L'ECOLE DE PEINTURE
Quant au tableau, il représentait un vainqueur à la lutte tenant une palme. C'était donc une figure nue, de tous les sujets le plus banal à la fois et le plus difficile, qui sert d'exercice aux pinceaux novices, mais qui peut donner la mesure la plus complète d'un grand talent d'exécution. Le Vainqueur d'Eupompe devait élre son chefd'œuvre, puisque c'est le seul tableau que Pline désigne au moment où il rappelle la révolution que les œuvres de ce maître produisirent dans le monde grec. Ainsi que la célèbre statue de Polvclète, c'était probablement la rèi^le^ par excellence et comme le drapeau de l'école.
Si les productions d'Eupompe nous sont inconnues, il n'en est pas de même de celles de ses élèves et des artistes postérieurs. On y peut suivre le développement logicjue du principe d'exacte imitation, principe qui sacrifie l'idée à la forme, et qui donne à l'art plus de perfection que d'élévation. Les peintres de Sicyone fuient des peintres d'histoire, des peintres de portraits, et même des peintres d'animaux et de fleurs; plus d'une fois, en lisant leur histoire, on songe involontairement à l'Ecole tlamande. Ils dédaignèrent l'idéal, cette volupté de l'âme, et s'attachèient moins à créer qu'à copier, condition qui rend une école
' Kaviôv.
plus durable el la soutient plus longtemps à sa hauteur première. Les génies cl'imaginaliou écrasent toujours leurs élèves, et souvent les égarent. Les génies d'imitation les forment et revivent en eux tout entiers.
L'école de Sicyone, qui ne prit rang véritablement qu'au commencement du quatrième siècle, représente la troisième phase, le dernier développement de l'art grec. Elle vint à son temps; c'est ce qui explique surtout son succès. Il n'est pas besoin de dire que la peinture, dans les questions de principes, n'a pas de chronologie et ne doit pas être séparée de la sculpture. Art plus difficile et plus complexe, elle fleurit beaucoup plus tard ; mais elle n'était qu'une application particulière du génie grec, qui s'était développé avec la sculpture, avec l'architecture, avec les lettres. Tous les principes existaient quand elle atteignit sa perfection. Ses différentes écoles purent donc les représenter simultanément. Après le principe hiératique et ses conventions, après le principe idéaliste et Phidias, le principe réaliste devait dominer à son tour. Il régna principalement dans la double école de Sicyone, où il fut érigé en système par Lysippe, aussi bien que par Eupômpe et ses successeurs ^
' On a compté quelquefois le célèbre Timanthe parmi les peintres sicyoniens. Eustathe ( ad IL XXIV, v. i63) dit, en
L'ÉCOLE DE PEINTURE. :{7;i
Pa/nphilc, élève d'Eiipoiu|)e, qLioi(|ue Macédo- "7 iiien de naissance, avait adoplé Sicyone pour pa- ) trie; il y passa sa vie, héritier de la gloire et de l'enseignement d'Eiiponipe. Il fut peintre d'iiisloire, comme le prouvent les Héracltdes suppUanfs, une Bataille près de Phlionte, une Victoire des .athéniens ' ; grandes compositions où brillait celte raison (|uadmire Quintilien 2, et qu'il devait a l'étude des sciences exactes. Initié à toutes les connaissances humaines, il préférait l'arithmétique et la géométrie, sans lesquelles, disait-il, l'art ne pouvait atteindre à la perfection ^. Ecrivain érudit, il conq)osadeux traités sur la peinture et suites peintres célèbres. Cette réunion de talents, celte sagesse dogmatique qui a toujours séduit les
effet, (|u'il était de Sicyone; mais Quintilien ( li, l^ ) croit qu'il était de Cythnos, La ressemblance des deux mots a pu tromper Eustathe, surtout si l'on tient compte de l'iotacisme de son temps. Comme il y eut, en outre, un peintre du même nom à Sicyone, contemporain d'Aratus, l'erreur était d'autant plus naturelle. Du reste, le caractère du talent de ïimanthe, qui cherchait surtout le sentiment et le pathétique, n'a rien de commun avec l'école de Sicyone.
