‹ Études sur le PéloponèseChapitre 39 sur 66 · LA VALLEK DE L'ALPHÉE · texte numérisé non relu

LA VALLEK DE L'ALPHÉE

bouchuie du Cladeiis. En face, sur la rive gauche du fleuve, s'élèvenl de veites collines, aux pentes douces et ombragées, aux contours harmonieux , derrière lesquelles le souvenir' cherclie 5c///o//^^, retraite de Xénophon, la belliqueuse y£/;/, et ce redoutable mont Typseas , d'où Ton précipitait les femmes qui osaient passer rA.lpliée et assister aux jeux Olvmpiques ^.

Le caiactère de ce site est tout différent du caractère général du Péloponèse. Ce ne sont plus de hautes montagnes, des lochers abiupts et brûlés du soleil , des mouvements violents de terrain, des lavins sauvages. De tous côtés, la nature a une richesse et une douceur qui portent l'âme au calme, aux riantes pensées, et qui semblent appeler les fêtes et les joies pacifiques. Comme si l'on avait craint que la présence des hommes et le tumulte des villes ne troublassent ce lieu enchanteur, les dieux seuls et leurs ministres Thabilaient. La vallée n'était qu'un sanctuaire rempli de temples, de statues et de monuments : retraite silencieuse et recueillie de la religion et des arts.

Aussi éprouve-t-on un étoiniement bien naturel en ne retrouvant aucune trace de tant d'édifices (pie ni lesgueires, ni les incendies, ni les mal-

' Pans., EUd., I, r. M.

■iW KLIDK.

beurs (|iii alleigiieiit les villes n'ont dû déliuire. Une fouille heureuse, dont la gloire s'attache au nom français, a découvert l'emplacement et les restes du temple de Jupiter Olympien. Mais les temples de Junon , de Cérès , de la Mère des dieux, de Vénus Céleste ; mais le grand Autel , le Pélopium, le Prytanée, le Gymnase, les portiques, les murs de l'Allis, le Stade, l'Hippodrome, que sont-ils devenus? C'est à l'Alphée qu'il faut demandei- compte de tant de désastres, à ses inondations, qui, année pai" année, siècle par siècle, ont renversé les monuments, entraîné les plus énormes pierres, et recouvert de douze pieds de limon ce qu'elles n'avaient pu arracher.

11 n'est point douteux que, dans l'antiquité, des ouvrages considérables n'eussent été eiécutés pour arrêter la violence du fleuve. Pausanias dit plusieurs fois ^ que le Stade et un des côtés de l'Hippodrome étaient fernjés par des levées, des terrassements, parce qu'ils étaient voisins du fleuve. Une autre preuve curieuse , c'est l'humidité de l'enceinte sacrée, et les précautions que l'on prenait pour préserver la statue d'ivoire, œuvre gigantesque de Phidias.

« Toute la partie du pavé qui est devant la sta- « lue de Jupitei est en marbre noir; mais elle est

' Pans., A7/V/., 1,0. XX, \\l.

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« enlouiée d'un rebord de inaihie blync de Paros, « afin de conlenii- Tljuile (jntui y verse. Celle '( Ijiiile empêche 1 liLiinidilé de gàler la statue, cai* « l'Allis est it/t endroit rn((r('ca<ieux ^. »

L'Altis était donc à peu piès au niveau du fleuve, comme les fouilles de l'expédition de Molée l'ont piouvé. En temps d'inondation, comment l'Alpbée n'eùt-il pas tout envabi. s'il n'eût été contenu j)ar des digues et des terrasses entretenues avec soin? Elles ont cédé au temps; empoitées les piemières , elles ont laissé sans défense les monuments qu'elles protégeaient.

Aujourd'bui donc, voici tout ce qui leste à Olympie :

1® Les premières assises du temple de Jupiter. On ne les aperçoit qu'en arrivant au bord des tranchées qui les ont découvertes ^.

'1^ Une luine romaine, en bricpies, au pied du mont Kronius. C'était une salle cariée, avec inie voûte (jui est tombée. On v trouve (piel(|ues traces de stuc.

^" Plus piès de l'Alpbée, une autre ruine en biiques et cinq ou six petites salles carrées, placées parallèlement, où Ton a voulu voir, je ne

' Pans., Elid. I, c. XI.

' V. V F.rj>écliti(ui di Morcr et le iccil des InniUcs |i,ii r.lniict.

suis p()tii(|iH)i , lies leinises de chars. Ces salles sonl adossées au teirain d'exliausseinenl déposé par l'itiondalion; elles onl leurs fondations dans la plaine plus basse où TAlpliée promène son lit changeant.

4° Un piédestal de statue auprès du mont Rionius. On y voit encore la maïque des pieds et des crampons. Il portait la statue d'Archélaùs, dit l'inscription; elle lui fut élevée, au milieu du deuxième siècle apiès .1. C, par les Eléens leconnaissants ^

5° Des tiaces de murs, de digues peut-être, sur les bords du Cladeus.

