‹ Études sur le PéloponèseChapitre 37 sur 66 · LES JEUX OLYMPIQUES · texte numérisé non relu

LES JEUX OLYMPIQUES

celle réunion, commeni les âmes ne se seiaienlelles pas ouvertes à la réconciliation en s'ouvrant à la joie? \ peine l'éporpie imj)alieinn)enl attendue était-elle anivée, rpie loule la Grèce déposait ses armes, ses soucis, le souvenir de ses maux; avec celte ivresse que peint si admiiahlemenl Aristophane dans ses plaidoyers pour la paix, on courait veis TElide, terrain neutre, l('f'rc coinimiiw. ' , oîi la nature amollissait les cœuis \mv sa douceuiet son charme, où tous devenaient citovens de la même république, la république du plaisir. Les botes renouaient leurs anciennes relations interrompues par la guerre; les guerriers retrouvaient les ennemis dont ils avaient appris à estimer la valeur sur le chamj) de bataille; mêlés les uns aux autres, devant les autels, aux festins, sous les lentes, aux jeux, tous les |)euples s'étonnaient de se retrouver si différents de ce qu'ils avaient er u, et, s'ils parlaient des maux passés, ils s'étonnaient d'en avoir- autant causé qu'ils en avaient souffert. Les Athéniens cessaient de mépriser les Lacédémonienspour- leur grossièreté, et applaudissaient les premiers à la jeunesse sparliate (|ui se levait tout enlière pour faire place à un vieillard. Les Lacédémoniens, dont la haine élait plus violente, se laissaient séduire par- la grâce et l'enjouement

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des Athéniens. Cliacun, en lelournanl dans son pays, compaiait ces jours de de'lices et d'union aux fiîstesjouinées que leurs divisions leur avaient laites, et on se jurait de tout faiie, dans les assemblées, au sénat, pour y niettie un ternie. En ramenant avec des bonneurs inouïs ses alblètes vain(iueurs, chaque peuple ne ramenait-il pas en triomphe la Gloire innocente et la Victoire que le sang ne souille pas?

Voilà peut-être ce que Lycurgue avait entrevu, espérant que cette influence salutaiie des jeux Olvmpiques s'accroîtrait avec les années et avec Je piogrès des mœurs. Mais un caractère aussi léger, aussi mobile que le caractère grec ne pouvait conserver longtemps rimpression de quelques heures. A peine était-on de retour, et déjà le rêve s'était évanoui : les intérêts et les vieilles querelles reparaissaient, les chefs ambitieux reprenaient leur ascendant, les orateuis parlaient, les assemblées s'agitaient, et. bientôt les préjugés et la guerre avaient reconquis leurs droits imprescriptibles. L'histoire ne prouve que trop combien ces éternelles divisions, poui lescjuelles la Gtèce semblait née, s'augmentèrent avec le temps; elles finirent par livrer tous les États épuisés aux conquérants étrangers, à ces barbaies Macédoniens, que l'on avait d'abord si fièrement exclus des jeux , parce (|u'ils n'étaient pas Giecs.

LES JEUX OLYMPIQUES. o',:}

Les jeux Olympiques, poui' avoii- uiancjué le l)ut impossible (jui leur avait été Hxé, n'en eurent pas moins une grande action sur l'adoucissement des nrœurs, sur la diffusion de la civilisation et des lumières, en mettant en contact les peuples les plus arriérés avec ceux qui devançaient glorieusement le siècle. On n'y admirait pas seulement la force, la beauté, l'adresse du corps; le génie v trouvait aussi la publicité et la gloiie. Les œuvres d'art innond3iables cjue clia(|ue ville apportait à Olympie, le peuple de statues (|ui renrplissail l'Altis, les écrits qui se récitaient sous les portiques, n'était-ce pas la lutte des intelligences à côté des luttes gymnastiques ? La palme était plus belle : c'était l'immortalité. Là, les Grecs se contemplaient avec orgueil les uns les autres et puisaient ce sentiment de nationalité qui leur faisait tant mépriser les autres nations. Là aussi, ils payaient leurs dettes communes aux sauveurs et aux bienfaiteurs de la couunune patrie. C'est là (jue Thémistocle recevait la plus tiélicieuse des récompenses, et qu'enivré par les regards et les aj)[)laudissements de la Grèce, il proclamait ce jour- le plus beau de sa vie. G est là (|ue Platon sentait sa séi'énilé philosophique troublée par urre joie orgueilleuse, lorsqu'il entendait autour- de lui le murmure flatleur- de toute l'assemblée.

Quand une sage et généreuse pensée a été dé-

posée dans une institution, il n'appartient qu'au temps d'en développer les bienfaits; mais alors même qu'il la détourne de son but, c'est toujours à un bien qu'elle aboutit, comme par une consolante fatalité.

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