' Plin., XXXV, 36. Aristoph., Plut., V. 385 et le Scoliaste. — Suid. in V. Ilaa'^iXoç.
* Ratione Panqîhilus et Melanthius. ( XII, c. 10. ) ^ Primus in pictura onniibus litteris eruditus, praecipiuarilhmcticf et geometrice, sine ipiibus negabat arteni posse pt'rrKi. ( Plin., Ihid.
fecs, lui assurèrent une autorité assez semblable à l'autorité d'un législateur. Il sut donner à l'art un caractère si grave, si savant, et en même temps si pratique, qu'il en fit une des bases de l'éducation. Il persuada aux Sicyoniens, dont l'exemple fut bientôt suivi par toute la Grèce ', de faire apprendre à leurs enfants le dessin avant toute autre chose, et de lui donner le pas sur toutes les études de l'homme libre. Il avait une \^si haute idée de la dignité et des difficultés de son art, qu'il n'admettait au nombre de ses disciples que ceux qui lui payaient un talent et s'engageaient à étudier dix ans auprès de lui. Aussi forma-t-il piesque tous les grands artistes de la génération suivante. ^/W/^;, quoique déjà célèbre, se soumit à ces conditions, et travailla avecPamphile , puis avec IMélanthe , son successeur, « moins, » dit Plutarque, « pour profiter de leurs « leçons que pour partager leur réputation ^. » Pamphile peignait aussi à l'encaustique : il enseigna ce procédé à Pausias. On cite encore , parmi ses œuvres, Ulysse sur son vaisseau.
• Et hujus auctoritate effectum est Sicyone primum, deinde et in tota Graecia, ut pueri ingeniii omnia ante graphicen, hoc est picturani in buxo docerentur, reciperetiirqiie ars ea in primum giadum liberalium. ( Plin., Ibid. )
' Tv)<; o6\r\(; ]jMtXo\i y\ x^ç T£/vy)ç [jLSTaXaêeîv.
( yie d'Aratus^ XUI. )
L'ECOLE DE PEINTUBE. 375
McUinthe prit, après lui, la direction de l'école de Sicyone. On a vu tout à l'heure que Quintilien le confondait avec Pampliile dans un même éloge. C'était le plus sage des peintres; Apelle luimême, au témoignage de Pline ', lui était inlé- I ieur poui- la science de la composition. Mélantlie n'emplovail que (|uatre couleurs, comme tous les vieux maîtres, el il s'efforçait, de son propre aveu % de donner à ses œuvres un caractère haidi et une certaine rudesse. Ainsi, malgré le silence de la criti(jue ancienne, on reconnaît à de légers indices l'influence du génie dorien. Un seul tableau de Mélantlie nous est connu, c'est le fameux portrait du tyran Âristi;ite, debout sur un cliar, à côté de la V^ictoire^. On prétendait que tous ses élèves, sans en excepter Apelle, y avaient mis la main.
Pausias était né à Sicyone. Fils d'un peintre i\o\\\\\\é Briès, il reçut d'abord les leçons de sun père. Plus tard, il passa dans l'atelier de Pampbile, où il trouva Mélantlie et Apelle. Dans sa jeunesse, il aima une marcbande de couronnes nommée Glycère. En se jouant, il copiait les fleurs dont elle était entourée et prétendait créer avec son
' Pli.i., XXW, "^fi
' Dini;. I^aei'l., in Polcnianr^ I, IN . ^ Pliil., f ie r/'Jrnfu.s: Mil.
