‹ Études sur le PéloponèseChapitre 10 sur 66 · DESCRIPTION DE LA VILLE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA VILLE

tue colossale qui représente le peuple sparliate '. Près de là, Mercure tenaiil dans ses bras Baccluis enfant; dans le fond, l'édifice qu'on appelait les anciennes Kphories. De ce côté encore sera le temple des Parques; à sa droite, le tombeau d'Oreste; à sa gauche, l'enceinte où les Lacédémoniens se réunissent pour les repas nommés Pliidities. A l'entrée, se tiennent Jupiter protecteur des étrangers et Minerve hospitalière.

Ceux qui se rappellent l'Agora de Pompéi s'imaginent facilement combien de petits édifices, d'autels, destatues, d'inscriptions, il faut ajouter par la pensée à l'énumération de Pausanias. En tenant compte de la différence qui existe entre un municipe gréco-romain et une puissante ville dorienne, on apprend aussi à Pompéi quel système présidait à l'embellissement d'une place publique, comment les édifices et les temples se pressaient autour de ce centie, non pas avec une régularité symétrique, mais avec une apparence de désordie qui donne à l'ensemble du mouvement, de la variété, et qui n'exclut pas Thaimonie.

Trois rues principales paitent de la grande place : l'une se dirige veis le couchant et traverse

(Pans., ffic. cit.)

58 LAUr A SPAK'IK.

la place Tliéoniélide; les aulies sont la rue de la Scias et la rue Aphétaïs.

Dans la rue Apbétais, ou remarque d'abord les Boonètes ^ anti(pie demeure du roi Polydore. J.e palais des présidents des gymnases est en face, à l'angle de la rue : sa façade regarde l'Agora. A côté, se trouve un temple de Minerve, dont la statue a été consacrée par Ulysse. Après avoir vaincu ses rivaux dans la course dont Pénélope fut le prix, il éleva à Minerve trois temples, à (|uelque dislance les uns des aulies ^

Plus avant dans la rue Aphétaïs, on voit les monuments héroïques d'Iopus, d'Am})hiaraùs, de Lélex, de Talthybius. Il ne faut point se figurer de simples tombeaux, mais des constructions considérables, comme les savait faire l'art des premiers âges, des touis carrées, de petites pyramides, des chambres sépulcrales dont l'entrée est quelquefois élégamment décorée, connue à Mycènes , quoique leur principal caractère soil la simplicité el la puissance ^.

A quelques pas plus loin est le Tenariiim, sanc-

«XXviXcov. (Pans., Lacoii., \II.)

' Tels sont les momiments lic-roïqiu'S qu'on trouve à Mycè- Ues , à Hyoïiiio (près (l'Kpidaiire) , à Spai le iiu'ine (le toml)e;ni (le Léonidasi.

DESCRIPTION l)i: LA VILLE. 5*)

liiaire de Neptune Ténarieii. Près de là, une slalue de Minerve consacrée pai' Tarente et les colonies italiennes. V Helléithun est une vaste enceinte où les députés de la Grèce se réunirent à deux époques différentes, avant la guerre de Troie et au moment des guerres médiques. Au bout de la rue, on trouve le temple de Dictynne et les tombeaux de la famille royale des Eurypontides. Ici, nous sommes près du mur d'enceinte de la ville *; mais ce mur est une construction récente, puisque les lois de Lycurgue ont toujours défendu que Sj.nute fût fortifiée. Ses seuls lemparts devaient être les rangs de ses guerriers. Au contraire, les monumer)ts que nous avons nommés précédemment remontent, la plupart, à une haute antiquité.

Si nous revenons sur nos pas dans la rue Apliéfaïs jusqu'à l'Hellénium et prenons une rue transversale, nous trouvons le temple d'Arsinoé, bellesœur de Castor et de Pollux, le temple de Diane, voisin des corps de garde, puis le toiidieau des devins éléens, le monument de Maron et d'Alpbée, les plus braves parmi les compagnons de Léonidas; enfin les temples de .Tupilei- Tropaeus et de la grande Cybèle.

La rue de /<i Scias paît, comme nous l'avons

P.IIIS., //JU^.]

60 L'ART A SPAHTK.

tlil, de la place publique. La Scias, qui lui donne son nom, est une grande salle circulaire où se liennent encore, au temps de Pausanias, les assemblées. Thr'odore de Samos, architecte et sculpteur célèbre, l'avait construite, et avait donné à la toiture la forme d'une tentée Ainsi, à la fin du viii^ siècle, on avait déjà réalisé à Sparte une idée que les artistes de Périclès ne firent peut-être que reproduire: car on admirait particulièrement dans l'Odéon d'Athènes la toiture, qui imitait la tente du grand Roi ^.

Près de la Scias est un édifice lond, qui renferme les statues de Jupiter Olympien et de Vénus Olympienne, très-ancien, puis(|ue Épiménide l'a construit. Le tombeau et le temple de Castor sont à peu de distance. En face de Vénus Olympienne est le temple de Proserpine consacré , dit-on , par Orphée.

Ensuite s'ouvre une place carrée, entourée complètement de portiques^, disposition d'une belle régularité et vraiment monumentale. C'était anciennement un marché. Des autels y sont consacrés à Jupiter, à Minerve, aux Dioscures. Tout auprès s'élèvent les temples de Bacchus, de Ju-

' Etym. in Sxia?.

' Eîxdv'jt Xsyoufji Y£V£(T6ai /.ai atu.r)u.a -zr^z, tou BaaiAsojç cx-i^vy];.

(Plut., Vir (Irrrrid.^WW.)

(opiov È'yov iToaç =v TeTpaywvfo to) ff^'/ii/axi.

' XOJ

UESCKIPTION DE LA VILLE. (il

piler, et. sur une colline, le temple de Junon Ârgienne, un des plus anciens de Sparte. Dans un autre temple non moins ancien , la déesse est adorée sous le nom de Vénus-Junon ; sa slalue est en bois, comme loutes celles que créa la sculpture dans son enfance.

La troisième rue cpii sort de l'Agora traverse la partie orientale de la ville, et particulièrement la place TiuknnéUde. Elle passe devant le théâtre; mais ce théâtre est postérieur aux beaux siècles, non-seulement parce qu'il est constiuit en marbre blanc ^ et remarquable par sa richesse, mais |)arce que nous savons que les lois de Lycurgue proscrivaient les représentations dramatiques. Quant aux chœurs, ils se mêlaient aux fêtes sacrées devant le temple des dieux, et les gymnopédies avaient leur place et comme leur scène réservée sur l'Agora.

En face du théâtie, sont les tombeaux deLéonidas et de Pausanias , et une grande stèle où se lisent les noms des trois cents Spartiates morts aux Theimopyles. Les enfants venaient si souvent les épeler qu'ils les savaient tous [)ar cœui- ^.

Sur la [)lace Théomélide on voit réunis les tombeaux de la famille royale des Agiades ^. D'époque

' To ôéaxpov X160U Xeuxou ôeaç âçiov. [Lacon., XIV.)

^ Plut., y ic de Lyciirg.

^ De inèmp, à Vciouc, on \<iit iciitii^ sur une place les tom-

62 L'ART A SIVMiTli.

el d'arcliilecliire clilTéreiile, ils |>ipsenlenl wn ensemble majestueux et plein de variété. Ainsi les morts sont mêlés partout aux vivants, et tant de monuments funèbies contribuent à augmenter le caractère austère de la ville dorienne. La même place est décorée d'une de ces leschés où les vieillards de l'ancienne Sparte se réunissaient pour charmer les lieures par ces sages et aimablts causeries dont paile Plutarque '. Il faut donc se Hgurc!' la lesclié des Crotanes avec de vastes salNs, des portiques, une promenade, la vue du l'aygèle: c'est un lieu de plaisance destiné à la vieillesse.

Dans les enviions, on compte quatre tenq)les : les temples d'Esculape, de INeptune, de Diane Eginèle ^ et de Diane Issoria. Plus loin, il y en a deux autres, consacrés à Tbétis et à Céiès.

Nous sommes ainsi amenés , en négligeant quelques njonuments moins inqjortanls, aux vastes terrains réseivés aux exercices de la jeunesse. C'est là qu'étaient le stade, les gymnases.

beaux des seigneurs de Vérone. Les Campi-Santi en Italie, loin d'offrir la tristesse de nos cimetières du Nord, sont quel(|ucfois lapins belle décoration d'une ville; ainsi à Naples, à Pise.

' Elç Tauxaç xoti; Xéayaç (Tuviovreç lirieDiw; Id'/^oXa^ov (jiet' «aXt]- Xwv... To TîXsîaxov -/jv TÎjç TOiauxT); otaxpioYÎç epyov eTraiveïv xi xwv xotXwv r\ xôiv aW^^Coy <lié'{îiw, u.£xà Ttaioiôtt; xaî ysXojxoç.

{FiedeLjc.,\X\.]

' On sait (pie S|)arte accueillit les tLginètes ctiasscs de leur île par les Atlicnicns.

DKSCKIPTION IJI-: LA VILLE. (',:{

Hors du slîule, près d'une statue très-ancienne (rHercnle, on montre la maison de Ménélas : elle appartient maintenant à nn particulier. Kn s'éloi- ^nanl encore ^ on aperçoit les temples des Dioscures et des Grâces , d'Apollon Carnien et de Diane. A droite, au contiaire, en sortant du stade, c'est le temple d'Esculape, avec une antique statue en bois d'agnus castus. On passe ensuite devant un trophée érigé par Pollux, devant les statues des Dioscuies, devant le temple de Neptune Oomatite, et l'on arrive au Plataniste , ainsi nommé des beaux platanes (|ui l'ombia^ent, île factice (pii servait jadis de champ de bataille à la jeunesse Spartiate. Deux ponts y conduisent : l'un porte la statue d'Hercule, l'autre celle de Lycuigue.