6° Également sur les bords du Cladeus et dans le petit ravin où il coule, les débris d'un temple doiique. On aperçoit dans les flancs du ravin, à douze pieds au-dessous du niveau du sol , des assises encore en place et des tand)ours de colonnes. Dans le lit même du torrent, au temps des eau\ basses, on rettouve tous les éléments du temple : colonnes cannelées, chapiteaux, architraves, triglyphes. Tout cela est disj^ersé, à demi enfoncé dans le sable, et semble n'attendre (|ue la main d'un architecte pour se relever el reprendre sa place.

' Outre cette inscription , on en lit deux antres beanconp plus longues sur les deux laces latérales du piédestal. Fof. le chapitre suivant.

LA VALLÉH 1)K L'ALiMIIŒ. -i.')!

I^e lemple élail (lori([iie et delà meilleuie ('jx)t|iie, mais |)elit, connue le jîiouvenl ses colonnes, qui n'ont (|ue di\-linil |)ouces de diamètre. IN ni doute qu'il ne lût défendu par des conslructions contre leCladeus, sur les boids du(|uei il s'élevait.

Les monuments que renfermait C)lynq)ie sont longuement décrits par Pausanias. Aujourd'hui (pi'il n'en reste plus lien, on est heureux d'avoii" son récit pour se faire une idée de ce que contenait un lieu si célèbre. Malheureusement, ses desciiplionsne suivent aucmi ordre et n'indi(|uent la situation des lieux et des choses que d'tjne manière fort vague, ou ne l'indicpient point du tout. Je résumerai brièvement son énumétation.

Le bois consacré à Jupiter s'appelait Altis , mot ancien poiu* a'XGo; '. Ce nom s'étendait à toute l'enceinte sacrée, où les autres dieux n'avaient point droit de possession , bien (|u'ils y eussent des tenq)les : ils n'étaient (jue les hôtes de Jupiter. L'Altis s'étendait jus(ju'au mont Kioniusau nord, jus(pi'au Cladeus à l'ouest, comme le prouve un texte de Xénophon ^, à Test jusqu'à l'entrée de

* 'AXÀ' 10 fliffaç suosvSpov £7r' 'AÀcpsco à'Xcoç.

(Piiid., Olymp., VIII, v. <j.) ' 'Etti Toii KXaSï'ou TTOTajxoù o; Trapà ty)v "AÀtiv xaTapp£(i)V x.. t. À.

{HelL, 1. VIII, <•. /,.) 1\I. l-(Mk<', dans son plaii r<slaiiir <!'()l\ nipic, n'a pas (Mi

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l'Hippodroiiie; au sud, il était vraisemblemeut parallèle au cours de l'Alphée, et très-voisin du fleuve.

L'Altis avait trois entrées : l'entrée publique, du côlé de THippodronie; l'entrée des Processions, à l'ouest, du côté du Cladeus; la troisième est inconnue.

Les monuments les plus remarquables de l'Altis étaient :

1° Le temple de Jupiter^ au centre de l'Altis, à une égale distance de l'Alphée, du Cladeus et du mont Kronius. Derrière l'opislliodome croissait l'olivier sauvage dont on couronnait les vainqueurs '.

•2° Le Pélopiurn, au nord du temple de Jupiter, et assez loin pour qu'un grand nombre de statues et d'offrandes trouvassent place dans l'intervalle. C'était une enceinte d'environ cent pieds de long, entourée d'une balustrade de pierre et plantée d'arbres. Pélops était révéré à Olympie de préférence à tous les héros, et son épaule était précieusement conservée dans ce sanctuaire.

'5^ Le Grand Autel de Jupiter Olympien, en

égard à ce texte, car il arrête l'Altis vers l'ouest, à un point tout arbitraire, i^oy. le Supplément aux Voyages dans le Péloponèse.)

' V. X Expédition de Mnirc , et le Jupiter Olympien , par Onatrcnière de Quinov.

LA VALLiiK 1)1-: \:\lvï\\:k. -i:,}

avant du Pélopiuiu et du teui|)le de Junoii. Cet autel était fait avec la cendre des cuisses des victimes que l'on sacrifiait à Jupiter. Le soubassement [prothysis) avait cent vingt-cinq pieds de circonférence; la partie supérieure [thysiastérion), trente-deux pieds; et l'autel entier avait vingtdeux pieds de liauf. On sacrifiait la victime sur la prothysis; on hrùîait les cuisses sur le tliysiaslérion; les cendres étaient recueillies au Prvtnnée, et chaque année, le i3 du snois Elaphion, les devins les apportaient , les délayaient avec l'eau de l'Âlphée et en enduisaient l'autel, qui s'agrandissait ainsi sans cesse.

