HISTOIRE DI<:S ÉLÉENS
bravant à plaisir les Eléens. Dès la 8^ olympiade, les Piséens avaient appelé Pliidon d'Argos', le plus violent des tyians de la Grèce, el présidé les jeux avec lui. Dans la 34^, Pantaléon rassembla une armée chez les peuples voisins, el assura une seconde fois à son peuple une préséance qui devait lui être fatale. LesÉléens se montrèrent pourtant modérés, malgré la puissante alliance des Lacédémoniens. Cai-, dans la /jB** olympiade, inquiets des armements de leurs ennemis, ils avaient pris les devants et envahi leur territoire. Mais ils se laissèrent toucher par les prières et les promesses de Dénjophon, et seize fennues choisies dans chacune des seize villes de l'Elide aiiangèrent le différend à l'amiable ^. Leur indulgence fut mal reconnue. Sous le règne de Pyrihus, les Piséens leur déclarèrent la gueire de leur propre mouvement, el soulevèrent contre eux les villes de la Triphylie. Ils furent vaincus, leur ville détruite, et ils allèienl chercher un asile en Etrurie, où Pise leur dut vraisemblablement sa fondation et son nom.
Dès lors, les Eléens^ maîtres de toute l'Elide, se livrèrent entièrement à la paix, à l'agriculture^
• Paus., Elid,^ I, c. XXll.
• lbùl.,c. XVJ.
^ Polybc, I, IV, §73.
et à la célébiation des fêtes solennelles qui altiraient toute la Grèce. Pendant longtemps, ce caractère pacifique et sacré de l'Elide fut reconnu si sincèrement par le reste des Grecs % que les troupes étrangères déposaient leurs armes en entrant sur le territoire consacié à Jupiter; les Eléens ne les leur rendaient qu'à la frontière ^. L'invasion des Peises les tira de ce calme profond, et ils coururent s'unir aux défenseurs de la commune patrie. Les Lacédémoniens, leurs anciens alliés, qui auraient voulu aimer le monde entier contie Athènes, les forcèrent de se mêler aux sanglantes agitations de la Grèce et de les suivre en Attique. Il est vrai que cette violence tourna bientôt contre eux : les Eléens, impatients de secouer leur joug, se liguèrent avec les Arcadiens, les Argienset les Athéniens, Et même, lorsqu'Agis ^envahit l'Élide, ils le battirent à Olympie et le chassèrent de l'enceinte du temple où il avait osé engagei" le combat.
Agis avait entrepris celte expédition, disait-il, pour venger Lycris, athlète lacédémonien que les
' Dans le principe, au contraire, tous les Péloponésiens s'étaienl refusés à le reconnaître et à se soumettre à la trêve sacrée. Il fallut une peste, avertissement des dieux , et la voix toute-puissante de l'oracle de Delphes pour les persuader.
* Plilégon de Tralles, Fragin. <iiir les Olrinpiffiirs , dans (ironovins.
HISTOIRE DES ELEENS. ^231
Hellanoclices avaient fait frapper de veiges. Comme les Éléens avaient exclu les Lacédémoniens des jeux, il s'était donné pour Thébain; la sévérité avec laquelle cette supercherie fut punie prouve avec quelle autorité les Éléens maintenaient leurs privilèges contre les plus puissants Etats.
Mais l'âge d'or de l'Elide ne devait plus renaître. Affaiblis par des divisions intestines, dont les causes et les détails sont ignorés, ils subirent l'alliance de Philippe, roi de Macédoine; et, si leur patriotisme refusa de combattre avec lui à Chéronée, leur haine contre Lacédémone les poussa à le suivre dans son invasion en Laconie. Après la mort d'Alexandre, ils s'unirent aux Grecs contre Antipater.
Leur fin fut obscure, et la domination romaine les trouva prêts pour la servitude. Peut-être celte période de leur histoire fut-elle la plus heureuse, sinon la plus honorable. Ils retrouvèrent forcément cette paix intérieure et extérieure qu'ils avaient depuis longtemps oubliée. Leurs fêtes et leurs pompes leur restaient, occupations (|ui ressemblaient à la vie polili(|ue, source de richesse, sacerdoce que les Romains eux-mêmes continuèrent de re'^pecter.
LI':S Jiax OLYMPIQUES. -23a
CHAPITRK TT.
LRS JEUX OLYMPIQUES.