pinceau des couionues plus belles encore; c'est ainsi qu'il devint un peintre de fleurs consommé. Il était pauvre alors, et Glycère le faisait vivre du produit de son petit commerce. Aussi, plus tard, quand il lut connu, voulut-il consacrer le souvenir de ses bienfaits. 11 fit son portrait et la représenta tenant une couronne. Ce tableau était un de ses plus célèbres ; une simple copie fut payée deux talents par Lucullus ^
Pausias faisait d'ordinaire de petits tableaux, exécutés avec infiniment de soin, et peignait de préférence des enfants. Ses rivaux lui reprochaient pour cette raison de travailler avec lenteui- et avec effort. Piqué de ce blâme, Pausias acheva d'une seule haleine un tableau qui fut appelé VOEuure d'un jour ^. Le sujet était encore un enfant. Ce qui prouve bien mieux, du reste, la facilité de son talent, c'est qu'il appliqua, le premier ^, la peinture à la décoration des voûtes et des plafonds. Les compartiments que l'on appelle caissons, et où l'on peignait d'ordinaire des étoiles et des palmettes, étaient particulièrement propres à recevoir de petits sujets ou des bouquets de fleurs.
• PliH., XXXV, 40.
* 'H[A£pTQ<JlOÇ.
^ Idem et lacUnaria primus piugere instituit : nec caméras aiite eum taliter adornari mos fuit. (Plin., XXXV, 4<>.)
L'iiCOLE DE PEINTURE. :{77
l'ausias fit aussi de grands tableaux. Il avait appris de Pamphile un genre de peinture où il excella, la peinture à l'encaustique. Ce procédé offrait des ressources nouvelles dont Pausias montra le premier toute l'étendue, et c'est par là qu'il devint surtout célèbre'. En même temps que la cire prêtait son brillant à la peinture des fleuis, la solidité qu'elle donne aux couleurs permettait à Pausias de pousser aussi loin que possible la science du clair-obscur. C'est ce (ju'a très-bien dit l'auteur de Y Histoire comparée de la Peinture ^, et ce qu'il démontre par une interprétation aussi ingénieuse que vraie du texte de Pline. Pausias, en effet, avait composé un tableau admiré par les Grecs, et plus tard par les Romains, qui l'emportèrent en Italie et le placèrent sous les portiques de Pompée. C'était un Sacrifice de bœufs. Se proposant de faire voir dans toute sa longueur une des victimes, il l'avait présentée, non pas de côté, mais de face, c'est-à-dire en raccourci. « Ordinairement, » continue M. Fortoul, « quand on voulait « montrer qu'un objet était en saillie, on le pei-
' Paniphiliis... uoii pinxisse sulum encausta, sed etiam docuisse traditiir Pausian Sicvonium , primiim in hoc génère nobilen). ( Plin., ihid. )
^ Etudes d'Archéologie et (i Hi.sl(>bi,\M\v ^\. H. Fortonl, 1. 1. |i. 2.3o et suivantes.
« gnait de couleurs claires, et on le faisait ressortir « en l'entourant de couleurs noires. Mais Pausias « peignit son bœuf tout noir; il fit ainsi u^i corps « de l'omhre même, par laquelle, artiste souve- « rainement habile, il sut représenter avec une « solidité égale les parties planes et celles qui « fuyaient ^ On voit, par ce témoignage précieux « de Pline, que Pausias possédait deux talents bien « différents des peintres renommés : celui des rac- « courcis les plus hardis, et celui de ces ombres « lumineuses que les modernes ont tant estimées « sous le nom de clair-obscur. »
Ce tableau fut le modèle des nombreux artistes qui se firent, comme on dirait aujourd'hui, peintres d'animaux. Pausias était proprement l'inventeur de ce genre : « Mais, » ajoute Pline, «si beau- « coup l'imitèrent, personne ne l'égala. »
On reconnaîtra le même talent d'exécution dans les peintures qui ornaient le Tholos d'Epidaure, petit édifice circulaire en marbre blanc. D'un côté, l'on voyait VJniour tenant une Ivre, son arc et
' Ante omnia, quum longitudinem bovis ostendere vellet, adversum eum pinxit, non transversum : et abiinde intelligitur amplitiido. Dein cum onines, quœ volunt emineritia videri, candicantia faciant coloremque condant nigro, hic totuni boveni atii coloris tecit, uinbiaeijue corpus ex ipsa dédit, magnaquc prorsusarle in aequo exslanlia oslendens et in confracto solida omnia. (Plin., XXXV, /(O. )
L'KCOLE DE PEINTURE. .{78
ses flèches à ses pieds; de l'aulre, V liressej tenant une bouteille de verte. Ce qui paraissait merveilleux, c'est qu'à travers la bouteille transparente on distinguait les traits de la femme ^.
