CHAPITRE II
LA NEDA.
La Néda est une petite rivière qui prend sa source dans le mont Cérnusius, un des plus hauts sommets de la chaîne du Lycée. Elle coule d'abord vers le nord, puis, tournant à louest, elle va sejeter dans le golfe de Cjparissia, après avoir parcouru environ douze lieues de pays et formé autant de détours que le Méandre '.
Elle servait de limites, au nord, à la Messénie, qu'elle séparait de l'Arcadie et de la Tri[)]ivlie. La
' lloTa[jLwv oà ÔTTOffouî ï(7(/.cv, Matavopoç aèv ocoXuo jji(xXi(rra xaTEifft TÔ) p£U|jiaTi" 8«uT£p« OS IXiYaôiv yî â'vsxa '^ÉfiOiTO av y) Néoa^
(Paus., Jrcnil., \\\.)
i50 AKCADIK.
nympbeNéda, une des trois nourrices qui élevèrent Jupi 1er sur le uïont Lycée, lui avait donné son nom , nom harmonieux, consacré par la faille, par l'histoire, par l'admiration des hommes pour les merveilles de la natuie. Un des épisodes du mythe de Cérès, le dénoùment du drame messénien sur le mont ira, des cascades rivales de l'Anio et célèbres dans l'antiquité, en faut-il davantage poui" sauver un cours d'eau de l'oubli ?
Grossie par le Lymax et divers torrents , la Néda arrive bientôt au pied de PJiigalie, qu'elle protège au midi par un immense ravin. Mais, si escarpées qu'en soient les pentes, elles sont couvertes d'une constante verdure et de fourrés épais qui se continuent jusque sur les sommets. Deux ruisseaux, après avoir traversé la ville, forment de légères cascatelles qui glissent pendant des centaines de pieds sur les rochers et les mousses, et précipitent dans le ravin retentissant leur long tilet d'argent. Les anciens n'admiraient pas seulement dans les beautés de la nature l'œuvre de la Divinité, ils y voyaient la divinité elle-même. Aussi les Phiofaliens venaient-ils dans ce charmant endroit rendre un culte à la nymphe du fleuve; ils amenaient leurs enfants y couper leur chevelure en son honneur'.
' Piilis,, Anad., XI, |.
l.A NÉDA. lôl
Bieiilôl les nioiilagnes qui encaissent le cours delà Néda grandissent, se rapprochent et forment une gorge prescpie inaccessible, où il faut aller cliercliei' ces cascades si vantées jadis, aujourd'hui ignorées des habitants mêmes du pays. Il nous fallut deux jours de recherches vaines, avant de trouver un Phigalien qui pût nous servir de guide : c'était un vieux berger (pii s'était égaré de ce côté à la suite de ses chèvres.
Pendant près d'une heuie de marche vers l'ouest, rien ne s'offre de remartpiable, si ce n'est (juelques pierres helléniques dont la disposition est singulière. A une centaine de pas des murs de la ville, on tiouve une sorte de grotte formée d'assises très-soigneusement taillées et recouvertes par une large pierre qui s'enfonce dans le lalusdu chemin. L'ouverture a quatre pieds de haut et un pied et demi de large, quehpjes pieds à j)eine de profondeur. Il est vrai que des éboulements ont dû élever le niveau du sol. Etait-ce fissiie d'un couloir souteriain qui permettait de soitir de la ville assiégée? — Mais le jjassage eût été troj) étroit, et il est facile de leconnaître que les constructions ne se continuent [)as sous la terre. Etait-ce simplement un abri pour l'humbleslalne de quehpie divinité champêtre? — Ce (pii confirme cette dernière supposition , c'est (pTun mille plus loin, se trouve une jx'lilc grotte absoliiiiicnl
15^2 A RCA 1)1 K.
seinl)lal)l(', si ce n'est (jiie le sol est l)eaucauj) plus exljaussé j)ar le temps. AssuiémeiU, la disposition des lieux, autant que l'éloigneuient, prouve fju'aucun souteirain ne pouvait de ce côté re joindre la ville. C'était une sorte de chapelle, de niche, où les pâtres plaçaient quelque informe statue façonnée par leurs mains, et suspendaient leurs pieuses offrandes.
Enfin, après plusieurs détours, on arriveau-devant d'un étroit piécipice, au fond ducjuel la Néda roule avec fracas ses eaux compiimées et écunianles. Sur la droite, un mugissement plus égal et plus solennel indique les cascades, (pie d'en haut on entrevoit à peine, à travers les arbres (|ui couvrent les flancs du ravin.
En face , derrière l'autre rive et au second plan à l'horizon, se diesse un pic nu et pierreux que couronne le village de Kara-Mustap/ia. Ce serait là, selon quelques opinions, le mont Ira^ dernier refuge de la liberté messénienne. D'autres le placent quelques lieues plus à l'est, entre le mont Cérausius et la Néda, près du village de Kakolélri. Les indications assez vagues que nous a laissées l'antiquité semblent justifier la première conjectuie.
D'abord, les Messéniens se trouvaient ainsi plus près de la mer et pouvaient établir facilement, avec Pylos , Mothon et les marchands de Céphal-