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tJil de ce liaul degié. Loin de devenir, ainsi (jn'on J'a prétendu, la personnification pliilosopbique de l'universelle matière % il devint au contraire la personnification des mœurs de l'Arcadie et de la vie pastoiale ; à ce titre, il n'en fut que plus cher aux Arcadiens. C'était moins pour eux un dieu qu'un génie, un ami invisible qui ne quittait jamais la terre et qui partageait leurs goûts et leurs plaisirs, aimant la chasse el les chasseurs, protecteur des troupeaux et des bergers, inventeur de celte flùle à roseaux (|ui faisait retentir si harmonieusement le Ménale^.Ce(pii prouve même combien les Arcadiens le cioyaient leur égal, c'est l'étrange familiarité des jeunes chasseurs qui fouettaient sa statue, lorsqu'au lieu d'amener- le gibierdans leurs filets , il s'était oublié à la poursuite de quelque nymphe ■^. C'était le traiter- comme ces démons du moyen âge, dont la bienveillance et la puissance étaient enchaînées à un talisrtian et asservies à son possesseur.
Il faut plus de trois heirres pour- monter du pied drr Lycée jusqu'au Stade, tant la route est diftic-ile , ardue, hérissée de r-ochers, surtout en
» Tô Ilav.
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(l^ius., .^n:, XXXIV.) ^Th.'on-., rj,ll. VIII, V. io(î.
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sortant de Karylène. Jadis pointant, dans ces montagnes comme dans toutes les montagnes de la Grèce, il y avait des routes poui' les chars, routes taiile'es dans le roc à force de bras et de sueurs, unies, douces et qui semblaient éternelles. Mais la pierre s'est usée, les schistes se sont séparés en atomes, les roches ont roulé, et à peine aujourd'hui le pied du pâtre trouve-t-il à se poser sans danger; à peine distingue-t-on de loin en loin les traces, illusoires peut-être, du ciseau et des roues.
Les premiers plateaux, élevés de plusieurs milliers de pieds au-ilessus des précipices où roule l'Alphée, dominent l'acropole de Karytène, dont la forme paraît plus originale de cette hauteur, la couleur plus brillante, l'aspect plus redoutable. Ils offrent peu de choses dignes de remarque : deux villages au milieu d'arbres touffus, liants oasis au sein de l'aridité, et une source qui jaillit des racines d'un vieux platane : prodige naturel qui n'eût pas mancpjé d'inspirer aux anciens cpiel que fable charmante. En s'élevanl encore, la vue devient admirable et embrasse une grande partie du Péloponèse. L'Ilhome , le Taygète , le Parnon, le Ménale sont rangés à l'horizon comme en cercle; au milieu, s'étend la belle plaine de Mégalopolis et le commencement de la plaine de Sparte (pii la continue.
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Le Stade est silué sur le versant nord-est du Lycée : on y arrive par des pentes couvertes d'une berl)e fine; on voit que la montagne a été fertilisée jadis par le travail de l'homme. Ce fut le loi Lycaon qui institua les jeux lycéens, pour attiier par des fêtes ses sujets errants et leur rendre plus douce la captivité des villes, nouvelle pour eux. Ces jeux étaient les plus anciens de la Grèce , après ceux d'Olympie : Saturne et Jupiter y disputèrent^e prix de la lutte avant la ciéation du génie luniiain'. INous ne savons, ni comment ils se célébraient, ni s'ils furent toujours en honneur, malgré leur singulière situation et la difficulté de s'y rendre. Cependant, d'après les ruines qu'on y trouve et qui offrent des piertes helléniques de la belle époque à côté de quelques débris cyclopéens, on ne peut douter de leur longue durée et du soin qu'on prit, dans un temps moins reculé, d'embellir leur théâtre. Ces pierres se voient à la tête du stade, veis la paitie demi-circulaire où siégeaient les juges, les magistrats et les citoyens considérables. Quant aux deux côtés du Stade, on les reconnaît sans peine; car les terres sont restées à leur place , et la carrière a conservé sa forme. C'est un grand plateau adossé à la montagne de trois côtés, ouvert du quatrième ; par
' Pans., Jrciul, III.
