LE STYX
delherg pour la tliinensioii des tonneaux. Mais le respect de la tradition n'y a lien perdu, et un des moines les [)lus lettrés, en lécitant au voyageur le texte de Pausanias, ne manque pas de faire remonter l'antiquité de son monastère jusqu'aux PrœtideSy les plus anciens annchorèles connus.
C'est encore dans les monts Aroaniens (|u'un paysan m'a raconté Tliisloire d'un fils de prince qui, piqué par un serpent, fut enterré sur la montagne avec tous ses trésors. Mais les trésors et le tombeau ont échappé jusqu'ici aux recherches les plus intrépides. Qui ne reconnaît dans cette fable ce (jue Pausanias laconte^ d'y:^.'pitiis ., fds d'Elatus? Toutefois il place son tombeau à quelques lieues de là, sur le mont Sépia, près de Phénée.
Ce n'est pas seulement dans l'antiquité (|ue le caractère arcadien est remarquable par son altachement aux vieilles tiaditions.
■ A rend.., XVI.
LA ÏRIPHYLIE.
r,\ TRIPHYLIE.
La Triphylie est iiti petit pays qui s'étend l\ l'ouest de la Grèce, sur les bords de la mer Ionien ne, entre l'embouclinie de l'Alphée et l'embouchure de la Néda, c'est-à-dire entre la IMessénie et l'Élide; à l'orient, elle louche à l'Arcadie. KUe renfermait neuf villes, selon Polybe ^, Samiciwi ^ Lepraeurn, Hypana, Typancte, Pyrgi, .Epiurn, liolax, Sifllangium et Plirixa.
Slraboii cite encore* Macistiis ^ EpiUiUiini et Pyios ^ qu'il prétend avoir été la capitale de [Nestor, sujet de bien des discussions pour les modernes. Cepeiulanl on s'accorde ^énéialement ,
' I,. lV,c. 77.
' I. Mil, p. iV>.
214 LA TRIPHVLIK.
malgré l'opinion du géogiaplie ancien, à donner l'avantage à Pvlos de Messénie, Pylos Coryp/xixienne, sur Pylos Tiiphyliàquc et même sur une troisième Pylos qui élait en Éiide, à dix milles de la mer. Hérodote place aussi en Tii|)hylie la villr de Nudiuni ^ et Pausanias Scillontc 2, retraite de Xénoplion.
Triphylus, fds d'Arcas, donna au pays son nom, et les habitants se disaient Aicadiens d'origine. Cependant i! ne parait pas qu'ils aient jamais élé réunis à l'Arcadie; mais ils furent soumis tantôt aux Messéniens, tantôt aux Éléens. Ainsi, au temps de la guerre de Tioie, on les voit suivre Nestor en Asie, après avoir (pielque temps obéi à Pélops, roi de Pise. « Ceux qui « habitaient Pylos et l'aimable Aréné (Samicum j «et Thryum (Tryoessa), gué de l'Alphée, et « yEpy la bien bâtie, ont pour chef Nestor de « Cérénia, célèbre par ses coursiers^. »
Plus tard, ils revinrent sous la domination de l'Élide. Nous savons pai' Slrabon ^' que la rii[)hy-
' L. IV, c. i/,H. ' Elid., I, c. \l.
^ Oî ôè nûXov t' ivEjjLovTO y.a\ 'Aprîvr|V £paT£ivr,v,
KvX Wp'jOV, 'A)iCp£lOÎO TTOpOV, Xat lijXXtTOV ÂÎ7TU,
'J"ô)v aiiO' riyeadvcus l'cp-^^vioç iTCTroxa ÎSsaTcop.
(//,n, V. 5yi.) • !.. VIII, p. 358.
LA TRlPIIYLli:. ^210
lie fut c()H(|uise vers la liuilième olympiade par les Éléeiis, avec l'aide des Lacédëmoniens. Depuis lois, les Tiipliylieus leslèrenl toujours dans leui dépendance, malgré leuis efTorls pour redevenir libres, malgré l'alliance malheureuse (pi'ils con- Iraclèienl avec Pise, lors de sa dernière lulle contre les Eiéens '.
Léprée refusa d'entrer dans la ligue; mais, pendant la guerre du Péloponèse, elle appela une garnison lacédémonienne; ce cpii donna lieu à de longues contestations entre Sparte '^ et FLIis. Les Tripliyliens se laissèrent entiaîner plus tard |3ar les Éléens dans la guerre sociale, et durent rendie leurs villes les unes apiès les auties à Philippe. La confpiéle romaine ne les sépaia pas du pays plus puissant dont les siècles avaient consacré la domination.