TjCS écrivains anciens, parliculièieEnenl Paiisaniah, nous ont laissé lant de détails sin- la iiîatiière dont se céléhiaient les jeux Olympiques, l'abbé Barthélémy a recueilli si coiTiplétement les textes et les a si habilement mis en œuvre dans son récit, qu'il a rendu inutil<> toute nouvelle recherche sur ce sujet. Aussi n'ai-je l'intention de m'arrrter (|ue sur la partie hisloiique qui concein.^ rétablissement de ces jeux; j'y mêlerai (|uel(pies considérations générales (|ui n'ont point trouvé place dans le voyage imaginaire d'Anarharsis.
Les Eléens piélendaieul (|ue les lioimiies de l'âge d'or avaient, les premiers, érigé un temple à Olympie et qu'ils l'avaient consacré à Rionus ou Saturne ^ Peuplée par la lace pélasgique, comme l'Arcadie dont elle faisait primitivement partie, l'Elide dut, en effet, adorer cette grande divinité des Pélasges, et le mont Kronus, qui dominait la vallée d'Olympie, rappelait par son nom les droits du dieu détrôné. Mais ce temple se réduisait probablement à un simple autel, et le nom d'Olympie ne peut remonter à une antiquité aussi reculée. Les Doriens l'apportèrent, dit- on , de la Thessalie, où ils avaient élevé sur l'Olympe des temples aux dieux de la dernière dynastie.
Plus tard, cinq Dactyles ou Curetés du mont Ida, en Crète, Hercule, Pasonœus, Epimédès\, Jasius^ Idas, apportèrent à Olympie Jupiter enfant, c'est-à-dire son culte naissant. Dans ces temps barbares, il ne pouvait en être différemment des époques civilisées : toute nouvelle religion rencontre des résistances et des persécutions. Aussi une tradition rapportait-elle que Saturne et Jupiter s'étaient disputé l'empire à la lutte. Jupiter vainqueur fit célébrer des jeux après sa victoire : Apollon l'emporta sur Mercure à la course et sur Mars au pugilat. Ces fables n'ont de valeur que
' Paus., TT//./., 1. I, r. VIL
LES JEUX OLYMPIQUES. -iT)
parce (lu'elles atleslent le combat des deux religions. Ceux qui veulent que Piomélhée ait régné en Elide le donnent pour prolecteur au nouveau dieu, et cette fois ils trouvent une preuve éclatante dans le mythe de Prométliée, reconnu par toute la Grèce et immortalisé par Eschyle.
En outre, ces fictions semblent indiquer que les jeux Olympi(|ues furent apportés de Crète. Hercule Idéen et les Dactyles, ses frères, les célébrèrent les premiers, d'apiès le témoignage de Pausanias. De là cette confusion naturelle (pii attribuait au dieu l'œuvre tie ses jninistres. Voici d'autres faits à l'appui de cette opinion.
Dans la suite des temps, un autre Cretois, Cljménus, qui se prétendait descendant d'Hercule Idéen afin d'être mieux accueilli en Elide, remit en vigueur les jeux oubliés, et réussit à les rendre si populaires que presque tous les rois du pays ou des pays voisins, Endymion, Pélops, Amyihaon, Nélée, Augias', tinrent à honneur de les renouveler.
A Delphes, les premiers prêtres d'Apollon fu-
' Dans le onzième chant de V Iliade, Nestor raconte qu'Aiigias retint les chevaux et le char que son père Nélée avait envoyés en Elide, |)Our v dispiitci \r prix de l;i rftnrsc et li' trépied promis au vaiiMjuciM .
reni également des Ci élois, t|iii,là aussi, inslihièlent des jeux, les jeux Pylbujues.
Enfin Lycuigue rapporla vraisemblablement lui-même de la Crète le projet qu'il réalisa de concert avec Ipliitus.
Mais il est du moins certain qu'il ne faut pas attribuer à Hercule, fds d'Alcmène, l'institution de ces jeux; il les fit seulement célébrer de nouveau, après la défaite d'Augias et la prise d'Elis '. Ses clievaux, conduits par lolas, remportèrent le prix delà course de cbars. Castor fut vainqueur à la course, Pollux au pugilat : celle double victoire atlacba au nom des Dioscures la gloire immortelle qui les fit dieux. Hercule lui-même ne dédaigna pas de descendre dans l'arène et de gagner la palme de la lutte et du pancrace. Jamais olympiade ne vit des concurrents plus illustres, si toutefois les Eléens n'avaient pas inventé ces traditions pour prouver l'antiquité de leurs jeux. Mais l'éclat de ces dernières fêtes fut suivi d'une interruption prolongée. En vainOxylus, qui, pour faire oublier son usurpation, s'attacbait aux vieux souvenirs et aux vieux usages, essaya-t-il de les faire revivre. Les bouleversements produits dans le Péloponèse par l'invasion dorienne, les guerres entre les États divisés d'intérêts, les luttes intes-
• Pans , ElifL, \,c, VIII.