LES JEUX OLYMPIQUES
lines entre les deux races, entre la royauté et l'oligarchie, puis entre roligarcbie et la démocratie, les émigrations des vaincus ou des mécontents, cet état de choses, violent et transitoire, était trop contraire à de semblables desseins. Les Doriens, malgré leur culte pour Jupiter Olympien, malgré la satisfaction (|u'ils devaient épiouver en trouvant chez la race conquise les divinités qu'ils apportaient avec eux, furent sourds à l'appel d'Oxylus.
L'histoiie attribue au roi IpliUus le rétablissement solennel des jeux Olympiques, ou plutôt leur institution véritable; car jusqu'à lui ce n'était (ju'une fête locale sans périodicité, ^lais il ne fit (jue suivre les conseils deLycurgue, qui portait partout sa pensée de législateur. Lycurgue sentait combien la paix était nécessaire à Spaite, pour que les nouvelles lois et les nouvelles mœurs y prissent racine. Aussi vit-il smtout dans les jeux 01ympi(pies un moyen de sus|jendre des guerres éternelles entre les peuj)Ies i\\\ Péloponèse, et de lendie la paix plus inviolable, en la plaçant sous la protection de la religion. Il fit [)arler l'oracle de Delphes, couqjlice accpiis à l'avance à tous les projets salutaires ; il fit inviter par les Eléens tous les peuples du Péloponèse à assister aux fêtes d'Olympie ; il tiaca lui-même, suivant Aiistole ^, les
' Aristote cité par IMiilarfiuo, Vie de Lycurgue , § i.
lois de la suspension d'arnies qui se devait obseivei* alois, véritable trêve de Dieu qui devançait le christianisme.
L'opinion la plus générale place en 884 le règne d'ipliitus, cent huit ans avant que les Eléens inscrivissent la victoire de Corœùus sur leurs registres et fondassent l'ère des olympiades. Pourquoi les Grecs ne les comptèient-ils pas dès le règne d'iphitus? Est-ce parce qu'ils ne savaient alors ni fixer leui' histoire ni se créer des annales ? Ou bien l'idée de Lycurgue resta-t-elle longtemps stérile, et les jeux Olympiques ne commencèrent-ils qu'un siècle après à attirer le concours enthousiaste de toute la Grèce? On le présumerait, en lisant dans Pausanias que le prix de la course était le seul prix proposé jusqu'à Corœbus. Ensuite, comme si l'attention naissante des Grecs avait besoin d'être fixée el leur empressement excité pai- des plaisirs plus complets, de nouveaux exercices s'ajoutent rapidement aux premiers : le double stade dans la il\^ olympiade % le pentathle et la lutte dans la 18*^, le pugilat dans la 23*^, la course des chars dans la 26^ etc. Au reste, cette nécessité d'innover, loi de tous ses spectacles, fut poussée si loin, que, dès la 4i^ olympiade, il y avait des prix de course, de lutte, de pugilat, pour les enfants.
• Paus., ^//f/., 1 , c. VII i. • .
LES JEUX OLYlMPIQUES. -lA^
Ainsi, nous voyons deux périodes bien distinctes dans l'histoire de la fondation des jeux olympit|nes.
La pieniière est fahuieuse et composée de tiadilions recueillies dans le pays. Si on ne refuse pas toute croyance à ces traditions, il en résulte que ces cérémonies, ap|)oitées de Crète avec un dieu nouveau, n'eurent dans le principe qu'un caractère sacré, destinées à attirer les populations du voisinage autour du dieu, à rendre son culte aimable et populaire, et à tourner la curiosité au profit de la religion. Ce but une fois atteint, au milieu des guerres et des malheurs d'une époque barbare, les fêles n'offrent plus qu'intermittence et obscurité. Cependant elles avaient laissé des traces profondes dans les souvenirs du peuple; car tous les rois intelligents de l'Élide, tous ses conquérants, tinrent à honneui- de les faire célébrer, et il se trouva une ville, Pise, qui aima mieux périr que de renoncer à les présider-.
La seconde période, au contraire, est tout historique, et la pensée politi(|ue a pris la place de la pensée religieuse. 11 serait ridicule de prêter à Lycurgue la charité (|ui a dicté au christianisme la trêve de Dieu, ou les chimères de ceux (jui rêvent le désarmement des peuples et la paix universelle. Mais, tout en reconnaissant qu'il a été conduit surtout par l'égoisme national et le désir
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d'assurer à ses concitoyens un repos favorable à l'établissement des nouvelles lois, nous paraît-il impossible {|ue cet esprit doux et éclairé, qui avait conversé avec les sages de tous les pays, étudié partout les malheurs et les vices de l'humanité, cherché les institutions les plus piopres à prévenir les uns et à réprimer les autres, mêlât à ses préoccupations delégislateur une idée plusélevée? Les intérêts, les querelles, les haines qui divisaient les petits Etats de la Grèce, devaient lui paraître chose misérable; mettre aux guerres qui les ensanglantaient, sinon un terme, du moins des bornes, tel était le devoir d'un homme de bien. H eût été puéril d'attendre ce résultat de mesures réglementaires comme une trêve de cinq jours tous les quatre ans, comme la nécessité pour les armées de déposer leurs armes avant de traverser l'Élide. Une réforme telle que le passage de l'état de guerre à l'étal de paix, de la barbarie à la plus haute civilisation, autant que cette civilisation est possible, demande une action plus philosophique et plus sérieuse sur l'esprit des hommes. Or il en est des peuples comme des particuliers : le seul moyen de faire cesser leurs préjugés et leurs haines, c'est de les mettre à même de se connaître, c'est-à-dire de les réunir. Lorsque, en outre, les cérémonies les plus augustes de la religion et les fêtes les plus splendides président à