HISTOIRE ET MOEURS
le Péioponèse à la tête des Doriens et déposséder la race [)é!asgi(|iie. Us se léunirent à l'aimée confédérée qui ferma le passage de fisthme, et ce fut même leui roi Echémus, (pii lua Hvllus, fils d'Hercule, en combat singulier.
Pendant la trêve de ciiKjuante ans acquise par cette victoire, les Arcadiens prirent paît au siège de Troie, conduits par Agapénor. Mais ils n'avaient point de marine, relégués rpi'ils étaient dans l'intérieur des teries, et Agamemnon dut leur prêtei soixante vaisseaux.
« Ceux qui liabiteni l'Aicadie ont suivi le fils « d'Ancaius, le roi Agapénor; Agamemnon, roi (( des hommes, leur a donné des vaisseaux soli- « dément construits pour francliir la mer pro- « fonde; car Fart de la navigation leur est in- « connu ' . »
Agapénor, a son retour, jeté par la tempête sur la côte de Chypre , s'y fixa , fonda Paphos et le célèbre temple de Vénus '.
Quand les Doriens rentrèrent dans le Péloponèse, non plus par l'islhme de Corinthe, mais par mer et par la côte d'Achaïe, les Pélasges fuient pris au dépourvu, et l'Arcadie semblait la première menacée. Cypsélus, qui avait réuni toute
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l'Arcadie sous ses lois, sut délourner le danger, en mariant sa fille Mérope ' à Crespbonle , un des princes Héraclides. Les âpres montagnes de l'Arcadie devaient, du reste, peu séduire des conquérants qui voyaient ouvertes devant eux les riantes plaines de TArgolide, de la Laconie, de la Messénie; de plus, la valeur déjà éprouvée des Arcadiens, et la formidable défense dont les entourait la nature, devaient leur donner à réfléchir.
Ce mariage fut l'oiigine de l'alliance qui unit les Arcadiens aux Messéniens. Il est vrai qu'elle fut resserrée par des intérêts communs, en présence de l'ambition des Spartiates. L'Arcadie fut souvent exposée à leurs attaques, et ïégée n'écbappa à un coup de main que par le courage de ses femmes, dignes émules des Argiennes et de Télésilla. Appelés par Arislodème, les Arcadiens le suivirent dans différentes incursions en Laconie , contiibuèrenl puissamment à ses victoires, repoussèrent avec mépris les présents des Spartiates qui cheicbaient à les gagner, et, après la prise d'Itbome, recueillirent les vaincus. Lorsque la seconde guerre éclata, non contents d'envoyer à Aristomène les troupes auxiliaires qu'il demandait, ils arrivèrent avec toutes leurs forces, conduits par leur roi Aristocrate IL On sait la trabi-
' C'est la Mérope de Voltaire.
HISTOIKI-: ET MOKURS. Hi
son (l'Aiislocrale à la Grande-Fosse ; mais ce que l'on sait moins, c'est la douleur des Arcadiens à la nouvelle de la prise d'Ira que le roi les avait empêclié de secourir^.
a Dès qu'ils surent que tous les défenseurs d'Ira « n'avaient point péri, ils allèrent les attendre « près du mont Lycée, leur préparèrent des vé- « tements et des vivres; les magistrats furent en- « voyés en avant pour consoler les Messénienset « leur servir de guides. Quand les fugitifs furent « arrivés sur le Lycée, les Arcadiens leur donnè- « rent l'hospitalité, leur témoignèrent le plus af- (f feclueux empressement; ils voulaient même les « garder dans leurs villes et partager leurs terres « avec eux. »
Combien voit-on dans l'histoire de vaincus et d'alliés malheureux recevoii- un tel accueil?
Enfin, lorsque Aristocrate eut fait échouei-, par une troisième trahison, le projet d'Aristomène qui voulait surprendre Sparte, les Arcadiens le lapidèrent.