Je ne puis toutefois m'empéclier de remarquer que Pausias n'aboida jamais la grande peintuie, la peinture d'histoire, comme ses prédécesseurs ; ou plutôt il l'aborda une fois et sans y réussir. Les habitants de Thespies l'avaient chargé de décoier un mur peint jadis par Polygnote, et qu'il avait fallu reconstruire. Son œuvre, com[)arée à celle du vieux maître, fui jugée bien inférieure, parce qu'il s'était essayé dans un genre qui n'était pas le sien ^; c'est-à-dire (ju'illui avait fallu Iraitei- une glande conqjosilion, héroï(|ue ou historique, sujet nouveau pour lui : les criti(|ues de ses rivaux en font foi. Car je ne puis attribuer son infériorité, ainsi qu'on l'a fait, à un changement de procédé ou de style. Entie la peinture ordinaire et l'encaustique, la différence n'est pas telle qu'un talent aussi souple et aussi fécond en inventions que celui de Pausias se trouve embarrassé. Quant
' looiç û£ xàv xr, Ypacpîj cpiaXviv te uâXou xott oi' aur?ii; yuvaixoç TTpdffoJiTov. (Pans., Corinth., XXVIl. )
' Pinxit et ipse penicillo parietes Thespiis, quuni i-eficerentur, (|iioii(Jani a Polygnoto picti : intiltiinKpic comparationc siiperalus existimabatui', (juod j^enere non suo certasset.
(Plin.,XXXV. /,o. )
38(» SICYONK.
à supposer (ju'il s'était efforcé de lepiocluiie le style, la manière de Polygnote, c'est là une idée tout à fait moderne. Nous ne pratiquons si facilement le pastiche aujourd'hui que paice que nous n'avons plus ni écoles, ni véritables traditions.
Non, il vaut mieux avouer que Pausias, entré tard dans l'atelier de Pamphile, ne suivit pas la méthode sévère et en quelque sorte didactique que les chefs de l'école avaient adoptée. Malgré ses succès, il montre déjà les dangers de l'imitation exacte; elle s'éprend trop vivenient de la nature^ elle se laisse entraîner par le plaisir d'en reproduire des faces nouvelles, et, après avoir copié des athlètes ou des héros, elle se joue avec des animaux et des fleurs. La tradition classicjue, l'enseignement fut conservé bien plus pur par Mélanlhe. Lorsque Pamphile fut mort, ce fut auprès de Mélanthe, et non pas auprès de Pausias, qu'Apelle vint continuer son noviciat.
Le fils même de Pausias, son élève, Aristolads^ semble être rentré, par une sorte de réaction, dans la voie dont Pausias s'était écarté. Il peignit aussi un Sacrifice de bœufs ^ peut-être à ses débuts, pour imiter le chef-d'œuvre paternel. Mais ses autres tableaux annoncent un stvie tout différent; en effet, ils le firent ranger parmi les peintres les plus graves, les plus sévères. Ils représentaient Epaminondas, Périclès, Médée, la Valeur, Thésée, le
L'i:C()IJ-: I)K l>EINTURE. ;}Hl
Peuple athénien % sujet (|u'il nVmprunla vraisemblablement à Panliasius que pour le traiter avec autant d'austérité que le peintre d'Éplièse y avait mis de subtilité et de grâce.
MécJwpane^ ou iMccIiopluuic , un autre élève de Pausias, loin de suivre l'exeuiple du maître, se jeta, à son tour, dans l'excès opposé. L'antiquité ne nous a signalé aucune de ses œuvres. Mais nous savons qu'il avait adopté une manière savantequi ne plaisait qu'à un très-petit nombie d'aniateurs et que les artistes seuls pouvaient comprendre. Généralement ses tableaux paraissaient d'une couleur dure et désagréable : on lui reprochait de piodiguer lejaune^.