Aupiès du Platanisie est un portique, et derrière ce portique on lemarque plusieurs monuments héroïques. Deux d'entre eux donnent leur nom à la place Sébrium et à la fontaine Dorcéa qui décore cette place. A droite est le tombeau du poëte Aicman, puis le temjjle d'Hélène et celui d'Hercule, cpii touche aux murs de la ville.

Il faut donc revenir encore sur nos pas et lepasser par le stade. Deux chemins nouveaux se présentent, le premier vers l'oiient ', (pii meneau

' IIpoEÀÔùUffi o£ àiro TOI/ ApdijLOu.

' lovTi 0£ £x Tou ApofjLOU TTpô; ocviT/ovTa rPaov.

temple consacré par Hercule à Minerue Axiopœné; le second qui conduit à un autre temple de Minerve, et de là au temple d'Hipposlliène ^ Vis-àvis, une vieille statue représente Mars avec des fers aux pieds. Par cette violence, Sparte croyait enchaîner le génie de la guerre, et la victoire avec lui.

En rentrant dans le quaitier du Tliéàlre, on aperçoit une nouvelle lesclié. Je ne sais pourquoi on l'appelait Pœcile. Était-elle décorée de peintures comme le Pœcile d'Athènes, ou bien construite avec des marbies de couleur variée? Dans les deux cas, il y a lieu de la croire postérieure au siècle de Périclès. Car les lois de Lycurgue proscrivaient la peinture, et le mélange des marbres est tin goût romain.

En se rapprochant du Théâtre, on aperçoit un temple d'Esculape , le plus somptueux * de tous ceux que les Lacédémoniens ont consacrés à ce dieu. A quelques pas de là, sui- une petite éminence, 'est un vieux temple d'une construction curieuse. Car il a deux étages, exemple unique

' Hipposthène vivait vers la 87*' olympiade. 11 remporta plusieurs fois le prix de la lutte à Olympie. L'oracle ordonna qu'on lui rendît les mêmes honneurs qu'à Neptune.

(Paus., Z/7ro«.,^XV.)

2 Tôiv Se 'A(TxXY)Tne(tov xo ETricpavc'oTaTOv TrsTrotrjxat ucpiai Tcpoç Toîç fJocov>iToiç. (Ibid.)

UKSCHII'TION UK I.A VILl.K. OÔ

dans rarcinlecluie grecque ', Au piemier, <>sl iiiic slatue en bois de Vénus (irméc ; ;ui second . une slahie eu cèdre de \énus Morplio. ('elle dernière esl assise, la (èle voilée el les pieds encliainés, synïbole des vertus domestiques et de la fidélité conj'i^ale.

l.e leu)j)le (rHilaïreet de Phœbé se trouve dans le voisinage. Il lenfertue encore deux statues de stvie arcliaïque. C^ependanl le visage de l'une d'elles a été refait d'après les règles d'un art plus moderne.

De là jusqu'aux poites de la ville, on trouve seulement quekpjes monuments liéroïques ^.

Dans le quartiei' tlu Maniis, on doil sii^naler d'abord le temple élevé à Lycurgue par ses concitoyens. On lui rendait les mêmes boinieurs (pi'à un dieu, et le sévèie Aristofe ^ ne tif)uvail pas que ces témoignages de reconnaissance eussent rien d'exagéré. De ce côté sont les lond^eaux de Théopompe. d'Euiybiade, le xairupieui' de Salamine.

On nomme proprement Mdrais une place a^wsacrée à Diane Orlliia. (Tist de\aiil l.i slatue de

' ^latôv ûî , wv o'.Oï, '/.ov(j) TO'jtto /.a; Grrîptôov ôtXXo £7r(o/ooou."/;Tai Mo^'^oti; tepdv.

' C.ciix (le Chilon, un des srpr sat,'c> , d'Athrnseiis, Hi> |)nri«'iis.

' Al istt»tc . cité pnr Pliitarr|iir, T'ir rlr T.y\ \\\f.

66 i;aut a spautk.

la (le'esse, apportée de Taiiiitle par Tphigénie, (pie l'on fonellait les enfaiils jnscpraii sani;.

L'acropole de Sparte est peu élevée; elle n'a ni la force des acropoles d'Argos et de Corinllie, ni la richesse de l'acropole d'Alliènes. Cependant, les Spartiates n'ont [)as néii;ligé d'end^ellir un lien qne les villes grecques soignaient leligieusemenl , comme leur berceau, leur refuge et le sanctuaire de leur divinité piolectrice.

Parmi les différents édifices rpii décorent l'acropole, le plus remar(|uable est le temple de Minerve Chalciœcos. Il est en bronze, ainsi (jue la statue de la déesse ', et a été construit à la fui du vi^' siècle par le Lacédémonien Gitùulas ^ qui était à la fois j)oëte, sculpteur et architecte. L'artiste ne s'est j)as contenté d'imaginer un monumenl si extraordinaire ^; il a représenté de tous côtés sur le bronze une série de grands sujets. En outre, dans lacropole de Sparte, comme dans celle d'Athènes, un temple est consacré à Minerve Ergané, déesse des aris.

Deux porti(pies loui nés, l'un vers le midi, l'autre vers le coiichaiil. c'est-à-dire regardant tous deux

[Lac, XVII.) ' On ne peut citer danalogiu' en Grèce (jiie le troisième lemple de Delphes, l'.ncoïc l'attribnait-on à V^ilcain,etil avait été rlétriiit dès les temps fahnienx. (Pans., P^oc/r/., V.l

DKSCUIPTION 1)K l.A VILIE. (JT

la plaine de Laconie el la longue chaîne dn Tavgète, ne sont pas un des moindres orneinenis de la ville liante. Ils sont anciens, car ils existaient déjà an temps de Lysandre, cpii v a consacré deux victoires portées par deux aiii;les ; ce sont les vieloires d'Kplièse et d'iEgos-Polatnos.

Entre le porticpie du midi et Minerve (^halciœcos, s'élève le temple de Jupiter Cosmétas, et devant le temple, le tombeau deTyndarée. A gauche de Minerve Chalciœcos, on trouve le temple des Muses et celui de Vénus (iuerrièie, (pii renferme des statues en bois aussi anciennes (|ue fout ce qu'on peut voir en Gièce '. A droite aussi est un Jupiter en bronze, la plus ancienne statue ((u'on connaisse de ce métal ^. Elle est composée de morceaux travaillés séparément et ajustés avec des clous. C'est l'œuvre de Cléarque de Rhégium.

Plus loin, s'élève l'édifice qu'on appelle le P(ivilloïi : sa forme, mais non ses proj)oi"tions, rappelle la Scias. Du même côté, est le temple de Minerve Oj)hthalmilide ou plutôt Opiilélide, comme disaient les Doriens de Spaile ^. Lycurgiic le bâtit en souvenir de l'émeute où il perdit un œil.

' Ta ÔÈ ;oava otpyala, siTrîp xi aXXo £v "IDvÀrifft.

' IlaXotiOTatov Travctov, ÔTroaa eœtI /«Àxoô.

^ Tovç Y«p oï/ôaÀjjioùî àizTU.OMç oî tî^oe Aofii£Î<; xaÀoîiaiv.

(Plut., / u'(/r Lvc, XI.)

Je citerai, en finissant, quelques temples que Pausanias a passés sous silence, et dont par consécpient on ignoie la position : les temples de Jupiter Hellénieii et de Minerve Ifellénienne ', le temple des Furies^, celui de Pasiphaé^, les temples de la Crainte, de la Mort, du Rire^^. Ce dernier, Lycurgue l'avait consacré lui-même, comme pour déclarer que ses lois ne chassaient point de Sparte tout ce qui rend la y'ie plus douce et plus aimable.

' Plut., Fie de Ljc, VI.

' Hérod., IV, x/ig.

^ Plut., Fie de Cléoni.,\lï.

< P\nt.,ibid. IX et Fie de Lyc, XXV.

ARCHITECrL'Rfc:. tiU

CHAPlTRh: V.

\m:Hn KCTURK.

Le tal)leau de Sparte (jue je viens d'esquisse!" réfute naluiellemenl la critique injuste d'un Athénien, et surtout les conclusions qu'en pourraient tirer les préjugés ordinaires contie les Spartiates. Pausanias, après avoir déclaré qu'il ne signalera (pie les uioriunienls les plus dignes d'attention, nomme encore, dans une rapide énumération, cm- (iminle-qualrc leniples, dont six ou sept à peine sont d'une épocpie récente ; vingt-deux édifices publics, leschés, portiques, lieux d'assemblée, palais, gymnases, parmi lesquels je ne vois de modernes qu'un gymnase, le théâtre et le Pœcile ; trente- trois monuments hérokpies, la [)luparl anlérieurs à Lycurgue, et des londjeaux élevés de tous côtés aux lois et aux grands hommes du pays ;

70 L'AKT A SPARTIi.

enlin de nombreuses statues qui tlécoraieiU les rues, les ])laces publiques, et, par conse'qiient , rentraient dans les dispositions de rarclnleclure et en secondaient les effets.

D'un autie côté, comme Pausanias ne fait que nommer, sans les décrire, la plupart des monuments, l'imagination a toute liberté de s'en exagéler rinipoilance et la perfeclion. Les mois seuls d'édifice public, de porticpie, de tenq^le^ lui présentent des idées grandioses que la réalité eût rarement jusli fiées.

Évidennuent, Fattenlion dePausanias est attirée aussi bien pai- l'anlicpjité d'un monument, par une tratlition curieuse, par une singtilarité de constiuclion , (pie par une beauté d'art. Les temples des divinités secondaires pouvaient être fort petits, les bâtiments d'utilité publique fort sinq)les, les statues aicbakpies fort barbares.

Aussi n'ai-je point la prétention de prouver que Sj)arte était lemplie de chefs-d'œuvre, et que l'art V avait pris un essor remartpiable. 11 suffit d'établir (pie la ville de Lycuigue n'était pas seulement un amas de maisons grossièies; que l'aicliiteclure, loin d'en être bannie, y était honorée autant (pie dans la plupart des villes grecques. Inteiciite aux particuliers, qui ne. lui demandent (pie de j)etites jouissances, elle ne s'en était (pie mieux développée au seivice de l'Ktal , (pii seul

AKCHITECTLKE. 71

lui commande de grands If.ivaux. Elle avait ciéé, dans la mesine des besoins publics el sous l'influence de mcems sévères, des œuvres tjuel(|uefois belles, loujours sérieuses, el qui, ])iM- leur nalute même, appellent les pioportions , le style, en un mot tout ce qui constitue l'art.