Cependant, après la défaite de leurs alliés, restés seuls contre Sparte, ils durent faire des concessions pour conserver leur indépendance, ou, tout au moins, la paix. Ils les suivirent avec une docilité forcée dans leurs guerres contie Athènes,
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conhe l'Asie, conhe Thèbes. 11 est vrai (jiie, dès la bataille de Leiictres, ils se hâtèieiU de les abandonner et de se jeter dans les bras d'Kj^aminondas. Depuis lors, siirs (rêlre soutenus, soit par rlièbes, soit pai- la ligue aebéenne, où ils enlièrent des pieniiers, ils entrepiiient contie Spaiie celte guei re acbarnée dont la piise de Mégalopolis ne fut qu'un épisode, et rpii se tetmina le jourseulement on Pbilopémen lasa les murs de Sparte et abolit les institutions de ].vcuio;ue. Les Messéniens étaient vengés.
Ladomination lomaineapporta partout le calme avec la servitude.
L'Arcadie a revêtu, dans l'imagination des modernes, une forme giacieuse et poéti(|ue : ses bergers sont devenus des héros de roman, habitants d'un Eden qu ils font retentir des chants les j^lus délicieux. Certes l'Aicadie est un admirable pavs, mais dont les beautés sévères et irrandioses ne se |)rètent guère aux laffinements des auteurs de bergeries. Qu'on se figure une série de montagnes acciunulées, dont un grand nombre se mesure par' cinq et six mille pieds, des vallées profondes, qui sont plutôt des ravins, des torrents qui se précipitent au milieu de roches et de gorges sauvages, des forêts de sapins au pied des neiges, des neiges (pii, sous un soleil ardent conrme celui dé la (îrèce, ne fondent (jrr'au milieir de l'été, des hi-
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vei's longs <! i^lacés, et l'on ;uiia une idée |)lns exacte de TArcadie qu'en n'y rêvant que vertes prairies et riants vallons. Dans un tel pays, la race devait être vigoureuse, patiente, endurcie. Longtemps même elle fut grossière et barbare : son chant tant vanté en est une preuve '. C'était uniquement pour adoucir leui- caractère et leurs mœurs qu'une loi forçait tous les Arcadiens à apprendre la musique jusqu'à trente ans '. L'âge d'or de Lucièce, c'est-à-dire le tenqjs où les hommes disputaient aux animaux leuis lepaires et leur nouiriture, fut long pour l'Arcadie, et celui-là devint un loi et presque un dieu qui construisit la première cabane, et le j)remier mangea des glands. J^e culte sanglant de Saturne, la grande divinité pélasgique, avait de si profondes racines dans les mœurs, que, lorscpi'il fut détrôné par le Jupiter de Prouiéthéeet desCurètes, les Aicadiens continuèrent les sacrifices humains sur les autels de Jupitei'. Ils tenaient moins à la divinité qu'à la vue du sang. Les Romains, leurs descendants, hé- I itèrent de cette férocité.
Peu à peu, par le progiès des siècles et le contact des autres peuples, lésâmes s'adouciierïl et
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s'oiiviirenl aux lumières; mais ce contact fut rare et le progrès fort lent. Défendus par leurs ujontagnes inal)ordahles, isoles des mers, depuis que PKlide était un royaume sépaié, ils n'avaient même pas de relations commerciales. En voici une preuve frappante :
Plus de deux cent cinquante ans après la guerre de Troie, des Eginetes chargèrent des maicliandises sur des bêtes de sonune, et s'aventurèrent au cœur de l'Âicadie '. Les habitants étaient si peu accoutumés à de pareilles visites, qu'ils les comblèrent de présents et d'honneurs, et le roi Rompus donna même à soii fils le nom d'Eginète. Si les marchands d'Egine, attirés par l'accueil fait à leurs concitoyens, prirent dès lors plus souvent le chemin de l'Aicadie, ils durent introduire en même temps des éléments de civilisation.
De quelque manière que se soit accompli le développement social de ce pays, il nous est inconnu, et, si l'on en juge par- ses résultais, il ne méritait guère l'attention de l'histoire. Quels grands hommes a produits l'Ârcadie? Quels poêles, quels philosophes, quels artistes, quels capitaines? En mettant de côté Polybe, qui est tout romain, il ne reste que Philopémen, le dernier des Grecs, mais aussi le premier des Arcadiens. Pau-
' Pans., Arcad., V.