Pline range parmi les élèves de Pausias Sacrale^ qu'il oppose à Méchophane, parce cpi'il était aussi goûté du public que Méchophane l'était peu. L'on admirait son Esculape avec ses trois filles, son Jason^ et l'on riait fort devant son Paresseii.T, qui tressait une corde de joncs et laissait
' Pausiae filius et discipulus Aristolaus e severissimis pictoribus fuit, ciijus sunt Kpaminondas, Pericles, Medea, Virtus, Theseus, imago atticae Plebis, boum Immolatio.
On s'accorde à placer Aristolaus vers la cent dix-huitième olympiade.
* Sunt quibus et Mechopanes, Pausiae discipulus, placeat dilit^entia, quam intelligant soli artifices; alias durus in roloribus et sile niiillus. ( Plin., Ibid. )
;J8-2 SICYONK.
son âne la manuel' à mesure'. On concoil le succes d'un pareil sujet : c'est tout à fait ce que nous appelons un tableau de genre. Pline nomme encore Mnasithéus.
Jusqu'au temps d'Aratus, la tradition de l'école nous échappe, sans qu'elle paraisse, pour cela, avoir été interrompue; car nous la retrouvons alors et toujours florissante, même quand l'art dépéril dans le reste de la Grèce. Nous savons par exemple, que, pendant cet intervalle, la courtisane I.amia, maîtresse de Démétrius, avait fait construire dans la nouvelle ville rebâtie par ce prince un pœcile, c'est-à-dire un portique décoré de peintures par les artistes sicyoniens.
Néalcès est le talent le plus saillant, c'est le maitie parmi les peintres qui entourent Aratus ^. Il passait pour un artiste habile, ingénieux, spirituel^. 11 avait un jour pris pour sujet un Combat naval entre les Égyptiens et les Perses; mais, comme le théâtre du combat était le Nil, dont les eaux sont de la même couleur que la mer, il fallait faire comprendre ce détail géographique. Il y
* Piger , qui appellatur Ocnos , spartum torquens , quod asellus abrodit.
' Néalcès doit être placé de la cent trentième à la cent trente-sixième olympiade.
^ Ingeniosus et solers in arte.
(Plin., XXXV,4o.)
i;ecole dk peinture. ;W;{
réussit en ajoulanl un àne qui huvait dans le fleuve et un crocodile qui le guettait. Les Grecs goûtaient fort ces finesses. Peut-éire sera-t-on plus touché des larmes qu'il versa quand Aratus, dont il était l'ami % voulut détruire le portrait du tyran Arisirate, ce cliei-d'œuvre de Mélanllie et de ses élèves. i\éalcès demandait sa grâce; Aratus se montrait républicain implacable; enfin le peintre tout en pleuis s'écria : « Faisons la guerre aux « tyrans et non à leurs monuments. Epargnons le « char et la Victoire, et je ferai disparaitie Aris- « trate. » 11 l'effaça en effet, et mit une palme à sa place ^.
Cet amoui-, ce culte de l'art était général à Sicyone; il expli(pie comment, malgré la décadence générale, « la peinture y florissait toujours et « conservait, sans altération, une beauté, » dit Plutarque, « qui là seulement semblait impéris- « sable K »
On cite encore de Néalcès sa Fénus'^, et l'on racontait sur son Cheval écwnant la même fable ^
<I>i'Àov ovTa Toû 'ApdtTOu, dit Plutarque.
{Vie d' Aratus , XIH. ) ^ Plut., ibid.
^ "llvOei yàp £xi oo;a TÎi<; 2t>tuwv(a<; [jlouctt]; xai )^pr,(TTOYpacpiaç, ojç fJLovYjç otûiàcpôopov £y(^oûaY]ç To xaXdv. [Ibid.) 4 Plin., XXXV, 40.
^ Plin., ibid., :^6.
384 SK^'ONK.
que sur Vlal)sus de Piotogène. Une ("i^onoe lancée avec colère aurait produit ce que le pinceau était impuissant à obtenir. Ces légendes, aussi cliarmanles qu'invraisemblables, ne sont, chez les Grecs, que des tours délicats, des raffinements d'admiration.