Un portique, par exenqjle, un temple, si simples qu'on se les tii^ure, ont nécessaiiement ces colonnes, ces entablements (|ui exigent les principes de la science et le talent d'un arcbitecte. Qu'on enq)loie la pierre au lieu du marbre, (|u'on n'orne [)oint les frises tie sculptines, fpi'on ne convie point les j^aiois de peintures, les lois essentielles de la consliuction restent les mêmes : la nudité n'en doit êtie (pie plus belle. L'ordre doricpie, le moins ricbe des liois ordres giecs, en est le j)lus sa\ant. Sa sévéïité caclie des raffinements profonds el une harmonie dont le génie grec a emporté le secret. Elail-il seul adopté dans une ville doiienne par excellence? C'est une conjeclurc assez, vraisemblable : mais cette piéférence exclusive disjXMi^ciait l'ait de \;iiiélé et non (h; perfection. On |)ourrail même soutenir cpie Tétude avait été poussée à Sparte iuscpi'au progrès, puis(pie nous voyons ses aicliilectes .s'élever à des créations oi iginales.

Le |>oili(pie ties l'eises, admiré par Pausanias, el (pi il décrit ass<v. pour que ikuis puissions lad-

mirer nous-méiiies, avail fail éj)()(|iie dans l'anticjuilé. Viliuve ne dit-il pas (|iie beaiicdiip d'artistes le prirent poui" modèle, et (pi'il devint comme un type classique ^? Le temple de Minerve Clialciœcos offrait aussi une double nouveauté : sa construction même, dont nous ne j)ouvons nous former aucune idée, n>.ais (pii devait être conçue tout différemment du système ordinaire, pour se prêter à l'emploi du l)ronze; le rôle im|)oilant (pi'y jouait la sculpture, admise, non-seulement à décorer l'éditice, mais à y tenir la place principale.

Ces deux mtjnuments domièient peut-èlre les premières solutions du problème que j'ai déjà signalé : l'union de la sculpture et de l'arcliitecture; car l'bistoire cile peu d'exemples de cette alliance dont l'Ereclitliéion d'Atbènes nous présente encore aujourd'bui lidéal.

Que dire du temple de Vénus armée et de ses deux étages, disposition c[ue Fausanias déclare n'avoir trouvée nulle part '^, lui (pii avait parcouru

' Itaqiie f-'.r ro w«/// statuas persicas siistiiientes epistylia et oinaiiieiita eoiuin collocaveriint, (Vitr., I, ch. i.)

' Fur. dans la topogra[)liie d'Athènes par le colonel l.eake, rcnniiiération des pays cpae connaissait Pausanias.il avait visité l'Arabie, l'ÉgypIc, la Syrie, une paitie de l'Asie, laCirèce, la Macédoine, laTlirace, la Sicile, Vhnl'w. [Top. nf.,/i/irn., j.*^ edit , p. jf) et 3o.)

ARClllTKCri HIl. T:{

le monde. ' EUiil-ce la naïvetc d'iiii ai! pi iinilif? étail-ce l'audace d'une science consommée?

Nous avons remar(|ué encore la Scias, vaste salle des Assemblées, (|ui alfectait la forme d'une lente. Ce genre de construction suppose une couverture en métal, autre innovation; et lorstpi'on sait (jue rarcliitecle était Ihéodoie de Samos', le piemier (pu eût découvert le moyen de fondre le fei-, ce soupçon tend à se changer en ceititude. J.e PdK'illon (pii s'élevait au sonnnet de l'acropole, si toutefois son nom n'est pas un indice trompeur, n'était-il pas lui-même une imitation de la Scias? Les esprits pour lesquels le paradoxe a du charme [)ourraient s'apjiuyer sin' ces faits répétés, et préleiuire (pie l'architecture avait jeté à Sparte autant <i'éclat (pi'on lui prête communément d'obscurité, 11 est plus sage d'y voir simplement la preuve (pi'elle ne fut ni sans mouvement ni sans fécondité; car, loin de rester étrangère au progrès général de l'art grec, elle l'a devancé quehpiefois.

Lorscpie l'art a créé dans une ville quelques œuvres remarcpiables ou originales, on est fondé, ce me semble, à ne pas les croire isolées et à les

Il faut noter ([ue c'est à propos de la Scias que Paiisanias fait cctle remarque.

o; TTpcoToi; oio(/£at ffîor.pov eÔsi. (Paus., Luc, MF.)

7i L'ART A SPARTlv

enlouiei' tl'aiilies iiionunieiils d'un moindre mérite, mais c|ui soiienl également de mains savantes; cai' il n'y a point de sommet sans hase.

Ainsi, quand Pausanias, le jdIus indilTéient des hommes, éprouve à la vue de l'Agora un senlimenl voisin de l'admiration, je n'hésite point à me figuier une magnificpie place, dont le porti(|ue des Perses n'est pas la seule richesse, mais où les autres édifices, disposés sur un plan grandiose, concourent par- des heaulés différentes à l'effet général. Lors(|u'il dit que, parmi les temples dtscirlape, celui cpii touche aux Boonèles est le plus lemarquahle, on se le représente involontairement semhlahle aux heaux temples de la Grèce et de la Sicile.

Si on lit (|ue des porlicpies s'élevaient au sommet de l'acropole, tournés vers le midi et le couchant, c'est-à-dire vers la plaine fertile de Sparte et le majestueux Taygète, on croit qu'une si admilahle situation avait été choisie par un artiste, et que l'exécution d'édifices destinés au délassement public répondait à ce choix.

D'autres portiques forment les quatre côtés d'une place. Peut-on admettre, avec un plan si monumental, des constructions grossières et des colonnes sans nom? Peut-on ne pas accorderaussi quelque élégance à ces leschés où venaient se reposer- les vieillards et les magistrats, à celle

AHCIIITECILKK. 7:.

du moins (pii legardail les frais ombiages et les jeux du Platanisle? I,a place Tliooniélide, couvei'le j)ai' les tombeaux de toute une dynastie de rois, n'aura-t-elle pas un aspect grave et poétique? Oii bien ces monuments seiont-ils accumulés sans oidre, leurs pioportions seront-elles mesquines et leur foinie siuq)le jusqu'à la rusticité ?

Les temples enfin , dont Pausanias cite un si i^iand nombre, j'avoue (pi'il m'est impossible de les croiie tous humbles el insignifiants. Qu'il v en eût d'anti(pies jusqu'à la barbarie, cpi'il y en eùl d'exigus, que (|uelcpies-uns fussent en bois, cela n'a rien cpie de naturel, ^lais comment nous persuader tpie les grandes divinités n'avaient pas des demeures dignes délies? .Iu{)iter', Apollon, Minerve, auraient donc été plus mal traités (pi'f'^sculape, et l'arcbilecture, si habile j)Our- immortaliser- une victoire el satisfaire un besoin public, er'it été impuissante au service des dieux! Mettons doue hardiment cà el là de vrais temples : ceux-ci avec des j)éristy!es et des façades majestueuses; ceux-là plus petits, mais se distir)guant par- la variété des plans et l'élégance des proportiorrs. Qrrehpres-uns sont des premiers temj)s de l'art tloritpie : leurs chapiteaux plus renflés, leurs colonrres plus coin les, leurs entablements j)lus loirr'ds, leiu dorment un «aiaclère de puissance un

76 L'AHT A SPARTE.

peu massive, mais innmial)le. D'aulres seront

d'une épotjne plus «écente, et présenteront luie

perfection (|ui substitue la grandeur à la foice.

une harmonie (|ui ne nuit en rien h la sévérité du

stvle.

Mais, dira-l-on peut-être, si l'arcliiteclure a été véritablement bonorée à Sjiarte, pourquoi l'bistoiie n'a-t-elle pas conservé les noms d'un plus grand nombre d'arcbitectes ? — L'bistoiie entre peu dans ces détails, et il fallait toute la splendeur des monuments de Périclès pour (jue Plutarque songeât à nommer les artistes qu'il employait. D'ordinaire, c'était le soin des archéologues. Or l'ouvrage que Polémon avait consacré à Sparte est perdu. Pline ne s'occupe, dans sa rapide énuméralion, que des sculpteurs et des peintres; car l'antiquité n'avait point autant d'estime pour l'architecture ([ue pour les autres arts. Pausanias lui-même, si exact à rechercher les auteurs de toutes les statues qu'il rencontie, s'in- (juiète rarement du nom des architectes. A Sparte, par exemple, il cite Théodore et Gitiadas% sans

' On connaît, par une inscription trouvée à Sparte, le nom d'un troisième architecte lacédémonien, Cléon^ (ils de Périclidas, mais d'une époque postérieure.

(HaoulKocliette, Lettre à M.Schorn, p. 256.]

Je ne parle pas de Batracluis et de Saura, qui vivaient à Rome du temps d'Auguste. (Plin., WXVI, Ti.)

ARCUITKCTIRE. 77

(Joule parce t[u'ils élaienl en même lemps sciilpteiiis; mais il ne dit |>oint pai qui avait été construit le portique des Perses, cette création si originale et si admirée. C'est une injustice naluielle à tous les tenips ' : un monument nous fait plutôt songer à la magnificence et au goût d'un peuple qu'à l'artiste (|ui l'a élevé.

Enfin, un rapprochement anticipé me paraît de nature à lever bien des doutes, INous verrons, dans le chapitre suivant, que la sculpture a été cultivée à Sparte avec assez de succès pour pioduiie, nonseulement des œuvres distinguées, mais une école qui a tenu son rang parmi les cincj ou six écoles de la Grèce. Comment donc n'eùt-on pas encouragé l'architecture, cet art de nécessité publique, qui embellissait la ville sans corrompre les mœurs des citoyens?

