DANSE
les lances d'une valeureuse jeunesse, les cliœuis, la Muse et les Grâces. »
Ce sont, du reste, à peu près les vers de Terpan dre :
"Evô' «îxf^* "^^ ^^'"^"^ 6aXXei xai Mooaot ^l'yeia , Kai Si'xa eupuoÎYuta-
La danse, comme la musi(|ue, était un des côtés sérieux de l'éducation anli(|ue, au contraire des idées modernes, qui n'y voient qu'un amusement.
La danse était avant tout un exercice gymnastique : elle perfectionnait le coips, qui ne rapportait de la palestre que la force, et lui donnait la légèreté, la mesure, l'attitude, la grâce, eu un mot tout ce qu'on pourrait appeler la poésie de la matière. En même temps, la danse était l'ornement des cérémonies religieuses ou des fêtes publiques. L'élite de la jeunesse s'avançait en ordre harmonieux , tantôt grave et recueillie pour honorer les (lieux, taiiiôt animée , frémissante, pour charnier par l'image de la gueire les regards des hoiiunes.
La corruption des niœurs amena plus tard, dans le reste de la Grèce, une licence cpie la loi ne prétendait point poursuivre jusque dans la vie privée. La scène qui Icrmiiir le tUinffurt àe Xéno-
4G L'AKT A SFAKTE.
phon montre que Socrate liii-mênie cédait à l'entiaîiieiiient général. A Spaile, au contiaiie, pour- ({uoi auiait-il été moins aisé de discipliner le gesle que la pensée? Comment les institutions, qui avaient contenu l'injagination des poètes , n'eussent-elles pas réglé les mouvements d'une docile jeunesse? La répression n'eut pas même lieu de s'exercer, parce que l'abus n'était pas possible.
Je passe sous silence les danses ordinaires, et celles qui n'étaient que la marche cadencée des chœurs^, et celles qui n'avaient tpi'un caractère gymnastique, comme la bibasis^, dont Aristophane^ ne manque pas de saisir le côté ridicule.
La danse la plus célèbre à Sparte était \a pjrrhique, qu'on regardait comme très-propie à former les gueriiers; caries danseurs simulaient un combat, paianl les coups, évitant les traits, reculant, sautant en l'air, se baissant, ou bien cherchant à frapper leur ennemi de près ou de loin, et à déjouer toutes ses ruses ^. La pyrrhique est
' Par exemple, la Gymnopédiqiœ. 'H Ss YujJi.voTtaioi>iyj Trapeu.tpepriç IffTi T^ Tpaytx^ ôp/r^(7£i vÎtiç 'l'Iafi-ÉXeia xaXeîxai.
(Athen.,XIV, p. 63i.) ' PoUux, IV, i5. ^ rufAvaSSoixott ya xai ttoti Ttuyàv aXXojxat.
(Lysislr., V. 83.) ^ Toîç T£ EÙÀaêeta; TT'xaôjv 7rXr,Yc»Jv jcai poXwv exveûcEfft xai UTret^ei 7tâ(7-/) xai IxTTrjOv^crEciv sv u'|i£i xat TaTreivtôiei [jii[/.ouu,évr)v, xai ikc,
DANSK. iT
figurée sur deux bas-reliefs antiques : l'un se trouve à Atliènes; j'ai eu le bonheur- de le découvrir dans des fouilles récentes; l'autre à Rouie. Le piemiei montre les guerriers divisés en deux troupes, et partant en ordre pour- commencer le combat. Le second les fait voir- déjà aux prises, toujours dansant et se frappant en mesure.
Cette gymnastiqu.e militaire entrait si bien dans l'éducation sparliate, que, dès l'âge de cin(j ans\ tous les enfants apprenaient la pyrrbique; tandis qu'au contraire les autres peuples n'y voyaient qu'un spectacle, et que les Athéniens chargeaient des choréges de préparer une troupe de danseurs pour les grandes Panatliénées.
La pyrrhifjue était donc la danse nationale. Elle avait été inventée par* un Lacédémonien nonrmé Pyrrichas'^^ (pioique les Athéniens en attribuassent l'idée à Minerve.
Après la danse guerrière^ il y avait la danse religieuse, dont l'origine remontait^ à Castor et à Pollux. On l'appelait (^aryatide , parce (pie c'était
TotuTaiç ivavTiaç , xàç liri xà SpaaTixà :f-epo(j.évai; otù (7j(^yi[xaTa £v -talc; T(ov Toçwv SoÀat; xai Traacov ttÀTiYwv [ji.iijLTiji.aTa èTtij(eipouaa; jjliueia6ai. (Plat., de Leg., VU, 8i5.)
■ llapà [xdvotç os Aax£Oaiu.ov(oi<; oiaaévsi TrpovujjLvaîJijLa oùffa tou
7toX£[JLOU. 'Ex(JLav6(XV0UCTi T£ TTaVCEÇ £V TT) ^TtâpT'/l ÔlTZQ 7:£VT£ £TÔ)V
7riippt/^t!^£iv. (Atlieii., \1\'.)
' Eust.,rtr/ Iliad. , V, Athei.., IV. ' Luc. dr Sait.} Paus., Lncon.; Athen., IV, i5.
m L'ART A SFAKTfc:.
à Caryes, aux fêles de Diane, que les vierges lacédémoniennes l'avaient dansée poui- la première fois .
Sans entrer dans plus de détails, il importe de remarquer que la danse, comme la poésie et la musique, avait un but njoial conforme au génie du peuple et aux tendances de sa constitution. C'était un exercice gymnastique, un appientissage de la gueire, une cérémonie du culte : rien de plus. Platon, qui, tout en condamnant la répubiicjue de Lycurgue, est allé souvent y chercliei- ses inspirations, nous apprend comment le despotisme des lois peut maintenir dans de sages limites un plaisir qui dégénère facilement en volupté.
« Le législateur, » dit-il, « doit établir des règles « et proposer un type pour chaque genre, nomce mer un conservateur pour en assurer le maince tien, choisir la musique propre aux danses et les ce danses propres à chaque fête, à chaque sacricc fice. Aussitôt, il déclare sacrées ces dispositions, ce afin qu'on ne puisse rien changer par la suite ce ni à la musique, ni au chant , ni à la danse , mais ce que la même ville voie revenir éternellement le « cercle des mêmes plaisirs ^. »
' Phit., de Leg., VII, p. 816.