Néalcès avait une iille nommée ^naxandra, qui cultiva aussi la peinture ^ Son broyeur de couleurs, Erigomis, prit dans son atelier un tel goût pour l'art et le cultiva avec tant de succès, qu'il forma à son tour un élève célèbre, Pasias"^.
Léontiscus était à peu près contemporain de Néalcès, puisqu'il fit le portrait d'Aratus ^. Il peignit, en outre, une Joueuse de lyre. Vers le même temps vivait Arcésilaûs , peintre, quoique son père Tisiciale fût sculpteur.
Un autre contemporain de ces artistes, c'est TimaîitJie^ qu'il ne faut pas confondre avec l'auteur du Sacrifice d'iphigénie. Il avait représenté la Batadle livrée par Aratus aux Etoliens , près de Pellène^ en Arcadie 4. Cette grande composition faisait revivre les vraies traditions de l'école.
On citera encore, sans pouvoir déterminer l'é-
* Didym. ap. Clem. Alex., Strom, lY, p. 38i.
* Erigonus tritor colorum Nealcae pictoris in tantuni ipse profecit, ut celebrem etiam discipulum relinqueret Pasiam.
3 Ibid.
4 Plut., Vie d Aratus, XXXll.
L'KCOLK l)K PEINTURE. .{85
po(jiie à lacjnelle ils vivaienl, 7/ialès, dont Dioujène de Laerte admire le stvie lar2;e et ^randiose % et (|n'il faudrait peut-être, pour celte raison, rapprocher du temps de Pampliile et de Mélauthe, Néoclès et son élève Xénon. Ces deux derniers n'étaient point des peintres ohscuis ni sans mérite, car Pline a lecueilli leurs noms. Mais nous n'avons sur eu\ aucun détail. Je ne sais même si INéoclès était Sicyonien. Xénon, soiî ' élève, l'était: c'est le seul indice, Tous ces artistes, quoi qu'en dise Plutaïque, étaient loin des maities , et le siècle des Ptolémées n'était plus le siècle d'Alexandre. I^es Grecs d'alors le savaient hien, et lorsque Aralus, bon connaisseur en peinture ^, voulait acheter par des présents les secours de Ptolémée III, il ne conmiandait point des tableaux à [Néalcès, à Timanthe, à l^éontiscus, mais il envoyait au puissant roi d'Egypte les œuvres de Pampliile et de Mélanthe, dépouillant sa patrie de ses richesses les plus précieuses.
,1e suis persuadé, du reste, cpie nous ignorons tout un grand côté de la peinluie \\ Sicyone, et que les Romains l'ignoraient égaletncnt: je veux parler de la peintine monumentale. Les maîtres sicyoniens, peintres d'histoire, étaient éminem-
' Il rappelle ij.£YaXocfnj-/is- (I, "^8.)
' 'Kv oiç xptTiv E/(ov où/, àuouaov 6 "ApotTo;... (IMiiL, Ihitl.)
38(> SICYONK.
nienl piopin s à (léc'i)i'er les édi(ices âv ces œiivies dont rexéculioi) rapide est sonveiil mieux inspirée que le soin et le fini de l'atelier. On ne doit rien conclure de l'échec de Pausias à Tliespies. Pausias fut plulôt un novaleui* que le repiésentant d'une école didaclicjne et constante dans ses principes. Après tout, s'il ("ut vaincu, ce fut par Polygnote, par un grand njaître, par un mort, c'est-à-dire par un de ces rivaux que préfère toujours aux vivants le respect ou la malignité des hommes. Les preneuis de villes sont le fléau des arts : Démétrius ne le piouva que tiop à Sicyone. La ville fut détruite pour étie rebâtie sur la hauteur; alors disparuient ou furent dispersées les peintures (pii décoraient les monuments de cette autre Athènes. Lamia , savante et éprise du beau conmie l'étaient les grandes courtisanes de l'antiquité, lui rendit aussitôt son Pœcile. Mais ce triste événement explique le silence des criticpies alexandrins, et surtout le silence de Pline.
\:m)]M DP. SCULPTUKE. :j8"i