La route qui mène de la INéda à l'Alphée, à travers la Triphylie, longe constamment la mer à gauche, et à droite les collines qui terminent la grande chaîne du Lycée. Le sol de cet étroit espace a été lentement conquis sur la mer, tantôt pai le dépôt du limon (pj'apportaient les torrents, tan-
■ Pans., Elid., \,v.\ . — 1>o1\1j., 1. \\, c. 77.
" L'anil)ition de Sparte ne se portait pas seulement sur les pays riches et florissants; elle semblait vouloir penetiei et triomj)lier dans h^ parties les plus rec niées dn Pelo[)onèse.
21 () LA THIPIIYLIK.
lot par i'enlassement des sables (|ue les flols euxmêmes rejetaient. Deux grands marais salés, où une partie des eaux est restée piisonnièie, semblent avoir été ainsi formés.
En quittant la INéda, on traverse longtemps de cbarmants boscpiets d'arl)us(es toujours verts, aux(piels des plantes grimpantes s'entrelacent. On dirait que la main de Tliomme les a disposés en haies et en massifs; quand parfois de grands pins les dominent, quand de vertes pelouses les entourent, on se rappelle involontaiiement les |)arcs de nos pays, on l'art épuise ses combinaisons. Api es dix minutes de marche, les voyageurs trouvaient encore, au connnencement de ce siècle \ quelques pierres helléniques et une architrave de marbre blanc : ce serait, selon le colonel Leake, l'emplacement de Pjrg/.
Un mille plus loin, on aperçoit à dr'oile le village de Slro^'itzi , à la place de l'antique LejM'ée. Il ne reste tpie les nuirailles ruinées * de cette ville, qui fut la plus puissante de la Triphylie. Son fondateirr, Lépiéus, vivait au temps d'Hercule. Quand ce héros vint faire reconnaître à Nélée la dominalion argienne, il lui donna l'hospitalité. Hercule passait pour- grand mangeirr-, et il [)aiaît
' Leake, Tnucls in ihe Morca ,1.1, (.h. 2. ^ Ihhl., |>. 55.
LA Thll'lhl.ll-:. 217
(jne celle répulalion ne tlalait p;is (h? Wllccstc^ (i'tLuiipide; car Lépréus, (|ui se pitiiiail de ne \r céder à personne sur ce |)oint , le provoqua à un combat de table '. Clia(|ue adversaire prit u\\ bœuf, l'égoigea, rap[)réla lui-nième, selon les mœurs béroï(|ues, el tous deux se tirèrent à ieuibonneur de celte rude épreuve. Sans doute (pjc le gain du pari suscita (pielque querelle. Lépréus osa défier Hercule à un conibat phis sérieux : il lui lue el enterré à Pbigabe; ce qui indiquerait (pi'il était, connue la plupart des Tii|)byliens , d'origine aicadienne.
On piétendail aussi que les premieis babitants de la ville avaient été altatpiés de la lèj)ie et avaient du leur non\ à cette maladie.
Après avoii' traversé l'Acidas, on entre sous une tbrèl de grands pins qui s'étend le long des cotes pendant six à sept milles. Celte Ibrèt, ipii existait dans ranti(|uilé ^, est remarfjuable par sa beauté autant (pie par' sa j)Osition. Pendant plusieurs beures, le vovageui- marche sur un sable lin, ombragé j)ar des j)in.s séculaires dont les leuilles, écliaulfées par le soleil, répandent un aiorne vif et pénétrant. De petits lacs , (pie les anciens a|)pelaienl Nymphnmn , paice c'était un
' Paiis., l:U(l.^ I, . . \.
' l»;uis, RiuL, I, t. M.
218 LA TRIPHYLU:.
lieu consacré aux ^yln|)lles anigiicies, se succèdent au pied des nioiiiagnes, à dioile de la loule, el font iiaîlre sur leuis I)()rils une végélation luxuriante dont les couleurs contrastent avec l'éclat si doux des pins de Grèce. Alors la vue devenue libre contemple les lignes harmonieuses et les teintes ardentes des deiniers rocliers du Lycée. J)u côté opposé, à travers les troncs des arbres (jui cachent le rivage, apparaît le bleu intense de la mer. La solitude, le silence ne sont point troublés par- le voisinage des hommes; çà et là, des arbres tombés de vieillesse attestent (|ue leur- main a toujours respecté cette antique forêt.
Dès qu'on en est sorti , on franchit le défilé de Khaïaffa^ grands rochers au nrilieu d'un marais, (juinelaissent qu'un passagesui- une étroite chaussée. De là apparaissent, sur une hauteur couverte d'épais hallieis, des murs et des touis helléniques d'une couleur sombre et d'un effet imposant : ce sont les ruines de Scunicuni.