Le seul danger, c'était qu'elle favorisât le luxe et servît ses caprices. Mais cette crainte devenait chimérique avec une constitution dont la base était la pauvreté des particuliers. L'État, seul riche, était le seul arbitre du développement qu'il convenait de donner à l'architecture et du caractère qu'elle devait conserver. Ses ressources intérieures, accrues par le produit de guéries conti-

' Seule, peut-cUe, l'Italie moderne a conservé religieiisenicnt les noms et l'iiisloiie ilf tous ses areliitertes.

Ts i;ari a sPAuri!.

miellés, lui ()enTieltaieiU même la magnificence. Les licliesses coi)(|uises ne pouvaient avoir d'autre emploi, (-'est ainsi (|ue le porlique des Perses fut payé par le hutin de Platées.

scuiJTrhi:. 7»

CIIAPII IIK \ I

sciii.PïunK.

T>a henulé du corps étaii si imiversellemenl admiiée par les Grecs, de Ions les peuples le plus amoureux de la beauté, qu'on ne send)Iail en avoir revêtu les dieux (jue j)our avoir le droit de l'adorer. Un peuple voué à la guerre était entraîné par son génie même à s'éprendre avec plus de passion encore des qualités qui hiillent dans les combats comme dans les gymnases, et les Doriens avait fail d'Apollon, leur type national, le plus beau des dieux.

Lyciu'gue, loin de condamner ce culte de la forme, avait voulu le développer, et jusqu'à l'excès. L'enfant n'était pas ne, qu'il éveillait déjà la sollicitude des lois. Elles prétendaient diriger par de seciètes influences l'action <le la nature. La chambre de la jeune mère était ornée des sta-

80 L'ART A SPARTIv

tues d'Hyacinllie, de Narcisse, de Castor, de Pol- Iux',afin t|ue ces images idéales, réflécliies inlérieurement par les sens , maïquassent à leiiieinpieinle le fruit de ses entrailles. Tant de prévoyance était elle déçue? Une difformité était l'arrêt de mort tiu nouveau-né.

Ainsi la sculpture se trouvait en quelque soite appelée à former elle-même les modèles qu'elle devait plus tard étudier avec tant de loisir. Car, s'il est vrai que les mœurs grecques aient contribué à donner à Tait sa science infaillible du nu , où cette influence a-t-elle élé plus continue qu'à Sparte? où le talent s'est-il j)lus constamment nourri de sensations? où a-t-il rencontré une plus belle jeunesse, c[ui sans cesse vivait nue sous son regard , lui présentant tour à tour le mouvement ou le calme, la foice ou la grâce, tous les développements si variés de la nature butnaine? A-t-il même tiouvé ailleurs ces troupes de vierges qui s'exposaient sans voiles, mêlant aux danses les luttes du gymnase, et rebaussant les formes délicates delà fenime par la vigueur et la fermeté d'un autie sexe, beauté dont Diane était le type, comme Apollon était le type de la beauté viiile?

La sculpture a jeté à Sparte assez d'éclat pour qu'il soit inutile de prêter aux faits l'appui des

' App., ric Fcnnt., I, \.Vj-.

théories et des raisonnements. II suffiia loul à riienie de les recueillir, il y a plutôt lieu de se préoccuper du fait général que nous pouisuivons à travers les différentes njanifestations du génie Spartiate, et de se demander quelle a dû être laclion de l'État sur la sculpture, à quelle surveillance les lois l'avaient soumise , à quelles entraves.

L'art était encore trop près de sa naissance au temps de Lycurgue, poirr- que la prévoyance du législateur- prit s'étendre sur- la carrière qu'il allait parcourir, et deviner- s'il présenterait quelque danger-, le jour oi^i il coulerait le bronze en rrrilie for-mes excjuiseset donnerait au mar-bre toutes les séductions de la nature vivarite.

Cependant n'est-on pas tenté d'attribuer à l'inspiration de Lycurgue ces antiques statues de Vénus dont parle Pausanias'? L'une s'appelait Vénus armée , l'autre Vénus la belle, et cette der-nière avait la tète enveloppée et les pieds enchaînés; allégories naïves qui semblaient transmettre aux âges suivants la jjensée du législateur- : les artistes devaient se proposer pour idéal la beauté mâle et sérieirse, nrais coriq)iimer- et ensevelirdans l'orrbli toutes les images de la mollesse et tous les lèves voliq)tueux.

' Lcicort.y \\ .

En effet, parmi les œuvres (|ue Spaite vit naître ou que ses sculpteurs exécutèrent au dehors, on en cherche en vain une seule qui s'écarte de cette moiale rigoureuse; et c'est là ce qui chez elle constitue, pour la sculpture, un caractère propre que j'appellerai dorien, et qui correspond à la sévérité de l'ordre dorique dans l'archilecture.

Mais, si celte contrainte était salutaire pour maintenir la pureté des traditions et du style, il n'en était pas de même des entraves que les institutions politiques mettaient à la fécondité de l'art.

On sait combien l'Etat était jaloux de conserver parmi les citoyens l'égalité, la simplicité et toutes les vertus d'abnégation qui formaient la base la plus sure de son despotisme. Or les distinctions ne contribuent pas moins que le luxe à élever certains liommes , d'abord au-dessus des autres, et bientôt au-dessus des lois. La beauté, la bravoure, le dévouement même n'obtenaient que ces applaudissements flatteurs, ces éloges si doux à l'oreille, dont le murmure expire déjà le lendemain du triomphe. Au contraire, les monuments durables qui servent moins à enflammei- le zèle (pi 'à nourrir l'orgueil, les inscriptions, les statues, les tableaux, étaient refusés aux plus glorieux services. Il fallut riuimense éclat des rhermopyles pour (pie les noms des Trois cents

SGCLPTLRK. 83

fussent écrits sur une simple slèle '. Les moi Is eux-mêmes n'échappaient poini à une loi inexorable. I.'art ne pouvait reliacei- ni leurs exploits ni leurs traits; un nom seulemeni, et quelquefois un lion', emblème banal du courage, ornaient le tombeau des plus braves guerriers. Par je ne sais quelle ironie de la fortune, Pausanias seul, un traître, eut deux statues : mais c'était une expiation commandée par l'oracle.

Ce mépris des prétentions peisonnelles avait jeté dans les mœurs de si profondes racines , qu'il survécut à leur relâchement et à la luine de la constitution de Lycurgue. Lysandre, qui se laissait élever des autels dans les villes alliées , n'osa montrer à Sparte que l'image de ses victoires : ce fut à Delphes^ qu'il consacra sa propre statue. Agésilas respecta l'opinion de ses concitoyens, même en pays étranger 4, et son fils Archidamus fut le premier roi aufjuel les Lacédémoniens élevèrent une statue à Olympie^ Encore

' Pans., Lncnn., XIV.

* \'X\M\., Fnr. Hist., VI, T».

^ P;ms., P/ioc.,IV.

4 Kai Toïï uÈv atôaaTo; eîxdvx dxri'j'^oOott aTîÉa/Exo, ttoXacov aorto ■zoZto oojpeîorôai OeÀovtiov. (Xeuopli., /// Àgcsil., XI.)

^ Ilpb cÈ Toù 'ApyioafjLOU to'jtou too [îaaiXÉoj!; , six-ova oùoEvô; £v Y£ T'^ uTTEcopia .Vo(K£0'jciy.ov(o'j<; avaOïVTcti; Euptaxov.

,Pai.s., l-:ii,l. Il , . . IV.)

8i L'ART A SPARTE.

élait-il mort chez un peuple barbare, et n'avail-il pli recevoir à S[)arteles bonneiirs de la sépulture.

Cependant la sculpluie puisa dans le génie et les mœurs Spartiates assez de vie et d'inspiration pour grandir au nnlieu des obstacles. La persistance des traditions racheta le petit nombre des artistes. Les lacunes, rpii s'expliquent si naturellement par la négligence de l'histoire, n'empêchent point de reconnaître dans l'art ce développement suivi qui constitue une Ecole.

L'État, du reste, s'efforçait de réparer par ses encouragements le dommage involontaire (pii résultait de sa politique. Il appelait la sculpluie à reproduire les images des dieux, à décorer les monuments publics, à faire revivre les héros et les sages des temps passés. 11 accueillait avec faveui' les artistes étrangeis qui hâtaient le progrès de l'art. Les ar'tiste5spartiates,à leur tour, voyaient les autres peuples recourir à leur talent, les Arcadiens % les Mégariens ^, les Éléens ^. C'était à Olympie surtout que leurs œuvres trouvaient place, pour immortaliser les victoires soit des villes, soit des athlètes ^*. Là, Sparte elle-même

' Paus.,£/hi., l,c. XXIII.

* Ibid, ll,c. XIX.

» lbid.,I,c. IX.

4 Pans , £lul., 1. I, c. XMI, XXIII, XXIV; 1. II, t. I, II, IX, X, XV, XVI, XIX.

déposait sa sévéïilé et accordait aux héros du stade et delà palestre des honneurs qu'elle savait être sans danger '.

Ces considéiations étaient nécessaires pour jeter (juelque luniièie sur l'histoire de la sculpture. C'est cette histoire que nous essayerons maintenant, non pas de reconstruiie (un trop giand nombre d'éléments sont perdus) , mais d'esquisser, en recueillant les faits cpji ne sont que dispersés.

L'enfance de l'art fut à Sparte, comme dans le reste de la Grèce, occupée à sculpter dans le bois les dieux que lui demandail la religion. Ces images, loin de rebuter plus tard par leur grossièreté la vénération publique, étaient, au conliaire, consacrées par- leur anlicpiilé même. Si les philosophes et les artistes riaient ^ de ces œuvres primitives dont Dédale était l'universel ciéateur, la multitude et les esprits crédules comme Pausa-

» Le Spartiate couronné à Olyinpie avait le droit de combattre au premier rang. On sait le mot de cet athlète aiujiiel on offrait une somme considérable pour ne pas combattre. " Qu'as-ln gai^né de si beau, ô Laconien ?» lui disait (lueUpi'ini après sa victoire. Il répondit en souriant : " Je niarcherai à » l'ennemi devant le roi ! ■

(Plut., ne (le LrcWlW.)