4° Les autels de Vesta , de Saturne et Ulu'a , de Jupiter et Neptune, de Diane et Junon, de Minerve Ergané, de l'Alphée et Diane, de Vulcain , d'Hercule Paraslatès, de Jupiter Hercaeus , de Jupiter Céraunius, des dieux inconnus, de la Victoire, de Junon Olympienne, d'Apollon et Mercure, de la Mère des dieux, de l'Occasion, d'Hercule, de la Terie, de Phémis, de Bacchus et des Grâces, des Muses, des Nymphes, et cent autres autels sur chacun descpiels les prêtres éléens sacrifiaient une fois par mois. Dans son énumération, Pausanias fait remarcpier (pi'il n'a point égard à l'ordre dans lequel sont situés tous ces autels, mais à l'ordre (pie les Eléens suivaient en offrant leurs sacrifices.

Ihï KIJDK.

S'* Le I^rj/fi/irf, -jii l'on enlrelenait jour et miil le feu sacré, et où se recueillaient les cendres destinées à l'autel de Jupiter. C'était aussi dans le Prvlanée qu'était la salle des festins, et que l'on réunissait à la même table les vainqueurs dans les différents jeux.

6° Le temple de Junon., d'ordre dorique, avec cette particularité qu'une des colonnes de l'opislliodome était en cbéne : on l'avait conservée comme preuve de l'antiquité d'un temple construit la première fois par Oxylus ^

Le temple de Junon était desservi par des femmes; on avait même institué des jeux où les jeunes filles se disputaient le prix de la course. Le portrait de celle qui était victorieuse était suspendu dans le temple. C'était une compensation offerte aux femmes exclues des jeux Olympiques. Le temple de Junon ne pouvait,commelepenseM. Leake, se trouver en avant du temple de Jupiter, et lui masquer, par conséquent, le soleil levant. Il devait se trouver au nord-ouest de ce temple et du Pélopium ', parallèle à tous les deux, et en arrière du Grand Autel. Ainsi la statue du dieu

* Je renvoie à Pausanias , pour rémunération de toutes les statues et curiosités qu'on y conservait. F.e fameux coffre de Cypsélns , un des ])lus anciens jirodnits de la torruti(iue, y était renfermé.

^ Paus., i?//rf., I,c. XIX.

i.A vaixi:k dk i;ai.imii:i<:. 255

pouvait regarder librement les premiers ravons (lu jour et les jeux célébrés en son honneur.

7" Le Méfroû/n^ ou temple de la Mère des dieux, d'ordre doricpie et de grande dimension '. Peutélre élait-il sur les hords du Cladeus.

8" IjÇs, portifjue.s d'Echo^ sous lescpiels la voix se répétait jusqu'à sept fois. C'étaient des pœciles ornés de nombreuses peintures.

9° Les Trésors, au nord du temple de Junoîi et près du Kronius.

Ils avaient été construits sur une levée pour mettre à l'abri des inondations les offrandes et les prémices du butin, que les différents peuples y déposaient. Cai- il ne faut pas attacher au vtxoX trésor une autre idée et y supposer des richesses entassées.

10° Le temple (P Ilithpe, ou Lucine Olympienne, entre les Trésors et le Kronius.

11° Le temple de Vénus Céleste, près de celui d'Ilithyie. Il était ruiné du temps de Pausanias.

12° \àHi/)podaniiLun, enceinte carrée d'environ cent pieds, située près de la porte des Piocessions, entourée d'une balustrade, connue le Pélopium, dont elle était voisine.

i3° Le Houleutérion , où se réunissaient les Hellanodices.

' MeysOei ix^Yav xai ÈpYaffta Ao)fiov..

14** Le riu'ocolcon ^ demeure des ministres des dieux. Cliacun d'eux était de seivice pendant un uiois,

i5° Le Zanès, au pied du mont Kionius. C'était un soubassement sur lequel on avait élevé de noud)rcuses statues à Jupiter; elles avaient été payées par les ameitdes imposées aux athlètes qui nvaient enfreint la rèo;le des jeux. Cliaque statue portait une inscription en assez mauvais vers éléiifiaques.

i6° Les innombrables statues que Pausanias énumèie si longuement. On en comptait dans l'Altis juscpi'à trois cents, faites par les plus célèbres sculpteurs. Quant aux statues de moindre valeur, on estimait qu'elles n'allaient pas à moins de trois mille, si du moins il faut admettie le cliiffie de Pline ^

Enfin, en dehors de l'enceinte sacrée , mais attenant aux murs de l'Altis :

1° ^J atelier de Phidias, religieusement conservé par les Eléens. C'était là (pie le grand artiste avait travaillé par morceaux à la statue de Jupiter. On y voyait un autel consacré à tous les dieux.

1^ Le Léonidœufti , situé piès du chemin des Processions. Une luelle seulement le séparait de

' Pline, ///.sY. rtrtA, XXXIV, 7.

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