignit aux gouverneurs de comtés de faire tuer tous les chevaux au-dessous d'une certaine taille : initiative trop radicale qui ouvrait la voie à l'arbitraire , impuissante du reste à régénérer la race. Il agit plus sagement en établissant des courses de chevaux en diverses villes, à Chester Se à Stafford. Dans ces luttes entre chevaliers qui ne couraient que pour l'honneur, ce qu'on recherchait avant tout, c'était la vitesse du cheval de guerre capable de porter un homme d'armes du poids de 300 livres, ôi comme les chevaux de course proprement dits étaient encore inconnus, on ne voyait sur les rangs que des chevaux de guerre ou de chasse. A défaut d'un hippodrome dans le sens moderne, les réunions se réduisaient à une sorte de courses au clocher ou Heeple-chases : les coureurs se lançaient à travers la campagne, souvent sur le terrain le plus accidenté 5 les vainqueurs recevaient comme prix des clochettes de bois ornées de fleurs,
plus tard des clochettes d'argent ^'^, disputées chaque année le jour du mardi-gras.
Le xvii' siècle amena de sensibles progrès :
Jacques I" fixa des époques régulières aux courses de Newmarket, Croydon & Enfield Chase 5 il profita surtout de son séjour au manoir de Nonsuch près d'Ewell pour leur donner un caraftère en quelque sorte national, & dès cette époque on vit des gentlemen-riders monter eux-mêmes leurs chevaux, si bien que son règne marqua la première période dans l'histoire des courses en Angleterre. Il fit plus encore, & songea à essayer la race arabe en achetant un superbe étalon j mais une vieille prévention nationale vint paralyser ses efforts. Charles I* & Charles II, tout en important un certain nombre de juments & d'étalons arabes, turcs & persans, dont les produits offrirent à l'élevage anglais des éléments de premier ordre, encouragèrent les courses reconnues dès lors comme le meilleur moyen de séleétionj le premier ajouta aux courses de Newmarket celles de Hyde-Park alors aux portes de Lon-
D*oh. l'expression : rua tbe heU,
dresj le second remplaça l'antique clochette d'argent par une aiguière ou un plateau d'argent (run the plaie) de la valeur de loo aC.
Les propriétaires commençaient à parier entre eux & l'art de l'entraînement en était à ses débuts : on surveillait l'hygiène du cheval, on lui imposait des exercices réguliers pour développer ses aptitudes naturelles j seule la réglementation du poids était encore négligée. C'est à ce moment, un siècle après Jacques I" & ses efforts infruftueux qu'un particulier du Yorkshire, M. Darnley, renouvela, cette fois avec plus de succès, la tentative d'importer des chevaux de pure race arabe. En 1714, il reçut de son frère, agent d'affaires à Alep, un étalon de race syrienne dont l'apparence irréprochable annonçait la vitesse & l'endurance. Damlcy Arahian se heurta d'abord à l'ancien préjugé, & longtemps on lui refusa toute jiunent. Mais en constatant la qualité de ses premiers produits, l'opinion des cercles compétents se retourna en sa faveur, & c'est à lui presque seul que l'Anglçtcrre doit la race de ses pur- sang. L'alezan Éclipse ^ issu de lui, est l'un des plus fameux coureurs dont les annales
hippiques aient gardé le souvenir. Né au cours de la grande éclipse de 1764, il appartint d'abord au duc de Cumberland & ne fit ses premières preuves qu'à l'âge de cinq ans, à Epsom : portant 168 livres, il parcourut quatre milles en huit minutes & depuis lors remporta avec la même charge onze fois le prix de vaisselle plate du roi. Jamais il ne fut frappé, ni même menacé de la cravache, jamais chatouillé de l'éperon j toujours il a soutenu avec aisance l'effort de ses concurrents, s'allongeant & les dépassant avec une persévérance que rien ne lassait. Il mourut en février 1789.
Le Parlement vit avec défaveur le développement trop rapide des courses : sans songer à entraver, il voulut du moins le régulariser & fixer à cinq ans l'âge d'admission des chevaux. Nul éleveur ne put faire courir plus d'un cheval dans chaque réunion. La création du Jockey- Club, en 1750, & la fondation, par lord Derby, de la course qui a gardé son nom, en 1780, achevèrent de donner à ces fêtes hippiques, avec des règles fixes, leur caraftère définitif. Tandis que l'Angleterre entrevoyait de bonne heure le but réel de ces épreuves pu-
bliqucs & le concours qu'elles devaient apporter, par l'infusion d'un sang nouveau, à la rénovation des races indigènes, en France on semblait fermer les yeux sur ces questions élémentaires. Les croisades avaient bien amené dans le pays nombre de chevaux arabes que les chevaliers, séduits par leurs qualités, croisèrent avec les races locales ^*^j plus tard, au temps de Louis XIII, les chevaux anglais furent, à cause de leur rapidité, recherchés pour lar chasse : c'était en vain. On s'en tenait à ces bctes de grosse & forte taille, exigées par le poids sans cesse croissant de l'armure & du harnachement, & dont van der Meulen a fixé le type dans ses tableaux de batailles. Les cavaliers ne manquaient pas, en France, qui, sans le savoir, couraient des steeple-chases : à plusieurs reprises furent données des courses de genres variés, mais toujours soumises à des
^^) Le deHrier ou grand cheval de bataille était ainsi nommé parce que le page qui le conduisait en main le tenait k sa droite; \t palefroi, de moindre taille, était le cheval de chasse & de parade; le roncin, cheval de voyage, était moins brillant que le palefroi, mais plus solide & de plus de fond. La haquenée était une jument de promenade pour les femmes.