' "ii^TTEf y,-À xôv Aai'ostXo'v '^aatv ot olvopiavTOTtoioi vïïv... y.ocTotyéXaaTOv av Etvai. (Plat., /fi/'/K MaJ-, au coriinicuc.)

86 L'ART A SPARTi:.

nias leur trouvaient (|uel(jue cljosede divin ^. Leur barbarie même était un prestige.

Sparte avait conservé dans ses temples un certain nombre de ces statues^. Il s'en trouvait, dans le temple de Vénus guerrière, d'aussi anciennes qu'en aucun lieu de la Grèce^. On les babillait, selon la coutume, et les femmes lacédémoniennes lissaient chaque année la tunique^ d'Apollon Amycléen, de même (|ue les vierges athéniennes brodaient le péplus de Minerve Poliade. Ces mannequins étaient aussi revêtus d'armures, par exemple ceux de Vénus armée ^ et d'Hercule ^. Ici on leur couvrait la tête d'un ^'oile, là on leur mettait des fers aux pieds. L'art, si cela peut s'appeler de l'art, ne prétendait même pas imiter la natuie, il la présentait dans sa plus naïve réalité.

» AotioaXo; 8k ôuôaa sipyocdaTO , axoTroJTspot aév sa-ci tJiv o^j/iv, tTTiTrpéTCEi Se ojjt.w<; ti xat evÔeov toutoiç.

(Pans., Cnrintli.^ IV.]

' Les ço'ava de Minerve Céleuthie , de Junon , de Thétis , d'Hercule, d'I-lscidapc, de Mars , de Vénus armée et de Vénus Morphô, d'Hilaïre et de Phrebé, de Diane Taurique.

^ Ta oï Ço'ava àpyaîa , Etirep Tt aXXo ev "EXXy-jfft.

(Paas.,Zflr.,XVII.)

•* Le bàlimiMit où elles travaillaient en commun à cet ouvrage s'appelait Xito'jv, Tunique. (Ibid., XVI.)

^ Kai 'Acppootr/;; ^davov W7rXi(T[ji.Évv)?. (Ibid., XV.)

'' 'Kv ai»T(o ô£ àYaÀi-Ax 'ItpaxXî'ouç laùv ojTrXiaaÉvov. (Ibid.)

SCULPTUKE. 87

Toiil en conservant les traditions, les âges snivanls rougiient quelquefois de leurs idoles grossières et de ces mains, de ces pieds que les draperies ne j)Ouvaient toujours cacher. C'est alors (pi'on se mil à appliquer aux slalues un masque d'ivoiie, ou à leur ajuster des télés et des extrémités en marbre, de sorte qu'en respectant les simulacres eux-mêmes, on leur donnait une beauté nouvelle. Mais il semble que l'esprit conservateur de Sparte ait repoussé cette pieuse altéiatioii. Car Pausanias n'y vit aucune statue ainsi rajeunie. li raconte même qu'une des prêtresses d'Ililaiie et de Phœbé voulut un jour qu'on fit des visages neufs à ces deux déesses '. Une des statues était déjà restaurée selon les règles de l'art moderne, lorsqu'un songe força la jeune fille de renoncer à celte entreprise. Ce songe ne cachait-il pas un secret avertissement des magistials?

Sparte reçut du dehors l'impulsion qui fit soi tir la statuaire de celte longue enfance.

Bien que Samos eût été occupée parles ïloliens et les ioniens, il s'établit, à une certaine époque, entre celle île et Sparte, des lelations politiques dont l'hisloire ne nous apprend ni l'oiigine ni toute la suite. L'asile (pie trouvent dans la ville de Lycurgue les exilés de Samos, cl la guerre eiilie-

' I»;(us., Imc.^ XVI.

88 L'ART A SPARTK.

prise en ieui- faveur contre Polycrate ', en sonl la preuve. C'est à Sparte encore que se réfugie le tyran Méandre, cliassé par les Perses^. Peut-être une fraction de la grande émigration dorienne qui envahit différentes îles, particulièrement la Crète, I.emnos, Rhodes, s'était-elle fixée à Samos, où bientôt elle fut opprimée par des colonies plus puissantes.

Quoi qu'il en soit, le premier artiste que l'on trouve à Sparte est un Samien, Théodore^ sculpteur en même temps (ju'architecte, qui constiuisit la Scias. Fils de Rhœcus, frère de Téléclès, il appartient à une famille célèbre^ qui avait découvert le seciet de fondre le fer et le bronze, et l'art d'en faire des statues. On leur attiibuait aussi l'invention de la plastique^, -que revendiquaient Sicyone et Corinlhe.

Il faut cependant se défier des éciivains anciens lorsqu'ils pailent de temps si reculés. Pausanias,

' Hérod.,T, 70; III, 89, /j/i, 5/,.

" Plut., Apnphth. Lacon. KXsojx. Ava^av.

•* "OîirpwTOç oiaysai CTt'orjpov Eupe xa\ ayâXuLaTa cxTt'auTOÛ TrÀaaat.

(Pans., Lac, XII.J Ai£-/£ov oï yaXxov Trpwxo'. xat i'(<x/\t.^iy. syoivsuaavTO.

(1(1., JrcacL, XIY.) ^ Sunt (|iii in Sanio piiinos omnium j)laslicen inveuisse Uhœcum et 'riieodorum tradunt, multo ante Bacchiadas Corintlio Gxpulsos. (Piin., XXXV, [\'i.)

SCn.PTlRE. 89

par exemple, semble ()ièler aux œuvres de Théodore, ou du ruoitis à ses procédés, une science et une perfection complètes', et liienlôt il avoue (pi'il ne connaît aucune slalue de cetartisle^, et qu'il n'en a vu qu'une seule de Rliœcus, à Éplièse, d'un style archaicpie ^ et d'un travail grossier. Platon, en effet, compare Théodore à Dédale et à Épéus, le constructeur du cheval de Troie ^.

Pour fixer l'époque à laquelle vivait Théodore de Samos, nous préférerons donc l'opinion de Pline, fpii le place assez longtemps avant la chute des Bacchiades à Corinthe, c'est-à-dire avant la 29^ olympiade. I.e rapprochement des faits confirme ce témoignage, [.orsque Pausanias visita Sparte, il n'y restait aucune statue de Théodore, soit (pi'elles eussent disparu , soit qu'absorbé par ses travaux d'architecture il n'eût pu en faiie aucune pendant un court séjour^ à Sparte. Ma'\s, di! moins, il enseigna à quelques scul|)teuis les princi-

' 'Ko7iXi»)(ja Se £v toïç 7rpoT£poi?... (aÙToùç) yotXxôv sç xo àxpi- SsaTSTOv T-^;ai. [P/ioc, XXX VIII.)

" 0cooi.')pou ixsv 2?) oùûÈv éxt olSa Içeupwv, oaa ye yaXxoù ireitoiTijjLÉva. (Ibld.)

^ Kat lOEÏv EfTTiv àp/aioT£pov y.ai àpYotEpov tyjv x£/vr,v. (Ibid.)

i Ton, t. I,p. 35^.

"" On If retrouve, en effet, à Éj)lièse J)io{l., 1,78), à Lennu» (Plin., XXXVI, 13). I.a rareté des artistes à cette époque les faisait recliereliei par tontes les villes.

90 L ART A Sl'AHTi:.

pes el les procédés de son avl, et fonda à Sparle une école dont le renom s'étendit dans le Péloponèse el jns(prà l'opulente Cotintlie. Il est naturel de langer parmi ses élèves C/ia/tas et Syiulras , tous deux Spartiates \ (jui devinrent à leur tour- chefs d'école, et aux(|uels le Corinthien Euchir vint demander des leçons. Or Euchir, de retour dans sa patrie, assista précisément à la chute des Bacchiades; il fut même un des artistes cpii suivirent Démarate en Étrurie ^.

Si donc on fait fleurir Chaiias et Svadras sept ou huit olympiades avant l'exil de leur élève Euchir, si leur maître Théodore n'a dû les précéder eux-mêmes cpie de cpielqnes olvmpiades ^, l'épo- (jue indi(|uée par Pline n'a rien que de viaisemhlahle (cependant il ne faudrait pas donner trop de valeur au mot inulto). Théodore vivait à Sparte veis la fin du viii^ siècle, après la première guerre de Messénie.

' Tôv 01 Eu/£tQov ('^affivj sivat l\opîvÔiov, cpotTvjdai 0£ w;— uaSpav Tî xat XapTav ^TrapTiaxa;. (Paus., EUd., Il, c. IV.)

^ DerDataliini veroex eatlemuihe profu^uiriconiitatos lictores Eucliiia et Kiigrammiitn; ab iis Italia; traditam plasticeii.

(Plin., XXXV,43.)

^ I/opiiiion générale (V. Sillig., Calai. Art., p. 44o) place Théodore au début de l'ère des Olympiades. Mais on ne peut ici eompler rigoiireuseiiient ])ai' généi'atioiis; cai' Théodore n'a passé «pie (piel(|ues années à Spaile, et, àson départ, Chartas el Svadras se trouvèrent irnniédiatemenl chefs d'école.

SCLLPTL'Hi:. 91

Eiicliir, avant de cjuilter la Grèce et peut-élie Sparte, avait formé liii-nième Clcarque de Rhégiuni ', de sorte que l'art se transmit sans interruption. C'est, du n)oins,cequedil Pausaniasdans son deuxième livre sur Olympie, bien qu'il se démente ailleurs el fasse Cléarque élève, soit de l)ipœnus et de Scyllis, soit de Dédale. Cette liésitalion est déjà fort étrange. Si l'on considère, en outre, que Dédale est l'inventeur de la scul|)tuie en bois, Dipœnus et; Scyllis de la sculptuie en marbre, tandis que Cléaique faisait des statues en métal; si Ton réflécliil (jue Dédale appartient aux temps fabuleux de l'art, Di[)œnus et Scyllis, au contraire, aux temps bislori(jues; celui-là contenir poiain de Thésée, ceux-ci de Pisistrale, on croira plutôt ]\iusanias loiscpi'il fait Cléarque disciple d'Kucliir =*.