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celle onverluie, la vue plane (l'uiie immense liaulenr sur les sommets du nord de l'Arcadie el sur une |)artie de la plaine. Le seul détail qui nous ail été transmis sur les jeux lycéens, c'est qu'après le couronnement des vainqueurs, les jeunes gens nus poursuivaient avec des éclats de rire ceux qu'ils rencontraient sur leur chemin. Ne dirait-on pas l'origine des Lupercales des Romains? Tite-Live affirme, en effet, que cette coutume avait été apportée par Evandre '.
Le petit stade, dont parle Pausanias, est en avant du grand stade et tombe perpendiculairement sur son extrémité. Sa fornie seule, et quelques pierres à demi recouvertes par le sol, le font reconnaître. Au-dessus du grand stade, à droite, était le temple de Pan, qui de là présidait aux jeux qui lui étaient consacrés. Les pierres sont enterrées en partie , ou entassées de manière à ne rien laisser distinguer. Elles sont admirablement taillées, |)lates, étendues, élégantes. Ce temple , du reste fort petit , était adossé à un bois.
Du côté opposé, coulait el coule encore la fontaine Hagno, où le prêtre de Jupiter venait conjurer la sécheiesse ^. Après les sacrifices et les prières d'usage , il touchait avec une brandie de
' Tit. l.iv., I, 5 ; PIiU., Vie (le Rormtlus. ' P;ms., Arcad., WXMIl.
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chèiie la surface de l'eau, sans I y enfoncer: sur l'eau ainsi émue, s'élevair une vapeur légère (|ui bientôt formait un nuage, attirait d'autres nuages et se répandait sur l'Arcadie en pluie salutaiie.
llagno était une des trois nymphes nouriices de Jupiter, d après les Aicadiens, qui voulaient (|ue le roi des dieux eût été élevé sur le Lycée, dans un lieu appelé Crefea. La ressemblance de ce mot avec le nom de la Crète 3\a'\t causé, disaient-ils , Teiieurdes autres Grecs. C'était la préoccupation constante des Arcadiens de rattaclieià leur patrie l'origine et l'histoire des hommes et des dieux. Aussi appelaient-ils le Lycée Oljmpe , Sommet sacrr , le berceau de leui- religion et de leur société.
Là, tout concourait à inspirei aux mortels le respect et la teneur. Il y avait une grande enceinte consacrée à Jupiter, dont l'entrée était interdite aux hommes. Celui (|ui y pénéliait au mépris de la loi mourait infailliblement dans Tannée. De plus, et ce n'était pas une chose moins teriible , on savait que tout être animé, s'il y po.sail le pied, perdait immédiatement son ombre '. Com bien tle fois les cliasseuis n'avaient - ils pas fait cette remar(|ue , quand les bêles féroces
' C'est le fantasti(|iie nlleinaiid «>t l'histoire de Petei Sclile mil.
(juils poursuivaient y clierchaient un lefugel Le culte de Jupiter Lycéen n'avait pas besoin, du i-este, de ces Tables pour frappei* l'imagination des peuples d'un mystérieux effioi. Sni- le sommet le plus élevé de la montagne ', il y avait un tertie, un autel, où le sang humain avait coulé souvent, en l'honneur du dieu héritier du ci uel Saturne. De là se découvie presque tout le Péloponèse, et l'on se croit plus près du ciel que de la terre. Devant l'autel et vers l'Orient, deux colonnes portaient deux aigles dorés que le soleil frappait chaque matin de ses premiers rayons. Idée grandiose, qui lappelle le temple d'Apollon sur le sommet du Taygète, l'autel de Jupiter pluvieux sur l'Hymette. Certes, un simple amas de terre ainsi placé avait plus de majesté que le temple le plus magnifique. Soutenu par les nuages, entouré de l'espace infini, couvert par l'éternel Éther , ne semblait-il pas toucher les pieds du dieu invisible, et les mortels ne sentaient-ils pas son souffle passer sur leurs fronts? Pourquoi une barbarie monstrueuse souilla-t-elle une si belle idée? Pourquoi ces colonnes, que l'on voyait de toute l'Arcadie, rappelaient-elles moins la puissance du dieu que la souffrance des hommes ? On ne dit point quand finirent ces sacrifices humains, que les Arcadiens portèrent en Italie, et (jui se renouvelèrent à
' 'Kv -zr, à'xpa àvioxaTto. (P.ius., yJrcad.., XXXVIII.)