Samicum ou Samia était irne ville très-ancienne, citée par Honrèie, qui rapj)elle Aréné. « Il existe « un fleuve, nommé Minyéus, (|ui se jette tlans « la mer près d'Aréné ^ . »
' 'liffTi OS Ti; TTOTau-ôç ÎVI ivur/ioç eU «Xa pâXXojv
LA TUilMIVLIE. i>in
Or la rivière qui coule près de Samicuni esl VJnigrus, et l'Anigrus, au dire des Arcadieus, se norumait anciennement Minynis '. Ce i'ail seul prouve l'identité de Sauiicuin et de l'Aréné d'Homère. Samicum était, avec Lépraînm , la ville la plus florissante de la Tripbylie. Son temple de Neptune était célèbre, et la Tripbylie tout enlièie contribuait pour son entretien, La statue du dieu était sans barbe : un des pieds était croisé sur l'autie, et les deux mains s'ajjpuyaient sur une lance. On revêtait la statue d'une robe de laine, de lin et de coton. Elle fut plus lard transportée à Elis ^.
Il ne reste de Samicum que le mur d'enceinte, (pii entouie une bauteui- d'accès difficile et domine toute la Tripbylie. A gaucbe, la vue s'étend sur la plaine, sur le cours de la Néda , et n'est arrêtée que parla montagne de Cypai issia; à droite, l'autre moitié de la Tripbylie, les collines qui cacbeiit l'Mpbée, l'emboucbuie de ce fleuve audessous du pronjonloire Icbtbys, et l'île de Zantc au milieu de la mer Ionienne; en face, l'étendue immense des flots, (pie la pensée suit juscju'aux rivages de la Sicile. Ainsi ,au temps où Samia était libre, elle vovait s'avancer de loin ses ennemis
' P;ms., A7/r/.. I, 1 . (. \t.
' P;..i>., /i/ul., Il,c. \.\\.
±H) LA THIPHYLIK.
et lie craitçtKiil iuicime siiiprise, soil (jue les Messéiiieiis se prépaïassenl ù IVaiicliii' la Nécla , soil que les Eléens pariissenl au défilé de l'AlpIiée, soit enliii cpie des pirates accout ussenl au pillage sur leurs rapides vaisseaux.
Les murailles sont d'une épo(pie très-reculée, et sembleiil à peine postérieures aux uiuiailles de Mycènes, C'esl un mélange du polygonal régulier et du second ordre hellénique. La pieire est un silex feriugineux d'une dureté piodigieuse, et d'une couleur foncée (pii varie du louge au noir, et rappelle les murs (pie l'on trouve dans l'île de Milo. Les assises sont presque toutes d'une énorme dimension, et se prolongent piofondément à l'intérieur de la muraille, dont s'explique ainsi l'imnuiable solidité. Leur taille est belle, et atteste un tiavail et une intenlion de parfaite légularité que l'art d'alors ne permellait pas d'atteindre. Par exemple, on retrouve ce défaut d'agencement [)roduit par les angles capiicieux du polygonal, (jui nécessilent l'inleicalation de petites pierres; ou bien, lorscpie, dans un bloc énorme que l'on taillait, la matière mancpiait, il fallait lemplir l'angle rentrant par la saillie de l'angle de la pierre voisine. IVIais il est impossible de ne pas reconnaître a la rareté de ces accidents que les architectes chercliaicnt déjà soigneusement à les éviter.
LA THI1»IIVLIK. ll't
Les lours du midi surtout sont rernarqiKthles par leur beauté et par leur force. Au sommet de la colline, des murs rasés, que Ton distingue à peine sous la végétation qui les recouvre, ont dû servir de base ou d'enceinte à différents monuments.
L'embouchure du (leuve Ânigrus ou Minyéus, citée par Homère, se confond probablement aujourd'hui avec les marais qui bordent la mer. Dès l'antiquité, du reste, les sables rejelés par les vagues arrêtaient son cours: «Ses eaux fétides,» dit Pausanias ' nous dirions aujourd'hui sulfureuses), (( guérissaient les maladies de peau. » -Après avoir prié dans la grotte des Nvmphes anigrides , les malades se jetaient dans le fleuve, le traversaient à la nage et en sortaient parfaitement sains. Le centaure Chiron , IWessé par une flèche d'Hercule, avait lavé sa plaie dans l'Anigrus, qui resta depuis ce temps empesté par le venin de l'hvdre.
La route jusqu'à l'Alphée n'offre lif n de lemarquable. Le nymphanim, Ips sables et les pins se resserrent vers la cote et s'écartent peu à peu des fîiontagnes; la terre devient de nouveau accessible à la culture, r/esl sur les collines qui lernnnent la Triphylie et qui s'arrêtent au-dessus
' Paus., Eiu/., I, c. \.
LA TRIPHYLii:.
(le TAlpliée (|iril faut placer Kpitalium : d'après Strabon, lipitalium est la ville tpi'Homère nomme rliryon; à cet endroit, on traversait anciennement TAIpliée et l'on entrait en Elide.