' KÀeapy(^o), 'P/iYt'vw fxàv /ai aùxco, u.aÔr,T^ Zï tC/ît'pou.

(Pan.., Elid., Il, c. IV.)

C'est mit' laiitc ilc copiste <|ni a transformé, dati-> un autre |)assai;e, Cléan|iie en Léarque.... Kai Asvp/ov os àvopa 'Pr,- •j-îvov.., [Lac, XVII.) Ce (jui rend li rieur plus évidente encoi'e, c'est la réunion des deux mots /.ai et ot et une construction contraire à tontes les hal)itudes de la lanyne grecque. Schnbart et Wal/. ont donc raison de lire : KÀsotpyov oï àvopa 'Ptiy'ivov to àyotXoLa 7roiY;G0(t Xî'Youdiv, Ov Anroîvou xat 2xuXÀioo<;, oî oÈ aùtoî» AaioâXou •J'X'jV) sTvai y.a6r,T>iv. (Kdit. de Leipzick.)

^ Ceux ()ui admettent le texte l'aulif de Pausauias el nu I.earipic de Ulici;iuin antérieur .i 'riieodnre de Sanio^, p.ir

Cléai{|ue de Rliégiiim élail le premier de celle école dont les T>acédémoniens pussent encore montrer une statue. C'était celle de Jupitei- Hypatus, en bronze, la plus anciennequ'on connût ', puis(ju'il ne restait lien de Théodore, ni de Cliarlas, ni de Syadras, ni d'Euchir. Elle n'était pas d'une seule pièce; mais les morceaux , travaillés séparément , avaient été ensuite ajustés avec des clous. Ce procédé était finnilier aux artistes samiens, et Diodore prétend même ^ que Théodore et son frère l'avaient emprunté à l'Egypte.

Cléarque de Rhégium florissait de la 3o^ à la 35*^ olympiade (65() à 656), puisque Euchir, dès la 29^, était perdu pour la Grèce.

Depuis cette époque, l'enchaînement des liadilions nous échappe pendant un siècle. Mais l'art ne cessa pas de grandir, comme l'attestent quelques noms et (pielques faits, (jui, de loin en loin, jettent leur lumière du milieu des ténèbres.

Oéjà, dans sa première période, la statuaire en bronze avait osé aboider le génie colossal. Un de ses essais fut l'Apollon d'Amycles, baut de trente

conséquent à l'ère des Olympiades, ne soni^ent pas (|ue Rhégium n'existait pas alors. Cette ville ne l'ut fondée que la troisième année de la 9^ olympiade , au commencement de la guerre de Messénie. (Strab., VI , |). 257.)

' IlaÀatOTaTov 7ravTi')v oTToaa eari yaXxoû. (Paus., Zrtr.,XVII.)

' Diod.Sic.,!, 98.

coudées ', semblable à une colonne^ à la(|iu Ile on auiail ajouté un visage, des pieds, des mains.

Pendant la seconde guerre de Messénie, les Spartiates consacrèrent, à Olympie^, un Jupiter haut de douze pieds, conception déjà moins

ejrossière.

Plus tard ^ deux frères Spartiates, A ris ton qX. Télestas^ furent chargés par les Clitoriens de fondre une statue de Jupiter plus grande encore : elle avait dix-huit pieds; le piédestal était également en bronze. L'époque à laquelle vivaient ces artistes ne saurait être fixée. Mais l'inscription élégiaque ''' gravée sur le piédestal rappelait les nombreuses victoires de CHlor. La puissance de cette ville date de l'asservissement des Messéniens, voisins jusque-là redoutables; elle s'arrête aux guerres médiques, car dès lors toute la partie

' L'Apollon Pythien était exactement semblable : KaT« \k

aùxà Tto £v 'AixûxXaiç Tr£7coir,u.£vov. (Paus., Lac.^ X.)

* To XotTtov y(^aXxw xtovi sitiv etxaGaÉvov. (Ibid., XIX.) ^ Au-dessous de la statue, on lisait le distique suivant :

As'^o, àva; Kpovioa , Zsu oXOfXTrie , xaXov aYaXua IXaw 6uuô) ToT; AotxcSaifji.ov'oti;.

(Pans., Elid.^ 1, c. XXIV.)

''i KXeiTopiot tÔo' dtyaXfxa 6e(o SExâtriv àveOyjxav rioXXwv ex TToXi'ojv /,ep<ït piaffGatxevoi. Kai (JiéTpa (?) 7roi£ÎTï]v 'Apt'ffTwv ^t 'reXedTà; ' AÙTOxaffi'YvriTOi xoti Aotxsôatjjiôvioi.

î)i L'ART A SPAUTE.

inéiidiop.ale de l'Aicadie est coinine réduile sous la doininalion de Spai le. C'est donc dans l'inleivalle (|iii sépaie Cléarqiie de Giliadas (|ue l'on pourrait placer Téleslas et Arislon.

Pai' analogie, n'est-on pas tenté d'attribuer à la même époque la statue colossale du peuple Spartiate, qui décorait , comme nous l'avons vu plus haut, la place publique? C'est le propre d'un art qui sent sa force, sans en être bien maître, de substituer la grandeur matérielle à la perfection.

Dans le même temps, sans qu'il soit possible de les désigner toutes, durent être consacrées un certain nombre de statues, tant de divinités que d'athlètes, les unes à Sparte, les autres à Olympie. Parmi ces dernières, je citeiai celle d'Kutélidas', enfant Spartiate qui fut vainqueur dans la 38^ olympiade, et la statue d'un jeune Éléen nommé Phyllès, œuvie du Spaiiiate Crntinus "^ . On ne peut, du reste, que conjecluier la date de celte dernière; mais ce fut suitout pendant les olympiades qui suivirent l'institution des luttes pour les enfants^ qu'on se plut à leur élever des statues. L'époque à laquelle vivait Oatinus n'en demeure pas moins indécise.

' Pausaii., ElicL, II, ,c. \V.

' Ibid., IX.

^ Elles furent instituées d.ins la Sy* olympiade.

(Pans., £■//./., I,c-. VIII.)

SCrLPTl'KE. 95

Une preuve évidente que le progrès de la sculpture' ne mérilail poini l'oubli de riiisloiie, c'est l'éclat soudain qui le révèle au moment où la sculpture appioche de sa maturité. L'ait, non plus que la liltéraluie, ne produit point les talents remarquables sans préparation ni sans passé. Gitiadas ne se rattaclie pas seulement aux vieux maîtres de l'école de Sparte, il résume toute la science du siècle qui l'a précédé.

Un texte altéré de Pausanias a donné lieu à de grandes incertitudes sur le temps où vivait Gitiadas. Mais la critique^ a si bien démontré l'erreur du copiste cpie personne n'bésite plus à le placer entre la 60^ et la ^'6^ olympiade , et à le faire contemporain de Galion d'Egine. Tout en me rangeant à celle opinion, j'indiquerai un déiail du

' C'est vers cette époque qu'il faudrait placer le fragment de vase sculpté trouvé à Sparte par M. Philippe Le Bas [Voyage arch. en Asie Mineure et en Grèce; planciie lof/j. Le sujet l'eprésenle un roiubat. Deux guerriers sont aux prises; un cadavre est étendu à leurs pieds; deux autres guerriers paraissent derrière eux; mais là s'interrouipt le fragment Le stvie de ce bas-relief est arcliaïque, rude, grossier. Mais on v remartpie déjà une certaine science de composition et (pielquç sentiment de la vérité.

» Ottf Millier, Thiersch , Schoiu. rny. Sillig. p. 217 et i3o, et pour la passage de Pausanias, Lac. XVIII § ?> de l'edit. de Leipzick.

<)G L'ART A Sl'ARTE.

récil (le Paiisaiiias, ([iii feiait supposer (iitiadas un peu aiUérieur à Gallon.

Trois îrépieds avaient été consacrés à Amycles par l'athlète /Enétus, à l'occasion de trois victoires différentes. Pour les deux pieniiers, il s'était adressé à Gitiadas; pour le troisième, il eut recours à Gallon d'Égine, soit que cet artiste fût venu à Sparte compléter les leçons d'Angélion et de Tecteeus, ses premiers maîtres, parcelles de Gitiadas, soit que le trépied lui eût été commandé à Égine même. Comme les victoires d'un athlète sont d'ordinaire séparées par des intervalles de plusieurs années, je placerais Gitiadas entre la 5^^ et la 61^ olympiade, avant Galloti l'Eginète.

Nous connaissons déjà dans Gitiadas le poëte et l'architecte, le chantre doiien ^ qui célèbre Minerve, et le fondeur audacieux qui lui construit un temple en bronze. 11 nous reste à étudier le sculpteur.

Les ouvrages les moins importants sont les trépieds dont il vient d'être question. Gependant ils étaient ornés de sculptures ^, et entre leurs pieds étaient placées deux statues^, l'une de Vénus,

' 'Avy;p sTCiytopio,!;. (Paiis., Lac , XVIF.) ^ riTiâoa xa't auTot [tûÎttooei;] "^iy-or^ xat xà iTrstpyotffuEva.

(Paus., Lac, XVIII.)

VttÔ [jlÈv §■/] Tw TTponw ipiTToSi /XcppoOiV/]; i-fixhxy. iaxrfKH.

ApT£U.t<; 0£ UTTO T(î> OEUTEpW. (Ibicl.)

l'autre de Diane. Les anciens citent encore sa statue en bronze de Minerve Clialciœcos. Mais ce qui les frappait d'admiration, c'étaient les compositions dont il avait décoré le temple de cette déesse.