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sanias Iroiive à Fé^ée les statues des législateurs Crsesus^ Tyronidas^ — noms obscurs, honneurs rendus aux services plutôt (ju'au £;énie. Les chants des ber£[ers de l'Arcadie étaient renommés; — mais ceux qui font résonner les échos de la Suisse et du Tyrol ne le sont-ils pas aussi? Les tem[)les d'Apollon à Phii^alie, delNïinerve à Tégée, étaient les plus beaux temples du Péloponèse; — mais ils furent construits, l'un par Iclinus, Athénien^ l'autre par Scopas, de Paras. Pour leurs temples, pour les statues de leurs dieux, dès (ju'ils voulaient un ai l moins grossier, ils étaient forcés de recourir à des artistes étrangers.
Il faut l'avouer, l'aii- des montagnes est plus favorable à la liberté (pi'au génie, et la vie pastorale mène plussùiementau bonheur qu'à la gloire. La race arcadienne ne montre [)oint cette vivacité d'imagination, cette passion des giandes choses, cet amour du beau qui distingue la lace ionienne : mais elle ne mérite pas |)oim' cela cpi'on la juge avec une Iroj) grande sévérité. S'ils n'avaient pas l'enthousiasme et le génie des arts, ils en avaient le goût. S'ils mancjuaient de sculpteurs et d'aicliitectes, ils aj)|)elaient ceux des pays plus favorisés : et eux, si [)auvres, ils trouvaient des trésors lorscju'il s'agissait d'élever à la Divinité un monument (pii fût digne d'elle. Quoique la musique cl la danse leur fussent imposées par les lois,
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ils les cullivèrenl 'avec succès et devinienl célèbres parmi loiis les Giecs. Leur talent naturel pources artsdélicals n'indique nullement une race lourde et complètement privée de grâce. Il est encore à remarquei' qu'il y a peu de pays aussi riches que l'Arcadie en traditions religieuses et mythologiques, espèce de poésie er)fantée et corjservée par l'imagination populaire, qui égayé le berceau de tous les peuples, et que ceux-là gardent surtout qui prolongent leur jeunesse et leur simplicité.
Les Arcadiens n'étaient pas moins piimilifs, du reste, par leurs vertus. Leurs mœurs pures, leur pauvreté digne, la fermeté et la droiture de leur caractère, leur lespect inouï du seiment^, et {pardessus tout leur courage, leur avaient acquisl'estime de la Grèce. Les montagnards de l'Aicadie, comme ceux de la Suisse, mettaient leur sang au service des chefs étiangers, et il était peu de troupes mercenaiies qui les égalassent en force, en valeur, en fidélité'*. Est - il besoin d'ajouter qu'ils étaient bienfaisants, hospitaliers, religieux.
' Il y a dansPolyhe deux chapitres bien curieux sur l'éducation musicale des Arcadiens et sur les causes politiques de cette éducation. ( L. IV, c. 29 et 21 ).
' Foy. plus loin le chapitre du Styx.
^ Thucyd., VII, 57; Xenoph., Hist. grœc, VII; Anah., VI , 2 et pasxini.
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|);issioniiés pour leur liberté et leur patrie'? Il est pour les peuples deux sortes de destinées : la gloire avec de suprêmes prospérités et de suprêmes in fortunes, ou l'obscurité au sein du bonheur. L'Arcadie a eu ce dernier lot, et, pour employer l'expression de Tacite^, elle est restée cachée dans un pli de l'histoire.
' Koiv^ To Tiov 'Apx(x3wv lOvoc; £/et xtvà Trapà Trîct toi; "EXXviaiv Itt' àoET^ œilVriV, où [xo'vov cià tyiv ev toiç ï]6£(ji xat pîoi; 9iXo;£v{av xal cpiXavOpwTrîav, ij.âÂiŒTa os 8ià Tr,v et; to 6£Ïov eùaéé'eiav. (Polyb., IV, 9.0.)
' Qiios glorife sinus abrlit.
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