‹ Études sur le PéloponèseChapitre 15 sur 66 · HISTOIRE ET MOEURS. V · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET MOEURS. V

Rome jusqu'à la seconde guerre puni(|ue. Les paroles de Pausanias feraient croire, non pas qu'ils duraient encore de son temps, mais qu'on y avait substitué quelque cérémonie repoussante cjui en était le symbole :

« Aujourd'bui, » dit-il, «on offre sur cet autel « des sacrifices secrets à Jupiter. Il ne me plaisait «guère de m'informer de la manière dont les cho- « ses s'y passaient ; qu'elles testent donc comme « elles sont et comme elles ont été dès le commenta cernent '. »

Ce fut sur la chaîne du Lycée qwe se réunirent en société les habitants nomades de l'antique Arcadie. Ils se piétendaient non-seulement autocbtbones, « mais nés avant la lune^. » De race pélasgique, ils affirmaient que Pélasgus, leur père commun, était le premiei- bomn)e que la terre eût enfanté. «Mais,» comme le remarque assez naïvement Pausanias, «il est vraisemblable « qu'il existait d'autres hommes en même temps «que lui; autrement, sur qui eùt-il régné^?»

' 'S2; £(r/ev £^ àp/r,<;. [Ibid.) * IlpoffÉXvjvoi. (Strabon., I. Mil, c. y.) ...Luna tjens prior illa luit.

(Ovid., Fast., 1. H, v. '^.yo.)

^ 'AvTtÔEOv 0£ IleXaffyôv ev u'^ixdaoïaiv op£ffffi

raîcit LtÉXaiv' àv£ûo)y.£v, Iva 6vr,TÔiv y^voç £ir,.

(Vers (lu |)()('tc' Aùiis, citt-s par Pausanias.)

134 ARGADIE.

Que l'un leconnaisse clans celle idée po|nilaiie une réminiscence de l'Asie et des liaditions bibliques , ou (|ue l'on y voie seulement une de ces vagues explications que lous les peuples cberclienl à l'obscurité de leur origine, il n'en est pas moins probable que Pélasgus fui un roi pasteiu-, un cbef de tribu, contemporain d'Inacbus selon les uns, de Cécrops selon les aulies '. Il enseigna aux bommes l'art de se construiie des cabanes, de se iaiie des vêtements avec des peaux de sanglier, el substitua aux herbes et aux racines dont ils se nourrissaient les glands du lièlre.

Ce fui son fils Lycaon qui fonda sur le mont Lycée la ville deLycosure, «la première ville qu'ail vue le soleil '.» Il institua les jeux lycéens el donna à .lupilei' le nom de Lycéus. D'après la coutume de ces temps barbares , il lui offrit en sacrifice un enfant nouveau né, et airosa l'autel de son sang. Aussi les poêles racontent-ils qu'il fui changé en loup ^.

Ses tils el pelils-Hls suivirent son exemple, et fondèrent de lous côtés des villes auxquelles ils

' Denvs d'Halicarnasse, ^«^;Vy. roin.. Il, c. li.

^ TauTTiV slôev ô viXtoç Tz^wvf\\.

^ Tous ces noms, Lycaon, Lycée, Lycosure, offrent une même racine, celle de Xuxo;, loup. Un simple rapprochement de mots, telle est peut-être l'origine de cette fable.

IIISÏOIKE ET iVIOEUKS. l:r>

tlonnèrent leiii" nom, à mesure (|ue la population s'auiiineiilail ou renoncail à la vie eiianle : iMiigalie, Oresthasiuni, Pallantium, à l'ouest de Lycosure; Trapézonte, Lycéa , au sud; Héia^a, au nord, etc., etc. C'était un cercle cpii allait s'élargissanl sans cesse, avec le Lycée poui- centre. Il semblait ujéme que la tene leur manrpiàt : OEnotrus, Évandre conduisirent des colonies en Italie.

Fausaniaset Apollodore ont conservé les noms des rois arcadiens. Il y en a plus de cincpianle, et Lycaon compte autant de fils qu'il y avait de villes en Arcadie. Chaque ville voulait avoir reçu son nom et son existence d'un fils de Lycaon ; aussi la liste ne païaît-elle sérieuse (pi'à partir du règne d'Arcas : du moins, parmi des noms entourés de fables, en est-il de con.sacrés [)ar l'iiistoire '.

Arcas, fils de Jupiter et de Caliisto, avait appris de Triplolème l'art de cultiver le blé et d'en faire du pain; d'Aristée, l'art de filer et de tisser les étoffes. Son peuple leconnaissant voulut poiter

' On remarque surtout Echénnis, le vainqueur d'Hyllus à risthme de Corintlie; Ancœus, cité par Homère; Jgapénor, qui conduisit les Arcadiens au siège de Troie ; Cjpsélus , (jui Ht alliance avec les Doriens ; Pompas ^ qui donna à son fils le nom d'Éginc'tc, en l'honneur des marchands d'Egine qui pénétrèrent les premiers en Arcadie; yEc/m/is, dont le rètjiif marque le romiiicnccnuMit des j^'ocrres de Mosénie.

l;36 ARCADIE.

son nom, et quitta dès lois relui de Pélasges. î.e dernier roi descendant d'Arcas fut Aristocrate II, qui fut lapidé par ses sujets, quand sa trahison envers les Messéniens fut découverte. Son aïeul, qui portait le même nom, avait eu le même sort. Les Arcadiens avaient à se plaindre de son despotisme et de ses excès. Un sacrilège donna lieu à l'explosion des mécontentements. Le roi osa violer une prêtresse de Diane dans le temple même, auprès de la statue de la déesse : il fut lapidé. L'infamie dont se couvrit son petil-fils ajouta à la haine des Arcadiens contre la royauté : ils l'abolirent en 668.

Chez un peuple pasteur, elle devait avoir peu de prestige et de puissance. Il n'y avait point d'aristocratie pour la soutenir; elle n'avait point de trésors pour acheter des défenseurs; pauvre, au milieu de sujets pauvres, elle trouvait trop d'égalité au-dessous d'elle pour n'être pas rabaissée au commun niveau. Sa force, c'était le consentement du peuple; sa majesté, c'étaient ses vertus et ses bienfaits. Du moment qu'elle avait encouru le mépris, elle était perdue. En effet, elle fut déracinée sans secousse, sans que le moindre trouble semble avoir accompagné ou suivi cette révolution.

L'Ârcadie resta divisée en autant de petits Etals indépendants qu'il s'y trouvait de villes. 11 est

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