« On voit représentés sur le métal, » dit Paiisanias ', <f les travaux d'Hercule et la plupart des « actions héroïques qu'il entreprit volontaire- « ment, ainsi que divers exploits des fils de «Tvndarée, entre autres l'enlèvement des fdles «de Leucippe. Puis, c'est Vulcain délivrant sa « mère des chaînes qui la tiennent suspendue; « Persée allant chercher en Libye la tête de Mé- « duse, et les nymphes lui mettant le casque et les « talonnières qui doivent le porter à travers les airs. « Plus loin, la naissance de Minerve; ensuite Am- « phitrite et Neptune. Tous ces morceaux sont « d'une grande proportion, et, à mon avis, d'une « beauté remarquable. »

Ces sculptures étaient-elles en demi-bosse ou en bas-relief, c'est ce que nous ne saurions deviner; mais comme le travail du bronze aime les modelés vigoureux et les parties qui se détachent , comme, d'autre part, Giliadas avait assez de talent pom' dédaigner la gravure en creux ou la saillie unifornie des bas-ieliefs primitifs, sans avoir assez

' lijid.,XVII.

98 L'ART A SPARTK.

de génie pour devancer le bas-relief de Phidias et ses idéales conventions, on concevrait mieux des sculptures en demi-bosse. Leur beauté a poui- garant l'admiration de Pausanias, l'iiomme du monde qui admire le moins. Quant à leur style, on ne doit se le figurer ni trop sec, ni trop archaïque. Les frontons d'Égine et les métopes de Sélinonte^ attestent à quel point l'ait était arrivé à la fin du VI* siècle. S'il n'avait point encore atteint la grandeur et la perfection, il avait la force et une certaine élégance; la vérité, pour être toute matérielle, ne manquait pas toujours de sentiment et de délicatesse.

En outre, le choix des sujets qu'a traités Gitiadas annonce un talent assez sûr de sa souplesse pour ne point craindre les difficultés de composition. Je ne dis rien des difficultés que présentait l'emploi du bronze, parce que deux siècles de progrès avaient dû révéler à l'école Spartiate des procédés déjà savants.

Ainsi, pendant que Pisistrate donnait au génie athénien l'impulsion qui le conduisit au siècle de Cimon et de Périclès, Sparte réclamait aussi l'attention de la Grèce. Dans un âge où d'autres cherchaient encore leur voie, elle avait en quel-

' On a trouvé à Sélinonte des métopes de trois époques et de trois styles différents. Je parle des plus récentes.

que sorte (si un tel rapprochement est possible) son Phidias et son Parthénon.

Heureuse alors et initiée par une longue éducation politique à tous les bienfaits de la constitution de Lycurgue, elle était puissante au dehois, et sa gloire grandissait chaque jour ^ Maîtresse des riches campagnes de la Messénie, elle exerçait un véritable empire sur la plupart des villes arcadiennes; elle avait vaincu Tégée et Argos; elle allait délivrer Athènes de ses tvrans, Athènes, dont la faiblesse ne lui annonçait guère une rivale.

Comme si son orgueil eût demandé à l'art des trophées plus magnifiques et l'emploi des richesses que la guerre avait entassées, mais que ses lois rendaient inutiles, elle appela dans son sein, à cette époque, un nouveau genre de sculpture, cultivé déjà dans quelques villes de la Grèce, mais qui reçut pour la première fois, à Sparte, ses proportions grandioses et toute sa splendeur. Je veux parler de la statuaire chryséléphantine, qui employait l'or et l'ivoire, et du trône d'Apollon Amycléen.

Nous nous demandions tout à l'heure si, dans

' Ho-/) oÉ acpt xai r, ttoXÀy) tÎ); n£À07rovvr,iou r,v xaTîOTpaixuLEvr,.

(Hcrod., I, 68.) Yfxsaç Y^P TtuvOavotji.ai TrposffTocvai ttjÇ 'EXXotoo;, dis.iit Crésiis aux Lacfidémoniens par la bouche de ses envoyés. {//;/(-/., 69.)

la ré|)iil)li(|ue de Lycurgue, la pauvreté des parliculiers n'était pas comme une source de richesse publique. L'on reconnaîtra, du moins, que l'austérité des mœurs, en rendant les richesses inutiles, persuade de les consacrer à de grandes entreprises et à de beaux travaux. Ce qu'Athènes fit plus tard par amour de la gloire, Spaite le fit par nécessité. L'art seul lui offrait un digne emploi de dangereux trésors. C'est pour cela qu'on choisit la branche de l'art qui promettait les dépenses les plus considérables et mettait en œuvre les matériaux les plus précieux, la toreatique.

L'offrande fut destinée d'abord à Apollon Pyihien; mais ou se ravisa en faveur d'Apollon Amycléen, plus célèbre encore '. Seulement, deux choses manquaient pour réaliser cette entreprise : de l'or, métal rare en Grèce à cette époque, et des artistes toreuticiens. Ciésus fournil l'or, Magnésie les artistes.

• Aax£oat[XOviotç 7°^? sTCicpavéaxepot I(7ti toc Iç tov AjxuxXatov. "iidTE xat TÔv -^puffbv 8v Kpoïao; ô Auooç tw 'AtcoXXcovi luEu-'k tcT) ITtiOast TOUTWEç xdaixov xw h 'AixuxXat; xaT£/p-/-|<TavTO àYaX(i.aTO(;.

(Pans., Z(7c.,X.)

Les paroles de Pausanias feraient croire que Crésus avait envoyé son or à Apollon, et non pas aux Lacédémoniens. Le récit d'Hérodote permet de rectifier cette inexactitude :

n£|ji.'WvT£; yàp oî Aaxeôaiixdvtoi £<; SàpSi; /puffov wvÉovto h i'{Oilij.(x jîwXo'uEVOt /prjTacOa'.... Kpolao;; ol avi covEOixÉvoiai £Ôo)X£ ÔtoTivYjv. (I, 6g.)

Mais Crésus, qui rechercbait l'alliance de Spaile, donna en présent ce qu'on voulait aclieter. C'est alors que les Lacédémoniens, pour ne pas rester en arrière de tant de générosité, firent faire un vase immense qui pouvait tenir 3oo ampboies. Il était tout en bronze et ebargé, à l'extérieur, de frises, de sculptures ', où l'on reconnaîtra la main de Gitiadas ou de ses élèves. Ce magnifique monument était célèbre avant même d'être sorti de l'atelier, et les Samiens équipaient leurs galères^ pour surprendre au passage le vaisseau qui le portait à Crésus.

Il est assez peu important de savoir pourquoi ce fut à Magnésie que les Lacédémoniens allèient cbercber les artistes qui leur manquaient. Il suffisait que celte ville fût une de leurs colonies ^, et surtout qu'elle possédât à cette époque des talents renommés. Sur leur invitation, liathyclès vint s'établir en Laconie '^ avec ses élèves, assez

' ToîIto Se 7roiyi(Ta[Ji£VOi xpyjTvipa ^aXxsov î^iootcov t£ £^oj6£v ttXtq- (jotvTEç Trept tO /eîXoç xat [xeyaôst Totïjxoai'ou; à[x'^opÉo(£; yç^topéovxa ayov... (Ibid., 70.)

' Ibid.

^ Laccdaemonii in Asia Maynesiam occupaver»'.

(Vell. Pat., 1, 4-'

^ Le royaume do Lydie lut CDiKjiiis en 546 par les Perses. lîathyclès vint à Sparte vers la 'jif olympiade (54o); car c'est |M?M de temps avant la chute de Ciésus (|ne les Laeédiinoniens

Domhreux pour que leurs statues, placées au sommet du trône d'Apollon , formassent une troupe de danseurs qu'on appelait le chœur des Magnésiens ^

La statue du dieu, nous l'avons vu plus haut, n'était point l'œuvre de Bathyclès; elle était beaucoup plus ancienne et faite sans art =*. Ce n'était qu'une colonne de bronze avec un visage, des pieds et des mains. On ne pouvait donc l'asseoir sur le trône que lui construisit le sculpteur magnésien. Mais, placée au milieu , elle semblait toujours devoir ^ s'y reposer. C'est une idée assez étrange, et qui a piqué l'imagination des critiques modernes. On verra, dans le Jupiter Olympien de M. Quatiemère de Quincv ', les différentes explications qui ont été proposées.

La statue avait quarante-cinq pieds de hauteur. Le trône, sans être aussi grand, était lui-même colossal. C'étaient ses vastes surfaces que Bathy-

lui clemandèrent de l'or. En effet, au moment où le vase qu'ils lui destinaient venait d'être achevé, Sardes était prise.

(Hérod., ibid. 70.)

' 'AvcoTocTco 0£ /opô; ItÙ tôj Opôvijj TTSTrOlVlTat. MâYV-/)T£Ç 01 ffUVEip-

"Caafxévoi BaOujtXeî xov 6pdvov. (Paus., Lac. XVIII.)

' "Epyov os où BaOuxXsous Icttiv, àXÀà àpyaiov xai où aùv xr/vv).

(Paus., Lac, XIX.) ^ i'ou 6povou oÈ Y) xaOî^oiTO àv ô ôeoç. ' Pai;. iij6 à ■>. 10.

clés avait décorées de sculptures où l'or se mélangeait à l'ivoire, suivant les règles de la loreutique, c'est-à-dire que Tivoire représentait le nu, l'or les draperies et les ornements. Pausaniasénumère la plupart des sujets que l'artiste avait représentés :

« Deux Grâces, » dit-il, « et deux Saisons sou- « tiennent le trône par devant et par derrière; à «gauche, on voit Écbidné et Typhon; à droite, <c des Tritons. Mais une description détaillée des « sculptures fatiguerait le lecteur; je ne ferai que <' les désigner brièvement, d'autant que la plu- « part sont des sujets connus.

« On voit donc laygète, fdle d'Atlas, et sa sœur « Alcyone, enlevées par Neptune et Jupiter; à « côté, Allas; puis. Hercule luttant contre Cycnus « et combattant contre les Centaures chezPholus. « Je ne sais pourquoi Bathyclès a représenté le « Minolaure enchaîné et traîné vivant par Thésée. « Ensuite, on voit une danse de Phéaciens, Dé- « modocus chantant, Persée coupant la tète à Mé- « duse. Hercule vainqueur du géant Thurius, Tyn- « darée conibaltant Eurytus, l'enlèvement des « filles de Leucippe, Bacchus enfant, que JMercure « porte au ciel; Hercule, (|ue Minerve guide veis « r()lyuq)e pour (|u'il demeuie avec les dieux. « Pelée remet Achille au cenlaure Chiion pour « (pi il relève; (^épliale est rasi p;u TAurore, à

104 L'ARÏ A SPARTE.

« cause de sa beauté; les dieux viennent aux noces « d'Harmonie offrir leurs présents; Achille coni- « bat contre Memnon; Hercule châtie Diomède, ce en Thrace, et Nessus, sur les bords de l'Événus; «Mercure conduit à Paris les trois déesses entre « lesquelles il doit se prononcer; Adraste et Tv- « dée font cesser le combat d'Amphiaraùs et de « Lycurgue, fils de Pronax; Junon contemple la «fille d'Inachus, lo , déjà changée en génisse; « Minerve échappe aux poursuites de Vulcain.

« Au-dessus de ces tableaux, on reconnaît la « suite des travaux d'Hercule, l'hydie de Lerno, « Cerbère entraîné; puis Ânaxias et Mnasimus sur « lems coursiers. Un seul cheval porte iMégapen- « thés et Nicostrate, fils de Ménélas; Bellérophon « tue la Chimère; Hercule emmène les bœufs de « Géryon.

« Sur la partie supérieure du trône sont les « deux fils deïyndarée; sous leurs chevaux , des «sphinx; au-dessus, des bêtes féroces qui cou- « rent; du cùté de Castor, un léopard; du côté de « Pollux, une lionne. Toutau haut du tiône est un «chœur dedanseuis; ce sont les Magnésiens qui « ont aidé Bathvclès à exécuter ce grand ouvrage. « L'intérieur du tiône ', en paifant des Tiitons,

' 11 ne faut pas oublier que le trône roriiie autour de ht statue-colonne une sorte d'enceinte qu'elle est bien loin de lemplir. [f^oy. le dessin An Jupiter Olympien.)

« présente la chasse de Calydon, Hercule luanl les vc fils d'Actor, Calais et Zétès chassant les Harpies « de chez Phinée, Pirillioùs et Thésée qui ont en- « levé Hélène, Hercule étranglant le lion, Apollon « et Diane perçant Titye de leurs flèches. On voit « encoie le combat d'Heicule contre le centaure « Orénus, celui de Thésée contre le Minotaure, la « lutte d'Hercule et d'Achéloùs, .lunon enchaînée «par Vulcain, les jeux célébrés par Acasie aux « funérailles de son père, la fable de Ménélas et « du Protée égyptien, qu'on lit dans VOdyssée. « Les derniers sujets sont Adnièle (jui altelle à « son char un lion et un sanglier, les Troyensqui « font des libations sur le tombeau d'Hector. »

Quelque intéressantes que soient les indications de Pausanias, quelque propres qu'elles soient à nous faire concevoir la richesse de ce monument et l'inépuisable fécondité des artistes, on regrette (ju'il ne dise rien du style des scul])lines et de leur beauté. Il est viaisembiable, du reste, qu'apiès Gitiadas l'art ne souffrait plus rien de médiocre. Batbyclès était un des maîtres les plus célèbies de l'école asiatitjue, qui avait devancé jusqu'alors les écoles de la Grèce. Aussi ne [)eulon s'empêcher de penser, avec M. Qualremère, que le liùne d'Amycles a servi de modèle au trône tl'Olympie, c'est-à-dire ;i Phidias.

Les Magnésiens complélèrcnl leur omivit en d(''-

corant le tombeau d'Hvacintlie. Il servait de l)ase à la statue d'Apollon ^ et avait la forme d'un autel. Une porte de bronze s'ouvrait sur le côté gauclie; c'était par là cpi'on offrait les sacrifices funèbres. Sur cet autel étaient représentés : « Biris, « Neptune, Ampliilrite, Jupiter et Mercure con- « versant ensemble, Baccbus et Sémélé debout « auprès d'eux, Ino près de Sémélé, puis Cérès, « Proserpine et Pluton ; au-dessus on voit les Far- « ques, les Saisons, et avec elles Vénus, Minerve « et Diane qui emportent au ciel Hvacintbe et sa « sœur Polybée, qui mourut vierge, dit-on. »

Tant de travaux demandèrent nécessairement pour être terminés plusieurs années. C'est pourquoi il est permis de recbercber quelle influence , eut sui- l'école de Sparte le séjour prolongé de Batbyclès. Nous ne pouvons apprécier toute l'étendue de cette influence, parce que Tbisloire est silencieuse sur ce point comme sur tant d'autres. Du moins, quekjues noms échappés à Pausanias nous la révèlent et montrent que Bathyclès trouva des artistes Spartiates qui recueillirent les prin cipes et les traditions de son art.

A cette époque, vivaient à Lacédémone plu-

Toîi OÈ OLfâ'Xu.OLTOq 10 8à9pov TrapÉ/STat u£v Sio(ji.ou a/r^ij.'x , TcTactiOai 0£ Tov l'otxivOov XÉyoutiv £v aÙT(~).

IPims., Lncrfn.,\\\.)

sieurs sculpteurs qui avaient suivi le progrès général de la Grèce. Dédaignant le travail du bronze et les exemples glorieux de Gitiadas, avides de nouveauté, ils avaient étéfcbercber à Sicyone les leçons de Dipœnus et de Scyllis, maîtres célèbres par leur babileté à travailler le marbie S qui pour la première fois" répandaient en Grèce le goût des œuvres de ce genre. Nous citerons d'abord deux frères, Dor/cUdas'el Medo/t^, puis T/iéoc/ès , fils d'Hégylus, enfin Dontas^, tous quatre Lacédémoniens. De retour dans leur patrie, ils applicpiaient la science nouvelle qu'ils rapportaient de l'étranger '*, lorsque arriva Baihyclès.

Ce furent eux précisément qui, toujours ardents pour le progi'ès de l'art , se firent élèves une seconde fois, et apprirent des Magnésiens à mettre en oeuvre l'or et l'ivoire. Quoiqu'à la fin de leur siècle, et surtout dans le siècle qui suivit, les vrais artistes fussent universels, fondeurs à la fois, sculpteurs et loreuliciens, il est à remarquer que les seuls ouvrages de ces quatre Spartiates signalés

■ Mannore scalpendo primi oninimn iiicliiiiicriint Dipœmis et Scyllis... ]i Sicyonem se contiilere. (Pliii., WXVI, A.)

' Paus., ElùL I, c. WII. I-e passage est trop long pour cire eité, et d'une clarté telle qu'il suffit de le lire.

' Ibùl.,\. Il, c. XIX.

' Sillii^ les classe vers la 58'' olvuipiadc. (^'(>i . leurs noms dans le Ca/. arfif.)

pai' Paiisanias sont des statues en or et en ivoiie. Telles étaient les cinq Hespérides de Théoclès, la Thémis de Dorvclidas, la Minerve de Médon dans rHéia^uni d'Olynipie ^

Dontas, pour les sculptures cpii ornaient le trésor des Mégariens, avait employé le cèdre el l'or, ce qui n'est qu'une variété de la toreulique.

S'il est impossible de ne pas reconnaître dans ces productions l'influence magnésienne, on ne doit pas supposer pour cela que la sculpture en marbre, à peine importée à Sparte, ait été aussitôt abandonnée. Elle eut aussi son légitime développement et sa part d'honneur. En faut-il une autre preuve que le portique des Perses et les nombi'euses statues de marbre blanc qui le décoraient ?

Mais l'histoire, à laquelle nous avons pu jusqu'ici surprendre de loin en loin quelques témoignages, devient complètement muette sur l'art lacédémonien. On dirait, quand le siècle de Périclès commence, qu'elle n'a plus d'attention que pour les créations du génie athénien. Croit-on pourtant que, pendant l'âge le plus fécond de la civilisation grecque, Sparte soit devenue tout à coup stérile et barbare; que la sculpture se soit arrêtée d'épuise-

' Ta [Xcv or, xaT£iÀ£Y;^.£va £<7Tiv èXÉc&avToç xai y(pu<70Î>.

(Pans., Etid. I, c. XVIl.)

SCULPTUKF:. 10!»

ment, après avoir produit comme dernier effort le portique des Perses et les deux statues de Pausanias placées dans l'acropole? Quel est ce Gorgias de Laconie, que Pline ' nomme à côté de Polyclète et de Myron? Pourquoi ne connaissonsnous aucune des œuvres d'un maître qui marquait ainsi une des grandes épo(|ues de l'art ?

11 est impossible de pénétrer cette obscurité ^j mais, après les faits que nous avons recueillis, i! est permis de ne point la considérer comme la condamnation d'un peuple qui n'a eu le plus souvent pour annales que les annales de ses ennemis.

' XXXIV, 19. W faut évitlemmeiU effacer une virgule : Deinde, olympiade LXXXVI, Ageladas, Polycletus, Gorgia^ [,] Lacon , Myron... (V. Sillig, Gnrgias.)

' Je ne parle point des statues que Lysandre consacra à Delphes après /îlgos Potamos. Lysandre comn)ence à ruiner la constitution et à corrompre les mœurs. C'est à cette limite que s'arrêtent l'influence de Lycurgue, l'esprit de l'ancienne Sparte, et par conséquent nos recherches. Vuy. Sillig. pour Callicrate le Lacédémonien. Il n'est pas besoin de chercher l'époque d'un artiste qui faisait des chars qu'une mouche couvrait de ses ailes et sculptait des vers d'Homère sur un grain de sésame. Encore avait-il un collaborateur, f^ny. aussi Uaoul -Hochette, Lettre à M. Schorn, p. 77;*), pour Démétrius.

ARTS DÉFENDUS PAR IJiS LOIS. 1 1

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